Staline, méfiant face à la popularité de Joukov, lelimoge dès 1946, l'envoyant àOdessa puis àSverdlovsk. La mort de Staline en 1953 lui donne un certain poids politique : c'est lui qui arrêteBeria ; il devient ensuite vice-ministre (1953-1955) puisministre de la Défense (1955-1957), soutenantKhrouchtchev lors de ladéstalinisation. Méfiant à son tour, Khrouchtchev le fait démettre de toutes ses fonctions et le met définitivement à la retraite en 1957.
Il est décrit comme parfois brutal, désigné comme le « maréchal de Staline » voire l'« ombre de Staline ». L'historienJean Lopez, qui lui a consacré une biographie en 2013, le considère comme« l'homme qui a vaincu Hitler »[1]. Lemaréchal Joukov est l'officier général le plus décoré de l'histoire de l'Union soviétique.
Selon les historiensJean Lopez et Lasha Otkhmezuri, reprenant les travaux de Boris Sokolov, les origines extrêmement pauvres de Gueorgui Joukov sont exagérées. Cette construction, due auxMémoires écrits entre 1958 et 1969 par Joukov lui-même (avec l'aide d'Anna Davydovna Mirkina) et reprise par presque toutes les biographies, a été faite pour correspondre à la propagande. La jeunesse d'unmaréchal soviétique doit être politiquement correcte, pour satisfaire les censeurs de la commission militaire duComité central du PCUS, reprenant des stéréotypes : une famille très pauvre, un père banni deMoscou à cause de larévolution de 1905, un richekoulak qui exploite les paysans, une formationautodidacte, un patron voleur et exploiteur d'enfants, une conscience politique, etc.[2]
Il est né dans une famille de paysans du village de Strelkovka (environ 300 habitants en 1897)[3], près de la petite ville de Ougodski Zavod (renommée Joukovo en 1974, puisJoukov en 1996 à l'occasion du centenaire de la naissance du maréchal), dans legouvernement de Kalouga (aujourd'hui l'oblast de Kalouga), à 98 km au sud-ouest deMoscou.
Son père, orphelin, était né en 1841 et fut recueilli par une vieille dame, Anouchka (Anna) Joukova, qui habitait uneisba d'une seule pièce :« C'était une maison bien vieille et un de ses coins était profondément enfoncé en terre. Le temps avait fait pousser sur ses murs et son toit de la mousse et de l'herbe. La maison ne comportait qu'une seule pièce dotée de deux fenêtres »[4]. La vieille dame l'appela Constantin (Konstantin Artemovitch). Quand elle mourut en 1849, il commença à travailler dans un atelier decordonnerie à Ougodski Zavod à l'âge de huit ans. Trois ans plus tard, il partit à pied pour Moscou travailler chez un bottier allemand de renom, Weiss. Il se maria une première fois en 1870 avec Anna Ivanova, de Strelkovka ; le couple eut deux enfants, Grigori et Vassili (ce dernier mort avant d'avoir deux ans), mais sa femme mourut en 1892[5].
La mère du maréchal est Oustinia Artemievna, du village voisin de Tchernaïa Griaz. Oustinia est née le, elle est la fille aînée d'Artemi Merkoulovitch et d'Olympiada Petrovna (les deux n'ont pas encore de nom de famille : ils prendront celui de Pilikhine dans les années 1880). Oustinia épouse en 1885 Faddeï Stefanovitch, qui meurt quatre ans plus tard detuberculose : elle se retrouve veuve avec un enfant, Ivan. En 1890, elle donne naissance à un Gueorgui, sans père, qui décède au bout de quelques mois[n 1]. En 1892, à 28 ans, elle épouse Konstantin Artemovitch Joukov, qui a environ 50 ans[5]. Si Konstantin apporte au couple un peu de numéraire grâce à son métier de cordonnier, Oustinia possède quelquesdessiatines de terre cultivée ; ils possèdent une vache et une jument, qui permet à madame de faire du transport de produits entreMaloïaroslavets et leur village. Ces revenus leur permettent de payer un impôts annuel non négligeable de 17 roubles et troiskopecks[7].
Le couple a un premier enfant le, Maria. Puis deux ans plus tard naquit Gueorgui, le19 novembre 1896 (dans le calendrier grégorien)[n 2]. Son prénom fait référence àsaint Georges, lesaint patron deMoscou qui figure sur lesarmoiries de la Russie, fêté le de l'ancien calendrier[8]. Il hérite de la robuste constitution physique de sa mère, qui était capable de porter largement plus de 80 kilos sur ses épaules, et de celle de son grand-père maternel, qui était capable de soulever un cheval[9]. Le se rajoute Aliocha, qui meurt avant ses dix-huit mois[10]. En 1901, Gueorgui eut un petit frère appelé Alekseï ; le bébé était très maigre et avant la fin du sevrage la maman avait dû reprendre le travail. Durant l'été 1901, le toit de la maison familiale s'écroula ; de ce fait la famille fut obligée de vendre sa seule vache et son cheval (qui servait à la mère pour le transport de marchandises) pour acheter une nouvelle charpente et construire une nouvelle maison. Cette maison avait été faite dans la précipitation, de bric et de broc, et bien que « neuve » elle était le reflet de la misère familiale :« De l'extérieur cette maison était moins belle que les autres, le perron était fait de planches clouées ensemble, les fenêtres, de morceaux de vitres cassées »[11]. La famille ne put faire face à toutes ces dépenses ; le bébé finit par mourir à l'automne.
Gueorgui chasse (lièvre et canard) et surtout pêche avec les enfants du village dont son meilleur ami Lechka Kolotyrny ; il travaille aussi aux champs comme les garçons de son âge au temps desfenaisons et desmoissons ; maladroit, il se coupe à l'annulaire gauche (une cicatrice qu'il garde à vie). En 1903, Iegor (comme le surnomme son père), âgé de sept ans, a l'âge de raison : il entre pour trois ans à l'école paroissiale de Velitchkovo, à un kilomètre et demi de Strelkovka, qui compte seulement six élèves. Le père de l'instituteur étantpope, celui-ci assure l'instruction religieuse à raison d'un quart du temps scolaire. Joukov apprend à lire, écrire et compter très approximativement[12]. Dans sesMémoires, Joukov rapporte que« mon père racontait qu'après lesévénements de 1905 il avait été, comme bien d'autres ouvriers, licencié et expulsé de Moscou pour avoir participé aux manifestations. Mais je n'ai jamais su en détail ce qui s'était passé. »[9]« En 1906, mon père rentra au village. Il dit qu'il ne repartirait plus pour Moscou car la police l'avait interdit de séjour dans toutes les villes, ne l'autorisant à vivre que dans son village natal. »[13] Selon l'historien Jean Lopez, il n'y a aucune trace de cette interdiction dans les archives de la police ou des tribunaux moscovites. Son père restera au village jusqu'à sa mort en 1921.
Gueorgui voulait devenir employé d'uneimprimerie mais son oncle maternel, Mikhaïl Artemovitch Polikhine, a réussi en tant quefourreur à Moscou ; aussi sa mère décide de le retirer de l'école et de l'envoyer dans la grande ville à l'automne 1908 pour apprendre le métier. Il y reste quatre ans et demi, revenant au village chaque été pendant deux mois (comme tous les autres ouvriers). Selon la version traditionnelle, son métier est dur et il est souvent battu par ses patrons. L'autre version le décrit comme complètement intégré dans la famille de son oncle (diadia Micha : « oncle Micha »)[14] ; Gueorgui se fait remarquer par ses qualités intellectuelles et son honnêteté ; il se lie d'amitié avec le fils aîné du patron (son cousin germain Alexandre : « Sacha ») qui lui donne des livres à lire (Sherlock Holmes, mathématiques, vulgarisation scientifique, etc.). À partir de 1910, il fait des livraisons dans Moscou et participe aux foires deNijni Novgorod et Ourioupino[15]. À la fin de l'année 1911, il termine son apprentissage et devient ouvrier-fourreur. De 1911 à 1914, il vit avec un salaire plutôt confortable de 25 roubles par mois (18 selon lesMémoires)[14], prend quelques cours du soir puis les abandonne pour profiter d'une vie agréable (cinéma et théâtre)[16]. D'abord logé chez son oncle, Joukov loue probablement à partir du début 1913 une chambre pour trois roubles par mois chez la veuve Malycheva, à l'angle de la très chicrue Tverskaïa et d'Okhotnyi Riad[14] ; il tombe amoureux de Maria Malycheva, la fille de sa logeuse, et il est question de leur mariage[16].
LaPremière Guerre mondiale réoriente la vie de Joukov vers une carrière militaire. En 1915 et 1916, dans l'Armée impériale russe, il passe cinq semaines sur le front à faire des patrouilles avant d'être blessé. Son expérience combattante est plus longue de 1918 à 1921 au sein de laRKKA (l'Armée rouge), participant pendant six mois à lalutte contre les Blancs, puis pendant treize mois à la répression despaysans insurgés. Plus important, il bénéficie d'une série de formations qui le fait monter en grade.
L'empereur d'Allemagne déclare la guerre à son cousin l'empereur de Russie le ducalendrier grégorien. L'Armée russe n'a pas attendu pour lancersa mobilisation, d'abord partielle (concernant seulement quatredistricts militaires sur douze) dès le, puis générale à partir du 31, se terminant trois mois plus tard. Joukov n'est pas appelé car trop jeune : seuls les hommes de20 à 43ans aptes au service sont concernés. Par contre, son cousin (et ami) Alexandre Pilikhine se porte volontaire, échouant à emmener Joukov avec lui ;« deux mois plus tard [il] fut renvoyé à Moscou grièvement blessé[17]. » Dans sesMémoires, Joukov dit« le début de laPremière Guerre mondiale a laissé dans ma mémoire surtout le souvenir du sac des magasins étrangers deMoscou[17]. » Effectivement, Moscou est marquée en par la vandalisation de quelques boutiques allemandes[n 3] ; une seconde vague plus violente d'agressions et de pillages a lieu du 26 au[18].
Joukov ne s'est pas porté volontaire mais saclasse deconscrits est appelée de façon anticipée à partir de. Le, il est incorporé à la caserne deMaloïaroslavets, prêtant le serment d'allégeance :« Je promets et, par la présente, je jure devant le Dieu tout-puissant, sur Ses Saints Évangiles, de servir Sa Majesté impériale, l'Autocrate suprême, sincèrement et fidèlement, de lui obéir en toutes choses, et de défendre sa dynastie, sans épargner mon corps, jusqu'à la dernière goutte de mon sang. »[19] Comme Joukov sait monter, il est versé dans lacavalerie, faisant d'abord sesclasses àKalouga, dans la caserne du189ebataillon d'infanterie deréserve[20]. En, après un mois de cette formation initiale, il est versé au10erégiment dedragons deNovgorod, dont lesquartiers sont àBalakleïa, près deKharkov : l'uniforme estkaki, aux rabats et passepoilscramoisis, avec unecasquette blanche pour la parade (Joukov avoue préférer la tenue deshussards)[21]. La formation de cavalerie audépôt dure huit mois de plus, puis les recrues partent pour le front en dans le contexte de la préparation de l'offensive Broussilov mais sans Joukov, qui est choisi pour lepeloton d'instruction dessous-officiers (dont l'Armée russe manque gravement), àIzioum[22]. Il est reçu à l'examen final, nommémladchyi unter-ofitser (« sous-officier en second », souvent traduit par « sergent en second ») et envoyé avec quatorze camarades rejoindre son régiment au front[23].
Son unité, le10e régiment de cavalerie, fait partie de la10edivision de cavalerie, elle-même une subdivision du3ecorps de cavalerie qui forme l'aile gauche de la9e armée russe, intégrée aufront du Sud-Ouest. L'escadron de Joukov est attaqué dès sa descente du train àKamenets-Podolsk le par un avion autrichien, tuant un cavalier et blessant cinq chevaux[24]. Le premier fait d'arme de Joukov est la capture d'un Allemand (sûrement unofficier de liaison détaché auprès de la9e armée austro-hongroise) en près deBystritsa (à l'ouest de laBucovine), ce qui lui vaut sa premièrecroix de Saint-Georges[24]. Mais en, lors d'une patrouille de reconnaissance, l'explosion d'unemine fait trois blessés dont Joukov qui tombe dans lecoma. Il reprend conscience le lendemain à l'hôpital, puis il est évacué à Kharkov où il reste jusqu'en. Il garde des séquelles aux oreilles (petite surdité et des vertiges), reçoit une seconde croix de Saint-Georges et son affectation à l'escadron de renforcement, stationné à Lagueri (près de Balakleïa)[25]. Il n'a passé que cinq semaines sur le front.
