| Date | 1665–1709 |
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| Casus belli | Mort du roiAntoineIer à labataille d'Ambuila Opposition à l'accession au trône d'Alphonse II |
| Issue | Ruine deMbanza-Kongo Réunification du royaume parPierre IV |
Laguerre civile du Kongo (1665–1709) est unconflit interne entre des familles royales rivales duroyaume du Kongo. La guerre se poursuit du milieu duXVIIe siècle au début duXVIIIe siècle opposant les partisans de la maisonKinlaza à ceux de la maisonKimpanzu. De nombreuses autres factions participent au conflit en mettant en avant leurs liens familiaux avec l'une ou l'autre des deux parties principales telles que lesÁgua Rosada de Kibangu et les da Silva duSoyo. À la suite de ce conflit la capitale du KongoMbanza-Kongo alors dénommée « São Salvador » est détruite et de nombreuxBakongo sont vendus comme esclaves dans le contexte de laTraite transatlantique.
Le royaume de Kongo a atteint son apogée sous le règne de son roi le plus puissantGarcia II[1]. Le roi Garcia II accède au pouvoir à la mort de son frère,Álvaro VI, qu'il avait aidé à s'emparer du trône aux dépens de la maison de Kimpanzu[1]. Ensemble, les frères ont établi une nouvelle dynastie nommée d'après le kanda Nlaza, issu de la maisonKinlaza. L'accession au trône de cette dynastie, qui proclame sa légitimité à occuper le trône en lignematrilinéaire par opposition aux prétentionspatrilinéaires desKimpanzu et de la maison de Nsundi, est accueillie dès le début avec hostilité[2] et les prétendants rivaux au trône de Kongo, l'État le plus puissant de l'Afrique centrale, s'unirent derrière lesKimpanzu. Lorsque le roi Garcia II prend le pouvoir, les Kimpanzu se réfugient dans les domaines ducomte de Soyo qui accorde son soutien aux partisans desKinkanga(Nsundi) et Kimpanzu à l'intérieur du Kongo tout en réclamant pour lui le titre de « Prince » et plus tard de « Grand prince »[1].
À la fin du règne de Garcia II, le Soyo est devenu complètement indépendant du Kongo et il entretient l'hostilité ouverte entre les maisons de Kinlaza et Kimpanzu, y compris par le biais de complots contre à la vie du roi et de campagnes militaires[3].
En 1661 le roi Garcia II, meurt laissant le trone à son fils puiné António[4]. Le roiAntoineIer est déterminé à chasser les Portugais de l'Angola, car ils étaient une menace dans le flanc du Kongo depuis1622[5]. Le pari du roi Garcia II d'aider les Hollandais dans leur courte guerre avec lePortugal pour le port deLuanda avait mal tourné. Maintenant, le Portugal était devenu plus fort que jamais avec le contrôle de Luanda, source d'approvisionnement en coquilles Nzimbu; l'argent du Kongo[6]. De plus en plus, le Kongo devait compter sur le soutien néerlandais, qui n'était pas très ferme et avec leSoyo en tant que concurrent. Ces événements avaient contraint le successeur de Garcia II,AntoineIer, à adopter une attitude fortement anti-portugaise[7].
En dépit des tensions croissantes entre les États, l'origine de la guerre est un conflit local lié à une dispute familiale dans la petite localité frontière deMbwila. Lachefferie avait fait allégeance dans le passé à la fois au Kongo et à l'Angola portugais. En 1665 un conflit éclate entre le prétendant à la chefferie et sa tante, ce qui entraine le Kongo et l'Angola dans une confrontation, le Kongo appuyant le prétendant et l'Angola sa tante[8] ! Les deux armées se rencontrent lors de labataille d'Ambuila le[9]. À l'issue du combat, le Kongo est sévèrement défait[10]. le roi AntónioIer et de nombreux nobles Kinlaza sont tués au combat ; la couronne royale et le sceptre sont envoyés au Portugal comme trophées[11]. L'hériter du trône est capturé et envoyé àLuanda avec la tête coupée du roi António[1]. Le trésor royal dont il ne se séparait pas même sur le champ de bataille de peur de ses rivaux est également perdu[12]. Privé de son roi et des symboles de la royauté, le royaume sombre dans la guerre civile entre les partisans des Kinlaza et des Kimpanzu qui veulent s'emparer du trône[1].
