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Gueorgui Joukov

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« Joukov » redirige ici. Pour les autres significations, voirJoukov (homonymie).

Gueorgui Joukov
Gueorgui Joukov
Portrait de Gueorgui Joukov en1960.

Nom de naissanceГеоргий Константинович Жуков
Naissance
Strelkovka (Empire russe)
Décès (à 77 ans)
Moscou (URSS)
OrigineRusse, puissoviétique
AllégeanceDrapeau de l'Empire russeEmpire russe (1915-1917)
Drapeau de la république socialiste fédérative soviétique de RussieRSFS de Russie (1917-1922)
Drapeau de l'URSSUnion soviétique (1922-1974)
ArmeCavalerie
GradeMaréchal
Années de service1915 – 1957
CommandementArmée rouge
ConflitsPremière Guerre mondiale
guerre civile russe
Seconde Guerre mondiale
Faits d'armesBataille de Khalkhin Gol
Siège de Léningrad
Bataille de Moscou
Bataille de Stalingrad
Bataille de Koursk
Opération Bagration
Bataille de Berlin
DistinctionsHéros de l'Union soviétique

Ordre de la Victoire
Ordre militaire de Virtuti Militari
Ordre du Drapeau rouge
Ordre du Bain
Legion of Merit
Ordre de Saint-Georges
Autres fonctionsMinistre de la Défense de l'Union soviétique (1955 – 1957)
Gouverneur de lazone d'occupation soviétique en Allemagne (1945 – 1946)
Signature de Gueorgui Joukov
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Gueorgui Konstantinovitch Joukov (enrusse :Георгий Константинович Жуков), né le et mort le, est unmilitaire ethomme politiquerusse, puissoviétique. D'abordsous-officier dans l'Armée impériale russe pendant laPremière Guerre mondiale, il devientofficier de l'Armée rouge et duParti lors de laguerre civile. Il monte progressivement en grade pendant l'entre-deux-guerres jusqu'à ce queJoseph Staline le nomme chef de l'État-Major général en.

Lesdéfaites de l'été 1941 entraînent son envoi par Staline comme représentant de laStavka (le commandement des forces armées) sur les fronts les plus sensibles ; c'est ainsi que Joukov va avoir un rôle important sur lefront de l'Est de laSeconde Guerre mondiale, coordonnant les troupes soviétiques lors de plusieursopérations militaires majeures : il joue notamment un rôle important au début dusiège de Léningrad, puis décisif lors de labataille de Moscou ; il participe à la préparation de lacontre-offensive de Stalingrad maiséchoue devant Rjev ; il coordonne la partie nord de labataille de Koursk, une partie de lareprise de l'Ukraine et la moitié sud de l'opérationBagration. Nommé commandant du principalfront soviétique, lepremier front biélorusse, Joukov dirige l'action principale de l'offensive Vistule-Oder, peine sur leshauteurs de Seelow etprend le centre de Berlin. C'est devant lui que lesforces armées allemandes capitulent, le.

Staline, méfiant face à la popularité de Joukov, lelimoge dès 1946, l'envoyant àOdessa puis àSverdlovsk. La mort de Staline en 1953 lui donne un certain poids politique : c'est lui qui arrêteBeria ; il devient ensuite vice-ministre (1953-1955) puisministre de la Défense (1955-1957), soutenantKhrouchtchev lors de ladéstalinisation. Méfiant à son tour, Khrouchtchev le fait démettre de toutes ses fonctions et le met définitivement à la retraite en 1957.

Il est décrit comme parfois brutal, désigné comme le « maréchal de Staline » voire l'« ombre de Staline ». L'historienJean Lopez, qui lui a consacré une biographie en 2013, le considère comme« l'homme qui a vaincu Hitler »[1]. Lemaréchal Joukov est l'officier général le plus décoré de l'histoire de l'Union soviétique.

Famille et jeunesse (1896-1914)

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Selon les historiensJean Lopez et Lasha Otkhmezuri, reprenant les travaux de Boris Sokolov, les origines extrêmement pauvres de Gueorgui Joukov sont exagérées. Cette construction, due auxMémoires écrits entre 1958 et 1969 par Joukov lui-même (avec l'aide d'Anna Davydovna Mirkina) et reprise par presque toutes les biographies, a été faite pour correspondre à la propagande. La jeunesse d'unmaréchal soviétique doit être politiquement correcte, pour satisfaire les censeurs de la commission militaire duComité central du PCUS, reprenant des stéréotypes : une famille très pauvre, un père banni deMoscou à cause de larévolution de 1905, un richekoulak qui exploite les paysans, une formationautodidacte, un patron voleur et exploiteur d'enfants, une conscience politique, etc.[2]

Famille

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Il est né dans une famille de paysans du village de Strelkovka (environ 300 habitants en 1897)[3], près de la petite ville de Ougodski Zavod (renommée Joukovo en 1974, puisJoukov en 1996 à l'occasion du centenaire de la naissance du maréchal), dans legouvernement de Kalouga (aujourd'hui l'oblast de Kalouga), à 98 km au sud-ouest deMoscou.

Son père, orphelin, était né en 1841 et fut recueilli par une vieille dame, Anouchka (Anna) Joukova, qui habitait uneisba d'une seule pièce :« C'était une maison bien vieille et un de ses coins était profondément enfoncé en terre. Le temps avait fait pousser sur ses murs et son toit de la mousse et de l'herbe. La maison ne comportait qu'une seule pièce dotée de deux fenêtres »[4]. La vieille dame l'appela Constantin (Konstantin Artemovitch). Quand elle mourut en 1849, il commença à travailler dans un atelier decordonnerie à Ougodski Zavod à l'âge de huit ans. Trois ans plus tard, il partit à pied pour Moscou travailler chez un bottier allemand de renom, Weiss. Il se maria une première fois en 1870 avec Anna Ivanova, de Strelkovka ; le couple eut deux enfants, Grigori et Vassili (ce dernier mort avant d'avoir deux ans), mais sa femme mourut en 1892[5].

La mère du maréchal est Oustinia Artemievna, du village voisin de Tchernaïa Griaz. Oustinia est née le, elle est la fille aînée d'Artemi Merkoulovitch et d'Olympiada Petrovna (les deux n'ont pas encore de nom de famille : ils prendront celui de Pilikhine dans les années 1880). Oustinia épouse en 1885 Faddeï Stefanovitch, qui meurt quatre ans plus tard detuberculose : elle se retrouve veuve avec un enfant, Ivan. En 1890, elle donne naissance à un Gueorgui, sans père, qui décède au bout de quelques mois[n 1]. En 1892, à 28 ans, elle épouse Konstantin Artemovitch Joukov, qui a environ 50 ans[5]. Si Konstantin apporte au couple un peu de numéraire grâce à son métier de cordonnier, Oustinia possède quelquesdessiatines de terre cultivée ; ils possèdent une vache et une jument, qui permet à madame de faire du transport de produits entreMaloïaroslavets et leur village. Ces revenus leur permettent de payer un impôts annuel non négligeable de 17 roubles et troiskopecks[7].

Le couple a un premier enfant le, Maria. Puis deux ans plus tard naquit Gueorgui, le19 novembre 1896 (dans le calendrier grégorien)[n 2]. Son prénom fait référence àsaint Georges, lesaint patron deMoscou qui figure sur lesarmoiries de la Russie, fêté le de l'ancien calendrier[8]. Il hérite de la robuste constitution physique de sa mère, qui était capable de porter largement plus de 80 kilos sur ses épaules, et de celle de son grand-père maternel, qui était capable de soulever un cheval[9]. Le se rajoute Aliocha, qui meurt avant ses dix-huit mois[10]. En 1901, Gueorgui eut un petit frère appelé Alekseï ; le bébé était très maigre et avant la fin du sevrage la maman avait dû reprendre le travail. Durant l'été 1901, le toit de la maison familiale s'écroula ; de ce fait la famille fut obligée de vendre sa seule vache et son cheval (qui servait à la mère pour le transport de marchandises) pour acheter une nouvelle charpente et construire une nouvelle maison. Cette maison avait été faite dans la précipitation, de bric et de broc, et bien que « neuve » elle était le reflet de la misère familiale :« De l'extérieur cette maison était moins belle que les autres, le perron était fait de planches clouées ensemble, les fenêtres, de morceaux de vitres cassées »[11]. La famille ne put faire face à toutes ces dépenses ; le bébé finit par mourir à l'automne.

Jeunesse

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Gueorgui chasse (lièvre et canard) et surtout pêche avec les enfants du village dont son meilleur ami Lechka Kolotyrny ; il travaille aussi aux champs comme les garçons de son âge au temps desfenaisons et desmoissons ; maladroit, il se coupe à l'annulaire gauche (une cicatrice qu'il garde à vie). En 1903, Iegor (comme le surnomme son père), âgé de sept ans, a l'âge de raison : il entre pour trois ans à l'école paroissiale de Velitchkovo, à un kilomètre et demi de Strelkovka, qui compte seulement six élèves. Le père de l'instituteur étantpope, celui-ci assure l'instruction religieuse à raison d'un quart du temps scolaire. Joukov apprend à lire, écrire et compter très approximativement[12]. Dans sesMémoires, Joukov rapporte que« mon père racontait qu'après lesévénements de 1905 il avait été, comme bien d'autres ouvriers, licencié et expulsé de Moscou pour avoir participé aux manifestations. Mais je n'ai jamais su en détail ce qui s'était passé. »[9]« En 1906, mon père rentra au village. Il dit qu'il ne repartirait plus pour Moscou car la police l'avait interdit de séjour dans toutes les villes, ne l'autorisant à vivre que dans son village natal. »[13] Selon l'historien Jean Lopez, il n'y a aucune trace de cette interdiction dans les archives de la police ou des tribunaux moscovites. Son père restera au village jusqu'à sa mort en 1921.

Gueorgui voulait devenir employé d'uneimprimerie mais son oncle maternel, Mikhaïl Artemovitch Polikhine, a réussi en tant quefourreur à Moscou ; aussi sa mère décide de le retirer de l'école et de l'envoyer dans la grande ville à l'automne 1908 pour apprendre le métier. Il y reste quatre ans et demi, revenant au village chaque été pendant deux mois (comme tous les autres ouvriers). Selon la version traditionnelle, son métier est dur et il est souvent battu par ses patrons. L'autre version le décrit comme complètement intégré dans la famille de son oncle (diadia Micha : « oncle Micha »)[14] ; Gueorgui se fait remarquer par ses qualités intellectuelles et son honnêteté ; il se lie d'amitié avec le fils aîné du patron (son cousin germain Alexandre : « Sacha ») qui lui donne des livres à lire (Sherlock Holmes, mathématiques, vulgarisation scientifique, etc.). À partir de 1910, il fait des livraisons dans Moscou et participe aux foires deNijni Novgorod et Ourioupino[15]. À la fin de l'année 1911, il termine son apprentissage et devient ouvrier-fourreur. De 1911 à 1914, il vit avec un salaire plutôt confortable de 25 roubles par mois (18 selon lesMémoires)[14], prend quelques cours du soir puis les abandonne pour profiter d'une vie agréable (cinéma et théâtre)[16]. D'abord logé chez son oncle, Joukov loue probablement à partir du début 1913 une chambre pour trois roubles par mois chez la veuve Malycheva, à l'angle de la très chicrue Tverskaïa et d'Okhotnyi Riad[14] ; il tombe amoureux de Maria Malycheva, la fille de sa logeuse, et il est question de leur mariage[16].

Début de carrière (1914-1922)

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LaPremière Guerre mondiale réoriente la vie de Joukov vers une carrière militaire. En 1915 et 1916, dans l'Armée impériale russe, il passe cinq semaines sur le front à faire des patrouilles avant d'être blessé. Son expérience combattante est plus longue de 1918 à 1921 au sein de laRKKA (l'Armée rouge), participant pendant six mois à lalutte contre les Blancs, puis pendant treize mois à la répression despaysans insurgés. Plus important, il bénéficie d'une série de formations qui le fait monter en grade.

Première Guerre mondiale (1914-1917)

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Photo noir et blanc d'un jeune homme en uniforme, au visage sévère.
Joukov, 19 ans en 1916, jeunesous-officier de l'armée du tsar, la casquette penchée à droite « à lacosaque ».
Article connexe :Front de l'Est (Première Guerre mondiale).

L'empereur d'Allemagne déclare la guerre à son cousin l'empereur de Russie le ducalendrier grégorien. L'Armée russe n'a pas attendu pour lancersa mobilisation, d'abord partielle (concernant seulement quatredistricts militaires sur douze) dès le, puis générale à partir du 31, se terminant trois mois plus tard. Joukov n'est pas appelé car trop jeune : seuls les hommes de20 à 43 ans aptes au service sont concernés. Par contre, son cousin (et ami) Alexandre Pilikhine se porte volontaire, échouant à emmener Joukov avec lui ;« deux mois plus tard [il] fut renvoyé à Moscou grièvement blessé[17]. » Dans sesMémoires, Joukov dit« le début de laPremière Guerre mondiale a laissé dans ma mémoire surtout le souvenir du sac des magasins étrangers deMoscou[17]. » Effectivement, Moscou est marquée en par la vandalisation de quelques boutiques allemandes[n 3] ; une seconde vague plus violente d'agressions et de pillages a lieu du 26 au[18].

Joukov ne s'est pas porté volontaire mais saclasse deconscrits est appelée de façon anticipée à partir de. Le, il est incorporé à la caserne deMaloïaroslavets, prêtant le serment d'allégeance :« Je promets et, par la présente, je jure devant le Dieu tout-puissant, sur Ses Saints Évangiles, de servir Sa Majesté impériale, l'Autocrate suprême, sincèrement et fidèlement, de lui obéir en toutes choses, et de défendre sa dynastie, sans épargner mon corps, jusqu'à la dernière goutte de mon sang. »[19] Comme Joukov sait monter, il est versé dans lacavalerie, faisant d'abord sesclasses àKalouga, dans la caserne du189e bataillon d'infanterie deréserve[20]. En, après un mois de cette formation initiale, il est versé au10e régiment dedragons deNovgorod, dont lesquartiers sont àBalakleïa, près deKharkov : l'uniforme estkaki, aux rabats et passepoilscramoisis, avec unecasquette blanche pour la parade (Joukov avoue préférer la tenue deshussards)[21]. La formation de cavalerie audépôt dure huit mois de plus, puis les recrues partent pour le front en dans le contexte de la préparation de l'offensive Broussilov mais sans Joukov, qui est choisi pour lepeloton d'instruction dessous-officiers (dont l'Armée russe manque gravement), àIzioum[22]. Il est reçu à l'examen final, nommémladchyi unter-ofitser (« sous-officier en second », souvent traduit par « sergent en second ») et envoyé avec quatorze camarades rejoindre son régiment au front[23].

Son unité, le10e régiment de cavalerie, fait partie de la10e division de cavalerie, elle-même une subdivision du3e corps de cavalerie qui forme l'aile gauche de la9e armée russe, intégrée aufront du Sud-Ouest. L'escadron de Joukov est attaqué dès sa descente du train àKamenets-Podolsk le par un avion autrichien, tuant un cavalier et blessant cinq chevaux[24]. Le premier fait d'arme de Joukov est la capture d'un Allemand (sûrement unofficier de liaison détaché auprès de la9e armée austro-hongroise) en près deBystritsa (à l'ouest de laBucovine), ce qui lui vaut sa premièrecroix de Saint-Georges[24]. Mais en, lors d'une patrouille de reconnaissance, l'explosion d'unemine fait trois blessés dont Joukov qui tombe dans lecoma. Il reprend conscience le lendemain à l'hôpital, puis il est évacué à Kharkov où il reste jusqu'en. Il garde des séquelles aux oreilles (petite surdité et des vertiges), reçoit une seconde croix de Saint-Georges et son affectation à l'escadron de renforcement, stationné à Lagueri (près de Balakleïa)[25]. Il n'a passé que cinq semaines sur le front.

Joukov consacre deux pages de sesMémoires (sur 1 100) auxrévolutions de 1917, restant plutôt vague et imprécis, consignant trois événements. Selon lui, le (le du calendrier julien), premier jour de larévolution de Février, son escadron à Balakleïa se seraitmutiné, aurait formé un comité de soldats et arrêté ses officiers, ce que Jean Lopez juge peu vraisemblable[26]. Courant mars, le sergent Joukov est élu au sein dusoviet de son escadron et représentant (parmi trois) auprès de celui du régiment[27]. Enfin, sa« participation à larévolution d'Octobre a consisté dans le fait que l'escadron sous la direction du comité dont j'étais président a adopté la plate-formebolchevik et a refusé de s'ukrainiser »[28] ; d'où la nécessité selon lui de se cacher face aux menaces de mort desnationalistes ukrainiens partisans deSymon Petlioura[29]. Le, dans un contexte de désagrégation de l'armée (la démobilisation commence le) et deproclamation de l'indépendance de l'Ukraine (le), Joukov rentre à Moscou, où règne la faim, puis en chez ses parents à Strelkovka[30].