Joukov consacre deux pages de sesMémoires (sur 1 100) auxrévolutions de 1917, restant plutôt vague et imprécis, consignant trois événements. Selon lui, le (le du calendrier julien), premier jour de larévolution de Février, son escadron à Balakleïa se seraitmutiné, aurait formé un comité de soldats et arrêté ses officiers, ce que Jean Lopez juge peu vraisemblable[26]. Courant mars, le sergent Joukov est élu au sein dusoviet de son escadron et représentant (parmi trois) auprès de celui du régiment[27]. Enfin, sa« participation à larévolution d'Octobre a consisté dans le fait que l'escadron sous la direction du comité dont j'étais président a adopté la plate-formebolchevik et a refusé de s'ukrainiser »[28] ; d'où la nécessité selon lui de se cacher face aux menaces de mort desnationalistes ukrainiens partisans deSymon Petlioura[29]. Le, dans un contexte de désagrégation de l'armée (la démobilisation commence le) et deproclamation de l'indépendance de l'Ukraine (le), Joukov rentre à Moscou, où règne la faim, puis en chez ses parents à Strelkovka[30].
Selon Joukov dans sesMémoires de 1969,« je décidai de m'engager dans laGarde rouge. Mais au début de février, je tombai gravement malade : c'était letyphus exanthématique, puis en avril j'eus lafièvre typhoïde récurrente. Ainsi, je n'ai pu réaliser mon désir de me battre dans les rangs de l'Armée rouge que six mois après, quand, en, j'entrai comme volontaire au4erégiment de la1redivision de cavalerie de Moscou. »[31] Moscou et Strelkovka sont alors déjà aux mains desRouges, tandis que le typhus ravage une population affaiblie par la faim, manquant d'hygiène etcouverte de poux. Mais dans son autobiographie de 1938, Joukov écrit :« j'ai été mobilisé dans la RKKA le » - le RKKA étant l'armée rouge des ouvriers et paysans, ancienne armée rouge. SelonJean Lopez, la seconde date est plus probable (d'autant qu'en 1938, pendant lesGrandes Purges, il est suicidaire de mentir), après la première victoire de l'Armée rouge des ouvriers et paysans (reprise de Kazan(en) le), et le décret de levée des ancienssous-officiers (le)[32]. Pour la seconde fois, Joukov est incorporé dans lacavalerie, prêtant encore serment :« Moi, fils du peuple travailleur, citoyen de la République soviétique, je prends le titre de soldat de l'armée ouvrière et paysanne. [...] Je m'engage à agir au premier appel du gouvernement des paysans et des travailleurs, pour défendre la république soviétique contre toutes les menaces et les attentats de la part de ses ennemis, pour la cause du socialisme et de la fraternité des nations et je jure de n'épargner dans cette lutte ni mes forces ni ma vie. »[33] Le4e régiment de la division de cavalerie de Moscou est créé le, avec casernement sur lechamp de manœuvre de Khodynka(en) au nord-ouest de la capitale soviétique. L'unité y reste pendant huit mois, touchée par la faim et la désertion, manquant d'équipement et d'encadrement. Comme lesgrades ont été abolis, Joukov est un simple « militaire rouge » (Красноармеец,krasnoarmeets), avec au bout de quelques semaines la fonction de commandant d'escouade[34] (Комот). Le, Joukov est accepté comme membre (ou comme candidat selon Krasnov) duParti communiste russe bolchevik[35], ce qui a aidé dans sa carrière militaire.
Le, la division est regroupée et envoyée par train àIerchov, pour être mise à disposition de la4e armée rouge(ru) et ducommandant Frounze pour combattre l'armée blanche de l'amiral Koltchak. Son régiment s'avance jusqu'à Chipovo au début, où il affronte lescosaques jusqu'en juillet[36]. Sa division est ensuite envoyée au sud, contre l'aile droite blanche dugénéral Dénikine, commandée par lebaron Wrangel, qui vient de prendreTsaritsyne en juin. Le, le régiment stationne àKrasny Kout[37]. Ce mois-là, Gueorgui Konstantinovitch rencontre lecommissaire politique de sa division, son presque homonyme Gueorgui Vassilievitch Joukov, qui lui conseille de suivre la formation pour devenir un descadres de l'Armée rouge[38]. Le, le4e régiment de cavalerie est redéployé en train àVladimirovka ; le, il rencontre lescosaques etKalmouks blancs du1er régiment duKouban : unegrenade explose sous le ventre du cheval de Joukov« des éclats avaient pénétré profondément dans la jambe et le côté gauche. » Démonté et isolé, il est sauvé par le commissaire politique Anton Mitrofanovitch Ianin, qui le charge ensuite sur unetélègue et l'emmène àSaratov. Joukov passe un mois à l'hôpital, de nouveau touché par le typhus (tombant amoureux de Maria Nikolaevna Volokhova, qui a à peu près l'âge de Gueorgui, étant née en 1897), puis un autre mois en convalescence chez ses parents[39]. En, il est sélectionné par la cellule communiste de sa division pour intégrer la formation des cadres de la cavalerie àStarojilovo(ru), près deRiazan[40].
De 1922 à 1941, Joukov occupe à peu près tous les postes qu'il est possible d'occuper pour unofficier, decommandant d'escadron àchef de l'État-Major général, le tout sans faire d'études supérieures : une telle carrière militaire n'est pas rare enUnion soviétique, où la plupart des cadres sortent du rang. Cela s'explique par la haine contre les anciennesnoblesse etbourgeoisie, par la très forte croissance de l'Armée rouge, mais aussi par la grande méfiance desbolcheviks vis-à-vis des militaires professionnels, les exécutions permettant des promotions rapides.
La promotion 1925 de l'école supérieure de cavalerie, comprenant notammentRomanenko au premier rang ;Bagramian etIeremenko au deuxième rang ; Joukov etRokossovski au troisième ;Bobkine(ru) au dernier rang.
Vers la fin de 1929, il est envoyé suivre un « cours avancé pour les commandants » (KUVNAS en russe) pendant trois mois à Moscou, dans les locaux de l'académie militaire Frounze[55] : le but est d'élever le niveau d'instruction des chefs sortis du rang. Joukov loge alors à l'hôtel réservé à côté de la Maison de l'Armée rouge, dans la bibliothèque de laquelle Joukov étudie les livres des grands stratèges soviétiques :Le Cerveau de l'armée(en) deBoris Chapochnikov, leStrateguia (Stratégie) d'Alexandre Svetchine, lesQuestions de stratégie moderne deToukhatchevski, ainsi que les ouvrages d'Aleksandr Iegorov, deVladimir Triandafillov, d'Ieronim Ouborevitch, d'Iona Yakir, etc. qui font découvrir à Joukov la théorie de l'art opératif et desopérations en profondeur[56]. C'est là qu'il apprend l'importance des chars :« tout contribue à faire des blindés un des moyens les plus puissants de l'offensive »[57]. À la suite de ce séjour à l'école militaire, les promotions s'enchaînent : après son retour à Minsk, en, il est promu commandant de la2ebrigade de cavalerie (mais il obtient le rang dekомбриг,kombrig, que le)[58], qui regroupe les39e et40e régiments, toujours au sein de la7e division de cavalerie, désormais commandée parRokossovski ; puis, à la fin de 1930, il est promu à l'inspection générale de la cavalerie, dirigée à l'époque parBoudienny. Joukov revient donc à Moscou en, avec Alexandra et Era, se logeant dans un deux-pièces au 11 de la rue Sokolniki[59]. La fonction de Joukov en tant qu'adjoint de Boudienny est de travailler à la direction de l'instruction, notamment sur la refonte des règlements d'emploi des différentes armes, avec pour collèguesAlexandre Vassilievski,Alexandre Verkhovski,Ivan Tioulenev etPiotr Sobennikov[60]. Selon lesMémoires, il travaille avec Toukhatchevski sur le début de la motorisation (un régiment mécanisé est rajouté à chaque division de cavalerie)[61].
En, Georgui Kontantinovitch reprend ses fonctions, au moment où leSovnarkom annonce le rétablissement descommissaires politiques dans toutes les unités[65]. Le, Ouborevitch est arrêté. Le, laPravda et les radios annoncent que huit des principaux commandants, notamment le maréchal Toukhatchevski et lekomkor Ouborevitch, ont été jugés pour« trahison et espionnage » et condamnés à mort (ils sont fusillés le même jour)[66]. C'est le début du volet militaire desGrandes Purges (laiejovchtchina) marquées par de très nombreuses dénonciations, arrestations et exécutions des cadres : en deux ans disparaissent trois maréchaux sur cinq, 14 commandants d'armée sur 16, 8 amiraux sur 9, 60komkors sur 67, 136komdivs sur 199[67]. Vers la fin de, Joukov est convoqué à Minsk auprès du commandement de Biélorussie : il se retrouve alors devant le nouveau commissaire politique du district,Filipp Golikov, qui mène un interrogatoire sur ses rapports professionnels et amicaux avec les condamnés[68]. Mais la purge laisse de nombreuses places vacantes, d'où des nominations en rafale : le, Georgui Kontantinovitch est promu commandant du3ecorps de cavalerie[69]. En,Rokossovski etGorbatov sont arrêtés à leur tour par leNKVD. Le, Joukov est muté au commandement du6e corps de cavalerie ; c'est encore une promotion, car le6e corps est considéré comme le meilleur de l'Armée. Enfin, le, il est nommé adjoint du commandant du district de Biélorussie[70], àSmolensk[71], juste avant la mobilisation partielle des districts deKiev et de Biélorussie de en réaction à lacrise des Sudètes[72].
Le (ou le selon lesMémoires)[73], alors que Joukov achève un exercice de manœuvre militaire, il est convoqué à Moscou. Le (ou le selon lesMémoires), le maréchalKliment Vorochilov,commissaire du peuple à la Défense, l'accueille et l'entraîne devant une grande carte :« lestroupes japonaises ont subitement pénétré sur le territoire de laMongolie que le gouvernement soviétique en vertu du traité du a l'obligation de défendre contre toute agression extérieure. Voici la carte des secteurs de pénétration et la situation à la date du. [...] Je pense que c'est le début d'une sérieuse aventure militaire. En tout cas, les choses n'en resteront pas là... Pouvez-vous prendre l'avion immédiatement et, s'il le faut, assumer le commandement des troupes ? »[74] Selon les ordres datés du et signés Vorochilov, Joukov doit inspecter le57ecorps spécial de fusiliers[n 5] et rendre compte directement au ministre[75]. Selon Jean Lopez, Joukov a été choisi parce qu'il est un cavalier connaissant bien les troupes mécanisées, mais surtout parce que son dossier le présente comme un chef intransigeant sur la discipline[76]. Pour sa mission, il est accompagné (et surveillé) par lecommissaire politiqueGrigori Koulik.
Au milieu du mois de, Joukov est nommé au commandement dudistrict militaire spécial deKiev, le principal commandement le long de la frontière occidentale par le nombre d'unités (il correspond aufront du Sud-Ouest à l'entrée en guerre). Une fois enUkraine, il essaye d'améliorer la discipline, l'entraînement et l'encadrement, mais, dès le, il doit faire engager une partie de ses forces contre leroyaume de Roumanie, lors de l'occupation soviétique de la Bessarabie et de la Bucovine du Nord. Comme les Roumains tentent d'évacuer leur matériel de l'autre côté duProut, Joukov décide (sans en demander l'autorisation, une initiative rare dans laRKKA) de larguer desaéroportés sur les nœuds ferroviaires deBelgorod,Cahul etIzmaïl. Selon lesMémoires, Staline l'aurait fait appeler au téléphone pour lui demander ce qu'il se passe ; la réponse de Joukov selon laquelle les Roumains ont cru au parachutage de blindés aurait fait rire le dictateur[90]. À Kiev, Joukov croise pour la première foisNikita Khrouchtchev.