La bataille de Mbwila n'a pas occasionné un changement majeur des frontières en Afrique centrale[13]. Le Kongo et l'Angola n'ont pas plus resserré leur contrôle sur cette région frontalière qu'avant la bataille. Le principal bénéficiaire de la défaite du Kongo est lecomté de Soyo, qui abrite de nombreux partisans du Kanda Kimpanzu[14]. Le comté de Soyo, gouverné par les da Silva, avait été le refuge des Kimpanzu exilés qui s'étaient implantés dans la région de Luvota dans le sud du pays[1]. Sans rencontrer beaucoup d'opposition au Kongo, les da Silva réussirent à imposer leur volonté aux prétendants au trône tant Kinlaza que Kimpanzu.
Le roiAlphonse II du Kongo et Nkondo, qui ne doit pas être confondu avec le roiAlphonse II du Kongo duXVIe siècle, prend le pouvoir après la mort d' AntoineIer. L'ascension au trône d'Alphonse II, du partiKimpanzu, favorise les plans du comte de Soyo. LesKinlaza ne tardent pas à se lever contre lui; ils le chassent et investissent à sa placeÁlvare VII. Le roi déchu s'enfuit à Nkondo, où il continue à revendiquer la royauté sur le Kongo jusqu'à sa mort.
Le roi Álvare VII s'avère rapidement être un tyran, détesté à la fois par ses rivaux politiques et par le peuple. Dans un geste sans précédent, le comte de Soyo marche sur la capitale et aidé par le peuple il renverse et tue d'Álvare VII[15] En juin, un nouveau roi Kinlaza est élu. De ce fait l'élection du souverain était désormais placée sous le contrôle du Soyo[16]. Ce roiÁlvaro VIII règne pendant trois années. Il autorise les Portugais à chercher de l'or dans son royaume, mais aucun métal précieux ne se trouve dans le royaume. La maison de Kinlaza garde le contrôle officiel du trône, mais le comte de Soyo se révèle être le véritable maître du royaume. Le roiPierre III, un autre Kinlaza qui manifeste moins de sympathie envers Soyo, parvient au pouvoir enjanvier1669. D. Paulo da SilvaIer lecomte de Soyo envoie une force armée contre le Kongo et chasse le souverain[17]. A cette époque les da Silva veulent placer de nouveau un souverain Kimpanzu sur le trône. Le roi Pierre III s'enfuit à Lemba (également connu sous le nom de Mbula or Bula), mais poursuit ses interventions au Kongo.
Le roiÁlvare IX est mis au pouvoir par leSoyo dans l'espoir qu'un Kimpanzu soit plus facile à contrôler. Cependant, même parmi les Kimpanzu, les nobles commençaient à vouloir rejeter à l'ingérence de Soyo au Congo. En1670 Álvare IX est détrôné par le Marquis de Mpemba Dom Raphaël[18]. Contrairement à son prédécesseur,RaphaëlIer était un Kinlaza qui voulait échapper au contrôle des da Silva.
Une fois sur le trône, ce roi ambitieux demande l'aide des Portugais pour évincer ses tuteurs de Mbanza-Soyo avec la promesse de droits miniers et la possibilité de punir le Soyo pour ses transactions commerciales avec les « Hérétiques » (c'est-à-dire: non-Catholique) Hollandais, L'Angola portugais envoie une armée commandée par João Soares de Almeida. Après une victoire initiale obtenue sur le Soyo, sur le fleuveMbrije enaoût1670, au cours de laquelle le comte régnant Paulo da SilvaIer (1658-1670) est tué, l'armée Angolaise est écrasée lors de laBataille de Kitombo par les forces du Soyo menées par Estêvão da SilvaIer,(1670-1672), frère et successeur du défunt comte[19].