Guerre civile (1917-1922)

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Article connexe :Guerre civile russe.

Selon Joukov dans sesMémoires de 1969,« je décidai de m'engager dans laGarde rouge. Mais au début de février, je tombai gravement malade : c'était letyphus exanthématique, puis en avril j'eus lafièvre typhoïde récurrente. Ainsi, je n'ai pu réaliser mon désir de me battre dans les rangs de l'Armée rouge que six mois après, quand, en, j'entrai comme volontaire au4e régiment de la1re division de cavalerie de Moscou. »[31] Moscou et Strelkovka sont alors déjà aux mains desRouges, tandis que le typhus ravage une population affaiblie par la faim, manquant d'hygiène etcouverte de poux. Mais dans son autobiographie de 1938, Joukov écrit :« j'ai été mobilisé dans la RKKA le » - le RKKA étant l'armée rouge des ouvriers et paysans, ancienne armée rouge. SelonJean Lopez, la seconde date est plus probable (d'autant qu'en 1938, pendant lesGrandes Purges, il est suicidaire de mentir), après la première victoire de l'Armée rouge des ouvriers et paysans (reprise de Kazan (en) le), et le décret de levée des ancienssous-officiers (le)[32]. Pour la seconde fois, Joukov est incorporé dans lacavalerie, prêtant encore serment :« Moi, fils du peuple travailleur, citoyen de la République soviétique, je prends le titre de soldat de l'armée ouvrière et paysanne. [...] Je m'engage à agir au premier appel du gouvernement des paysans et des travailleurs, pour défendre la république soviétique contre toutes les menaces et les attentats de la part de ses ennemis, pour la cause du socialisme et de la fraternité des nations et je jure de n'épargner dans cette lutte ni mes forces ni ma vie. »[33] Le4e régiment de la division de cavalerie de Moscou est créé le, avec casernement sur lechamp de manœuvre de Khodynka (en) au nord-ouest de la capitale soviétique. L'unité y reste pendant huit mois, touchée par la faim et la désertion, manquant d'équipement et d'encadrement. Comme lesgrades ont été abolis, Joukov est un simple « militaire rouge » (Красноармеец,krasnoarmeets), avec au bout de quelques semaines la fonction de commandant d'escouade[34] (Комот). Le, Joukov est accepté comme membre (ou comme candidat selon Krasnov) duParti communiste russe bolchevik[35], ce qui a aidé dans sa carrière militaire.

Le, la division est regroupée et envoyée par train àIerchov, pour être mise à disposition de la4e armée rouge (ru) et ducommandant Frounze pour combattre l'armée blanche de l'amiral Koltchak. Son régiment s'avance jusqu'à Chipovo au début, où il affronte lescosaques jusqu'en juillet[36]. Sa division est ensuite envoyée au sud, contre l'aile droite blanche dugénéral Dénikine, commandée par lebaron Wrangel, qui vient de prendreTsaritsyne en juin. Le, le régiment stationne àKrasny Kout[37]. Ce mois-là, Gueorgui Konstantinovitch rencontre lecommissaire politique de sa division, son presque homonyme Gueorgui Vassilievitch Joukov, qui lui conseille de suivre la formation pour devenir un descadres de l'Armée rouge[38]. Le, le4e régiment de cavalerie est redéployé en train àVladimirovka ; le, il rencontre lescosaques etKalmouks blancs du1er régiment duKouban : unegrenade explose sous le ventre du cheval de Joukov« des éclats avaient pénétré profondément dans la jambe et le côté gauche. » Démonté et isolé, il est sauvé par le commissaire politique Anton Mitrofanovitch Ianin, qui le charge ensuite sur unetélègue et l'emmène àSaratov. Joukov passe un mois à l'hôpital, de nouveau touché par le typhus (tombant amoureux de Maria Nikolaevna Volokhova, qui a à peu près l'âge de Gueorgui, étant née en 1897), puis un autre mois en convalescence chez ses parents[39]. En, il est sélectionné par la cellule communiste de sa division pour intégrer la formation des cadres de la cavalerie àStarojilovo (ru), près deRiazan[40].

À la mi-, les « élèves commandants » (équivalent au grade d'aspirant) sont regroupés avec leurs camarades des écoles d'infanterie de Moscou et deTver à la caserne deLefortovo pour former unebrigade mixte destinée à partir au combat. Joukov revoit Maria Malycheva à cette occasion mais les deux se fâchent[41]. En, la brigade est envoyée dans leKouban, où Joukov sert d'adjoint à un commandant decompagnie. Leur mission est de contrôler la région ; dans sesMémoires, Joukov évoque des discussions politiques avec les paysans, un travail de propagande couplé avec des travaux de remise en état des granges,isbas et puits par les militaires. Il mentionne tout de même des opérations contre« les bandes de Fostikov et de Kryjanovski ». Mais la réalité a dû être plus violente, lescosaques du Kouban subissant la répression anti-koulaks et payant leur soutien aux Blancs : entre300 000 et 500 000 cosaques sont exécutés ou déportés entre 1919 et 1921, sur un total de 4,5 millions environ[42]. À la fin de l'année, il est nommé sur proposition du commissaire Anton Ianin commandant d'unpeloton (Комвзвода,Komvzvoda), puis l'équivalent dechef d'escadron (Комэск,komesk)[n 4] au1er régiment de cavalerie de la14e brigade, rattachée à la14e division de tirailleurs de la9e armée àIekaterinodar[43]. L'escadron de Joukov participe à la traque de la bande « verte » d'Ivan Kolesnikov (composée de déserteurs et de paysans soulevés) en dans le sud dugouvernement de Voronej, où Joukov rencontreAlexandra Dievna (ru), une institutrice née en 1900, qu'il recrute comme secrétaire de l'escadron[44]. Le, Kolesnikov rejoint lesfrères Antonov, qui sont à la tête dusoulèvement paysans de Tambov (l'« armée bleue », d'inspirationsocialiste-révolutionnaire) ; la14e brigade à leurs trousses. Joukov participe à la lutte contre les antonovistes. Aux environs de la gare de Jerdevska, au cours d'une seule journée, Joukov a par deux fois son cheval tué au combat. Le, Joukov reçoit l’ordre du Drapeau rouge :« Décoré pour avoir bien mené son escadron le bien que 1 500-2 000 sabres l'aient attaqué. La bataille a duré sept heures et, après six corps-à-corps, la bande a été détruite. »[45] Selon Samochkine, le combat de la gare de Jerdevska a été le fait de 500 antonovistes menés par Kolesnikov, qui ont repoussé le1er régiment rouge, tuant 65 cavaliers dont 25 de l'escadron Joukov, celui-ci se distinguant pendant la retraite de dix km qui suivit[46]. L'unité de Joukov occupe la région jusqu'à l'été 1922, lesMémoires n'évoquant pas les opérations de déportations et d'exécutions des habitants.

Entre-deux-guerres (1922-1941)

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De 1922 à 1941, Joukov occupe à peu près tous les postes qu'il est possible d'occuper pour unofficier, decommandant d'escadron àchef de l'État-Major général, le tout sans faire d'études supérieures : une telle carrière militaire n'est pas rare enUnion soviétique, où la plupart des cadres sortent du rang. Cela s'explique par la haine contre les anciennesnoblesse etbourgeoisie, par la très forte croissance de l'Armée rouge, mais aussi par la grande méfiance desbolcheviks vis-à-vis des militaires professionnels, les exécutions permettant des promotions rapides.

Montée en grade (1922-1938)

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Photo noir et blanc d'un homme en uniforme posant le regard au loin, portant le numéro 39 au collet.
Joukov, 26 ans en 1923, commandant de régiment, portant la moustache et laboudionovka ornée de l'étoile rouge.

En, laguerre civile russe est terminée, donc la majorité de l'Armée rouge est redéployée le long de la frontière occidentale, face auxpays baltes, à laPologne et à laRoumanie. Joukov y commande pendant quelques mois un escadron du38e régiment de cavalerie (de la7e division de cavalerie, dite deSamara), dont lesquartiers sont établis au camp deVetka, enBiélorussie. Selon sa fille, Joukov se serait marié en 1922 avecAlexandra Dievna (ru)[47] qui passe la majorité de son temps avec sa famille àVoronej[48]. Puis il est promu adjoint du commandant du40e régiment de la même division. Le, il est nommé commandant du39e régiment de cavalerie deBouzoulouk[49], soit l'équivalent du grade decolonel (Комполка,kompolka). Dans le contexte de la démobilisation massive de l'Armée rouge, il reste parmi ceux« qui restaient dans l'armée parce qu'ils étaient, par leurs goûts et leurs capacités, enclins à se consacrer définitivement au métier militaire » : les casernes sont souvent en ruine, les soldats clochardisés et la discipline s'est effondrée[50]. Lors desmanœuvres de l'été 1924, Joukov se fait particulièrement bien noter par son commandant de divisionGaïa Dmitriévitch Gaï et parMikhaïl Toukhatchevski pour la bonne tenue de son régiment[51]. En conséquence, il est sélectionné pour intégrer à l'automne 1924 l'école supérieure de cavalerie deLéningrad, alors dirigée parVitaly Primakov puis parMikhaïl Batorski (ru) ; la formation initialement prévue pour deux ans s'achève prématurément à l'été 1925 par des manœuvres, faute d'argent[52].

Photo noir et blanc d'un groupe de 26 officiers en uniforme, posant sur quatre rangs.
La promotion 1925 de l'école supérieure de cavalerie, comprenant notammentRomanenko au premier rang ;Bagramian etIeremenko au deuxième rang ; Joukov etRokossovski au troisième ;Bobkine (ru) au dernier rang.

De retour en Biélorussie après une permission à Strelkovka, il retrouve son régiment renommé le39e régiment de Melekess-Pougatchevsk ; le régiment composé jusque-là de quatre escadrons passe à six (réforme de l'armée de 1925). Tous les étés des manœuvres de grande ampleur ont lieu pour exercer les troupes. Il est inspecté parSemion Boudienny etAleksandr Iegorov en personne. Durant l'hiver 1926, il assume les deux charges de commandant de régiment et decommissaire politique (c'est le commandement unique, laedinonachalié)[53] ; c'est une marque de confiance, réservée à un membre duParti, et une reconnaissance de la valeur de Joukov, mais cela lui demande aussi deux fois plus de travail. Joukov habiteMinsk chez l'habitant, avec comme voisin son ami Anton Mitrofanovitch Ianine, l'épouse de ce dernier Polina Volokhova et sa belle-sœur Maria Nikolaïevna Volokhova, qui redevient la maîtresse de Joukov[54]. En 1928, Alexandra Dievna s'installe à Minsk, accouchant le d'Era Joukova ; mais Maria donne naissance le àMargarita (ru), que Joukov reconnaît comme son enfant. Alexandra menace dedéfigurer sa rivale à l'acide et dénonce l'attitude de Joukov à la section locale du Parti. Finalement, Gueorgui et Maria se séparent, celle-ci se met en couple avec Anton devenu veuf et ils partent vivre avec Margarita àMineralnye Vody, au pied duCaucase[54].

Photo noir et blanc d'un homme en uniforme debout et d'une femme assise.
Gueorgui Joukov etAlexandra Dievna (ru).

Vers la fin de 1929, il est envoyé suivre un « cours avancé pour les commandants » (KUVNAS en russe) pendant trois mois à Moscou, dans les locaux de l'académie militaire Frounze[55] : le but est d'élever le niveau d'instruction des chefs sortis du rang. Joukov loge alors à l'hôtel réservé à côté de la Maison de l'Armée rouge, dans la bibliothèque de laquelle Joukov étudie les livres des grands stratèges soviétiques :Le Cerveau de l'armée (en) deBoris Chapochnikov, leStrateguia (Stratégie) d'Alexandre Svetchine, lesQuestions de stratégie moderne deToukhatchevski, ainsi que les ouvrages d'Aleksandr Iegorov, deVladimir Triandafillov, d'Ieronim Ouborevitch, d'Iona Yakir, etc. qui font découvrir à Joukov la théorie de l'art opératif et desopérations en profondeur[56]. C'est là qu'il apprend l'importance des chars :« tout contribue à faire des blindés un des moyens les plus puissants de l'offensive »[57]. À la suite de ce séjour à l'école militaire, les promotions s'enchaînent : après son retour à Minsk, en, il est promu commandant de la2e brigade de cavalerie (mais il obtient le rang dekомбриг,kombrig, que le)[58], qui regroupe les39e et40e régiments, toujours au sein de la7e division de cavalerie, désormais commandée parRokossovski ; puis, à la fin de 1930, il est promu à l'inspection générale de la cavalerie, dirigée à l'époque parBoudienny. Joukov revient donc à Moscou en, avec Alexandra et Era, se logeant dans un deux-pièces au 11 de la rue Sokolniki[59]. La fonction de Joukov en tant qu'adjoint de Boudienny est de travailler à la direction de l'instruction, notamment sur la refonte des règlements d'emploi des différentes armes, avec pour collèguesAlexandre Vassilievski,Alexandre Verkhovski,Ivan Tioulenev etPiotr Sobennikov[60]. Selon lesMémoires, il travaille avec Toukhatchevski sur le début de la motorisation (un régiment mécanisé est rajouté à chaque division de cavalerie)[61].

En, Joukov est nommé commandant de la4e division de cavalerie (avec le titre dekомдив,komdiv, que le)[58], qui vient d'être avancée àSloutsk, enBiélorussie : sa mission est de remettre à niveau ladivision, qui manque d'entraînement. Après les inspections d'Ouborevitch (commandant dudistrict militaire) et de Boudienny, la division prend le nom à l'été 1935 de « 4e division descosaques du Don », avec le bénéfice d'un uniforme prestigieux (pantalon et casquette bleus à bande rouge)[62]. Lors des manœuvres de l'automne 1935, il affronte la division voisine, la4e division de fusiliers commandée par Gueorgui Isserson, avec succès selon lesMémoires[63]. L'année suivante, pendant les manœuvres de en Biélorussie,Vorochilov (commissaire du peuple à la Défense) etChapochnikov (chef d'État-Major général de laRKKA) assiste au rapide franchissement de laBérézina par leschars BT-5 de la division de Joukov : le chef et son unité y gagne l'ordre de Lénine et font l'objet d'un article dansL'Étoile rouge (le journal de la RKKA). À l'automne 1936, il contracte unebrucellose, dont la difficile convalescence de huit mois lui fait cesser de fumer[64].

En, Georgui Kontantinovitch reprend ses fonctions, au moment où leSovnarkom annonce le rétablissement descommissaires politiques dans toutes les unités[65]. Le, Ouborevitch est arrêté. Le, laPravda et les radios annoncent que huit des principaux commandants, notamment le maréchal Toukhatchevski et lekomkor Ouborevitch, ont été jugés pour« trahison et espionnage » et condamnés à mort (ils sont fusillés le même jour)[66]. C'est le début du volet militaire desGrandes Purges (laiejovchtchina) marquées par de très nombreuses dénonciations, arrestations et exécutions des cadres : en deux ans disparaissent trois maréchaux sur cinq, 14 commandants d'armée sur 16, 8 amiraux sur 9, 60komkors sur 67, 136komdivs sur 199[67]. Vers la fin de, Joukov est convoqué à Minsk auprès du commandement de Biélorussie : il se retrouve alors devant le nouveau commissaire politique du district,Filipp Golikov, qui mène un interrogatoire sur ses rapports professionnels et amicaux avec les condamnés[68]. Mais la purge laisse de nombreuses places vacantes, d'où des nominations en rafale : le, Georgui Kontantinovitch est promu commandant du3e corps de cavalerie[69]. En,Rokossovski etGorbatov sont arrêtés à leur tour par leNKVD. Le, Joukov est muté au commandement du6e corps de cavalerie ; c'est encore une promotion, car le6e corps est considéré comme le meilleur de l'Armée. Enfin, le, il est nommé adjoint du commandant du district de Biélorussie[70], àSmolensk[71], juste avant la mobilisation partielle des districts deKiev et de Biélorussie de en réaction à lacrise des Sudètes[72].

Bataille de Khalkin-Gol (1939)

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Le (ou le selon lesMémoires)[73], alors que Joukov achève un exercice de manœuvre militaire, il est convoqué à Moscou. Le (ou le selon lesMémoires), le maréchalKliment Vorochilov,commissaire du peuple à la Défense, l'accueille et l'entraîne devant une grande carte :« lestroupes japonaises ont subitement pénétré sur le territoire de laMongolie que le gouvernement soviétique en vertu du traité du a l'obligation de défendre contre toute agression extérieure. Voici la carte des secteurs de pénétration et la situation à la date du. [...] Je pense que c'est le début d'une sérieuse aventure militaire. En tout cas, les choses n'en resteront pas là... Pouvez-vous prendre l'avion immédiatement et, s'il le faut, assumer le commandement des troupes ? »[74] Selon les ordres datés du et signés Vorochilov, Joukov doit inspecter le57e corps spécial de fusiliers[n 5] et rendre compte directement au ministre[75]. Selon Jean Lopez, Joukov a été choisi parce qu'il est un cavalier connaissant bien les troupes mécanisées, mais surtout parce que son dossier le présente comme un chef intransigeant sur la discipline[76]. Pour sa mission, il est accompagné (et surveillé) par lecommissaire politiqueGrigori Koulik.