À partir de l'été 1940, lacoopération germano-soviétique est entachée par des tensions diplomatiques : les Allemands soutiennent la Finlande, puis mettent sous tutelle la Hongrie, la Slovaquie et la Roumanie. Dans ce contexte inquiétant, les principaux généraux et lePolitburo se réunissent à Moscou à partir du pour une conférence. Les orateurs se succèdent : d'abordSemion Timochenko, puisKirill Meretskov ; Joukov prend la parole le sur le thème « le caractère des opérations offensives modernes », rapport qu'il a rédigé avec l'aide d'Ivan Bagramian etMaksim Pourkaïev (Joukov n'a pas fréquenté uneacadémie militaire), analysant lescombats en Mongolie, ainsi queceux de France[91]. La réunion se termine avec deuxKriegsspielen simulant une attaque allemande contre l'Union soviétique. Le premier dure du 2 au avec Joukov à la tête des bleus (les Allemands) etDmitri Pavlov les rouges (les Soviétiques), assisté notamment parIvan Koniev. Le second se déroule du 8 au en inversant les rôles. Timochenko,Chapochnikov, Meretskov,Vatoutine,Boudienny,Koulik etGolikov jouent aux arbitres. Ces exercices sur carte se terminent dans le premier cas à l'avantage des bleus, dans le second par une victoire plus nette des rouges[92]. Dans les deux cas, ledébriefing du confirme aux chefs soviétiques qu'ils peuvent maintenir un grand nombre d'unités le long de la frontière (sur laligne Molotov) sans danger d'encerclement, qu'il faut plusieurs jours pour que les deux forces armées terminent leur déploiement, que l'attaque allemande se concentrerait au sud desmarais du Pripet, et qu'unecontre-offensive massive partant d'Ukraine occidentale vers laPologne méridionale donnera la victoire aux Soviétiques[93].
Selon Joukov, Staline le nomme chef de l'État-Major général dès le. Le, il prend ses fonctions à Moscou[94], ce qui fait de lui leno 2 de l'Armée rouge (en dessous ducommissaire du peuple à la Défense Timochenko) et un membre duComité central. La famille emménage dans un appartement du quai Berseniev, donnant sur laMoskova, près duKremlin, avec en primes unedatcha àArkhangelskoïe et d'autres privilèges. Pendant cinq mois, Joukov travaille d'arrache-pied et sous pression, signant notamment le avec Timochenko la mise à jour du « plan de déploiement stratégique » (MP-41), qui prévoit pour l'horizon 1942 la possibilité demobiliser un total de 8,7 millions d'hommes (soit 300 divisions et théoriquement 33 corps mécanisés)[95]. Après un discours plutôt belliciste de Staline le, le couple Joukov-Timochenko propose le un plan d'attaque préemptive prévoyant une mobilisation clandestine[n 8], idées qui met en colère Staline[97]. Selon lesMémoires, Timochenko et Joukov demandent les 13 et l'autorisation à Staline de mettre en état d'alerte les troupes de la frontière (ce qui est une mobilisation partielle), ce qu'il refuse pour ne pas provoquer les Allemands[98]. L'état d'urgence est finalement autorisé dans la nuit du 21 au, mais avec consigne de ne pas répondre aux provocations[99].
Pendant laGrande Guerre patriotique, comme disaient lesSoviétiques et maintenant les Russes, Joukov assure d'abord le rôle de chef de l'État-Major général pendant 38 jours, puis il devient jusqu'en 1943 le « pompier de service » envoyé là où les lignes craquent, comme représentant de laStavka. Avec lui, Staline est parfois respectueux, d'autres fois menaçant et brutal. Les autresmaréchaux et généraux soviétiques sont moins des collègues que des concurrents jalousés, voire dans quelques cas franchement des ennemis. Joukov participe ou commande à environ soixanteopérations de l'Armée rouge sur quatre ans, sacrifiant sans compter les vies pour obtenir la victoire finale.
Joukov passe la nuit du 21 au au commissariat de la Défense. En fin de soirée, il appelle par radio les trois commandants desdistricts frontaliers,Kouznetsov (du district spécial de laBaltique, qui devient le lendemain lefront du Nord-Ouest),Pavlov (du district de l'Ouest, ex-district deBiélorussie, futurfront de l'Ouest) etKirponos (du district spécial deKiev, bientôtfront du Sud-Ouest) pour leur annoncer la mise en alerte. À3 h 17 du matin, l'amiral de laflotte de la mer Noire signale un grand nombre d'avions inconnus arrivant par la mer : Joukov (qui n'en a pas l'autorité) lui donne l'autorisation d'ouvrir le feu ; à3 h 30, c'est au tour du chef d'état-major du district de l'OuestKlimovskikh(en) de signaler des bombardements aériens, puis celui de KievPourkaïev et enfin celui de la Baltique à3 h 40[100]. Vers4 h,Timochenko et Joukov font réveillerStaline et demandent par téléphone l'autorisation de riposter ; ce dernier répond en convoquant les deux militaires et lePolitburo auKremlin. La réunion commence à4 h 30 avec un Staline presque en état de choc ;Vatoutine, alors un des adjoints de Joukov, les informe qu'après une préparation d'artillerie, les troupes allemandes attaquent ; Joukov demande l'autorisation de contre-attaquer. À5 h, l'ambassadeur d'Allemagnevon der Schulenburg annonce àMolotov la déclaration de guerre[101] ; à5 h 30, Staline autorise enfin une riposte limitée[n 9]. De retour à l'État-Major général vers8 h, Joukov n'arrive pas à joindre les différentsétats-majors defront et d'armée : les fils sont coupés (bombardements et sabotages) et personne ne semble encore capable d'utiliser lescodes etfréquences radios. De retour au Kremlin à9 h avec Timochenko, ils proposent d'ordonner lamobilisation générale et de former laStavka, ce qui est refusé pour l'instant par Staline[103].
À13 h, Staline appelle Joukov :« nos commandants de front n'ont pas une expérience suffisante dans la conduite des opérations militaires et, manifestement, plusieurs sont déroutés. Le Politburo a décidé de vous envoyer sur le front du Sud-Ouest en qualité de représentant du haut-commandement. Sur le front de l'Ouest, nous enverrons le maréchalChapochnikov et le maréchalKoulik. »[104] Vatoutine le remplace à la tête de l'État-Major général ; à13 h 40, Joukov est à l'aéroport ; en fin d'après-midi, il arrive à Kiev qui vient d'être bombardée ;Khrouchtchev et lui rejoignent en voiture lePC du front àTernopol, où ils arrivent dans la nuit[105]. Au matin du, Joukov est en contact avec Vatoutine par radio, mais aucune liaison avec Pavlov et Kouznetsov, ni avec plusieurs grandes unités du front. Il ordonne malgré tout des contre-attaques avec les cinqcorps mécanisés qu'il a sous la main[n 10], notamment le8e corps du lieutenant-généralRiabychev(ru) et le9e du major-généralRokossovski ; ils se font tailler en pièces par lePanzergruppe 1 dugénéral von Kleist pendant labataille de Loutsk – Doubno – Brony du 26 au, ralentissant seulement les Allemands. Le à midi, Staline rappelle Joukov à Moscou, où il arrive le soir du 26[107]. Fin, Alexandra Joukova et ses filles sont évacuées àKouïbychev, où les rejoignent Ustenia (la mère de Joukov) et Maria (sa tante) en[108].
Au milieu de la nuit du 26 au, Timochenko, Joukov et Vatoutine se retrouvent face à Staline au Kremlin pour s'occuper de la situation du front de l'Ouest, dont l'encerclement se profile dans lespoches de Białystok et de Minsk. Résultat, Joukov ordonne plusieurs fois les 27 et 28 partélex à ce front de contre-attaquer, sans aucune efficacité. Le 29, Staline passe sa colère sur Joukov :« qu'est-ce que c'est que cet état-major perdu au point de n'avoir pas de liaison avec ses armées, qui ne représente rien et ne commande à rien ? Cet état-major est impuissant à commander quoi que ce soit ! »[109] Kouznetsov est rétrogradé,Meretskov arrêté, Pavlov et Klimovskikh exécutés[110]. Le 10 ou le, la Stavka et l'État-Major général déménagent ensemble dans leQG de laDCA moscovite, rue Kirov, tout proche de lastation Kirovskaïa qui sert d'abri anti-aérien. Joukov ordonne une série de contre-attaques limite suicidaires dans lesquels lescorps mécanisés soviétiques sont anéantis : àLepel du 6 au contre le flanc duPanzergruppe 3 dugénéral Hoth ; àJlobine le 13 contre lePanzergruppe 2 dugénéral Guderian ; en Ukraine du 10 au 14 (opérationNovograd-Volynski) ; près dePskov du 14 au 18 contre lecorps motorisé dugénéral Manstein (opérationSoltsy-Dno)[111]. Le, Staline nommeVorochilov à la tête d'une « direction Nord-Ouest » (coiffant plusieurs fronts) avecJdanov commepolitruk, Timochenko avecBoulganine à la direction de l'Ouest,Boudienny avec Khrouchtchev à la direction du Sud-Ouest[112]. Selon lesMémoires, c'est Joukov qui obtient de Staline le déploiement des armées tenues en réserve sur deux lignes, la première sur laDvina et leDniepr (s'appuyant sur laligne Staline, parPolotsk,Vitebsk,Orcha,Moguilev etMozyr), la seconde passant parNevel,Smolensk,Roslavl etGomel pour protéger la capitale[113]. Le, Staline autorise Joukov à constituer un « front de réserve » avec de nouvelles armées[114]. Le,Smolensk est prise par les Allemands, d'où une nouvelle colère de Staline contre Joukov ; du 21 au 26, contre-attaque massive soviétique autour de Smolensk, Joukov engageant la majeure partie du front de réserve, ce qui arrête leurgroupe d'armées Centre[115].
Selon lesMémoires de Joukov, la réunion du avecStaline, en présence deMekhlis et deBeria, se termine par sonlimogeage[116]. Les raisons invoquées sont sa responsabilité dans les menaces surKiev, ainsi que l'accumulation de défaites[117]. Quoi qu'il en soit, le le maréchalChapochnikov prend les fonctions de chef d'État-Major général, tandis que Joukov est rétrogradé au commandement d'unfront, tout en gardant sa place à laStavka.
Le, Joukov est convoqué de nouveau auKremlin. Selon lesMémoires, Staline le reçoit dans la nuit du 8 au 9 et l'envoie organiser la défense deLéningrad, mais c'est le qu'une réunion avec tout lePolitburo lui donne le commandement dufront de Léningrad. Le 12, Joukov part en avion, manquant se faire descendre au-dessus dulac Ladoga[122].Vorochilov est rétrogradé par Staline, tandis que Joukov essaye de rétablir la volonté de se battre en aboyant et menaçant, terrorisant tout le monde. Désormais encerclé par les troupes allemandes et finlandaises (Chlisselbourg est tombée le 8), il envoie au combat les troupes du NKVD, l'infanterie de marine, les matelots et lamilice populaire (les divisions deNarodnoe Opolcheniye,дивизии народного ополчения : DNO), avec le soutien des canons de laflotte de la Baltique. Un tiers de laDCA est désormais utilisé commearmes antichars, les usines fabriquent un demi-million demines, lesunités de barrage(en) font la chasse aux déserteurs, les familles de ceux qui se rendent sont exécutées[123]. La ligne de front se stabilise et lesiège de Léningrad commence.
Le,Staline rappelle Joukov à Moscou : depuis le les Allemands ont relancé leur offensive au centre, enfonçant et encerclant les unités des frontsde l'Ouest (Koniev),de réserve (Boudienny) etde Briansk (Eremenko) à l'ouest deViazma et de part et d'autre deBriansk. Joukov est envoyé comme représentant de la Stavka : la nuit du 6 au 7, il rejoint en voiture l'état-major du front de l'Ouest installé près de Gjatsk. Le 7, toujours par la route et de nuit, il retrouve celui du front de réserve àObninsk puis Boudienny àMaloïaroslavets (les deux sont séparés depuis trois jours) et rencontre des unités sans chefs et sans ordre[124]. Le 8, Joukov est de nouveau nommé au commandement du front de réserve. À partir du 9, la pluie rend tout boueux, c'est laraspoutitsa qui commence, freinant considérablement les déplacements. Le 10, Joukov reçoit en plus le front de l'Ouest. Il installe son état-major à Perkhouchkovo, près de Moscou, abandonnant son projet de le déplacer àArzamas[n 11]. À partir de cette période, Joukov prend comme maîtresse une jeune aide-médecin, le premier lieutenant Lida Zakharova[126].