Cette victoire brise les ambitions Portugaises au Kongo jusqu'auXIXe siècle mais laisse le Soyo dans une situation précaire. Le roi RaphaëlIer reste sur son trône car le Soyo se trouve désormais accaparé par la protection de ses propres frontières et l'obtention d'une reconnaissance pontificale. La victoire de Kitombo est célébrée dans certaines régions d'Angola le jour de laSaint Luc,[20].
Les Kimpanzu continuent de régner sur le royaume malgré sa situation fragile. Les provinces les plus puissantes comme Nsundi et Mbata ont fait défection[1], et le pouvoir royal s'affaiblit encore lorsque les routes commerciales son déroutées vers des régions plus stables du Kongo, du Soyo et même vers leLoango[21]. Le roi Raphaël Ier est brièvement remplacé par le Marquis of Nkondo,Alphonse III du Kongo avant d'être rétabli et d'avoir comme successeur sur le trôneDanielIer.
Le roi DanielIer règne pendant quatre années avant que les Kinlaza ne mettent en œuvre une dernière et désastreuse tentative pour reprendre le trône. L'ex-souverain déposéPierre III marche sur São Salvador avec ses mercenairesYakas, il s'ensuit un combat au cours duquel le roi DanielIer est massacré, la capitale pillée, brulée et rasée par les guerriers païens en1678[1].
La destruction de la capitale contraint les prétendants de tous les partis à se retirer dans leurs forteresses des régions montagneuses bases de leur pouvoir. Les Kinlaza se retirent à Mbula tandis que les Kimpanzu installent leur quartier général à Mbamba Luvota dans le sud du Soyo[1]. São Salvador devient le refuge des animaux sauvages, où les prétendants viennent s'auto couronner puis s'en retirent précipitamment pour fuir la vindicte des partis ennemis. Même après sa restauration la ville ne retrouvera jamais sa prééminence ancienne.
Sans centre politique et commercial, le royaume autrefois puissant avait cessé d'exister depuis deux décennies. Cela n'empêchait pas les prétendants au trône de s'entre-tuer. Le roi Pierre III est assassiné en1680 au mépris d'une trêve parManuel de Vuzi a Nóbrega qui veut venger la mort de son frère le roi DanielIer[1]. Pierre III a comme successeur son jeune frèreJean. Le roi Jean II combat sans relâche mais en vain pour dominer un autre bastion desKinlaza à Kibangu[1].
Kibangu un moment contrôlé parSébatienIer (tué en 1670) tombe finalement aux mains de ses fils lors de la succession deManuel AlphonseIer de Kibangu. Deux frères du Kanda Água Rosada, issu d'un père Kimpanzu et d'une mère Kinlaza, détrônent Manuel en1688[1]. L'ainé des deux frèresÁlvare X, règne sur la forteresse des montagnes jusqu'à sa mort endécembre1695. Ce sera son frère cadet et successeur,Pierre IV, qui mènera à bien la restauration duroyaume du Kongo. Pendant ce temps, Manuel de Vuzi a Nóbrega, frère du roi DanielIer, règne à Mbamba Lovata au nom desKimpanzu avec l'accord de sa mère la puissante reineSuzana de Nóbrega[1]. Manuel a Nóbrega s'appuie sur le Soyo pour faire la guerre à tous lesKinlaza dont la reineAna Afonso de Leão, lamatriarche des Kinlaza[1].