Article connexe :Conflits frontaliers soviéto-japonais.

Joukov est le àTchita, siège dudistrict militaire de Transbaïkalie commandé par lekomandarm (Командарм, commandant d'armée)Grigori Chtern et centrelogistique des opérations grâce auTranssibérien. Le, il arrive à Tamtsak-Boulak (à 120 km de la frontière sino-mongole) où il rejoint l'état-major avancé du57e corps, commandé par leKomdiv Nikolai Feklenko et le commissaireIvan Nikichov[77]. Le, il se rend à l'avant, où il assiste à un combat à côté de la rivière Khalkhin-Gol (Halha pour les Japonais) qui longe la frontière orientale de laRPM (contrôlée par les Soviétiques) avec leMandchoukouo (contrôlé par les Japonais). Les et, il envoie deux rapports à Vorochilov, critiquant le commandement[78]. Un troisième rapport, duKomkor Yakov Chmuchkevitch (commandant l'aviation), est tout aussi critique vis-à-vis de Feklenko : résultat,Staline approuve le renvoi de ce dernier, remplacé à la tête du57e corps le par Joukov[79]. Dès sa nomination, Joukov déplace sonposte de commandement à Hamar-Daba[n 6], lançant des actions derenseignement (photos aériennes, reconnaissances terrestres et interrogatoires de prisonniers)[80]. Mais le, les forces japonaises franchissent la rivière : il faut deux contre-attaques mécanisées soviétiques pour les arrêter[81]. En conséquence d'un ordre de retraite prématuré donné le, Koulik est remplacé sur ordre de Vorochilov[82] parLev Mekhlis, un des organisateurs des purges et membre duComité central du Parti. De son côté, Joukov donne l'ordre le d'exécuter des hommes qui s'étaientautomutilés[83].

Le, le57e corps devient le1er détachement d'armée, recevant ensuite des renforts importants : les57e et82e divisions de fusiliers, la6e brigade blindée, une division de cavalerie mongole, la212e brigade aéroportée, un groupement d'artillerie lourde et plus d'avions[84]. Ces troupes sont, en outre, abondamment pourvues en ravitaillement, malgré la distance de 700 km à faire en camion depuis le terminus ferroviaire d'Oulan-Bator sur leTransmongol[85]. Il peut lancer la décisivebataille de Khalkhin Gol (Nomonhan pour les Japonais), le au matin, largement relayée par la presse soviétique. Après des mesures dedésinformations, Joukov fait mener une attaque frontale par deux divisions d'infanterie, tandis que ses deux ailes percent, y engageant ses brigades motorisées et celles blindées pour les faire déboucher sur les arrières nippons. Les deux groupes mécanisés se rejoignent le et encerclent les deux divisions de la6e armée japonaise et capturent ses dépôts de ravitaillement, selon le principe desopérations en profondeur. Le, les dernières poches japonaises sont liquidées[86], le reste bat en retraite, abandonnant environ 3 000 prisonniers (presque tous blessés) et la majeure partie de leur matériel[87]. Cette bataille est considérée par les Soviétiques comme une revanche de ladébâcle russe de 1905 et Joukov, le premier commandant soviétique victorieux d'une puissance étrangère, est récompensé par le rang deKomkor (Комкор) le[58] et le titre de « héros de l'Union soviétique » le.

Article détaillé :bataille de Khalkhin Gol.

Succession des promotions (1940-1941)

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Après l'armistice du entre l'empire du Japon et l'Union soviétique, Gueorgui Konstantinovitch s'installe à partir d' àOulan-Bator avec sonétat-major en attendant la fin des négociations. En inactivité forcée, il fait venir Alexandra et ses deux filles, et participe à des parties de chasse auloup ou à l'élan avecHorloogiyn Choybalsan (le premier secrétaire duParti révolutionnaire du peuple mongol)[88]. De retour à Moscou le, Joukov est logé avec sa famille dans le luxueuxhôtel Moskva,rue Gorki. Le, il rencontreJoseph Staline en présence deViatcheslav Molotov pour parler de Khalkhin-Gol ; puis les 3 et, il assiste en auditeur à des réunions duPolitburo. Joukov consacre quatre pages admiratives de sesMémoires à cette rencontre avec Staline[89]. Le, Gueorgui Konstantinovitch est un des trois premiers promus au nouveau grade degénéral de l'Armée (Генера́л а́рмии, qui est supérieur au précédent rang de commandant d'armée,Komandarm)[58] en même temps queKirill Meretskov (qui vient d'échouer lors de laguerre d'Hiver) etIvan Tioulenev (qui a participé à l'invasion soviétique de la Pologne[n 7]).

Au milieu du mois de, Joukov est nommé au commandement dudistrict militaire spécial deKiev, le principal commandement le long de la frontière occidentale par le nombre d'unités (il correspond aufront du Sud-Ouest à l'entrée en guerre). Une fois enUkraine, il essaye d'améliorer la discipline, l'entraînement et l'encadrement, mais, dès le, il doit faire engager une partie de ses forces contre leroyaume de Roumanie, lors de l'occupation soviétique de la Bessarabie et de la Bucovine du Nord. Comme les Roumains tentent d'évacuer leur matériel de l'autre côté duProut, Joukov décide (sans en demander l'autorisation, une initiative rare dans laRKKA) de larguer desaéroportés sur les nœuds ferroviaires deBelgorod,Cahul etIzmaïl. Selon lesMémoires, Staline l'aurait fait appeler au téléphone pour lui demander ce qu'il se passe ; la réponse de Joukov selon laquelle les Roumains ont cru au parachutage de blindés aurait fait rire le dictateur[90]. À Kiev, Joukov croise pour la première foisNikita Khrouchtchev.

À partir de l'été 1940, lacoopération germano-soviétique est entachée par des tensions diplomatiques : les Allemands soutiennent la Finlande, puis mettent sous tutelle la Hongrie, la Slovaquie et la Roumanie. Dans ce contexte inquiétant, les principaux généraux et lePolitburo se réunissent à Moscou à partir du pour une conférence. Les orateurs se succèdent : d'abordSemion Timochenko, puisKirill Meretskov ; Joukov prend la parole le sur le thème « le caractère des opérations offensives modernes », rapport qu'il a rédigé avec l'aide d'Ivan Bagramian etMaksim Pourkaïev (Joukov n'a pas fréquenté uneacadémie militaire), analysant lescombats en Mongolie, ainsi queceux de France[91]. La réunion se termine avec deuxKriegsspielen simulant une attaque allemande contre l'Union soviétique. Le premier dure du 2 au avec Joukov à la tête des bleus (les Allemands) etDmitri Pavlov les rouges (les Soviétiques), assisté notamment parIvan Koniev. Le second se déroule du 8 au en inversant les rôles. Timochenko,Chapochnikov, Meretskov,Vatoutine,Boudienny,Koulik etGolikov jouent aux arbitres. Ces exercices sur carte se terminent dans le premier cas à l'avantage des bleus, dans le second par une victoire plus nette des rouges[92]. Dans les deux cas, ledébriefing du confirme aux chefs soviétiques qu'ils peuvent maintenir un grand nombre d'unités le long de la frontière (sur laligne Molotov) sans danger d'encerclement, qu'il faut plusieurs jours pour que les deux forces armées terminent leur déploiement, que l'attaque allemande se concentrerait au sud desmarais du Pripet, et qu'unecontre-offensive massive partant d'Ukraine occidentale vers laPologne méridionale donnera la victoire aux Soviétiques[93].

Photo noir et blanc avec deux hommes en uniforme au premier plan, l'un sur le marche-pied d'une voiture et tenant des jumelles, l'autre en dessous tenant la portière.
Lecommissaire du peuple à la DéfenseTimochenko (à gauche, en uniforme demaréchal) et son chef d'État-Major général, legénéral de l'Armée Joukov en 1940.

Selon Joukov, Staline le nomme chef de l'État-Major général dès le. Le, il prend ses fonctions à Moscou[94], ce qui fait de lui leno 2 de l'Armée rouge (en dessous ducommissaire du peuple à la Défense Timochenko) et un membre duComité central. La famille emménage dans un appartement du quai Berseniev, donnant sur laMoskova, près duKremlin, avec en primes unedatcha àArkhangelskoïe et d'autres privilèges. Pendant cinq mois, Joukov travaille d'arrache-pied et sous pression, signant notamment le avec Timochenko la mise à jour du « plan de déploiement stratégique » (MP-41), qui prévoit pour l'horizon 1942 la possibilité demobiliser un total de 8,7 millions d'hommes (soit 300 divisions et théoriquement 33 corps mécanisés)[95]. Après un discours plutôt belliciste de Staline le, le couple Joukov-Timochenko propose le un plan d'attaque préemptive prévoyant une mobilisation clandestine[n 8], idées qui met en colère Staline[97]. Selon lesMémoires, Timochenko et Joukov demandent les 13 et l'autorisation à Staline de mettre en état d'alerte les troupes de la frontière (ce qui est une mobilisation partielle), ce qu'il refuse pour ne pas provoquer les Allemands[98]. L'état d'urgence est finalement autorisé dans la nuit du 21 au, mais avec consigne de ne pas répondre aux provocations[99].

Article connexe :Controverse sur les plans d'offensive soviétiques.

Grande Guerre patriotique (1941-1945)

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Pendant laGrande Guerre patriotique, comme disaient lesSoviétiques et maintenant les Russes, Joukov assure d'abord le rôle de chef de l'État-Major général pendant 38 jours, puis il devient jusqu'en 1943 le « pompier de service » envoyé là où les lignes craquent, comme représentant de laStavka. Avec lui, Staline est parfois respectueux, d'autres fois menaçant et brutal. Les autresmaréchaux et généraux soviétiques sont moins des collègues que des concurrents jalousés, voire dans quelques cas franchement des ennemis. Joukov participe ou commande à environ soixanteopérations de l'Armée rouge sur quatre ans, sacrifiant sans compter les vies pour obtenir la victoire finale.

Article connexe :Front de l'Est (Seconde Guerre mondiale).

Premier mois (1941)

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Joukov passe la nuit du 21 au au commissariat de la Défense. En fin de soirée, il appelle par radio les trois commandants desdistricts frontaliers,Kouznetsov (du district spécial de laBaltique, qui devient le lendemain lefront du Nord-Ouest),Pavlov (du district de l'Ouest, ex-district deBiélorussie, futurfront de l'Ouest) etKirponos (du district spécial deKiev, bientôtfront du Sud-Ouest) pour leur annoncer la mise en alerte. Àh 17 du matin, l'amiral de laflotte de la mer Noire signale un grand nombre d'avions inconnus arrivant par la mer : Joukov (qui n'en a pas l'autorité) lui donne l'autorisation d'ouvrir le feu ; àh 30, c'est au tour du chef d'état-major du district de l'OuestKlimovskikh (en) de signaler des bombardements aériens, puis celui de KievPourkaïev et enfin celui de la Baltique àh 40[100]. Versh,Timochenko et Joukov font réveillerStaline et demandent par téléphone l'autorisation de riposter ; ce dernier répond en convoquant les deux militaires et lePolitburo auKremlin. La réunion commence àh 30 avec un Staline presque en état de choc ;Vatoutine, alors un des adjoints de Joukov, les informe qu'après une préparation d'artillerie, les troupes allemandes attaquent ; Joukov demande l'autorisation de contre-attaquer. Àh, l'ambassadeur d'Allemagnevon der Schulenburg annonce àMolotov la déclaration de guerre[101] ; àh 30, Staline autorise enfin une riposte limitée[n 9]. De retour à l'État-Major général versh, Joukov n'arrive pas à joindre les différentsétats-majors defront et d'armée : les fils sont coupés (bombardements et sabotages) et personne ne semble encore capable d'utiliser lescodes etfréquences radios. De retour au Kremlin àh avec Timochenko, ils proposent d'ordonner lamobilisation générale et de former laStavka, ce qui est refusé pour l'instant par Staline[103].

À13 h, Staline appelle Joukov :« nos commandants de front n'ont pas une expérience suffisante dans la conduite des opérations militaires et, manifestement, plusieurs sont déroutés. Le Politburo a décidé de vous envoyer sur le front du Sud-Ouest en qualité de représentant du haut-commandement. Sur le front de l'Ouest, nous enverrons le maréchalChapochnikov et le maréchalKoulik. »[104] Vatoutine le remplace à la tête de l'État-Major général ; à13 h 40, Joukov est à l'aéroport ; en fin d'après-midi, il arrive à Kiev qui vient d'être bombardée ;Khrouchtchev et lui rejoignent en voiture lePC du front àTernopol, où ils arrivent dans la nuit[105]. Au matin du, Joukov est en contact avec Vatoutine par radio, mais aucune liaison avec Pavlov et Kouznetsov, ni avec plusieurs grandes unités du front. Il ordonne malgré tout des contre-attaques avec les cinqcorps mécanisés qu'il a sous la main[n 10], notamment le8e corps du lieutenant-généralRiabychev (ru) et le9e du major-généralRokossovski ; ils se font tailler en pièces par lePanzergruppe 1 dugénéral von Kleist pendant labataille de Loutsk – Doubno – Brony du 26 au, ralentissant seulement les Allemands. Le à midi, Staline rappelle Joukov à Moscou, où il arrive le soir du 26[107]. Fin, Alexandra Joukova et ses filles sont évacuées àKouïbychev, où les rejoignent Ustenia (la mère de Joukov) et Maria (sa tante) en[108].

Article connexe :Opération Barbarossa.

Au milieu de la nuit du 26 au, Timochenko, Joukov et Vatoutine se retrouvent face à Staline au Kremlin pour s'occuper de la situation du front de l'Ouest, dont l'encerclement se profile dans lespoches de Białystok et de Minsk. Résultat, Joukov ordonne plusieurs fois les 27 et 28 partélex à ce front de contre-attaquer, sans aucune efficacité. Le 29, Staline passe sa colère sur Joukov :« qu'est-ce que c'est que cet état-major perdu au point de n'avoir pas de liaison avec ses armées, qui ne représente rien et ne commande à rien ? Cet état-major est impuissant à commander quoi que ce soit ! »[109] Kouznetsov est rétrogradé,Meretskov arrêté, Pavlov et Klimovskikh exécutés[110]. Le 10 ou le, la Stavka et l'État-Major général déménagent ensemble dans leQG de laDCA moscovite, rue Kirov, tout proche de lastation Kirovskaïa qui sert d'abri anti-aérien. Joukov ordonne une série de contre-attaques limite suicidaires dans lesquels lescorps mécanisés soviétiques sont anéantis : àLepel du 6 au contre le flanc duPanzergruppe 3 dugénéral Hoth ; àJlobine le 13 contre lePanzergruppe 2 dugénéral Guderian ; en Ukraine du 10 au 14 (opérationNovograd-Volynski) ; près dePskov du 14 au 18 contre lecorps motorisé dugénéral Manstein (opérationSoltsy-Dno)[111]. Le, Staline nommeVorochilov à la tête d'une « direction Nord-Ouest » (coiffant plusieurs fronts) avecJdanov commepolitruk, Timochenko avecBoulganine à la direction de l'Ouest,Boudienny avec Khrouchtchev à la direction du Sud-Ouest[112]. Selon lesMémoires, c'est Joukov qui obtient de Staline le déploiement des armées tenues en réserve sur deux lignes, la première sur laDvina et leDniepr (s'appuyant sur laligne Staline, parPolotsk,Vitebsk,Orcha,Moguilev etMozyr), la seconde passant parNevel,Smolensk,Roslavl etGomel pour protéger la capitale[113]. Le, Staline autorise Joukov à constituer un « front de réserve » avec de nouvelles armées[114]. Le,Smolensk est prise par les Allemands, d'où une nouvelle colère de Staline contre Joukov ; du 21 au 26, contre-attaque massive soviétique autour de Smolensk, Joukov engageant la majeure partie du front de réserve, ce qui arrête leurgroupe d'armées Centre[115].

Article connexe :Bataille de Smolensk (1941).

Elnia et Léningrad (1941)

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Selon lesMémoires de Joukov, la réunion du avecStaline, en présence deMekhlis et deBeria, se termine par sonlimogeage[116]. Les raisons invoquées sont sa responsabilité dans les menaces surKiev, ainsi que l'accumulation de défaites[117]. Quoi qu'il en soit, le le maréchalChapochnikov prend les fonctions de chef d'État-Major général, tandis que Joukov est rétrogradé au commandement d'unfront, tout en gardant sa place à laStavka.