La défense de Moscou (le « front de réserve de Moscou », absorbé par le front de l'Ouest le 12) est mise sur pied par l'état-major de Joukov avec les mêmes méthodes terroristes qu'à Léningrad un mois plus tôt. Les troupes survivantes sont renforcées par les divisions de milices populaires (ouvriers et étudiants encadrés par des membres duParti), desconscrits (lesclasses nées en 1921, 1922 et 1923, sont mobilisées par anticipation[127] et envoyés au combat sans instruction ni parfois d'uniforme), en arc-de-cercle deKalinine au nord àKalouga au sud, passant parVolokolamsk etMojaïsk, tandis que les forces allemandes sont encore occupées à réduire les poches de Viazma et de Briansk. Legroupe d'armées Centre allemand repart de l'avant à partir du seulement. Le 13, lePanzergruppe 4 dugénéral Hoepner prend Kalinine, tandis que la2. Panzerarmee deGuderian atteintKalouga. Ce soir là, lethéâtre Bolchoï est évacué àKouïbychev (y compris les costumes, les décors et des fauteuils) ; le 16, c'est legouvernement, leKomintern et les ambassades qui partent là-bas, 900 km plus à l'est. Des cadres moscovites prennent la fuite, accompagnés de vols massifs ; des charges explosives sont placées dans lemétro, les ponts, les gares, sur les installations électriques et sanitaires[128]. Le 19, l'état de siège est proclamé dans la capitale, ce qui rétablit l'ordre[129]. Mojaïsk (à 100 km de Moscou) tombe le 18. Le 22, c'est au tour deNaro-Fominsk : le commandant de division et sonpolitruk sont fusillés devant leurs soldats et Joukov fait contre-attaquer, d'où un combat de huit jours qui bloque les Allemands[130]. Même chose à Volokolamsk le 23, oùRokossovski échappe de peu à l'exécution pour avoir reculé. Le, les Allemands arrivent devant Toula, mais ils s'arrêtent partout le 30 devant la défense soviétique et surtout la boue qui les prive de ravitaillement (carburant, munitions et nourriture).
Selon sesMémoires et ceux de son collègue[n 15], Joukov et Vassilevski proposèrent le 13 à Staline l'idée d'un vaste encerclement, appelé « opération Uranus »[149] : il faut masser loin sur les flancs les moyens de cette contre-offensive, tout en usant la6e armée allemande (dePaulus) dans les combats urbains face à la62e armée soviétique (deTchouïkov, armée régulièrement renouvelée). Pour cela, il faut une préparation de six semaines. De fin septembre au début octobre, un nouveaufront du Sud-Ouest est créé (confié àVatoutine) ; le front de Stalingrad devient lefront du Don (Rokossovski) et lefront du Sud-Est devientcelui de Stalingrad (Eremenko), le tout largement renforcé ; le, les trois chefs de front sont mis au courant. En octobre et, Joukov passe en revue le terrain autour deSerafimovitch, inspecte les deux fronts du Sud-Ouest et du Don, entraîne tous les états-majors sur le plan, tandis que Vassilevski fait de même pour le front de Stalingrad[150]. L'opération est repoussée deux fois par Joukov[151], puis lancée le : les positions de la3e armée roumaine (dugénéral Dumitrescu) sont immédiatement percées. Le 23, les deux pinces se rejoignent à Kalatch, 70 km à l'ouest de Stalingrad.
Dès le au soir, Joukov arrive auPC dufront de Kalinine (commandé parPourkaïev) àToropets, puis il fait la navette avec celui dufront de l'Ouest (confié àKoniev)[152]. Au même moment où est planifiée la contre-offensive sur leDon, il a convaincuStaline de le laisser mener une offensive massive devant Moscou, avec ces deux fronts qui sont les plus puissants de l'Armée rouge. SiVassilevski est chargé de mener l'opération Uranus (encerclement deStalingrad), à laquelle doit succéderSaturne (en fonçant jusqu'àRostov), Joukov se réserve l'opération Mars (encerclement du saillant deRjev) et ensuite l'« opération Jupiter » (jusqu'àSmolensk) : quatre vastes opérations sont ainsi prévues, chacune avec encerclement[153].
Joukov mentionne ces combats dans sesMémoires, mais sans nommer l'opération, en trois pages et demie (contre vingt pages pour Uranus), accusant Koniev de l'échec, la présentant comme une diversion pour fixer les Allemands duGA Centre et les empêcher de renforcer Stalingrad[152]. Le, Joukov est de retour àMoscou.Staline ne lui fait aucun reproche, persuadé que Mars a servi Uranus en fixant une partie des forces allemandes[156]. Son portrait fait laune duTime :
« Les Allemands sont en train de perdre la guerre en Russie, ce qui signifie qu'ils sont en train de perdre la Seconde Guerre mondiale. Sur les plaines gelées de Rjev devant Moscou, sur le Don et dans le corridor de la Volga à Stalingrad, dans la neige et les vallées du Caucase, les Russes sont à l'offensive. [...] Les rares étrangers qui ont pu apercevoir Joukov se rappellent son visage de lion, sa bouche large et charnue. [...] Il a dénoncé, bien avant que l'US Army en fasse autant, le poids des conventions et de la routine dans l'Armée rouge. »
Pour dégager définitivement Léningrad, une vaste offensive est prévue un peu plus au sud, pour encercler tout legroupe d'armées Nord allemand : c'est l'opération Étoile polaire (Polyarnaya Zvezda). Le plan concerne d'une part les fronts de Léningrad et de Volkhov, qui doivent faire une diversion versMga, d'autre part le front du Nord-Ouest qui est chargé d'attaquer lesaillant de Demiansk pour y encercler six divisions allemandes ; ensuite, la1re armée de choc doit ouvrir une brèche dans laquelle un groupe mobile (dirigé parKhozine) composé de la1re armée de chars (deKatoukov) et de la68e armée(en) (deTolboukhine) doit foncer, jusqu'àNarva etPskov. Joukov est chargé de la coordination de la préparation entre les différents états-majors. L'attaque démarre le au sud-est de Léningrad, sans efficacité ; mais, àDemiansk, les Allemands évacuent le saillant à partir du, soit quatre jours avant l'assaut. Les Soviétiques frappent donc majoritairement dans le vide. Pire, le groupe Khozin ne peut être engagé, un redoux ayant tout transformé en un océan de boue, le bloquant dans un énorme embouteillage. Staline ordonne de tout arrêter le, envoyant la1re armée blindée ailleurs[161].
En même temps plus au sud,Vassilevski est chargé de coordonner l'offensive générale lancée depuis leDonets vers leDniepr, menée par les fronts de Voronej (Golikov), du Sud-Ouest (Vatoutine) et du Sud (Malinovski) depuis le. Mais les Allemands dugroupe d'armées Don (commandé par leFeldmarschall Manstein) battent d'abord en retraite, puis contre-attaquent à partir du, taillant en pièces lescorps blindés etmécanisés soviétiques trop dispersés[162]. Le, Staline téléphone à Joukov pour le rappeler à Moscou ; soupant en tête-à-tête pendant la nuit du 13 au 14, le dictateur lui annonce qu'il l'envoie àKharkov. Arrivé sur place, croisant des troupes en retraite, sa voiture se fait tirer dessus : Kharkov etBelgorod sont réoccupées par les Allemands les 14 et. Joukov rétabli un peu d'ordre à l'état-major du front de Voronej, dépassé par la situation ; il demande et obtient le renvoi à Moscou de Golikov (remplacé par Vatoutine le) et de Vassilevski (le 22), enfin il fait colmater la brèche au moment du dégel[163].
Joukov reste auprès dufront de Voronej, soit dans la partie sud du saillant deKoursk, jusqu'au ; les 23 et 24, il est aufront central, dans la partie nord du saillant ; le 26, il est à Moscou pour une réunion de laStavka, puis du au il est de nouveau auprès des états-majors.Vassilevski le rejoint alors pour dix jours de travail en commun. La concentration des unités mécanisés allemandes, dont la majorité desdivisions panzers (repérés par leGRU, complété parUltra) de part et d'autre du saillant annonce une attaque d'encerclement[164]. Le, Joukov envoie à Staline unRapport stratégique préliminaire, donnant son avis sur les réactions soviétiques à avoir face à cette double manœuvre allemande d'encerclement :
« Afin que l'ennemi se mette de lui-même en pièces sur nos défenses, et en sus des mesures prises pour renforcer la défense antichar des fronts central et de Voronej, nous devons retirer aussi vite que possible des secteurs passifs et concentrer dans les réserves de la Stavka pour pouvoir les engager sur les axes menacés 30 régiments antichars, tous les régiments de canons automoteurs [...] et autant d'avions que possible. [...]
Je considère comme peu judicieux de lancer une attaque préventive dans les prochains jours. Il serait plus indiqué de laisser l'ennemi s'épuiser sur nos défenses et détruire ses chars, et seulement ensuite, après avoir amené des réserves fraîches, de passer à l'offensive générale [...].[165] »
Le 10, Vassilevski donne son accord. Le 12, les deux présentent avecAntonov l'idée générale à Staline, qui se laisse convaincre, alors queVatoutine etKhrouchtchev plaident eux pour une attaque préventive soviétique. Le plan prévoit d'abord unedéfense active, puis une contre-offensive versOrel au nord (opération Koutouzov), avec une seconde versKharkov au sud (opération Roumiantsev). Juste après, Joukov est envoyé avecChtemenko dans leCaucase pour chasser les Allemands de lapéninsule de Taman. Du 10 au, il est à Moscou ; le 14, il rejointRokossovski aufront central. L'attaque allemande est prédite pour le 15, puis le 19, sans se produire : Joukov s'occupe en inspectant les positions. Ensuite il est envoyé aufront de l'Ouest à partir du, il est à Moscou pour cinq jours jusqu'au, puis auprès des frontsdu Sud-Ouest etdu Sud. Du 16 au, il est de nouveau à la Stavka ; le 30, il est aufront de Briansk. Le, les Allemands commencent à bouger : Joukov retourne auPC du front central (Rokossovski)[166].
Après labataille de Koursk, l'Armée rouge a l'initiative, les Allemands restant sur la défensive. Selon lesMémoires de Joukov, ce dernier ainsi qu'Antonov estiment que les Soviétiques sont désormais capables de mener desopérations en profondeur d'encerclement (méthode plus rapide, mais risquée), tandis queStaline veut s'en tenir à des attaques multiples sur un large front (méthode plus sûre, mais lente et coûteuse en vies humaines). Ce débat les occupe à la mi-, mais c'est Staline qui impose son point de vue. Huit fronts sont concernés : ceuxde Kalinine etde l'Ouest doivent reprendreSmolensk (opération Souvorov) ; ceuxde Briansk,central,de Voronej etde la steppe doivent foncer jusqu'àKiev etTcherkassy ; enfin ceuxde Sud-Ouest etdu Sud jusqu'àZaporojie. Joukov coordonne les fronts de Voronej et de la steppe dans le cadre de l'opérationTchernigov-Poltava, tandis queVassilevski s'occupe des deux plus au sud[171].
LaStavka ordonne à l'infanterie soviétique de traverser presque partout, dès le 21. Elle forme notamment unetête de pont dans le méandre de Boukrine (qui a l'avantage d'être à 75 km au sud-est de Kiev, près deKaniev), mais s'y retrouve bloquée. La nuit du 24 au, deuxbrigades aéroportées sont larguées (4 575 parachutistes), mais faute de préparation (pas de photo aérienne, ordres arrivés une heure avant le décollage, pas assez d'équipement, etc.) les hommes se retrouvent éparpillés sur 90 km, tombant soit près des blindés allemands, soit dans les lignes soviétiques, ou dans le fleuve[176]. Pendant un mois, chaque assaut soviétique partant de la tête de pont échoue : Joukov demande depuis le à chaque fois de tenter ailleurs le franchissement, tandis que Staline ordonne systématiquement de relancer l'attaque. Ce n'est que le, sur proposition d'Antonov, que Staline accepte de passer plutôt par Liutej, juste au nord de Kiev[177]. La3e armée de chars (deRybalko) est retirée de Boukrine en secret du 23 au, remplacée par un faux trafic radio, des chars et canons en bois, etc. (application de lamaskirovka). Le, le7e corps d'artillerie de rupture ouvre le feu, puis la38e armée ouvre la brèche, dans laquelle est lâchée le lendemain la3e armée blindée, qui fonce sur 60 km prendreFastov. Kiev est reprise le ; ce soir là, Joukov visite la ville en compagnie de Khrouchtchev[178].