En pleine guerre civile au Kongo (et peut-être à cause de cette situation) un mouvement religieux se développe sous la direction d'une jeune femme noble[1].Kimpa Vita, baptisée sous le nom de Dona Beatriz[1]. La famille de la jeune femme vivait dans la sphère d'influence desKinlaza. Elle se proclame inspirée par l'esprit deSaint Antoine, d'où le nom deMouvement antonianiste qui lui est attribué[1]. Le Saint lui parle lors de visions et lui déclare que sa mission est de réunifier le royaume du Kongo. Elle se rend alors dans les forteresses de montagnes des Kinlaza (Kibangu[1] et Bula[1]) et proclame que sa mission est de convaincre les différents prétendants de revenir à São Salvador et de mettre fin au bain de sang[1]. Après avoir été éconduite par chacun d'eux, elle rassemble ses suivants et marche vers les ruines de l'ancienne capitale en octobre ou novembre 1704[1]. Avec l'assistance dePierre "Kibenga" Constantin da Silva, un chef de guerre, d'origine mi-Kimpanzu/mi-da Silva[1] nominalement loyal à Pierre IV, Dona Beatriz évolue alors du simple fanatisme religieux à la responsabilité politique[1]. Le roi Pierre IV, sous la pression des missionnairescapucins, la fait arrêter elle est condamnée pourhérésie et brulée vive. Le roi Pierre occupe ensuite São Salvador et réunifie le royaume pour son propre compte.
Le roi Pierre œuvrait à la réunification duroyaume du Kongo avant la montée en puissance des Antoniens[1]. Il avait obtenu la soumission de presque tous les prétendants par des moyens plus politiques plus que militaires. Même lesKimpanzu l'avaient reconnu. Le, le roi Pierre marche sur São Salvador à la tête de son armée portant seulement une croix[1]. Dans la bataille qui suit entre Pierre IV etPierre Constantin da Silva, les Antoniens sont mis en déroute. Constantin da Silva est capturé et décapité alors qu'il tentait de se rendre[1].
Les Antoniens vaincus se réfugient à Bula et demandent l'aide de Jean II, qui refusait de reconnaitre aucun roi au Kongo en dehors de lui-même ! Le roi Jean marche avec ses troupes vers le sud pour voir ce qui pourrait être conquis au détriment de de Pierre IV. Le jour de la fête deSaint Francois le, les armées de Jean II et de Pierre IV s'affrontent sur le territoire de Mbula[1]. Le roi Pierre IV est de nouveau victorieux, et Jean II doit s'enfuir à Lemba. Le roi Pierre IV est si heureux de sa victoire qu'il l'attribue à Saint-François et renomme sa place forte São Francisco de Kibangu[1].
Après ces combats, Pierre IV se consacre à la réunification du Kongo et à la paix entre les Kinlaza et Kimpanzu. Un pardon général est accordé à tous les Kimpanzu[1]. Manuel Makasa, le demi-frère cadet de Kibenga, devient le gendre et l'héritier de Pierre IV[1].
Le roi Pierre IV meurt en1718 laissant un royaume plus ou moins réunifié avec sa capitale réinstallée à São Salvador[1]. Le Prince Manuel Masaka devient roi sous le nom deManuel II du Kongo. Après lui,Garcia IV Nkanga a Mvemba lui succède pacifiquement sur le trone selon le compromis mis en place par Pierre IV. Le roi Garcia IV, était un membre de la factionKinlaza deMbula qui après lui abandonne ses revendications directes au trône du Kongo. Les descendants du roi Pierre IV qui demeuraient à Kibangu se prévalaient du titre de « Prince » mais sans revendiquer le titre de roi du Kongo[1]. Une paix précaire règne pendant le demi-siècle suivant. Le trône est dévolu à tour de rôle auxKinlaza de l'est et auxKimpanzu de l'ouest. Malgré la restauration de lamonarchie, les jours glorieux du Kongo se sont définitivement estompés. Le royaume ne retrouva jamais sa prédominance économique ou politique, et se désintégrera entre des féodalités qui reconnaissaient officiellement le roi du Kongo mais pas véritablement son contrôle ni son autorité.