Photo noir et blanc d'un homme en uniforme faisant un discours à un podium, les profils de Staline et de Lénine derrière.
Joukov le. Il a 44 ans et porte les marques de songrade degénéral de l'Armée : cinq étoiles aux pattes decollet, un largechevron et une étoile dorés sur la manche. Photo parPyotr Bernstein.

Le, Joukov quitte Moscou et rejoint l'état-major dufront de réserve, près deGjatsk, 170 km à l'ouest de la capitale. Sonpolitruk estSergueï Krouglov, un proche de Beria ; ses unités composées deconscrits manquent d'officiers qualifiés, d'armement et d'équipement. Sa mission est de reprendreElnia, qui se trouve au centre d'un saillant allemand entouré par les lignes soviétiques : son prédécesseur,Ivan Bogdanov (unlieutenant-général duNKVD) n'a pas réussi à reprendre la ville, d'où son remplacement. Joukov va ensuite auPC de la24e armée, à 120 km de Gjatsk, où il rencontre lemajor-généralKonstantine Rakoutine (lui aussi issu destroupes frontalières du NKVD), qu'il entraîne avec ses officiers en reconnaissance dans les premières lignes[118]. Du 2 au Joukov relance la24e à l'attaque du saillant, sans succès, mais il s'entête, menaçant d'exécution les chefs qui échouent[119]. Après une pause pour renforcer ses moyens, l'attaque reprend le : les Allemands (les fantassins du20e corps) finissent par évacuer le saillant du 3 au, permettant aux Soviétiques d'entrer dans Elnia le 6. C'est une toute petite victoire, qui est utilisée par la propagande pour essayer de relever le moral soviétique (le correspondant de laBBCAlexander Werth visite la ville incendiée)[120] ; quatre unités changent de nom : les100e,127e,153e et161e divisions de fusiliers deviennent les1re,2e,3e et4e divisions de fusiliers « de la Garde », les premières de l'Armée rouge. Mais Joukov ne peut poursuivre vers l'ouest, alors que ses ordres reçus de la Stavka le étaient de faire pivoter sa24e armée vers le nord-ouest etSmolensk, tandis que sa43e devait aller vers le sud-ouest etRoslavl (ce qui aurait menacé les arrières deGuderian, qui fonce alors vers Kiev)[121].

Le, Joukov est convoqué de nouveau auKremlin. Selon lesMémoires, Staline le reçoit dans la nuit du 8 au 9 et l'envoie organiser la défense deLéningrad, mais c'est le qu'une réunion avec tout lePolitburo lui donne le commandement dufront de Léningrad. Le 12, Joukov part en avion, manquant se faire descendre au-dessus dulac Ladoga[122].Vorochilov est rétrogradé par Staline, tandis que Joukov essaye de rétablir la volonté de se battre en aboyant et menaçant, terrorisant tout le monde. Désormais encerclé par les troupes allemandes et finlandaises (Chlisselbourg est tombée le 8), il envoie au combat les troupes du NKVD, l'infanterie de marine, les matelots et lamilice populaire (les divisions deNarodnoe Opolcheniye,дивизии народного ополчения : DNO), avec le soutien des canons de laflotte de la Baltique. Un tiers de laDCA est désormais utilisé commearmes antichars, les usines fabriquent un demi-million demines, lesunités de barrage (en) font la chasse aux déserteurs, les familles de ceux qui se rendent sont exécutées[123]. La ligne de front se stabilise et lesiège de Léningrad commence.

Protéger Moscou (1941)

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Le,Staline rappelle Joukov à Moscou : depuis le les Allemands ont relancé leur offensive au centre, enfonçant et encerclant les unités des frontsde l'Ouest (Koniev),de réserve (Boudienny) etde Briansk (Eremenko) à l'ouest deViazma et de part et d'autre deBriansk. Joukov est envoyé comme représentant de la Stavka : la nuit du 6 au 7, il rejoint en voiture l'état-major du front de l'Ouest installé près de Gjatsk. Le 7, toujours par la route et de nuit, il retrouve celui du front de réserve àObninsk puis Boudienny àMaloïaroslavets (les deux sont séparés depuis trois jours) et rencontre des unités sans chefs et sans ordre[124]. Le 8, Joukov est de nouveau nommé au commandement du front de réserve. À partir du 9, la pluie rend tout boueux, c'est laraspoutitsa qui commence, freinant considérablement les déplacements. Le 10, Joukov reçoit en plus le front de l'Ouest. Il installe son état-major à Perkhouchkovo, près de Moscou, abandonnant son projet de le déplacer àArzamas[n 11]. À partir de cette période, Joukov prend comme maîtresse une jeune aide-médecin, le premier lieutenant Lida Zakharova[126].

La défense de Moscou (le « front de réserve de Moscou », absorbé par le front de l'Ouest le 12) est mise sur pied par l'état-major de Joukov avec les mêmes méthodes terroristes qu'à Léningrad un mois plus tôt. Les troupes survivantes sont renforcées par les divisions de milices populaires (ouvriers et étudiants encadrés par des membres duParti), desconscrits (lesclasses nées en 1921, 1922 et 1923, sont mobilisées par anticipation[127] et envoyés au combat sans instruction ni parfois d'uniforme), en arc-de-cercle deKalinine au nord àKalouga au sud, passant parVolokolamsk etMojaïsk, tandis que les forces allemandes sont encore occupées à réduire les poches de Viazma et de Briansk. Legroupe d'armées Centre allemand repart de l'avant à partir du seulement. Le 13, lePanzergruppe 4 dugénéral Hoepner prend Kalinine, tandis que la2. Panzerarmee deGuderian atteintKalouga. Ce soir là, lethéâtre Bolchoï est évacué àKouïbychev (y compris les costumes, les décors et des fauteuils) ; le 16, c'est legouvernement, leKomintern et les ambassades qui partent là-bas, 900 km plus à l'est. Des cadres moscovites prennent la fuite, accompagnés de vols massifs ; des charges explosives sont placées dans lemétro, les ponts, les gares, sur les installations électriques et sanitaires[128]. Le 19, l'état de siège est proclamé dans la capitale, ce qui rétablit l'ordre[129]. Mojaïsk (à 100 km de Moscou) tombe le 18. Le 22, c'est au tour deNaro-Fominsk : le commandant de division et sonpolitruk sont fusillés devant leurs soldats et Joukov fait contre-attaquer, d'où un combat de huit jours qui bloque les Allemands[130]. Même chose à Volokolamsk le 23, oùRokossovski échappe de peu à l'exécution pour avoir reculé. Le, les Allemands arrivent devant Toula, mais ils s'arrêtent partout le 30 devant la défense soviétique et surtout la boue qui les prive de ravitaillement (carburant, munitions et nourriture).

Le, Joukov est convoqué à laStavka : Staline lui demande si, à l'occasion du24e anniversaire de larévolution d'Octobre, il est possible d'organiser un défilé militaire. Joukov répond affirmativement car le front est alors stable en attendant l'arrivée du gel. Le, sous la neige, 28 000 hommes et 200 chars passent sur laplace Rouge devant Boudienny sur son cheval et Staline à la tribune dumausolée de Lénine. La troupe défile, puis part de suite pour le front en tramway[131]. Joukov prévoit la reprise de l'offensive allemande une fois le sol gelé, comprenant une attaque au centre pour l'accrocher, sur la routeRjev-Volokolamsk-Istra[n 12], et surtout deux attaques sur les flancs, au nord sur lecanal Volga-Moscou (à la liaison avec le front de Kalinine de Koniev) et au sud près de Toula (à la limite avec lefront du Sud-Ouest deTimochenko). Si Joukov ne peut que se plaindre à la Stavka du manque de coordination avec les fronts voisins, il renforce ses deux flancs, faisant se retrancher ses16e (Rokossovski) et50e armées (Boldine) dans la profondeur et concentrant derrière elles sesgrandes unités de cavalerie et de blindés[132]. Le, Joukov a la certitude d'une attaque allemande à partir du 15. Mais le 14, Staline ordonne une attaque préemptive devant Volokolamsk etSerpoukhov avec les unités de cavalerie et de blindés, refusant les arguments de Joukov et le menaçant pour obtenir l'obéissance[133]. Le 15, par−10 °C, le groupe d'armées Centre allemand attaque comme prévu au nord et au centre, avançant sur l'axe Kalinine-Klin-Moscou et frappant la13e autour de Volokolamsk. La contre-attaque de la cavalerie soviétique le 17 y bloque les Allemands deux jours. Toujours le 17, Joukov reçoit l'ordre de la Stavka de détruire toutes les constructions sur 20 à 30 km de part et d'autre des routes qui mènent à Moscou, condamnant les civils à l'exil[134]. Au sud, Guderian démarre le 18, contournant Toula parStalinogorsk, versKachira. Joukov obtient progressivement des renforts : quelques unités sibériennes (trois divisions d'infanterie et deux blindées) et six armées (en cours de constitution). Lesvannes du barrage sur l'Istra sont ouvertes, inondant temporairement la vallée. Au sud, la2. Panzerarmee de Guderian est bloquée définitivement devant Kachira par le1er corps de cavalerie de la Garde (Belov (en)), au nord lePanzergruppe 3 dugénéral Reinhart est repoussé àIakhroma par la1re armée de choc (Kouznetsov) le.

Le, Staline accepte partélex la contre-offensive proposée par Joukov, que ce dernier doit désormais planifier. Le 30, la pince nord allemande atteintKrasnaïa Poliana (ru) (à 20 km deslimites de Moscou), un régiment allemand arrive même àKhimki, un des terminus dutramway moscovite[135] : Joukov couvre Rokossovski d'injures par téléphone à cette occasion[136]. L'avance allemande au nord s'arrête à son tour, Reinhart àLobnia le et Hoepner le 3. Le, Joukov lance les dix armées du front de l'Ouest en contre-offensive, repoussant frontalement les Allemands. Les combats durent jusqu'au avec une température variant entre –10 et−30 °C : les objectifs sont les villages et bourgs servant d'abris, la neige épaisse (jusqu'à 80 cm) limite les mouvements, le ravitaillement est bloqué sur les axes ferroviaires[137]. Le, le portrait de Joukov est à laune de laPravda, en quatre fois plus grand que les huit généraux qui l'entourent[138]. Vers le, les deux forces blindées qui menaçaient Moscou sont de retour sur leurs positions de départ d'octobre, ayant perdu la quasi-totalité de leurs véhicules.

Article détaillé :Bataille de Moscou.

Rjev (1942)

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Carte montrant l'avancée du front vers l'ouest, dessinant un saillant autour de Rjev.
Carte des opérations de à : lacontre-offensive soviétique dirigée par Joukov dégageMoscou mais échoue devantRjev etViazma.

Le, une réunion auKremlin entreStaline,Vassilevski[n 13] et Joukov fixe les nouveaux objectifs des neufarmées dufront de l'Ouest : l'aile droite (1re choc,20e et16e armées) doit participer à la destruction du saillant deRjev ; le centre (cinq armées) doit prendreGjatsk etYoukhnov, puisViazma ; l'aile gauche (10e armée etcorps de cavalerie deBelov (en)) doit réaliser un raid sur les arrières allemands pour rejoindre le11e corps de cavalerie (du front de Kalinine) aventuré de la même façon, et encercler legroupe d'armées Centre allemand. Le, laLettre directive de laStavkano 3[n 14] (Stavka dirigée par Staline, mais dont Joukov est membre depuis sa fondation) ordonne une offensive générale immédiate vers l'ouest de tous lesfronts soviétiques[139] ; selon sesMémoires, Joukov s'y serait opposé, recommandant de concentrer les faibles renforts sur un seul front, le sien[140]. Le même jour, Joukov, installé avec son état-major àObninsk, relance à l'attaque son front de l'Ouest et le front de Kalinine (deKoniev, placé sous les ordres de Joukov) : les deux fronts avancent par des assauts frontaux, mais échouent à reprendre Rjev, Viazma et Youkhnov. Les 3 et, la situation se retourne : la9e armée allemande (dugénéral Model) encercle une armée du front de Kalinine ; la4e armée allemande (Kübler) fait de même avec la33e armée soviétique (Yefremov) et le corps de cavalerie (Belov), aventurés 35 km à l'ouest de Youkhnov. Joukov tente de secourir les encerclés, tandis que la Stavka lui fixe comme objectifs pour mars laDesna et leDniepr, d'où une série d'assaut frontaux, composés de vagues d'infanterie, faute de munitions pour l'artillerie. Si les cavaliers de Belov réussissent à se sortir de la poche, les fantassins de la33e sont écrasés près de l'Ougra (Yefremov se suicide le)[141]. La fonte des neiges interrompt à la mi-avril les combats dans un océan boueux.

Une fois le terrain plus sec, la Stavka ordonne une série d'offensives. EnUkraine, la direction du Sud-Ouest (Timochenko, avecBagramian comme chef d'état-major etKhrouchtchev commepolitruk) lance à l'assaut les frontsdu Sud-Ouest etdu Sud : labataille de Kharkov du 12 au vire à la catastrophe pour les Soviétiques, qui y perdent 22 divisions dans un encerclement. En,Alexandra Dievna Joukova (ru) rejoint son mari pendant dix jours[142]. Le, les Allemands reprennent l'initiative, la moitié sud de leurs forces percent de nouveau les lignes et foncent vers leDon,Stalingrad etBakou. Pour fixer la moitié nord des forces allemandes, la Stavka (Vassilevski est nommé chef de l'État-Major général à la place deChapochnikov le[143]) donne l'ordre aux autres fronts d'attaquer. Pour le front de l'Ouest de Joukov, la cible est d'abordOrel (près deJizdra et deBolkhov) entre les 5 et ; premier échec, faute de coordinationinterarmes (Joukov etRokossovski manquent de se faire tuer quand dessturmoviks attaquent lePC de la16e armée), d'obus et d'officiers capables. La deuxième attaque est de nouveau vers Rjev et sa voisineSytchiovka, attaquées à partir du (« opération Pogoreloé-Gorodichtche » selon les Soviétiques) mais sans déboucher, complétée par une attaque plus au sud pour reprendre Gjatsk et Viazma, sans plus de succès[144].

Article détaillé :Batailles de Rjev (1942).

Stalingrad (1942)

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Le,Staline appelle Joukov à sonPC, le nomme « adjoint du commandant suprême » et le rappelle à Moscou. SelonJean Lopez, ça s'explique par les échecs deVassilevski de juillet et d'août (àVoronej,Kalatch et dans la boucle duDon) qui permettent aux Allemands d'arriver devantStalingrad : il faut donner à Joukov une autorité suffisante pour coordonner rapidement les différentsfronts[145]. Le, Joukov prend l'avion pour arriver àKamychine auprès dufront de Stalingrad (commandé parGordov) ; les ordres de Staline sont d'organiser à la hâte une attaque au nord de Stalingrad, entre le Don et laVolga (de Kotlouban à Erzovka), pour rompre l'encerclement. Le, Joukov lance à l'assaut la1re armée de la Garde (Moskalenko), ce qui se termine par un échec sanglant. Staline ordonne d'attaquer de nouveau : le massacre reprend presque tous les jours du 4 au, avec la1re de la Garde, bientôt épaulée par les24e et66e armées, n'arrivant qu'à fixer leXIV. Panzerkorps en défensive (qui ne peut attaquer le nord de Stalingrad). Le 12, Joukov est rappelé à Moscou[146].

Selon sesMémoires et ceux de son collègue[n 15], Joukov et Vassilevski proposèrent le 13 à Staline l'idée d'un vaste encerclement, appelé « opération Uranus »[149] : il faut masser loin sur les flancs les moyens de cette contre-offensive, tout en usant la6e armée allemande (dePaulus) dans les combats urbains face à la62e armée soviétique (deTchouïkov, armée régulièrement renouvelée). Pour cela, il faut une préparation de six semaines. De fin septembre au début octobre, un nouveaufront du Sud-Ouest est créé (confié àVatoutine) ; le front de Stalingrad devient lefront du Don (Rokossovski) et lefront du Sud-Est devientcelui de Stalingrad (Eremenko), le tout largement renforcé ; le, les trois chefs de front sont mis au courant. En octobre et, Joukov passe en revue le terrain autour deSerafimovitch, inspecte les deux fronts du Sud-Ouest et du Don, entraîne tous les états-majors sur le plan, tandis que Vassilevski fait de même pour le front de Stalingrad[150]. L'opération est repoussée deux fois par Joukov[151], puis lancée le : les positions de la3e armée roumaine (dugénéral Dumitrescu) sont immédiatement percées. Le 23, les deux pinces se rejoignent à Kalatch, 70 km à l'ouest de Stalingrad.

Articles détaillés :Bataille de Stalingrad etOpération Uranus.