Du 4 au, Joukov est à Moscou pour préparer les prochaines offensives soviétiques. Vers le 10 ou le 11, Staline le surprend en déclarant« Maintenant, nous sommes devenus plus forts. Nos troupes sont plus expérimentées. Maintenant non seulement nous pouvons, mais nous devons mener des opérations pour encercler les troupes allemandes[179]. » En conséquence, Joukov prépare pour l'hiver 1943-1944 deux attaques, lepremier front ukrainien (le nouveau nom du front de Voronej deVatoutine) a pour objectifsJitomir etBerditchev, tandis que ledeuxième front ukrainien (ex-front de la steppe deKoniev) doit reprendreKirovograd : selon Vassilievski, les deux pinces doivent se rejoindre finalement à Kristynovska (près d'Ouman) pour encercler la8e armée allemande[180].
Le, Vatoutine lance son front à l'attaque, suivi le par Koniev, les deux encore une fois sous la coordination de Joukov. Un redoux freine les Soviétiques, Jitomir est reprise le, Kirovograd le 8, la8e armée allemande (Wöhler) recule, mais les contre-offensives blindées dirigées parManstein arrêtent les deux pinces[181]. Malgré cet échec, les deux attaques ont formé un saillant allemand autour deKorsoun-Chevtchenkivsky (Hitler a interdit leur retraite). Joukov propose donc le à l'État-Major général que Vatoutine et Koniev se rejoignent : la double percée est réalisée les 25 et, isolant à partir du 27 environ 56 000 Allemands (c'est le « chaudron deTcherkassy » pour les Allemands). Manstein réagit en engageant deuxcorps blindés du 4 au, qui ne réussissent pas à rompre l'encerclement. Le, les encerclés de ce « petit Stalingrad » réussissent une sortie, ce qui a pour conséquence la colère de Staline, qui donne le commandement à Koniev. Le, c'est Koniev qui est mis à l'honneur dans le communiqué de victoire[182].
La paternité des offensives de l'été 1944 est réclamée par l'État-Major général (c'est-à-direAntonov etChtemenko), reprenant partiellement des propositions deRokossovski et de Joukov[186]. La planification occupe le bureau des opérations à partir du, puis l'ensemble est discuté devant Staline lors de sept réunions entre Antonov, Chtemenko, Joukov,Vassilevski,Voronov (chef de l'artillerie),Novikov (chef de l'aviation) etFedorenko(ru) (pour les blindés), sans parler des membres duPolitburo. Il s'agit d'une série d'opérations, commençant par laBiélorussie (opération Bagration), puis le Sud de laPologne (opérationsLvov-Sandomir etKovel-Lublin) et se terminant enMoldavie (opérationIassy-Kichinev). Bagration doit servir d'appât pour fixer les réserves mécanisées allemandes, permettant de foncer sans soucis ensuite[187].
Le, Staline signe les directives fournissant aux fronts leurs missions, les moyens et les horaires. Pour Bagration, quatrefronts soviétiques doivent attaquer legroupe d'armées Centre allemand (duFeldmarschall Busch) sur un arc de cercle de 700 km : lepremier front de la Baltique (Bagramian), letroisième front biélorusse (Tcherniakhovski), ledeuxième front biélorusse (Zakharov) et la moitié dupremier biélorusse (Rokossovski). Le maréchal Vassilevski coordonne les deux fronts du nord, le maréchal Joukov les deux du sud[188]. Du 5 au, Joukov visite tous les états-majors d'armée sous sa responsabilité, vérifiant que tout le monde a bien compris son rôle, faisant des reconnaissances du terrain, supervisant la logistique et assistant à des exercices à balles réelles (insistant sur les liaisonsinterarmes). Lamaskirovka n'est pas oubliée, cherchant à faire croire à une attaque plus au sud tandis que les unités en Biélorussie se retranchent ostensiblement sur la défensive[189]. L'assaut soviétique commence les 22, 23 ou selon le front. En une semaine, la poursuite taille en pièce les ¾ de la3. Panzerarmee (qui n'a de blindée que le nom), dont un corps est laissé encerclé dansVitebsk ; la4. Armee en retraite est presque totalement détruite entreOrcha et laBérézina puis dans le chaudron de Minsk ; la9. Armee termine dans les chaudrons deBobrouïsk puis de Minsk[190]. Les Soviétiques ont fait 57 600 prisonniers allemands, dont 19 généraux, qui sont envoyés à Moscou pour undéfilé le[191]. Le rétablissement du groupe d'armées allemand se fait derrière leNiémen, lalogistique soviétique étant à bout[192].
Pour sa contribution aux opérations Bagration et Lvov-Sandomir, Joukov reçoit le sa deuxième étoile d'or dehéros de l'Union soviétique. Il reste auprès de Rokossovski et Koniev jusqu'au[197]. Rappelé à Moscou le 23, Staline lui fait rencontrer le BulgareDimitrov. Le, l'Union soviétique déclare la guerre à laBulgarie ; le 8, Joukov est auprès dutroisième front ukrainien (deTolboukhine), qui franchit lafrontière roumano-bulgare ; dans la nuit du 8 au 9, le coup d'État duFront patriotique renverse àSofia le gouvernement deMouraviev. Le nouveau gouvernement deGeorgiev signe immédiatement un armistice avec les Soviétiques, puis met en place larépublique populaire de Bulgarie. Le, Joukov est de retour à Moscou, avant de passer le mois d'octobre en Pologne[198].
Le, Joukov est de retour àMoscou. L'État-Major général prépare les opérations qui doivent terminer la guerre : des attaques auxpays baltes et enHongrie pour fixer le maximum de troupes allemandes, avec l'offensive décisive au centre sur l'axeVarsovie-Berlin. Dès le,Staline annonce par téléphone à Joukov etVassilevski que les dix (bientôt huit)fronts sont désormais gérés directement, la fonction de « représentant de laStavka » disparaît[199] car le dictateur estime que les commandants coopèrent mieux désormais et il veut bénéficier du prestige de la victoire finale. Le, il nomme Joukov à la tête dupremier front biélorusse, à la place deRokossovski qui est muté audeuxième front biélorusse : le1er front étant face à Berlin, lemaréchal d'origine polonaise doit laisser sa place au maréchal russe, ce qui mit fin à leurs bonnes relations[200]. Le 14 au petit matin, Joukov quitte Moscou dans son train personnel et arrive àSiedlce (à l'ouest deBrest-Litovsk, auQG du front.
Le premier front biélorusse est alors le poids lourd de l'Armée rouge avec environ un million de combattants (en face, la9. Armee aligne 110 930 hommes), regroupés dans dix armées (dont deux blindées), septcorps blindés oumécanisés indépendants, 63 divisions d'infanterie et une armée aérienne en[201]. Sa mission est d'avancer parLodz –Posen –Francfort-sur-l'Oder – Berlin, en deux bonds, le premier jusqu'à la ligneBromberg-Posen (« opération Varsovie-Posen »)[202]. Sur son flanc droit, le deuxième front biélorusse (Rokossovski) doit prendreDanzig puis laPoméranie orientale jusqu'àStettin ; sur son flanc gauche, lepremier front ukrainien (Koniev) a comme axeCracovie –Breslau –Dresde. Mais l'offensive doit attendre que lalogistique soviétique soit capable de fournir les unités en carburants, munitions, équipements, nourriture etvodka : il faut refaire toutes les voies ferrées, routes et ponts deBiélorussie, détruits par les Allemands en retraite, puis accumuler des stocks dans les troistêtes de pont à l'ouest de laVistule : autour deMagnuszem et dePuławy pour le1er front biélorusse, deSandomir pour le1er front ukrainien. Il faut entraîner les recrues, préparer les états-majors surKriegspiele et collecter des renseignements[203]. Le, Staline fait diffuser auprès de tous les généraux et maréchaux une directive de la Stavka :« J'annule les ordres [...] émis par le ministre adjoint de la Défense, le camarade Joukov, concernant la validation du manuel de DCA. [...] J'ordonne au maréchal Joukov de ne plus s'autoriser la moindre précipitation lorsqu'il a à prendre des décisions sérieuses. » SelonJean Lopez, Staline commence à faire monter un dossier contre Joukov, pour qu'il ne lui fasse pas de l'ombre[204].
Les troupes de Joukov s'arrêtent, sans foncer sur Berlin qui est à seulement 80 km (soit un trajet d'une heure par laReichsstraße 1(de)), avec à ce moment-là presque rien entre les deux. L'arrêt soviétique, qui dure deux mois et demi, donne dans les années 1960 une polémique lancée parTchouïkov (le chef de la8e armée de la Garde, qui a établi la tête de pont), qui regrette l'ordre d'arrêt de Staline[208]. Plusieurs éléments expliquent cette mesure : d'abord le1er front biélorusse est menacé sur son flanc droit, le2e front biélorusse (Rokossovski), étant arrêté devantElbing etGraudenz[209]. Pour se protéger contre une contre-offensive venant dePoméranie, Joukov y a déployé quatre armées, qui lui manquent sur l'Oder. Ensuite lalogistique ne suit pas, le carburant et les munitions ne pouvant arriver des terminus ferroviaires qui sont encore sur la Vistule, les camions devant rouler sur 500 à 600 km en plein dégel[210]. Enfin, une large partie des militaires soviétiques est hors de contrôle, se livrant au pillage et auxviols de masse depuis leur entrée sur le territoire allemand : il faut du temps à Joukov et ses généraux pour reprendre leurs troupes en main[211].
Les habituelles reconnaissances en force sont menées par les Soviétiques les14 et, prenant la ligne avancée allemande et déminant les accès[222]. Le 16 à4 h du matin, Joukov, qui est auPC de la8e armée de la Garde deTchouïkov, lance sonpremier front biélorusse à l'attaque : après 30 minutes de préparation d'artillerie (massive avec plus de 15 000 canons, mortiers etkatiouchas, mais inefficace car les deux premières lignes allemandes ont été majoritairement évacuées pendant la nuit)[223], les projecteurs s'allument (aveuglant tout le monde à cause des poussières soulevées par les obus) et l'assaut démarre derrière un doublebarrage roulant d'artillerie. Mais il s'arrête devant la troisième ligne allemande, s'enlisant dans la vallée (l'Oderbruch, un ancien marécage), aux champs inondés[n 19] et largement minés, au pied des hauteurs de Seelow (de 40 à 50 m plus haut) d'où lesbatteries allemandes tirent sur les unités soviétiques alors à découvert. Vers midi, Joukov téléphone à Staline, qui lui annonce la percée deKoniev sur laNeisse[221]. Joukov décide alors d'engager la1re armée blindée de la Garde pour prendre la ligne de crêtes, d'où un énorme embouteillage avec les unités de la8e armée de la Garde vers16 h ; l'assaut blindé, limité à des routes surélevées, échoue face auxantichars allemands[225]. Ce premier jour, l'avance se limite à quatre (69e) jusqu'à dix km (5e choc), malgré la consommation de 1,23 million d'obus par l'artillerie soviétique[226]. Au soir, Joukov fait son rapport à Staline par téléphone, puis ce dernier lui annonce qu'il va donner ordre à Koniev d'attaque Berlin par le sud[227]. L'attaque de Joukov est relancée le à6 h du matin, grignotant les positions allemandes : SiWriezen etNeuhardenberg résistent encore, Seelow est prise, ce qui permet aux Soviétiques de se déployer sur le plateau. Le 18, les deux armées blindées de la Garde attaquent péniblement au sud. Mais les troupes de Joukov débouchent le 19, prennentMüncheberg et avancent plus rapidement vers l'ouest.
Le à19 h 45, le chef du1er front ukrainien envoie un nouvel ordre à ses deux armées blindées (3e et4e de la Garde) :« Les troupes du maréchal Joukov sont arrivées à 10 km à l'est deBerlin. J'ordonne que vous entriez ce soir même les premiers dans Berlin. Tenez-moi informé de l'exécution. [signé]Koniev, Krainioukov[n 20]. » À21 h 50 le même jour, le chef dupremier front biélorusse envoie cetélex à ses deux armées blindées (1re et2e de la Garde) :« L'armée de chars de la Garde reçoit la mission historique d'entrer la première dans Berlin et d'y hisser labannière de la Victoire. Je prends personnellement en charge l'exécution et l'organisation. Envoyez la meilleurebrigade de chaquecorps vers Berlin et assignez-leur la mission d'être coûte que coûte, aux lisières de Berlin le à4 h. J'entends recevoir alors un rapport immédiat afin de pouvoir annoncer l'événement au camarade Staline et le faire publier par la presse. Signé : Joukov,Téléguine(en). » Bien qu'aucun des deux ordres ne soit réalisable ce soir-là, la course auReichstag est lancée[228].
Le, par radio, laChancellerie allemande demande un cessez-le-feu pour négocier[245]. Le à3 h 50, legénéral Krebs (chef d'état-major de l'OKH, russophone car ancienattaché militaire à Moscou de 1936 à 1939) arrive auPC de la8e armée de la Garde, où Joukov délègue son chef d'état-majorSokolovski pour négocier. Krebs leur annonce lesuicide de Hitler la veille et propose de négocier la paix. Joukov téléphone àKuntsevo et fait réveiller Staline :« Ce qui devait arriver à ce salaud lui est arrivé. Dommage que nous n'ayons pu le prendre vivant. Où est son cadavre ? »« D'après ce que dit le général Krebs, le cadavre a été brûlé sur un bûcher. »« Dites à Sokolovsky qu'il n'y aura pas de négociations, sauf pour une reddition sans conditions, avec Krebs ou avec aucun autre membre de la bande d'Hitler[246]. » Krebs est ensuite raccompagné, puis les combats reprennent à partir de10 h 40. Le au matin, legénéral Weidling présente àTchouïkov et Sokolovski la capitulation de ce qui reste de la garnison de Berlin ; le cessez-le-feu est prévu pour13 h, effectif quelques heures plus tard. Dans l'après-midi, Joukov va à la Chancellerie, où leSMERSH interdit l'accès aux caves, auFührerbunker et au jardin (ils trouvent les restes du cadavre de Hitler le 5 et l'évacuent en secret)[247] ;Hans Fritzsche est interrogé devant lui, racontant les derniers jours. À Moscou, 24 salves sont tirées par 324 canons en l'honneur des deux fronts ayant pris la capitale adverse[248].
Le, Joukov visite les ruines duReichstag, gravant son nom sur une des colonnes (au milieu d'une centaine d'autres)[249]. Le, Staline lui annonce par téléphone la reddition allemande àReims, auQG des occidentaux, ce qui ne convient pas :« C'est le peuple soviétique qui a porté sur ses épaules la plus grande partie du poids de la guerre. La capitulation doit donc être signée devant le commandement supérieur de tous les pays de la coalition antihitlérienne [...]. » Le dirigeant décide donc qu'un second acte de reddition doit être signé, à Berlin.« Vous êtes nommé représentant du commandement suprême des troupes soviétiques.Vychinski vous rejoint dès demain. Après la signature de l'acte, il restera à Berlin en qualité d'adjoint au haut-commissaire chargé des questions politiques. Vous êtes nommé haut-commissaire de la zone d'occupation soviétique en Allemagne et commandant en chef des troupes d'occupation soviétiques en Allemagne[250]. »
Le, dans le bâtiment qui abritait lemess des officiers de l'école du génie deKarlshorst, où est désormais installée l'administration militaire soviétique, Joukov accueille à23 h 45 les délégations britannique, américaine et française. Aux environs de minuit, la délégation allemande entre à son tour :Wilhelm Keitel salue de sonbâton de maréchal et fixe Joukov. Une fois les Allemands assis, Joukov se lève, très droit et demande d'une voix forte (la salle est bruyante) et en russe :« Avez-vous pleins pouvoirs pour signer ? » Après avoir obtenu unJa, Joukov met ses lunettes pour lire le texte de l'acte, puis on passe aux signatures des neuf exemplaires (trois en russe, trois en anglais et trois en allemand) : en haut de la dernière page le maréchal Keitel, l'amiral von Friedeburg et legénéral Stumpff (pour laHeer, laKriegsmarine et laLuftwaffe), en dessous le maréchal Joukov (pour l'Armée rouge) avec l'Air chief marshal Tedder (pour les alliés occidentaux), enfin tout en bas comme« témoins » legénéral de Lattre et legénéral Spaatz[251]. Une fois les Allemands sortis à0 h 43 ce, Joukov et ses généraux se congratulent joyeusement ; Joukov reprend la parole, évoquant les morts. Puis a lieu un grand banquet, avec deszakouski, duchtchi, de lavodka, Joukov dansant jusqu'à l'aube[252].
Après la capitulation allemande, Joukov devient le premier commandant de la zone d'occupation soviétique. Le 10 juin 1945, il retourne à Moscou pour préparer le défilé de la victoire de 1945. Le 24 juin, Staline le nomme commandant en chef du défilé. Après la cérémonie, dans la nuit du 24 juin, Joukov se rend à Berlin pour reprendre son commandement.
En mai 1945, Joukov signe trois résolutions visant à améliorer les conditions de vie dans la zone d'occupation soviétique : le 11 mai, fourniture de nourriture (résolution 063) ; 12 mai, restauration du secteur des services publics (résolution 064) ; 13 mai, approvisionnement en lait pour les enfants (résolution 080). Joukov demande au gouvernement soviétique de transporter d'urgence à Berlin 96 000 tonnes de céréales, 60 000 tonnes de pommes de terre, 50 000 bovins et des milliers de tonnes d'autres denrées alimentaires, telles que du sucre et de la graisse animale. Il ordonne à ses subordonnés de« haïr le nazisme mais de respecter le peuple allemand »[253] et de faire tous les efforts possibles pour rétablir et maintenir un niveau de vie stable pour la population allemande[254].
Le, Joukov est de retour à Moscou. Le soir, il est reçu à dîner avec tous les autresmaréchaux et les chefs duParti, auKremlin, dans lasalle Georgievsky décorée aux couleurs desaint Georges (rayures noires et orange)[n 22] ;Molotov porte le premiertoast aux militaires, mettantStaline en tête, qui à son tour dédie le sien aux« grands capitaines de la guerre », Joukov en tête[255]. Le, Staline le nomme représentant de l'Union soviétique auConseil de contrôle allié, l'institution chargée d'administrer leszones d'occupation. Le, Joukov est fait pour la troisième foishéros de l'Union soviétique pour la prise de la capitale adverse. La première réunion a lieu à Berlin le, avecEisenhower,Montgomery etde Lattre, les trois autres commandants en chef des armées d'occupation : si l'Américain lui annonce qu'il a été faitChief commander de laLegion of Merit par leprésident Trumann, le Soviétique le fait attendre trois heures àWendenschloss(de) avant de venir signer ladéclaration commune, le temps que Moscou donne son accord[256]. La fin d'après-midi se termine par un grandbanquet, mais Eisenhower repart pourFrancfort dès le premier toast[257].
Le,Harry Hopkins, le conseiller diplomatique des présidentsRoosevelt puis Truman, est de passage à Berlin et rencontre longuement Joukov : il lui annonce la tenue prochaine d'uneconférence interalliée dans la capitale occupée ; elle est finalementorganisée à Potsdam sur recommandation de Joukov[257] (Berlin étant en ruine et la population affamée), mais ce dernier n'y participe pas. Plus tard le 7, Joukov donne uneconférence de presse internationale dans sa résidence (au bord de laWannsee), avecVychinski à ses côtés :Alexander Werth (correspondant duSunday Times) lui demande« Que pensez-vous de la déclaration allemande selon laquelle vous avez appris l'art militaire auprès de laWehrmacht ? » Joukov répond« Laissons les Allemands dire ce qu'ils veulent. J'ai toujours étudié l'histoire militaire, la stratégie et la tactique, l'art de mener les opérations et j'ai toujours considéré, et je considère encore, que notreart opératif est supérieur à l'art militaire allemand. Cette guerre vient de le prouver de manière incontestable. » Un autre journaliste du nom de Parker :« Le maréchal Staline a-t-il participé de façon quotidienne aux opérations que vous avez dirigées ? » Joukov :« Le maréchal Staline a dirigé personnellement tous les secteurs de la lutte de l'Armée rouge contre les Allemands, y compris, en détail, les opérations dont j'ai eu la charge[258]. » Le, Joukov est reçu au quartier-général américain àFrancfort, Eisenhower lui dédiant un toast :« To no one man do the United Nations owe a greater debt than to Marshal Zhukov »[259] (en français : « A aucun homme les Nations Unies ne doivent elles plus qu'au Maréchal Joukov »).
Le maréchal Joukov inspectant les troupes sur son cheval blanc au début de laparade de la Victoire le.
Selon Joukov, il est convoqué par Staline le 18 ou le ; ce dernier lui annonce qu'il l'a choisi pour passer en revue la grande parade militaire qui est en préparation à Moscou :« Je suis trop vieux pour passer des troupes en revue. Faites-le, vous êtes plus jeune[260]. » Toujours selon lesMémoires de Joukov, dans un des passagescensurés sousBrejnev, le fils de Staline,Vassili, aurait avoué à voix basse à Joukov qu'en fait son père, pas très bon cavalier, venait de tomber de cheval lors d'un entraînement avec le cheval blanc prévu pour le défilé[261]. SelonRokossovski, tous les maréchaux ont proposé le rôle à Staline, qui aurait répondu« Celui qui va recevoir la parade doit entrer sur la place Rouge à cheval. Et moi, je suis trop vieux pour le faire. [...] C'est notre tradition d'entrer à cheval sur laplace Rouge. C'est une tradition. Nous avons deux maréchaux cavaliers : Joukov et Rokossovski. Laissons à l'un de commander la parade et à l'autre de la recevoir. » Les jours précédant la parade, Joukov s'inquiète de son embonpoint, il s'entraîne avecKoumir (« idole », l'étalonarabo-Don-kabardin (tersk) blanc sélectionné sur ordre deBoudienny) et répète son discours plusieurs fois devant sa femme et ses filles[262].
Le à10 h précise, sous lecrachin, Gueorgui Konstantinovitch Joukov sort du Kremlin à cheval par la porte de latour Spasskaïa (la tour du Saint-Sauveur) suivi par le major-général Piotr Zelensky, puis ils traversent la moitié de la place Rouge au galop, tandis que 1 400 musiciens jouentSois glorifié deGlinka[263]. Arrivé au pied dumausolée de Lénine, le maréchal Rokossovski et le lieutenant-colonel Klykov, sur deux chevaux noirs, les saluent. Le quatuor passe ensuite en revue les détachements, qui poussent chacun à son tour un puissant « hourra ! » Puis, Joukov descend de son cheval et monte à la tribune pour lire, entreKalinine etMalenkov, son discours, qui se termine par :
« Si nous avons gagné, c'est parce que nous avons été dirigés par notre grandVojd, par notre génial capitaine, le maréchal de l'Union soviétique Staline !
Gloire à notre peuple soviétique, au peuple libérateur ! Gloire à l'inspirateur et organisateur de notre victoire, au grand Parti de Lénine et Staline ! Gloire à notreVojd, au sage capitaine, maréchal de l'Union soviétique, le grand Staline ! Hourra ![264] »
L'hymne soviétique est ensuite joué, accompagné de salves d'artillerie, et enfin le défilé se déroule jusqu'à13 h[265].
Le, l'ambassadeur des États-UnisWilliam Harriman remet à Joukov une invitation de Truman à venir lui rendre visite en Amérique. Du 11 au, Eisenhower est en visite à Moscou etLeningrad, rencontrant Staline : Joukov est chargé de l'accompagner partout. En octobre, ce dernier décline l'invitation des Américains pour raison de santé, puis, une seconde fois, pour surcharge de travail[266].
À la fin de l'automne 1945,Joseph Staline décide de reprendre en main la situation, en une sorte de « purge douce », en s'en prenant à ses collaborateurs qui ont pris trop d'assurance et de pouvoir. Le premier à en faire les frais estViatcheslav Molotov, qui fait son autocritique au début de (sa femmePolina Jemtchoujina est arrêtée en 1948). Puis c'est au tour deLavrenti Beria, qui perd son poste deministre des Affaires intérieures le.