Opération Mars (1942)

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Dès le au soir, Joukov arrive auPC dufront de Kalinine (commandé parPourkaïev) àToropets, puis il fait la navette avec celui dufront de l'Ouest (confié àKoniev)[152]. Au même moment où est planifiée la contre-offensive sur leDon, il a convaincuStaline de le laisser mener une offensive massive devant Moscou, avec ces deux fronts qui sont les plus puissants de l'Armée rouge. SiVassilevski est chargé de mener l'opération Uranus (encerclement deStalingrad), à laquelle doit succéderSaturne (en fonçant jusqu'àRostov), Joukov se réserve l'opération Mars (encerclement du saillant deRjev) et ensuite l'« opération Jupiter » (jusqu'àSmolensk) : quatre vastes opérations sont ainsi prévues, chacune avec encerclement[153].

La météo pluvieuse ajourne d'abord Mars du 12 au, puis Joukov obtient un nouveau report. Quatrearmées (20e à l'est,39e au nord,41e et22e armées à l'ouest) sont chargés de la percée, l'exploitation étant confiée à troiscorps blindés et uncorps de cavalerie, le tout dominant la9e armée allemande dugénéral Model (15 divisions d'infanterie, cinqde panzers[n 16] et une de cavalerie) à trois contre un pour les effectifs. La troisième bataille pour Rjev (surnomméeWinterreise, « voyage d'hiver », par les Allemands[154], ou le « hachoir à viande de Rjev » par les Soviétiques) commence le, sous la neige et par−10 °C. Les armées soviétiques avancent d'abord lentement pendant quatre jours ; puis les états-majors engagent les corps d'exploitation. À partir du 29, la progression est stoppée par l'arrivée des réserves allemandes ; les panzers contre-attaquent, isolant puis détruisant deux corps soviétiques. Mais Joukov s'entête, lançant à l'attaque trois autres armées, puis un assaut général ; menaçant, hurlant, terrorisant et limogeant[155], n'obtenant pas de progrès (alors que tout réussit pour Vassilevski devant Stalingrad), il fait durer le massacre jusqu'au. Résultats : environ 100 000 morts soviétiques, 230 000 blessés ou malades et 1 600 blindés détruits[153] ; les20e et41e armées sont carrément dissoutes.

Article détaillé :Opération Mars.

Joukov mentionne ces combats dans sesMémoires, mais sans nommer l'opération, en trois pages et demie (contre vingt pages pour Uranus), accusant Koniev de l'échec, la présentant comme une diversion pour fixer les Allemands duGA Centre et les empêcher de renforcer Stalingrad[152]. Le, Joukov est de retour àMoscou.Staline ne lui fait aucun reproche, persuadé que Mars a servi Uranus en fixant une partie des forces allemandes[156]. Son portrait fait laune duTime :

« Les Allemands sont en train de perdre la guerre en Russie, ce qui signifie qu'ils sont en train de perdre la Seconde Guerre mondiale. Sur les plaines gelées de Rjev devant Moscou, sur le Don et dans le corridor de la Volga à Stalingrad, dans la neige et les vallées du Caucase, les Russes sont à l'offensive. [...] Les rares étrangers qui ont pu apercevoir Joukov se rappellent son visage de lion, sa bouche large et charnue. [...] Il a dénoncé, bien avant que l'US Army en fasse autant, le poids des conventions et de la routine dans l'Armée rouge. »

— (en) « Battle of Russia: Stalin's Liubimefs »,Time,vol. XL,no 24,‎,p. 35-36(lire en ligne).

Offensives d'hiver (1943)

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Le, Joukov arrive à l'état-major dufront de Voronej, commandé par son ennemiGolikov, pour travailler à la préparation de l'opération Ostrogorjsk-Rossoch et faire le tour des états-majors[157]. L'attaque commence le 12, enfonçant les positions de la2e armée hongroise et ducorps alpin italien ; elle se poursuit par l'opération Voronej-Kastornoe qui permet aux Soviétiques d'aller jusqu'à la ville deKoursk.

Le, Joukov rejoint lePC deVorochilov pour superviser l'opération Iskra (« étincelle »)[158]. Le rôle de Joukov est de coordonner lefront de Léningrad (Govorov) aveccelui de Volkhov (Meretskov). Le 12, précédé d'une intense préparation d'artillerie, les deux fronts attaquent le couloir deChlisselbourg par−23 °C : la jonction se fait au bout de cinq jours. Mais les Allemands s'accrochent aux hauteurs deSiniavino, malgré la pression que met Joukov sur le chef de la136e division :« Pourquoi n'attaquez-vous pas les hauteurs de Siniavino ? »général Simonyak (ru) :« Pour la même raison que la2e armée de choc ne les attaque pas. L'approche se fait à travers un marais. Les pertes seront grosses, les résultats, très maigres. » Joukov hurle :« Tolstoïen ! Saboteur passif ! Qui sont ces lâches que vous commandez ? Qui ne veut pas se battre ? Qui a besoin de se faire virer ? »[159]. Leblocus de Léningrad est ainsi levé après 506 jours, car les Soviétiques construisent rapidement une voie ferrée sur la rive dulac Ladoga. En récompense, le,Staline l'élève au grade demaréchal de l'Union soviétique et le décore de l'ordre de Souvorov : dans les deux cas, Joukov est le premier à être ainsi honoré depuis le début du conflit[160].

Carte du nord-ouest de l'URSS avec le tracé du front, une flèche partant de Demiansk vers la Baltique.
Schéma d'ensemble de l'opération Étoile polaire.

Pour dégager définitivement Léningrad, une vaste offensive est prévue un peu plus au sud, pour encercler tout legroupe d'armées Nord allemand : c'est l'opération Étoile polaire (Polyarnaya Zvezda). Le plan concerne d'une part les fronts de Léningrad et de Volkhov, qui doivent faire une diversion versMga, d'autre part le front du Nord-Ouest qui est chargé d'attaquer lesaillant de Demiansk pour y encercler six divisions allemandes ; ensuite, la1re armée de choc doit ouvrir une brèche dans laquelle un groupe mobile (dirigé parKhozine) composé de la1re armée de chars (deKatoukov) et de la68e armée (en) (deTolboukhine) doit foncer, jusqu'àNarva etPskov. Joukov est chargé de la coordination de la préparation entre les différents états-majors. L'attaque démarre le au sud-est de Léningrad, sans efficacité ; mais, àDemiansk, les Allemands évacuent le saillant à partir du, soit quatre jours avant l'assaut. Les Soviétiques frappent donc majoritairement dans le vide. Pire, le groupe Khozin ne peut être engagé, un redoux ayant tout transformé en un océan de boue, le bloquant dans un énorme embouteillage. Staline ordonne de tout arrêter le, envoyant la1re armée blindée ailleurs[161].

En même temps plus au sud,Vassilevski est chargé de coordonner l'offensive générale lancée depuis leDonets vers leDniepr, menée par les fronts de Voronej (Golikov), du Sud-Ouest (Vatoutine) et du Sud (Malinovski) depuis le. Mais les Allemands dugroupe d'armées Don (commandé par leFeldmarschall Manstein) battent d'abord en retraite, puis contre-attaquent à partir du, taillant en pièces lescorps blindés etmécanisés soviétiques trop dispersés[162]. Le, Staline téléphone à Joukov pour le rappeler à Moscou ; soupant en tête-à-tête pendant la nuit du 13 au 14, le dictateur lui annonce qu'il l'envoie àKharkov. Arrivé sur place, croisant des troupes en retraite, sa voiture se fait tirer dessus : Kharkov etBelgorod sont réoccupées par les Allemands les 14 et. Joukov rétabli un peu d'ordre à l'état-major du front de Voronej, dépassé par la situation ; il demande et obtient le renvoi à Moscou de Golikov (remplacé par Vatoutine le) et de Vassilevski (le 22), enfin il fait colmater la brèche au moment du dégel[163].

Article connexe :Troisième bataille de Kharkov.

Koursk (1943)

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Joukov reste auprès dufront de Voronej, soit dans la partie sud du saillant deKoursk, jusqu'au ; les 23 et 24, il est aufront central, dans la partie nord du saillant ; le 26, il est à Moscou pour une réunion de laStavka, puis du au il est de nouveau auprès des états-majors.Vassilevski le rejoint alors pour dix jours de travail en commun. La concentration des unités mécanisés allemandes, dont la majorité desdivisions panzers (repérés par leGRU, complété parUltra) de part et d'autre du saillant annonce une attaque d'encerclement[164]. Le, Joukov envoie à Staline unRapport stratégique préliminaire, donnant son avis sur les réactions soviétiques à avoir face à cette double manœuvre allemande d'encerclement :

Photo noir et blanc d'un groupe de neuf officiers regardant un char d'assaut.
Les maréchaux Joukov,Voronov etVoroshilov découvrant le nouveauchar Tigre allemand (le premier capturé l'est devantLéningrad en).

« Afin que l'ennemi se mette de lui-même en pièces sur nos défenses, et en sus des mesures prises pour renforcer la défense antichar des fronts central et de Voronej, nous devons retirer aussi vite que possible des secteurs passifs et concentrer dans les réserves de la Stavka pour pouvoir les engager sur les axes menacés 30 régiments antichars, tous les régiments de canons automoteurs [...] et autant d'avions que possible. [...]

Je considère comme peu judicieux de lancer une attaque préventive dans les prochains jours. Il serait plus indiqué de laisser l'ennemi s'épuiser sur nos défenses et détruire ses chars, et seulement ensuite, après avoir amené des réserves fraîches, de passer à l'offensive générale [...].[165] »

Le 10, Vassilevski donne son accord. Le 12, les deux présentent avecAntonov l'idée générale à Staline, qui se laisse convaincre, alors queVatoutine etKhrouchtchev plaident eux pour une attaque préventive soviétique. Le plan prévoit d'abord unedéfense active, puis une contre-offensive versOrel au nord (opération Koutouzov), avec une seconde versKharkov au sud (opération Roumiantsev). Juste après, Joukov est envoyé avecChtemenko dans leCaucase pour chasser les Allemands de lapéninsule de Taman. Du 10 au, il est à Moscou ; le 14, il rejointRokossovski aufront central. L'attaque allemande est prédite pour le 15, puis le 19, sans se produire : Joukov s'occupe en inspectant les positions. Ensuite il est envoyé aufront de l'Ouest à partir du, il est à Moscou pour cinq jours jusqu'au, puis auprès des frontsdu Sud-Ouest etdu Sud. Du 16 au, il est de nouveau à la Stavka ; le 30, il est aufront de Briansk. Le, les Allemands commencent à bouger : Joukov retourne auPC du front central (Rokossovski)[166].

L'offensive allemande débute le au petit matin : Joukov réplique immédiatement par une contre-préparation d'artillerie et l'envoi de 600 avions pour frapper les pistes de laLuftwaffe, sans demander l'autorisation à Staline : ce sont deux échecs[167]. Au nord du saillant, le front central (Rokossovski épaulé/surveillé par Joukov) bloque en quelques jours la9e armée allemande (Model) qui emporte seulement la1re ligne de défense. Au sud du saillant, le front de Voronej (Vatoutine supervisé par Vassilevski) encaisse moins bien l'assaut de la4. Panzerarmee (Hoth) et de l'Armee-Abt. Kempf (Kempf), les deux supervisés parManstein, qui percent la2e ligne et entament la3e. Dans la nuit du 8 au, Joukov, Vassilevski et Staline se mettent d'accord pour engager des renforts venant dufront de la steppe (confiés àKoniev et conservés en réserve par la Stavka) et pour déclencher la contre-offensive au nord. Joukov se rend le 9 auprès du front de Briansk, puis de la11e armée de la Garde (Bagramian) du front de l'Ouest, les deux chargés du gros de l'assaut : en première ligne pour observer les positions allemandes, Joukov et son garde du corps se prennent une volée d'obus demortier. Un obus explose à quatre mètres du maréchal, lecommotionnant (d'où une surdité à une oreille et des douleurs à une jambe)[168]. Le 12, la contre-offensive démarre par une intense concentration d'artillerie deh 30 ; l'infanterie perce, le second échelon borde la brèche et lescorps blindés sont engagés pour exploiter :Orel est reprise le, tandis que la9e armée allemande bat en retraite méthodiquement, rétablissant une ligne de front devantBriansk (derrière laHagen-Stellung).

Joukov est envoyé le par Staline auprès du front de Voronej, au sud du saillant, pour arrêter l'offensive du sud qui vient de percer la3e ligne. Les 13 et 14, il est avec Vassilevski auPC de la5e armée de chars de la Garde (deRotmistrov) qui vient de se faire hacher (bataille de Prokhorovka). Il ordonne de faire reculer la69e armée qui risque d'être encerclée : le mouvement se fait dans l'ordre, une première pour les Soviétiques depuis le début du conflit, ce qu'observe Joukov en se montrant au bord de la route. Le 17, les blindés allemands s'arrêtent et commencent à revenir sur leurs positions de départ[169] ; du 16 au, Joukov prépare la riposte : l'opération Roumiantsev. L'assaut frontal concerne cinq armées des fronts de Voronej et de la steppe, qui attaquent successivement du 3 au, perçant après une puissante concentration d'artillerie ; quatre corps blindés oumécanisés élargissent ensuite la brèche, où s'engouffrent enfin les1re armée de chars (Katoukov) et5e armée blindée de la Garde (Rotmistrov)[n 17]. Manstein contre-attaque avec ses blindés, faisant perdre 75 % des chars à ces deux armées blindées[170]. Kharkov est reprise le.

Articles connexes :Bataille de Koursk,Opération Koutouzov etOpération Polkovodets Roumiantsev.

Passer le Dniepr (1943)

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Carte en anglais montrant l'avancée soviétique entre Don et Dniepr entre juillet et décembre 1943.
La « bataille du Dniepr » désigne les offensives soviétiques simultanées enUkraine occidentale contre legroupe d'armées Sud allemand, sur un front de 1 400 km, du nord deSmolensk à lamer d'Azov.

Après labataille de Koursk, l'Armée rouge a l'initiative, les Allemands restant sur la défensive. Selon lesMémoires de Joukov, ce dernier ainsi qu'Antonov estiment que les Soviétiques sont désormais capables de mener desopérations en profondeur d'encerclement (méthode plus rapide, mais risquée), tandis queStaline veut s'en tenir à des attaques multiples sur un large front (méthode plus sûre, mais lente et coûteuse en vies humaines). Ce débat les occupe à la mi-, mais c'est Staline qui impose son point de vue. Huit fronts sont concernés : ceuxde Kalinine etde l'Ouest doivent reprendreSmolensk (opération Souvorov) ; ceuxde Briansk,central,de Voronej etde la steppe doivent foncer jusqu'àKiev etTcherkassy ; enfin ceuxde Sud-Ouest etdu Sud jusqu'àZaporojie. Joukov coordonne les fronts de Voronej et de la steppe dans le cadre de l'opérationTchernigov-Poltava, tandis queVassilevski s'occupe des deux plus au sud[171].

Le, les fronts de Voronej (Vatoutine) et de la steppe (Koniev) lancent leurs 14 armées à l'assaut, repoussant frontalement la2e armée allemande. Le, Staline et Joukov réorientent le front de Voronej vers Kiev, au grand regret deRokossovski (chef du front central) qui arrivait par le sud[172] et sur demande deKhrouchtchev (membre de l'état-major de Vatoutine) qui veut le titre de « libérateur de Kiev »[173]. Le, Manstein a enfin l'autorisation de Hitler pour battre en retraite derrière leDniepr, évitant ainsi l'encerclement[174], d'où une course-poursuite entre les deux forces armées, qui se termine le par la destruction des six ponts[n 18]. Le fleuve est large (de 300 à 3 500 m), avec une rive droite souvent élevée, dont les points de passage ont été un peu fortifiés (c'est l'Ostwall, aliasligne Panther-Wotan).

LaStavka ordonne à l'infanterie soviétique de traverser presque partout, dès le 21. Elle forme notamment unetête de pont dans le méandre de Boukrine (qui a l'avantage d'être à 75 km au sud-est de Kiev, près deKaniev), mais s'y retrouve bloquée. La nuit du 24 au, deuxbrigades aéroportées sont larguées (4 575 parachutistes), mais faute de préparation (pas de photo aérienne, ordres arrivés une heure avant le décollage, pas assez d'équipement, etc.) les hommes se retrouvent éparpillés sur 90 km, tombant soit près des blindés allemands, soit dans les lignes soviétiques, ou dans le fleuve[176]. Pendant un mois, chaque assaut soviétique partant de la tête de pont échoue : Joukov demande depuis le à chaque fois de tenter ailleurs le franchissement, tandis que Staline ordonne systématiquement de relancer l'attaque. Ce n'est que le, sur proposition d'Antonov, que Staline accepte de passer plutôt par Liutej, juste au nord de Kiev[177]. La3e armée de chars (deRybalko) est retirée de Boukrine en secret du 23 au, remplacée par un faux trafic radio, des chars et canons en bois, etc. (application de lamaskirovka). Le, le7e corps d'artillerie de rupture ouvre le feu, puis la38e armée ouvre la brèche, dans laquelle est lâchée le lendemain la3e armée blindée, qui fonce sur 60 km prendreFastov. Kiev est reprise le ; ce soir là, Joukov visite la ville en compagnie de Khrouchtchev[178].