Le, au début d'une séance du Haut-Conseil militaire, Staline ordonne au secrétaire du conseilSergueï Chtemenko (alors adjoint du chef de l'État-Major général) de lire devant les membres duPolitburo et tous les maréchaux la « confession » du maréchal Novikov, dénonçant les marques d'irrespect de Joukov (qui aurait dit« Staline était et est resté unpékin ! »[268]) et son autoglorification (s'attribuant presque toutes les victoires) ; lesMémoires évoquent quant à eux le regroupement autour de lui d'officiers mécontents, pour préparer uncoup d'État. Staline lui demande ensuite de se justifier, puis lui annonce sa disgrâce. La directive du, signée par tous les présents au Haut-Conseil, rabaisse le rôle de Joukov dans toutes les batailles de la guerre[269].
Le, Joukov passe de la fonction de commandant en chef desforces terrestres à celle, subalterne, de commandant dudistrict militaire d'Odessa, qui s'étend sur toute la moitié méridionale de l'Ukraine, où stationnent troiscorps d'armée. Il prend son poste le. Il inspecte, renforce la discipline et organise en septembre degrandes manœuvres à tirs réels. Il prend des vacances (les premières depuis neuf ans) avec son épouseAlexandra Dievna(ru) et ses filles àSotchi, tout en poursuivant sa relation avec sa maîtresse Lida Zakharova[270].
En 1946, la ville d'Odessa, en ruine et à la population affamée, doit faire face à une vague de criminalité organisée sans précédent. Celle-ci est le fait en particulier d'une organisation surnommée « Chat noir » (черный кот), qui s'en prenait même aux entrepôts et trains des militaires. Lamilice étant dépassée, Joukov monte une opération du nom de code « mascarade » (Маскарад :Maskarada) où des petits groupes duGRU, déguisés en civils, sont disséminés à travers la ville pour abattre séance tenante les criminels. Les militaires quadrillent la ville, organisent des rafles parmi la pègre et font exécuter sans jugement les prisonniers dans les carrières qui entourent la ville. En quelques mois, la criminalité chute de 74 % dans le district d'Odessa comme le mentionne un rapport adressé à Staline[271]. Les autorités civiles de la ville jugent ses méthodes « dictatoriales » et font appel àNikita Khrouchtchev pour que Joukov soit muté. La sérieLykvidatsia (Liquidation) de la télévision russeCanal Rossia[272] diffusée en raconte de manière romancée l'action de Joukov à Odessa[273]. LesMémoires de Joukov comme la biographie de Lopez ne mentionnent pas cet épisode.
Mais les poursuites ne s'arrêtent pas là. Le,Nikolaï Boulganine, ministre adjoint de la Défense, informe Staline que les douaniers ont saisi à la frontière, près deKovel, sept wagons chargés de 194 meubles appartenant au maréchal, venant d'Allemagne et qui devaient le rejoindre à Odessa[270]. Le, Joukov reçoit un blâme public pour avoir fait décorer la chanteuseLidia Rouslanova de l'ordre de la Guerre patriotique[274].
Staline autorise des perquisitions au domicile (rue Granovski à Moscou) le et dans ladatcha (à Sosnovka) de Joukov dans la nuit du 8 au. De nombreux objets de luxe venant du pillage de l'Allemagne y sont saisis, le rapport deViktor Abakoumov décrit la datcha comme un musée : au total, ce sont des dizaines de montres en or, plus de 60 tableaux, 323 pièces de fourrures (en lisant ça, Staline aurait dit« Il était fourreur, il l'est resté. »), 50tapisseries, 740 couverts d'argent, beaucoup de tissus de velours et de soie, une vingtaine de fusils de chasseHolland & Holland, ainsi que des livres précieux (mais aucun en russe). Le, sur rapport d'une commission présidée parAndreï Jdanov, leBureau politique émet une résolution publique humiliante contre Joukov :« le camarade Joukov a commis des erreurs qui déshonorent le titre de membre du Parti et de commandant de l'armée soviétique. [...] maraudeur, [...] son inclination à la cupidité [...] comportement anticommuniste [...], un homme dégradé d'un point de vue politique et moral. » Le même document annonce son renvoi du poste de commandant du district militaire d'Odessa et qu'il doit rendre à l'État tous les biens qu'il se serait illégalement appropriés en Allemagne[275].
Le lendemain, un malaise cardiaque (uneangine de poitrine ?) envoie Joukov à l'hôpital. Le, il apprend son transfert à la tête du petitdistrict militaire de l'Oural. LaPravda ne mentionne plus une fois son nom aux anniversaires de la Victoire. Ses amis sont aussi frappés dans le cadre de l'affaire des trophées : son chauffeur Boutchine lui est retiré en et dégradé, puis il est arrêté le, torturé et accusé d'être un espion de laCIA. Le colonel Siomotchkine (un de sesofficiers d'ordonnance), puis le généralConstantin Téléguine(en) (sonadjoint politique aupremier front biélorusse) sont arrêtés (Téléguine le) et torturés[276]. La chanteuseLidia Rouslanova et son époux le lieutenant-généralVladimir Krioukov sont arrêtés le et condamnés au camp. Les générauxVassili Gordov et S. D. Rybaltchenko (le chef d'état-major de Gordov), arrêtés dès le, sont fusillés en pour avoir vanté Joukov et critiqué Staline.
Le, Joukov s'installe àSverdlovsk, le siège dudistrict militaire de l'Oural. Ce district est un peu plus modeste que celui d'Odessa : loin de la frontière, seulement deuxcorps d'armée (soit sixdivisions) y sont stationnés. Il y rencontre tout de même le médecin militaireGalina Alexandrovna Semionova(ru), qui a 24 ans alors (née en 1926), dont il devient progressivement très amoureux, en faisant son médecin traitant et sa nouvelle maîtresse. Lida Zakharova, compréhensive, laisse la place, tandis qu'Alexandra Dievna(ru) reste dans l'ignorance. Galina accouche le d'une fille, la quatrième de Gueorgui Konstantinovitch, Maria Georgievna Joukova[277].
Le filmLa Chute de Berlin, sorti en, met largement en valeur l'action militaire de Staline, mais un acteur jouant le rôle de Joukov fait quand même quelques brèves apparitions. En 1950, Joukov est autorisé à se présenter aux élections auSoviet suprême, devenant ainsi le député de Sverdlovsk. En, il fait partie d'une délégation en visite àVarsovie et y rencontre le maréchalConstantin Rokossovski[278].
Le,Boulganine, qui est devenu vice-président duConseil des ministres, appelle Joukov àSverdlovsk et le convoque àMoscou, refusant de lui dire pourquoi. Arrivé dans la matinée du 5, on lui annonce qu'il est convoqué à une réunion plénière duComité central[279]. En début de soirée, auKremlin, les 300 délégués apprennent queStaline est victime d'unehémorragie cérébrale et qu'il va mourir. Un nouveau gouvernement est immédiatement formé, proposé par lebureau du présidium et accepté par acclamation du Comité :Malenkov devient président du Conseil des ministres,Beria ministre de la Sécurité (regroupant leMVD et leMGB),Khrouchtchev secrétaire duComité central du Parti,Molotov aux Affaires étrangères,Mikoyan au Commerce extérieur et Boulganine à la Défense, avec Joukov,Vassilevski etKouznetsov comme adjoints. Staline meurt à21 h 50 ; la nouvelle est annoncée à la radio le lendemain à6 h. Le, Joukov fait partie de la garde d'honneur veillant le corps de Staline à laMaison des syndicats.
Mais les différents ministres se méfient de Beria, qui concentre trop de pouvoir. En, ce dernier passant quelques jours en Allemagne à diriger la répression desémeutes de Berlin-Est, un complot se forme contre lui, mené par Khrouchtchev. Selon lesMémoires de Joukov, Boulganine le convoque avec cinq autres officiers dans le bureau de Malenkov, en présence de Molotov et Khrouchtchev ; Malenkov aurait dit :« Nous considérons que Beria est devenu un homme dangereux pour le Parti et pour l'État. Nous avons décidé de l'arrêter et de neutraliser tout le système de la Sécurité. Nous avons décidé de vous charger de l'arrestation de Beria[280]. » Toujours selon Joukov, le, avec deux autres généraux, qui ont un pistolet en main, il intervient comme prévu lors d'une réunion :« Je me suis vite approché de Beria et lui ai dit d'une voix forte : Levez-vous, Beria ! Vous êtes arrêté ! Je l'ai pris par les bras, je les ai levés, j'ai fouillé ses poches. Il n'avait pas d'arme. [...] Beria a pâli et s'est mis à balbutier. Deux généraux l'ont amené dans la pièce arrière, où il a été fouillé scrupuleusement[281]. » Puis, il faut faire sortir Beria du Kremlin, dont la garnison dépend de son ministère.« Nous l'avons allongé, bâillonné, sur le plancher de la voiture, entre les pieds deSerov,Batitski etMoskalenko. Nous avions vu juste – la garde nous a salués et ne nous a pas arrêtés. Du Kremlin, nous sommes partis directement à une cellule de la garnison. Sa garde renforcée se composait d'officiers. Le lendemain, Beria a été transféré dans l'abri de la cour intérieure de l'état-major dudistrict militaire de Moscou[281]. » Selon Malenkov et Khrouchtchev, c'est legénéral de l'Armée Moskalenko, commandant ladéfense antiaérienne de Moscou et chef par intérim du district militaire de Moscou, qui organise l'arrestation de Beria et qui obtient que Joukov en fasse partie[282] ; sur ordre de Boulganine, deuxdivisions de l'armée (la4e blindéeKantemirovskaya de laGarde et la2e de fusiliers motoriséeTamanskaya de la Garde) sont déployées dans Moscou par sécurité. Beria est exécuté ensuite, selon les versions en juin ou en.
Une délégation soviétique, menée par Joukov (à gauche : Nikolaï Mikhaïlovitch Pegov etMikhail Pervoukhine), est reçue par le président de laRDAWilhelm Pieck (Walter Ulbricht est à droite) auchâteau de Schönhausen le pour le dixième anniversaire de la « libération du peuple allemand du fascisme par l'Armée soviétique ».
En,Nikita Khrouchtchev obtient la démission deGueorgui Malenkov, nommant à sa placeNikolaï Boulganine comme président duConseil des ministres. Joukov obtient ainsi, le le poste de ministre de la Défense. Dans le même temps est créé le Conseil général de défense de l'URSS, dont Khrouchtchev devient président : ce dernier devient le chef suprême des forces armées soviétiques. Joukov soutient souvent Khrouchtchev, qui poursuit ladéstalinisation, contreMolotov, qui mène plus ou moins les derniersstaliniens. Il assiste auXXe congrès du Parti, du 14 au, pendant lequel il monte à la tribune le 18 : c'est le seul militaire à y prendre la parole. Joukov apprécie tellement le discours de Khrouchtchev sur le culte de la personnalité qu'il est chargé par celui-ci d'un rapport sur le rôle de Staline pendant la guerre[285].
En tant que ministre, Joukov rétablit en l'allocation financière liée aux décorations militaires (concernant 1,5 million de personnes), que Staline avait supprimée en 1948. Il propose en 1955 la construction de statues monumentales dans les « villes-héros » deLéningrad,Stalingrad (lastatue de la Mère-Patrie),Sébastopol etOdessa ;Mourmansk etKiev se rajoutent ensuite, avec constructions progressives jusque dans les années 1980. Il organise une commission qui obtient en duComité central la fin des persécutions contre les 1,8 million de militaires qui avaient été prisonniers des Allemands (considérés comme traîtres à la Patrie), avec payement des arriérés de solde. En, Joukov obtient la réhabilitation, posthume, dumaréchalMikhaïl Toukhatchevski (exécuté en 1937), puis en juillet celle dugénéral de l'ArméeDmitri Pavlov (exécuté en 1941)[286].
Le, le cuirasséNovorossiysk coule après avoir déchiré sa coque sur unemine allemande oubliée en rade de Sébastopol (611 morts) : la « tornade Joukov » (selon le terme deJean Lopez) frappe alors ceux jugés incompétents, renvoyant un quart du haut-commandement de la marine, notammentNikolaï Guerassimovitch Kouznetsov qui est rétrogradé du rang d'amiral de la Flotte à celui device-amiral et mis à la retraite[288]. C'est aussi un prétexte pour réduire le rôle de la marine dans les forces armées soviétiques. Dans l'Armée de terre, face au grand nombre de manquements à la discipline, accidents, crimes et cas d'alcoolisme qui marquent les forces armées soviétiques, Joukov fait diffuser l'ordreno 0090 du, qui renforce l'autorité du commandant militaire face à sonofficier politique (à qui il est désormais interdit de critiquer l'action militaire des commandants), ordonne aux officiers de rétablir une stricte discipline (dont ils sont responsables), d'augmenter le nombre et l'instruction des sous-officiers, d'interdire la vente d'alcool dans les casernes[289], etc. Cet ordre vaut à Joukov l'opposition de la Direction politique principale de l'Armée soviétique (GlavPUR). Dans le but d'améliorer la qualité des forces armées, il est favorable à la réduction des effectifs (qui passent de 4,8 millions d'hommes en 1955 à trois millions en 1957) et à la réduction de la durée duservice militaire[290].