Articles connexes :Bataille du Dniepr etBataille de Kiev (1943).

Tcherkassy et le Dniestr (1944)

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Du 4 au, Joukov est à Moscou pour préparer les prochaines offensives soviétiques. Vers le 10 ou le 11, Staline le surprend en déclarant« Maintenant, nous sommes devenus plus forts. Nos troupes sont plus expérimentées. Maintenant non seulement nous pouvons, mais nous devons mener des opérations pour encercler les troupes allemandes[179]. » En conséquence, Joukov prépare pour l'hiver 1943-1944 deux attaques, lepremier front ukrainien (le nouveau nom du front de Voronej deVatoutine) a pour objectifsJitomir etBerditchev, tandis que ledeuxième front ukrainien (ex-front de la steppe deKoniev) doit reprendreKirovograd : selon Vassilievski, les deux pinces doivent se rejoindre finalement à Kristynovska (près d'Ouman) pour encercler la8e armée allemande[180].

Le, Vatoutine lance son front à l'attaque, suivi le par Koniev, les deux encore une fois sous la coordination de Joukov. Un redoux freine les Soviétiques, Jitomir est reprise le, Kirovograd le 8, la8e armée allemande (Wöhler) recule, mais les contre-offensives blindées dirigées parManstein arrêtent les deux pinces[181]. Malgré cet échec, les deux attaques ont formé un saillant allemand autour deKorsoun-Chevtchenkivsky (Hitler a interdit leur retraite). Joukov propose donc le à l'État-Major général que Vatoutine et Koniev se rejoignent : la double percée est réalisée les 25 et, isolant à partir du 27 environ 56 000 Allemands (c'est le « chaudron deTcherkassy » pour les Allemands). Manstein réagit en engageant deuxcorps blindés du 4 au, qui ne réussissent pas à rompre l'encerclement. Le, les encerclés de ce « petit Stalingrad » réussissent une sortie, ce qui a pour conséquence la colère de Staline, qui donne le commandement à Koniev. Le, c'est Koniev qui est mis à l'honneur dans le communiqué de victoire[182].

Article connexe :Bataille de Tcherkassy.

Le, Vatoutine est blessé par despartisans ukrainiens (il en meurt le) ; Staline nomme Joukov à sa place le comme commandant du premier front ukrainien. Les fronts voisins (Rokossovski au nord et Koniev au sud) ne sont plus sous ses ordres[183]. Avec les huit armées de ce front, il mène ensuite l'opérationProskourov-Tchernovtsy, appliquant parfaitement les principes desopérations en profondeur : une armée de choc perce le, puis Joukov introduit ses4e armée de chars et3e armée blindée de la Garde pour exploiter, surprenant Manstein en débordant sa contre-attaque avec la1re armée de chars de la Garde, traversant leBug, leDniestr et lePrut pour arriver fin mars au pied desCarpates, encerclant avec Koniev la1. Panzerarmee (deHube) autour deKamianets-Podilsky. Manstein, juste avant d'être limogé par Hitler le, ordonne à cette armée de s'échapper, non vers le sud où l'attend les chars soviétiques, mais vers l'ouest[184], coupant le ravitaillement de Joukov (du au). Malgré cet échec, Joukov est rappelé à Moscou le, où il reçoit le premier l'ordre de la Victoire, une décoration couverte de diamants[185].

Articles connexes :Offensive Dniepr-Carpates etPoche de Kamianets-Podilskyï.

Bagration (1944)

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La paternité des offensives de l'été 1944 est réclamée par l'État-Major général (c'est-à-direAntonov etChtemenko), reprenant partiellement des propositions deRokossovski et de Joukov[186]. La planification occupe le bureau des opérations à partir du, puis l'ensemble est discuté devant Staline lors de sept réunions entre Antonov, Chtemenko, Joukov,Vassilevski,Voronov (chef de l'artillerie),Novikov (chef de l'aviation) etFedorenko (ru) (pour les blindés), sans parler des membres duPolitburo. Il s'agit d'une série d'opérations, commençant par laBiélorussie (opération Bagration), puis le Sud de laPologne (opérationsLvov-Sandomir etKovel-Lublin) et se terminant enMoldavie (opérationIassy-Kichinev). Bagration doit servir d'appât pour fixer les réserves mécanisées allemandes, permettant de foncer sans soucis ensuite[187].

Le, Staline signe les directives fournissant aux fronts leurs missions, les moyens et les horaires. Pour Bagration, quatrefronts soviétiques doivent attaquer legroupe d'armées Centre allemand (duFeldmarschall Busch) sur un arc de cercle de 700 km : lepremier front de la Baltique (Bagramian), letroisième front biélorusse (Tcherniakhovski), ledeuxième front biélorusse (Zakharov) et la moitié dupremier biélorusse (Rokossovski). Le maréchal Vassilevski coordonne les deux fronts du nord, le maréchal Joukov les deux du sud[188]. Du 5 au, Joukov visite tous les états-majors d'armée sous sa responsabilité, vérifiant que tout le monde a bien compris son rôle, faisant des reconnaissances du terrain, supervisant la logistique et assistant à des exercices à balles réelles (insistant sur les liaisonsinterarmes). Lamaskirovka n'est pas oubliée, cherchant à faire croire à une attaque plus au sud tandis que les unités en Biélorussie se retranchent ostensiblement sur la défensive[189]. L'assaut soviétique commence les 22, 23 ou selon le front. En une semaine, la poursuite taille en pièce les ¾ de la3. Panzerarmee (qui n'a de blindée que le nom), dont un corps est laissé encerclé dansVitebsk ; la4. Armee en retraite est presque totalement détruite entreOrcha et laBérézina puis dans le chaudron de Minsk ; la9. Armee termine dans les chaudrons deBobrouïsk puis de Minsk[190]. Les Soviétiques ont fait 57 600 prisonniers allemands, dont 19 généraux, qui sont envoyés à Moscou pour undéfilé le[191]. Le rétablissement du groupe d'armées allemand se fait derrière leNiémen, lalogistique soviétique étant à bout[192].

Article détaillé :Opération Bagration.
Photo noir et blanc d'un homme en uniforme, tête nue et portant des rangées de médailles sur sa poitrine.
Le maréchal Joukov une seconde fois à la une deLife, le, tandis que 17 autres généraux soviétiques sont relégués enp. 31-32.

Le, Joukov est à Moscou : Staline lui confie la coordination entre le premier front biélorusse et lepremier front ukrainien, à charge pour eux de foncer jusqu'àLublin et laVistule. Le 9, il lui fait rencontrer à ladatcha de Kountsevo les membres du futurComité polonais de Libération nationale (Bierut,Osóbka-Morawski etRola-Żymierski)[193]. Le 11, Joukov rejoint sonPC àLoutsk, entre les deux fronts[194]. Le premier front ukrainien (Koniev) attaque enGalicie à partir du, mais les réserves dugroupe d'armées Ukraine du Nord contre-attaquent avec efficacité, ce qui permet à Joukov de critiquer Koniev[194].Lvov etPeremyshl sont prises seulement le,Sandomir (sur la Vistule) le[195]. L'aile gauche du premier front biélorusse attaque à son tour le et perce immédiatement, engageant la2e armée de chars de la Garde dans la brèche.Lublin est prise le, leBug franchi et deuxtêtes de pont installées sur la rive gauche de la Vistule. La2e armée blindée de la Garde remonte vers le nord, menaçant les arrières de la2. Armee allemande, mais se fait encercler et en majorité détruire, faute d'essence, au nord-est deVarsovie par cinqPanzerdivisionen entre le1er et le[196].

Articles connexes :Offensive Lvov-Sandomir etOffensive Kovel-Lublin.

Pour sa contribution aux opérations Bagration et Lvov-Sandomir, Joukov reçoit le sa deuxième étoile d'or dehéros de l'Union soviétique. Il reste auprès de Rokossovski et Koniev jusqu'au[197]. Rappelé à Moscou le 23, Staline lui fait rencontrer le BulgareDimitrov. Le, l'Union soviétique déclare la guerre à laBulgarie ; le 8, Joukov est auprès dutroisième front ukrainien (deTolboukhine), qui franchit lafrontière roumano-bulgare ; dans la nuit du 8 au 9, le coup d'État duFront patriotique renverse àSofia le gouvernement deMouraviev. Le nouveau gouvernement deGeorgiev signe immédiatement un armistice avec les Soviétiques, puis met en place larépublique populaire de Bulgarie. Le, Joukov est de retour à Moscou, avant de passer le mois d'octobre en Pologne[198].

Oder-Vistule (1945)

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Le, Joukov est de retour àMoscou. L'État-Major général prépare les opérations qui doivent terminer la guerre : des attaques auxpays baltes et enHongrie pour fixer le maximum de troupes allemandes, avec l'offensive décisive au centre sur l'axeVarsovie-Berlin. Dès le,Staline annonce par téléphone à Joukov etVassilevski que les dix (bientôt huit)fronts sont désormais gérés directement, la fonction de « représentant de laStavka » disparaît[199] car le dictateur estime que les commandants coopèrent mieux désormais et il veut bénéficier du prestige de la victoire finale. Le, il nomme Joukov à la tête dupremier front biélorusse, à la place deRokossovski qui est muté audeuxième front biélorusse : le1er front étant face à Berlin, lemaréchal d'origine polonaise doit laisser sa place au maréchal russe, ce qui mit fin à leurs bonnes relations[200]. Le 14 au petit matin, Joukov quitte Moscou dans son train personnel et arrive àSiedlce (à l'ouest deBrest-Litovsk, auQG du front.

Le premier front biélorusse est alors le poids lourd de l'Armée rouge avec environ un million de combattants (en face, la9. Armee aligne 110 930 hommes), regroupés dans dix armées (dont deux blindées), septcorps blindés oumécanisés indépendants, 63 divisions d'infanterie et une armée aérienne en[201]. Sa mission est d'avancer parLodzPosenFrancfort-sur-l'Oder – Berlin, en deux bonds, le premier jusqu'à la ligneBromberg-Posen (« opération Varsovie-Posen »)[202]. Sur son flanc droit, le deuxième front biélorusse (Rokossovski) doit prendreDanzig puis laPoméranie orientale jusqu'àStettin ; sur son flanc gauche, lepremier front ukrainien (Koniev) a comme axeCracovieBreslauDresde. Mais l'offensive doit attendre que lalogistique soviétique soit capable de fournir les unités en carburants, munitions, équipements, nourriture etvodka : il faut refaire toutes les voies ferrées, routes et ponts deBiélorussie, détruits par les Allemands en retraite, puis accumuler des stocks dans les troistêtes de pont à l'ouest de laVistule : autour deMagnuszem et dePuławy pour le1er front biélorusse, deSandomir pour le1er front ukrainien. Il faut entraîner les recrues, préparer les états-majors surKriegspiele et collecter des renseignements[203]. Le, Staline fait diffuser auprès de tous les généraux et maréchaux une directive de la Stavka :« J'annule les ordres [...] émis par le ministre adjoint de la Défense, le camarade Joukov, concernant la validation du manuel de DCA. [...] J'ordonne au maréchal Joukov de ne plus s'autoriser la moindre précipitation lorsqu'il a à prendre des décisions sérieuses. » SelonJean Lopez, Staline commence à faire monter un dossier contre Joukov, pour qu'il ne lui fasse pas de l'ombre[204].

Les fronts attaquent en décalé : Koniev commence le, Joukov et Rokossovski le 14 au matin. Le1er front biélorusse lance cinq armées depuis les têtes de pont : à Magnuszem, les deux premières lignes allemandes sont éventrées par la préparation d'artillerie (un demi-million d'obus et de roquettes dekatiouchas sur 16 km de large et 7 de profondeur : 5 540 tonnes délivrés en 25 minutes) puis l'assaut se fait dans la brume derrière un barrage roulant. Joukov est auPC de la5e armée de choc (deBerzarine) en compagnie du chef de la2e armée de chars de la Garde (Bogdanov)[205] : il décide l'engagement des deux armées blindées dès le lendemain. Une contre-attaque de deuxPanzerdivisionen dans l'après-midi retarde à peine l'entrée en scène de la1re armée de chars de la Garde (Katoukov), tandis que deux autres armées (dont la1re armée polonaise) attaquent à leur tour à partir du 15, plus au nord, pour prendre Varsovie. Au soir du 15, les deux armées blindées foncent vers le nord-ouest, tandis que les autres armées élargissent la brèche jusqu'à 100 km de large, rejoignent au sud les forces sorties de la tête de pont de Puławy et encerclent deux divisions allemandes en retraite[206]. Le 16, Varsovie, menacée d'encerclement, est évacuée par les Allemands ; les ordres de Joukov sont de foncer, les Soviétiques abandonnant derrière eux de nombreuses poches allemandes : Lodz est dépassée le 18 ; Posen le 22 ; Bromberg prise dans la foulée le 24 (soit dix jours en avance sur les prévisions) ; l'Oder est atteinte le 31 au nord deKüstrin[207].

Article détaillé :Offensive Vistule-Oder.

Les troupes de Joukov s'arrêtent, sans foncer sur Berlin qui est à seulement 80 km (soit un trajet d'une heure par laReichsstraße 1 (de)), avec à ce moment-là presque rien entre les deux. L'arrêt soviétique, qui dure deux mois et demi, donne dans les années 1960 une polémique lancée parTchouïkov (le chef de la8e armée de la Garde, qui a établi la tête de pont), qui regrette l'ordre d'arrêt de Staline[208]. Plusieurs éléments expliquent cette mesure : d'abord le1er front biélorusse est menacé sur son flanc droit, le2e front biélorusse (Rokossovski), étant arrêté devantElbing etGraudenz[209]. Pour se protéger contre une contre-offensive venant dePoméranie, Joukov y a déployé quatre armées, qui lui manquent sur l'Oder. Ensuite lalogistique ne suit pas, le carburant et les munitions ne pouvant arriver des terminus ferroviaires qui sont encore sur la Vistule, les camions devant rouler sur 500 à 600 km en plein dégel[210]. Enfin, une large partie des militaires soviétiques est hors de contrôle, se livrant au pillage et auxviols de masse depuis leur entrée sur le territoire allemand : il faut du temps à Joukov et ses généraux pour reprendre leurs troupes en main[211].

Seelow (1945)

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Article détaillé :Bataille de Seelow.

Les Allemands lancent enfévrier et une quarantaine d'attaques contre les têtes de pont établies de part et d'autre deKüstrin[212] ; la majorité de l'activité de laLuftwaffe se concentre alors face à cette menace, s'en prenant aux camions et aux ponts (y compris une trentaine demissions suicides)[213], tandis que dePoméranie démarre le l'opération Sonnenwende, une contre-offensive qui échoue dès le[214]. Le, Joukov fait attaquer ses armées de droite, puis introduit dans la percée de 200 km de large ses deux armées blindées : la2e armée blindée de la Garde oblique vers l'île de Wolin etStettin (sur l'estuaire de l'Oder), tandis que la1re armée blindée de la Garde roule jusqu'à laBaltique près deKolberg (le) puis longe la côte jusqu'àGottenhafen,Rokossovski se chargeant deDanzig[215]. Les villes encerclées tombent tardivement :Schneidemühl le, Kolberg le 17,Posen le 23, Gottenhafen le, Küstrin le 29,Glogau le et Stettin le 26.

Le, Joukov est à Moscou, sur convocation deStaline, inquiet de larapide progression des Anglo-Saxons à l'ouest, lui demandant :« Quand nos troupes peuvent-elles attaquer ? »« Pas plus tard que dans deux semaines[216]. » Lors de la réunion du1eravril avecKoniev et Joukov, Staline trace sur la carte la ligne de démarcation entre les deux fronts jusqu'àLübben (au sud deBerlin) mais pas plus loin, mettant ainsi en concurrence les deuxmaréchaux pour la prise de la capitale. SelonChtemenko, Staline aurait rajouté« Que le premier des deux qui perce prenne Berlin[217]. » Mais Joukov manque de temps : il faut regrouper ses forces, les approvisionner (deux lignes ferroviaires sont rétablies fin mars) et planifier l'assaut. Du 5 au, il rassemble ses chefs d'armée et de corps à sonQG, installé auchâteau de Tamsel (au nord-est de Küstrin), utilisant notamment une maquette de Berlin. Le plan de Joukov prévoit une attaque frontale à partir de latête de pont sur la rive gauche de l'Oder (comprenantKienitz etReitwein, mais pasFrancfort-sur-l'Oder)[218]. L'assaut doit se faire de nuit, deux heures avant l'aube, éclairé par 143 projecteurs deDCA ; ensuite, quatre armées doivent passer au nord de Berlin (61e,1re polonaise,47e et3e) pour rejoindre l'Elbe deHavelberg àTangermünde (à l'ouest) ; la2e armée blindée de la Garde doit entrer par les faubourgs nord-est, deux armées (5e choc et8e de la Garde) par l'est de l'agglomération, la1re armée de chars de la Garde par la banlieue sud-est et deux armées (69e et33e) jusqu'àZossen, épaulées par trois armées du1er front ukrainien (3e de la Garde,3e et4e de chars de la Garde) qui ont pour objectifsPotsdam etBrandebourg (au sud-ouest). Les hauteurs deSeelow doivent être prises dès le premier jour, la banlieue atteinte au4e jour, l'encerclement réalisé au6e jour et l'Elbe atteinte au15e, soit le1ermai (le jour de lafête des travailleurs)[219]. En face, c'est la9. Armee allemande reconstituée avec des fonds de tiroirs (Volkssturm, Luftwaffe, policiers, marins, écoles militaires,Jeunesses hitlériennes, convalescents,Reichsarbeitsdienst, etc.) et legénéral Busse (l'ancien chef d'état-major deManstein) à sa tête ; la supériorité soviétique est de six pour un en chars, sept en infanterie, dix pour l'aviation et onze en artillerie[220], le tout s'entassant dans la tête de pont (il y a environ 300 canons par km de front)[221].