Le, Joukov prend l'avion deMoscou àSébastopol, où il s'embarque le lendemain à bord ducroiseurKouïbychev pourZadar enYougoslavie, où le 8 il rencontre lemaréchal Tito. Le 17, il quitteBelgrade pourTirana, enAlbanie. Le même jour, le généralAlexeï Jeltov(ru), chef du GlavPUR (la Direction politique principale de l'Armée), dénonce dans un discours devant leprésidium (les maréchauxKoniev etMalinovski ont été invités) le comportement de Joukov :culte de la personnalité (il montre un tableau du maréchal ensaint Georges sur son cheval blanc devant leReichstag en flammes), autoglorification de son rôle durant la guerre, réduction de la place desofficiers politiques, enseignement dumarxisme-léninisme aux militaires devenu facultatif, niant même le rôle du Parti. Le 19, le présidium rend aux officiers politiques le droit de critiquer les commandants : dans tous lesdistricts militaires, des réunions sont menées pour critiquer Joukov. Le 23, Khrouchtchev renvoie legénéral de l'ArméeSergueï Chtemenko (proche de Joukov) de son poste de chef duGRU (la Direction générale du renseignement de l'Armée) pour avoir fondé une école secrète desSpetsnaz (lesforces spéciales soviétiques)[296].
Joukov rentre à Moscou le, accueilli à l'aéroport par Koniev ; il est immédiatement convoqué auKremlin pour faire son rapport lors d'une séance du présidium. Tous les autres membres lui reprochent de vouloir couper les liens entre l'Armée et le Parti. Khrouchtchev propose de le renvoyer du poste de ministre : le vote est unanime. Malinovski le remplace[297]. Les 28 et, Joukov se retrouve devant le plénum du Comité central, oùSouslov,Zakharov,Sokolovski, Koniev, Rokossovski,Ieremenko,Tchouïkov,Timochenko etMoskalenko le critiquent chacun à son tour, à la fin Khrouchtchev lui reprochant les défaites de l'été 1941. Résultat, Joukov est destitué à l'unanimité du présidium et du Comité central[298]. Le 29 au soir, il se retire dans sadatcha de Sosnovka, où il se gave de somnifère pendant quinze jours[299]. Le, Koniev signe un long article dans laPravda sous le titre « La force de l'armée et de la marine soviétiques tient à la direction exercée par le Parti et aux relations indénouables avec le peuple », dont les ⅔ sont une dénonciation des actions de Joukov pendant la guerre et comme ministre[300].
Joukov conserve le droit de porter son uniforme demaréchal, sadatcha à Sosnovka, son appartement àMoscou (au loyer payé par l'État), sa voiture avec chauffeur et l'accès aux cliniques de lanomenklatura. Le, il est mis à la retraite, sans bénéficier d'un poste d'inspecteur (comme les autres maréchaux etgénéraux de l'Armée)[301]. Il devient pour quelques années unepersona non grata, fréquentée par personne d'important ; leKGB met sur écoute sa datcha et ses appartements[302]. Côté vie privée,Alexandra Dievna Joukova(ru) trouve une photo deGalina Alexandrovna Semionova(ru) ; elle apprend l'existence de Maria, la fille qu'il a eue avec sa maîtresse, quand il lui demande son accord pour l'adoption de l'enfant. Après une nouvelle scène, Alexandra doit accepter un compromis, Gueorgui Konstantinovitch partageant son temps entre les deux appartements moscovites de la rue Granovski (Alexandra) et de la rue Gorki (Galina), ainsi que les vacances. La situation se dégradant, il demande le divorce à Alexandra, qu'elle finit par accorder le ; dès le 22, il épouse Galina[302].
De 1960 à 1965, sont publiés par les éditions du ministère de la Défense les six volumes deL'Histoire de Grande Guerre patriotique, très critique envers les décisions de Staline, passant sous silence l'aide américaine et mettant en valeur les cadres duParti, notamment Khrouchtchev en Ukraine et àStalingrad ainsi queJdanov àLéningrad ; Joukov n'est presque pas cité, mis à part pour les défaites de l'été 1941. Indigné par cette interprétation de l'histoire, Gueorgui Konstantinovitch se lance dans la rédaction de ses mémoires. Inquiet, leprésidium convoque Joukov le, le menaçant d'exclusion du Parti et d'arrestation s'il continue[303]. Mais le remplacement de Khrouchtchev parBrejnev à la tête de l'État le change progressivement la situation. Le soir du, Joukov et Galina paraissent lors de la célébration auKremlin du vingtième anniversaire de la victoire : Brejnev y lit un discours faisant notamment l'éloge deStaline ; la foule répond par une ovation, puis l'on se presse autour de Joukov[304]. Le, Joukov signe un contrat avec l'agence de presse Novosti (APN) pour la publication de ses mémoires. Le travail est freiné par unecrise cardiaque en novembre, mais le manuscrit est livré pendant l'été 1966. Une commission duComité central modifie massivement le texte, y renforçant la présence du Parti et de sescommissaires politiques, y mentionnant même Brejnev (affirmant que Joukov voulait demander conseil en 1943 à cet obscurcolonel...). L'ouvrage sort en : les 100 000 exemplaires sont épuisés en quelques mois, malgré l'absence de publicité[305].
Alexandra Dievna Joukova meurt le ; quelques jours plus tard, uncancer du sein est diagnostiqué chez Galina. Elle est opérée, mais elle est déclarée condamnée sous cinq ans. Gueorgui Konstantinovitch est frappé juste après par unaccident vasculaire cérébral[306], le laissant paralysé et parlant avec difficulté. Il retrouve un peu l'usage de ses jambes l'année suivante. Galina Alexandrovna meurt à son tour le. Il faut l'aide deHovhannes Bagramian et d'Ivan Fediouninski pour que son mari assiste aux funérailles. Gueorgui Konstantinovitch Joukov tombe dans lecoma le ; il meurt à l'hôpital le sans avoir repris connaissance. Son corps est exposé dans la Maison de l'Armée rouge, puis incinéré le. Ses cendres sont placées dans la muraille du Kremlin auprès des autres maréchaux, avec les honneurs militaires. Le lendemain, les documents du maréchal sont saisis dans la datcha de Sosnovka[307].
EnUnion soviétique, les références à Joukov après sa mort ne furent pas spécialement nombreuses, sans être négligeables : nom de voiries, timbres, discours commémoratifs, inscriptions sur une plaque, bustes et statues. Ces hommages marquèrent surtout la période juste après sa mort en 1974. Une chanson desChœurs de l'Armée rouge lui est dédiée, intituléeMaréchal Joukov et la victoire (enrusseМаршал Жуков и победа).
Depuis l'implosion de l'Union, ces références se sont multipliées enRussie, d'abord en 1995 pour marquer les 50 ans de lavictoire sur l'Allemagne puis le centenaire de la naissance de Joukov, enfin et surtout auXXIe siècle comme affirmation de la fierté nationaliste russe. Les monuments en dehors de la fédération de Russie sont rares, mis à part àMinsk (un buste depuis 2007 dans le parc Joukov, à l'intersection de la rue Zheleznodorozhnaya et de l'avenue Zhukov) et àOulan-Bator (en mémoire de labataille de Khalkhin Gol). EnUkraine, la majorité des lieux en son honneur ont été renommés, certains bustes retirés.
Le tout premier monument dédié à Gueorgui Joukov fut érigé enMongolie. Après ladislocation de l'Union soviétique en 1991, ce monument fut l'un des rares à ne pas avoir souffert du mouvement antisoviétique qui attaqua et détruisit les statues commémorant lerégime communiste.
Le musée de laville de Joukov, dont le bas-relief au-dessus de la porte représentesaint Georges terrassant le dragon.
Laperspective Maréchal-Joukov à Moscou, nommée ainsi en 1974, l'année de la mort du maréchal.
Buste enhaut-relief de Joukov installé en 1994 àKharkiv (pour les 50 ans de la reprise de la ville).
Encore en 1974, le village d'Ougodski Zavod (dans l'oblast de Kalouga) fut renommé par décret duPræsidium du Soviet suprême « Joukovo » (Жуково) en l'honneur du maréchal, né dans le village voisin de Strelkovka. En 1997, Joukovo devintJoukov (Жуков) en accédant au statut de ville (la fusion avec sa voisine Protva lui faisant dépasser la limite théorique des 12 000 habitants). On y trouve le musée d'État Maréchal de l'Union soviétique G. K. Joukov et c'est le chef-lieu duraion Zhukovsky (Жуковский райо́н).
En 1995, pour célébrer l'approche du centenaire de la naissance de Joukov et les 50 ans de la victoire, laRussie a créé l'ordre de Joukov ainsi que lamédaille Joukov(ru). Unestatue équestre du maréchal a été installée sur laplace du Manège (tout près de laplace Rouge) le. Le film documentaireВеликий полководец Георгий Жуков (Le Grand commandant Gueorgui Joukov) du réalisateurIouri Ozerov sort en salle la même année.
Dans le parc des patriotes, àOdintsovo (banlieue de Moscou).
2012 :Joukov(ru) (Жуков), série télévisée russe produite par Pimanov & Partners, avec douze épisodes et l'acteurAleksandr Baluev dans le rôle-titre[309].
↑L'invasion soviétique de la Pologne de était appelée officiellement en URSS la« campagne de libération de la Biélorussie et de l'Ukraine occidentale ».
↑Cette ébauche de plan, qui a pour titreConsidérations sur un plan de développement stratégique des forces armées de l'Union soviétique, a été trouvée dans les archives de Joukov en 1989 par l'historienDmitri Volkogonov et publié en 1993 par Valery Danilov et Youri Gorkov[96].
↑Quand lepolitruk Stepanov informe Staline par téléphone du projet de déplacer l'état-major du front de l'Ouest àArzamas, Staline déclare :« Camarade Stepanov, demandez aux camarades s'ils ont des pelles ? » Stepanov ne saisit pas. Staline répète« Est-ce que les camarades ont des pelles ? » Stepanov interroge les officiers d'état-major et demande« Des pelles de sapeur ou des pelles ordinaires ? »« Peu importe lesquelles. » Stepanov répond qu'ils en disposent et demande ce qu'ils doivent en faire.« Conseillez à vos camarades de prendre les pelles et de creuser leurs propres tombes. Nous ne quitterons pas Moscou, le GQG restera à Moscou, et quant à eux, ils ne quitteront pas Perkhouchkovo. »[125]
↑Pour arriver àMoscou, les forces allemandes ont à leur disposition six axes du nord au sud, chacun composé d'une voie ferrée et d'unechausséebitumée (souvent appelée « autoroute » par les sources allemandes et soviétiques) :
↑Alexandre Vassilievski dirige dans la pratique ce qui reste à Moscou de l'État-Major général (neuf officiers en le comptant) à partir du, quandBoris Chapochnikov, malade, est évacué àArzamas avec la majorité du personnel.
↑La paternité de l'opération Uranus est réclamée aussi par le bureau des opérations de l'État-Major général dès l'époque de Staline, reprise par le généralSergei Chtemenko[147] en 1971, ainsi que par le maréchalAndreï Ieremenko[148] dans ses mémoires publiés en 1963 (dans un contexte de dénigrement du rôle de Joukov).
↑Pour maintenir partiellement inondée la vallée de l'Oder, déjà encrue avec leseaux de fonte, les Allemands ont progressivement vidangé les retenues d'Ottmachau et de Bobertal à partir du[224].
↑Constantin V. Krainioukov est lepolitruk du front commandé par Koniev.
« USSZhukov (NCC-26136) », surMemory alpha (leZhukov est un des vaisseaux de Starfleet avec son homonyme le NCC-62136).
(ru) « ПРАВДА О ВОЙНЕ И МЕМУАРЫ МАРШАЛА » [« Vérité sur la guerre et les mémoires du maréchal »], suralexanderyakovlev.org (correspondance et décisions lors de la rédaction de ses mémoires par Joukov).