Les habituelles reconnaissances en force sont menées par les Soviétiques les14 et, prenant la ligne avancée allemande et déminant les accès[222]. Le 16 àh du matin, Joukov, qui est auPC de la8e armée de la Garde deTchouïkov, lance sonpremier front biélorusse à l'attaque : après 30 minutes de préparation d'artillerie (massive avec plus de 15 000 canons, mortiers etkatiouchas, mais inefficace car les deux premières lignes allemandes ont été majoritairement évacuées pendant la nuit)[223], les projecteurs s'allument (aveuglant tout le monde à cause des poussières soulevées par les obus) et l'assaut démarre derrière un doublebarrage roulant d'artillerie. Mais il s'arrête devant la troisième ligne allemande, s'enlisant dans la vallée (l'Oderbruch, un ancien marécage), aux champs inondés[n 19] et largement minés, au pied des hauteurs de Seelow (de 40 à 50 m plus haut) d'où lesbatteries allemandes tirent sur les unités soviétiques alors à découvert. Vers midi, Joukov téléphone à Staline, qui lui annonce la percée deKoniev sur laNeisse[221]. Joukov décide alors d'engager la1re armée blindée de la Garde pour prendre la ligne de crêtes, d'où un énorme embouteillage avec les unités de la8e armée de la Garde vers16 h ; l'assaut blindé, limité à des routes surélevées, échoue face auxantichars allemands[225]. Ce premier jour, l'avance se limite à quatre (69e) jusqu'à dix km (5e choc), malgré la consommation de 1,23 million d'obus par l'artillerie soviétique[226]. Au soir, Joukov fait son rapport à Staline par téléphone, puis ce dernier lui annonce qu'il va donner ordre à Koniev d'attaque Berlin par le sud[227]. L'attaque de Joukov est relancée le àh du matin, grignotant les positions allemandes : SiWriezen etNeuhardenberg résistent encore, Seelow est prise, ce qui permet aux Soviétiques de se déployer sur le plateau. Le 18, les deux armées blindées de la Garde attaquent péniblement au sud. Mais les troupes de Joukov débouchent le 19, prennentMüncheberg et avancent plus rapidement vers l'ouest.

Berlin (1945)

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Le à19 h 45, le chef du1er front ukrainien envoie un nouvel ordre à ses deux armées blindées (3e et4e de la Garde) :« Les troupes du maréchal Joukov sont arrivées à 10 km à l'est deBerlin. J'ordonne que vous entriez ce soir même les premiers dans Berlin. Tenez-moi informé de l'exécution. [signé]Koniev, Krainioukov[n 20]. » À21 h 50 le même jour, le chef dupremier front biélorusse envoie cetélex à ses deux armées blindées (1re et2e de la Garde) :« L'armée de chars de la Garde reçoit la mission historique d'entrer la première dans Berlin et d'y hisser labannière de la Victoire. Je prends personnellement en charge l'exécution et l'organisation. Envoyez la meilleurebrigade de chaquecorps vers Berlin et assignez-leur la mission d'être coûte que coûte, aux lisières de Berlin le àh. J'entends recevoir alors un rapport immédiat afin de pouvoir annoncer l'événement au camarade Staline et le faire publier par la presse. Signé : Joukov,Téléguine (en). » Bien qu'aucun des deux ordres ne soit réalisable ce soir-là, la course auReichstag est lancée[228].

Joukov modifie son plan : la61e armée doit protéger le flanc droit en s'alignant le long ducanal de Finow (reliant laHavel à l'Oder) ; la1re armée polonaise doit aller jusqu'àOranienbourg ; la47e armée doit éviter Berlin par le nord et aller se positionner deTegel àPotsdam (à l'ouest, derrière la Havel) ; la2e blindée de la Garde doit entrer dans le nord de l'agglomération berlinoise parPankow ; la3e choc dans le nord-est parWeißensee ; la5e choc dans l'est parKarlshorst et laFrankfurter Allee ; la1re armée de chars de la Garde et la8e armée de la Garde doivent foncer sur laReichsstraße 1 (de) jusqu'auRing, puis doivent traverser laSpree et laDahme pour rejoindre la Havel et encercler tout le sud ; les3e,69e et33e armées doivent participer à l'encerclement des débris en fuite de la9. Armee[228].

Le, les armées de Joukov entrent dans leGroß-Berlin par le nord et le nord-est[229] ; mais celles de Koniev font de même au sud à partir du 22, sans aucune coordination entre lesfronts (théoriquement assurée par laStavka). Le 23, la8e armée de la Garde (deTchouïkov) entre à son tour dans les faubourgs orientaux, tandis que la3e armée blindée de la Garde (deRybalko) est arrêtée sur lecanal de Teltow. Le 24 au matin, ces deux armées (8e Garde et3e blindée de la Garde) se rencontrent près de l'aéroport de Schönefeld (au sud-est de Berlin)[230] : la9. Armee est désormais isolée dans une poche entreStorkow et laSpreewald (très peu d'Allemands réussissent à s'enfuir vers l'ouest lors de labataille de Halbe). Au soir, alors que Tchouïkov engage son armée dansRudow (dans ledistrict de Neukölln), il reçoit un coup de téléphone de Joukov, qui demande abruptement :« De quelle source tenez-vous que les troupes du maréchal Koniev sont arrivées à Berlin par le sud ? »« Des unités de la gauche du28e corps ont pris contact à six heures avec la3e armée blindée de Rybalko près de l'aérodrome de Schönefeld. »« Qui les a vues ? Qui vous l'a dit ? »« Le commandant du corps, legénéral Ryjov. » Joukov lui ordonne alors d'envoyer des officiers au sud duRing pour identifier les unités du1er front ukrainien qui sont arrivées et leurs missions[231]. Dans la nuit du 24 au 25, Staline change la limite entre les deux fronts : désormais elle passe parLübben,Teupitz,Mittenwalde,Mariendorf et lagare d'Anhalt, ce qui met le Reichstag dans le prolongement du secteur de Koniev. Le 25, le colonel-généralMikhaïl Malinine (le chef d'état-major de Joukov) donne l'ordre suivant au7e corps de cavalerie de la Garde (qui épaule la47e armée au nord-ouest de Berlin) :« Le6e corps mécanisé du1er front ukrainien approche de la ville deBrandebourg par le sud-est. Le commandant du front ordonne : envoyez immédiatement une division de cavalerie avec une brigade blindée vers le sud avec la mission de prendre Brandebourg avant l'entrée du6e corps mécanisé au matin du 25 avril[232]. » Sauf que le6e corps mécanisé de la4e armée blindée de la Garde (deLeliouchenko) a déjà pris la ville pour Koniev, ce dernier en informant Staline dèsh du matin. La jonction à l'ouest se fait le 25 au matin, àKetzin/Havel[233].

Le, Joukov ordonne à ses8e Garde et1re blindée de la Garde d'attaquer vers le nord-ouest en passant par ledistrict de Tempelhof, ce qui coupe la route à Koniev (laB 96). Le 26 au matin, Tchouïkov prend lastation de Papestraße sur l'anneau du S-Bahn, encore un peu plus à l'ouest[234]. Le même jour, le9e corps mécanisé (dépendant de la3e armée blindée de la Garde) de Koniev subit un bombardement aérien par des avions soviétiques, sans pouvoir identifier l'unité[235]. Au nord-ouest, la2e armée blindée de la Garde a atteintSiemensstadt, qu'elle met quatre jours (du 25 au 28) à conquérir. Dans l'après-midi du 25, Joukov annonce à Staline que ses unités (à la limite entre les3e et5e armées de choc) ont atteint l'Alexanderplatz, en pleincentre-ville[235]. Le 26, les hommes de Tchouïkov borde leLandwehrkanal, continuant vers le nord-ouest jusqu'à l'église des Douze-Apôtres (de) (dans ledistrict de Schöneberg), soit devant le9e corps mécanisé qui combat dansSchöneberg, d'où des tirs fratricides : le 28 au petit matin, la moitié de la préparation d'artillerie de la3e armée blindée tombe sur la8e armée[236]. Le à20 h 45, Koniev contact Joukov par télex, lui demandant d'infléchir la marche de Tchouïkov ; Joukov ne répond pas, mais envoie un rapport à Staline à22 h, se plaignant :« La poussée des troupes de Koniev dans le dos de la8e armée de la Garde et de la1re armée blindée de la Garde a conduit à un grand désordre et à un mélange des unités, qui ont rendu particulièrement difficile la conduite du combat. [...] Je vous prie par la présente d'établir une limite entre les troupes des deux fronts, ou plutôt de m'autoriser à écarter de Berlin les troupes du1er front ukrainien[237]. »

Drapeau rouge portant l'étoile, le marteau, la faucille et un texte en russe.
Labannière de la Victoire, celle sur laphoto du Reichstag :« 150e division de fusiliers, distinguée par l'ordre de Koutouzov2e classe, honoré du titre de division d'Idritsa,79e corps de fusiliers,3e armée de choc,1er front biélorusse ».

En fait dès21 h 20 le 28, la Stavka annonce que la nouvelle limite entre les deux passe désormais par lastation Tempelhof, laplace Victoria-Louise, puis les stationsSavignyplatz (de),Charlottenburg etWestkreuz, ce qui exclut Koniev dudistrict de Tiergarten (alors que les troupes de Rybalko sont arrivées à lagare du zoo)[238]. La compétition pour le Reichstag se fait à partir du entre la3e armée de choc, qui arrive du nord parMoabit, et la8e armée de la Garde qui arrive du sud par laPotsdamer Platz, la première arrêtée par lepont Moltke (de), la seconde par lesiège de la Gestapo. Le à22 h 40, un drapeau rouge est planté sur lefronton du Reichstag par des casse-cous[n 21] de la150e division de fusiliers (du39e corps de la3e armée de choc), alors que les combats à l'intérieur du bâtiment se poursuivent jusqu'au à13 h[244] (la photoLe Drapeau rouge sur le Reichstag, prise parEvgueni Khaldeï, date du).

Article détaillé :Bataille de Berlin.

Capitulations allemandes

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Le, par radio, laChancellerie allemande demande un cessez-le-feu pour négocier[245]. Le àh 50, legénéral Krebs (chef d'état-major de l'OKH, russophone car ancienattaché militaire à Moscou de 1936 à 1939) arrive auPC de la8e armée de la Garde, où Joukov délègue son chef d'état-majorSokolovski pour négocier. Krebs leur annonce lesuicide de Hitler la veille et propose de négocier la paix. Joukov téléphone àKuntsevo et fait réveiller Staline :« Ce qui devait arriver à ce salaud lui est arrivé. Dommage que nous n'ayons pu le prendre vivant. Où est son cadavre ? »« D'après ce que dit le général Krebs, le cadavre a été brûlé sur un bûcher. »« Dites à Sokolovsky qu'il n'y aura pas de négociations, sauf pour une reddition sans conditions, avec Krebs ou avec aucun autre membre de la bande d'Hitler[246]. » Krebs est ensuite raccompagné, puis les combats reprennent à partir de10 h 40. Le au matin, legénéral Weidling présente àTchouïkov et Sokolovski la capitulation de ce qui reste de la garnison de Berlin ; le cessez-le-feu est prévu pour13 h, effectif quelques heures plus tard. Dans l'après-midi, Joukov va à la Chancellerie, où leSMERSH interdit l'accès aux caves, auFührerbunker et au jardin (ils trouvent les restes du cadavre de Hitler le 5 et l'évacuent en secret)[247] ;Hans Fritzsche est interrogé devant lui, racontant les derniers jours. À Moscou, 24 salves sont tirées par 324 canons en l'honneur des deux fronts ayant pris la capitale adverse[248].

Le, Joukov visite les ruines duReichstag, gravant son nom sur une des colonnes (au milieu d'une centaine d'autres)[249]. Le, Staline lui annonce par téléphone la reddition allemande àReims, auQG des occidentaux, ce qui ne convient pas :« C'est le peuple soviétique qui a porté sur ses épaules la plus grande partie du poids de la guerre. La capitulation doit donc être signée devant le commandement supérieur de tous les pays de la coalition antihitlérienne [...]. » Le dirigeant décide donc qu'un second acte de reddition doit être signé, à Berlin.« Vous êtes nommé représentant du commandement suprême des troupes soviétiques.Vychinski vous rejoint dès demain. Après la signature de l'acte, il restera à Berlin en qualité d'adjoint au haut-commissaire chargé des questions politiques. Vous êtes nommé haut-commissaire de la zone d'occupation soviétique en Allemagne et commandant en chef des troupes d'occupation soviétiques en Allemagne[250]. »

Photo noir et blanc d'un groupe d'officiers derrière une table, dont quatre assis au premier rang.
Joukov signant l'acte de capitulation allemande, avecVychinski à gauche etSokolovsky à droite.

Le, dans le bâtiment qui abritait lemess des officiers de l'école du génie deKarlshorst, où est désormais installée l'administration militaire soviétique, Joukov accueille à23 h 45 les délégations britannique, américaine et française. Aux environs de minuit, la délégation allemande entre à son tour :Wilhelm Keitel salue de sonbâton de maréchal et fixe Joukov. Une fois les Allemands assis, Joukov se lève, très droit et demande d'une voix forte (la salle est bruyante) et en russe :« Avez-vous pleins pouvoirs pour signer ? » Après avoir obtenu unJa, Joukov met ses lunettes pour lire le texte de l'acte, puis on passe aux signatures des neuf exemplaires (trois en russe, trois en anglais et trois en allemand) : en haut de la dernière page le maréchal Keitel, l'amiral von Friedeburg et legénéral Stumpff (pour laHeer, laKriegsmarine et laLuftwaffe), en dessous le maréchal Joukov (pour l'Armée rouge) avec l'Air chief marshal Tedder (pour les alliés occidentaux), enfin tout en bas comme« témoins » legénéral de Lattre et legénéral Spaatz[251]. Une fois les Allemands sortis àh 43 ce, Joukov et ses généraux se congratulent joyeusement ; Joukov reprend la parole, évoquant les morts. Puis a lieu un grand banquet, avec deszakouski, duchtchi, de lavodka, Joukov dansant jusqu'à l'aube[252].

Article détaillé :Actes de capitulation du Troisième Reich.

Après la capitulation allemande, Joukov devient le premier commandant de la zone d'occupation soviétique. Le 10 juin 1945, il retourne à Moscou pour préparer le défilé de la victoire de 1945. Le 24 juin, Staline le nomme commandant en chef du défilé. Après la cérémonie, dans la nuit du 24 juin, Joukov se rend à Berlin pour reprendre son commandement.

En mai 1945, Joukov signe trois résolutions visant à améliorer les conditions de vie dans la zone d'occupation soviétique : le 11 mai, fourniture de nourriture (résolution 063) ; 12 mai, restauration du secteur des services publics (résolution 064) ; 13 mai, approvisionnement en lait pour les enfants (résolution 080). Joukov demande au gouvernement soviétique de transporter d'urgence à Berlin 96 000 tonnes de céréales, 60 000 tonnes de pommes de terre, 50 000 bovins et des milliers de tonnes d'autres denrées alimentaires, telles que du sucre et de la graisse animale. Il ordonne à ses subordonnés de« haïr le nazisme mais de respecter le peuple allemand »[253] et de faire tous les efforts possibles pour rétablir et maintenir un niveau de vie stable pour la population allemande[254].

Après-guerre

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Apothéose (1945)

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Le, Joukov est de retour à Moscou. Le soir, il est reçu à dîner avec tous les autresmaréchaux et les chefs duParti, auKremlin, dans lasalle Georgievsky décorée aux couleurs desaint Georges (rayures noires et orange)[n 22] ;Molotov porte le premiertoast aux militaires, mettantStaline en tête, qui à son tour dédie le sien aux« grands capitaines de la guerre », Joukov en tête[255]. Le, Staline le nomme représentant de l'Union soviétique auConseil de contrôle allié, l'institution chargée d'administrer leszones d'occupation. Le, Joukov est fait pour la troisième foishéros de l'Union soviétique pour la prise de la capitale adverse. La première réunion a lieu à Berlin le, avecEisenhower,Montgomery etde Lattre, les trois autres commandants en chef des armées d'occupation : si l'Américain lui annonce qu'il a été faitChief commander de laLegion of Merit par leprésident Trumann, le Soviétique le fait attendre trois heures àWendenschloss (de) avant de venir signer ladéclaration commune, le temps que Moscou donne son accord[256]. La fin d'après-midi se termine par un grandbanquet, mais Eisenhower repart pourFrancfort dès le premier toast[257].

Le,Harry Hopkins, le conseiller diplomatique des présidentsRoosevelt puis Truman, est de passage à Berlin et rencontre longuement Joukov : il lui annonce la tenue prochaine d'uneconférence interalliée dans la capitale occupée ; elle est finalementorganisée à Potsdam sur recommandation de Joukov[257] (Berlin étant en ruine et la population affamée), mais ce dernier n'y participe pas. Plus tard le 7, Joukov donne uneconférence de presse internationale dans sa résidence (au bord de laWannsee), avecVychinski à ses côtés :Alexander Werth (correspondant duSunday Times) lui demande« Que pensez-vous de la déclaration allemande selon laquelle vous avez appris l'art militaire auprès de laWehrmacht ? » Joukov répond« Laissons les Allemands dire ce qu'ils veulent. J'ai toujours étudié l'histoire militaire, la stratégie et la tactique, l'art de mener les opérations et j'ai toujours considéré, et je considère encore, que notreart opératif est supérieur à l'art militaire allemand. Cette guerre vient de le prouver de manière incontestable. » Un autre journaliste du nom de Parker :« Le maréchal Staline a-t-il participé de façon quotidienne aux opérations que vous avez dirigées ? » Joukov :« Le maréchal Staline a dirigé personnellement tous les secteurs de la lutte de l'Armée rouge contre les Allemands, y compris, en détail, les opérations dont j'ai eu la charge[258]. » Le, Joukov est reçu au quartier-général américain àFrancfort, Eisenhower lui dédiant un toast :« To no one man do the United Nations owe a greater debt than to Marshal Zhukov »[259] (en français : « A aucun homme les Nations Unies ne doivent elles plus qu'au Maréchal Joukov »).

Photo noir et blanc avec au premier plan un homme galopant sur un cheval blanc, au second des soldats au garde-à-vous devant un grand bâtiment décoré de bannières.
Le maréchal Joukov inspectant les troupes sur son cheval blanc au début de laparade de la Victoire le.

Selon Joukov, il est convoqué par Staline le 18 ou le ; ce dernier lui annonce qu'il l'a choisi pour passer en revue la grande parade militaire qui est en préparation à Moscou :« Je suis trop vieux pour passer des troupes en revue. Faites-le, vous êtes plus jeune[260]. » Toujours selon lesMémoires de Joukov, dans un des passagescensurés sousBrejnev, le fils de Staline,Vassili, aurait avoué à voix basse à Joukov qu'en fait son père, pas très bon cavalier, venait de tomber de cheval lors d'un entraînement avec le cheval blanc prévu pour le défilé[261]. SelonRokossovski, tous les maréchaux ont proposé le rôle à Staline, qui aurait répondu« Celui qui va recevoir la parade doit entrer sur la place Rouge à cheval. Et moi, je suis trop vieux pour le faire. [...] C'est notre tradition d'entrer à cheval sur laplace Rouge. C'est une tradition. Nous avons deux maréchaux cavaliers : Joukov et Rokossovski. Laissons à l'un de commander la parade et à l'autre de la recevoir. » Les jours précédant la parade, Joukov s'inquiète de son embonpoint, il s'entraîne avecKoumir (« idole », l'étalonarabo-Don-kabardin (tersk) blanc sélectionné sur ordre deBoudienny) et répète son discours plusieurs fois devant sa femme et ses filles[262].

Le à10 h précise, sous lecrachin, Gueorgui Konstantinovitch Joukov sort du Kremlin à cheval par la porte de latour Spasskaïa (la tour du Saint-Sauveur) suivi par le major-général Piotr Zelensky, puis ils traversent la moitié de la place Rouge au galop, tandis que 1 400 musiciens jouentSois glorifié deGlinka[263]. Arrivé au pied dumausolée de Lénine, le maréchal Rokossovski et le lieutenant-colonel Klykov, sur deux chevaux noirs, les saluent. Le quatuor passe ensuite en revue les détachements, qui poussent chacun à son tour un puissant « hourra ! » Puis, Joukov descend de son cheval et monte à la tribune pour lire, entreKalinine etMalenkov, son discours, qui se termine par :

« Si nous avons gagné, c'est parce que nous avons été dirigés par notre grandVojd, par notre génial capitaine, le maréchal de l'Union soviétique Staline !

Gloire à notre peuple soviétique, au peuple libérateur ! Gloire à l'inspirateur et organisateur de notre victoire, au grand Parti de Lénine et Staline ! Gloire à notreVojd, au sage capitaine, maréchal de l'Union soviétique, le grand Staline ! Hourra ![264] »

L'hymne soviétique est ensuite joué, accompagné de salves d'artillerie, et enfin le défilé se déroule jusqu'à13 h[265].

Le, l'ambassadeur des États-UnisWilliam Harriman remet à Joukov une invitation de Truman à venir lui rendre visite en Amérique. Du 11 au, Eisenhower est en visite à Moscou etLeningrad, rencontrant Staline : Joukov est chargé de l'accompagner partout. En octobre, ce dernier décline l'invitation des Américains pour raison de santé, puis, une seconde fois, pour surcharge de travail[266].

Disgrâce (1946-1953)

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À la fin de l'automne 1945,Joseph Staline décide de reprendre en main la situation, en une sorte de « purge douce », en s'en prenant à ses collaborateurs qui ont pris trop d'assurance et de pouvoir. Le premier à en faire les frais estViatcheslav Molotov, qui fait son autocritique au début de (sa femmePolina Jemtchoujina est arrêtée en 1948). Puis c'est au tour deLavrenti Beria, qui perd son poste deministre des Affaires intérieures le.

ContreGueorgui Malenkov et Gueorgui Joukov, Staline confie àViktor Abakoumov, l'ancien chef duSMERSH et nouveau maître duMGB, le soin de monter de toutes pièces une accusation : l'« affaire des aviateurs ». Le maréchal de l'aviationSergueï Khoudiakov est arrêté le (il est exécuté en 1950) ; sous la torture, il avoue être un espion britannique et dénonce ses « complices » :Alexandre Répine (ru) (ingénieur principal des forces aériennes) etAlexeï Chakhourine (ru) (commissaire du peuple à l'Industrie aéronautique). Ces deux derniers, arrêtés le (et qui finissent augoulag), mettent en cause à leur tour le maréchalAlexandre Novikov, lecommandant en chef de l'aviation. Novikov est arrêté le, torturé et après menace sur sa famille, il dénonce 74 personnes, ainsi que Malenkov et Joukov. Malenkov perd le secrétariat duComité central du Parti le, tandis que Joukov est rappelé à Moscou début pour prendre le poste decommandant en chef des forces terrestres[267].

Le, au début d'une séance du Haut-Conseil militaire, Staline ordonne au secrétaire du conseilSergueï Chtemenko (alors adjoint du chef de l'État-Major général) de lire devant les membres duPolitburo et tous les maréchaux la « confession » du maréchal Novikov, dénonçant les marques d'irrespect de Joukov (qui aurait dit« Staline était et est resté unpékin ! »[268]) et son autoglorification (s'attribuant presque toutes les victoires) ; lesMémoires évoquent quant à eux le regroupement autour de lui d'officiers mécontents, pour préparer uncoup d'État. Staline lui demande ensuite de se justifier, puis lui annonce sa disgrâce. La directive du, signée par tous les présents au Haut-Conseil, rabaisse le rôle de Joukov dans toutes les batailles de la guerre[269].

Odessa (1946-1947)

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Le, Joukov passe de la fonction de commandant en chef desforces terrestres à celle, subalterne, de commandant dudistrict militaire d'Odessa, qui s'étend sur toute la moitié méridionale de l'Ukraine, où stationnent troiscorps d'armée. Il prend son poste le. Il inspecte, renforce la discipline et organise en septembre degrandes manœuvres à tirs réels. Il prend des vacances (les premières depuis neuf ans) avec son épouseAlexandra Dievna (ru) et ses filles àSotchi, tout en poursuivant sa relation avec sa maîtresse Lida Zakharova[270].

En 1946, la ville d'Odessa, en ruine et à la population affamée, doit faire face à une vague de criminalité organisée sans précédent. Celle-ci est le fait en particulier d'une organisation surnommée « Chat noir » (черный кот), qui s'en prenait même aux entrepôts et trains des militaires. Lamilice étant dépassée, Joukov monte une opération du nom de code « mascarade » (Маскарад :Maskarada) où des petits groupes duGRU, déguisés en civils, sont disséminés à travers la ville pour abattre séance tenante les criminels. Les militaires quadrillent la ville, organisent des rafles parmi la pègre et font exécuter sans jugement les prisonniers dans les carrières qui entourent la ville. En quelques mois, la criminalité chute de 74 % dans le district d'Odessa comme le mentionne un rapport adressé à Staline[271]. Les autorités civiles de la ville jugent ses méthodes « dictatoriales » et font appel àNikita Khrouchtchev pour que Joukov soit muté. La sérieLykvidatsia (Liquidation) de la télévision russeCanal Rossia[272] diffusée en raconte de manière romancée l'action de Joukov à Odessa[273]. LesMémoires de Joukov comme la biographie de Lopez ne mentionnent pas cet épisode.

Mais les poursuites ne s'arrêtent pas là. Le,Nikolaï Boulganine, ministre adjoint de la Défense, informe Staline que les douaniers ont saisi à la frontière, près deKovel, sept wagons chargés de 194 meubles appartenant au maréchal, venant d'Allemagne et qui devaient le rejoindre à Odessa[270]. Le, Joukov reçoit un blâme public pour avoir fait décorer la chanteuseLidia Rouslanova de l'ordre de la Guerre patriotique[274].

Accusation de pillage (1948)

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Staline autorise des perquisitions au domicile (rue Granovski à Moscou) le et dans ladatcha (à Sosnovka) de Joukov dans la nuit du 8 au. De nombreux objets de luxe venant du pillage de l'Allemagne y sont saisis, le rapport deViktor Abakoumov décrit la datcha comme un musée : au total, ce sont des dizaines de montres en or, plus de 60 tableaux, 323 pièces de fourrures (en lisant ça, Staline aurait dit« Il était fourreur, il l'est resté. »), 50tapisseries, 740 couverts d'argent, beaucoup de tissus de velours et de soie, une vingtaine de fusils de chasseHolland & Holland, ainsi que des livres précieux (mais aucun en russe). Le, sur rapport d'une commission présidée parAndreï Jdanov, leBureau politique émet une résolution publique humiliante contre Joukov :« le camarade Joukov a commis des erreurs qui déshonorent le titre de membre du Parti et de commandant de l'armée soviétique. [...] maraudeur, [...] son inclination à la cupidité [...] comportement anticommuniste [...], un homme dégradé d'un point de vue politique et moral. » Le même document annonce son renvoi du poste de commandant du district militaire d'Odessa et qu'il doit rendre à l'État tous les biens qu'il se serait illégalement appropriés en Allemagne[275].

Le lendemain, un malaise cardiaque (uneangine de poitrine ?) envoie Joukov à l'hôpital. Le, il apprend son transfert à la tête du petitdistrict militaire de l'Oural. LaPravda ne mentionne plus une fois son nom aux anniversaires de la Victoire. Ses amis sont aussi frappés dans le cadre de l'affaire des trophées : son chauffeur Boutchine lui est retiré en et dégradé, puis il est arrêté le, torturé et accusé d'être un espion de laCIA. Le colonel Siomotchkine (un de sesofficiers d'ordonnance), puis le généralConstantin Téléguine (en) (sonadjoint politique aupremier front biélorusse) sont arrêtés (Téléguine le) et torturés[276]. La chanteuseLidia Rouslanova et son époux le lieutenant-généralVladimir Krioukov sont arrêtés le et condamnés au camp. Les générauxVassili Gordov et S. D. Rybaltchenko (le chef d'état-major de Gordov), arrêtés dès le, sont fusillés en pour avoir vanté Joukov et critiqué Staline.

Isolement dans l'Oural (1948-1953)

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Le, Joukov s'installe àSverdlovsk, le siège dudistrict militaire de l'Oural. Ce district est un peu plus modeste que celui d'Odessa : loin de la frontière, seulement deuxcorps d'armée (soit sixdivisions) y sont stationnés. Il y rencontre tout de même le médecin militaireGalina Alexandrovna Semionova (ru), qui a 24 ans alors (née en 1926), dont il devient progressivement très amoureux, en faisant son médecin traitant et sa nouvelle maîtresse. Lida Zakharova, compréhensive, laisse la place, tandis qu'Alexandra Dievna (ru) reste dans l'ignorance. Galina accouche le d'une fille, la quatrième de Gueorgui Konstantinovitch, Maria Georgievna Joukova[277].

Le filmLa Chute de Berlin, sorti en, met largement en valeur l'action militaire de Staline, mais un acteur jouant le rôle de Joukov fait quand même quelques brèves apparitions. En 1950, Joukov est autorisé à se présenter aux élections auSoviet suprême, devenant ainsi le député de Sverdlovsk. En, il fait partie d'une délégation en visite àVarsovie et y rencontre le maréchalConstantin Rokossovski[278].

Retour (1953-1957)

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Mort de Staline et de Beria (1953)

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Le,Boulganine, qui est devenu vice-président duConseil des ministres, appelle Joukov àSverdlovsk et le convoque àMoscou, refusant de lui dire pourquoi. Arrivé dans la matinée du 5, on lui annonce qu'il est convoqué à une réunion plénière duComité central[279]. En début de soirée, auKremlin, les 300 délégués apprennent queStaline est victime d'unehémorragie cérébrale et qu'il va mourir. Un nouveau gouvernement est immédiatement formé, proposé par lebureau du présidium et accepté par acclamation du Comité :Malenkov devient président du Conseil des ministres,Beria ministre de la Sécurité (regroupant leMVD et leMGB),Khrouchtchev secrétaire duComité central du Parti,Molotov aux Affaires étrangères,Mikoyan au Commerce extérieur et Boulganine à la Défense, avec Joukov,Vassilevski etKouznetsov comme adjoints. Staline meurt à21 h 50 ; la nouvelle est annoncée à la radio le lendemain àh. Le, Joukov fait partie de la garde d'honneur veillant le corps de Staline à laMaison des syndicats.

Mais les différents ministres se méfient de Beria, qui concentre trop de pouvoir. En, ce dernier passant quelques jours en Allemagne à diriger la répression desémeutes de Berlin-Est, un complot se forme contre lui, mené par Khrouchtchev. Selon lesMémoires de Joukov, Boulganine le convoque avec cinq autres officiers dans le bureau de Malenkov, en présence de Molotov et Khrouchtchev ; Malenkov aurait dit :« Nous considérons que Beria est devenu un homme dangereux pour le Parti et pour l'État. Nous avons décidé de l'arrêter et de neutraliser tout le système de la Sécurité. Nous avons décidé de vous charger de l'arrestation de Beria[280]. » Toujours selon Joukov, le, avec deux autres généraux, qui ont un pistolet en main, il intervient comme prévu lors d'une réunion :« Je me suis vite approché de Beria et lui ai dit d'une voix forte : Levez-vous, Beria ! Vous êtes arrêté ! Je l'ai pris par les bras, je les ai levés, j'ai fouillé ses poches. Il n'avait pas d'arme. [...] Beria a pâli et s'est mis à balbutier. Deux généraux l'ont amené dans la pièce arrière, où il a été fouillé scrupuleusement[281]. » Puis, il faut faire sortir Beria du Kremlin, dont la garnison dépend de son ministère.« Nous l'avons allongé, bâillonné, sur le plancher de la voiture, entre les pieds deSerov,Batitski etMoskalenko. Nous avions vu juste – la garde nous a salués et ne nous a pas arrêtés. Du Kremlin, nous sommes partis directement à une cellule de la garnison. Sa garde renforcée se composait d'officiers. Le lendemain, Beria a été transféré dans l'abri de la cour intérieure de l'état-major dudistrict militaire de Moscou[281]. » Selon Malenkov et Khrouchtchev, c'est legénéral de l'Armée Moskalenko, commandant ladéfense antiaérienne de Moscou et chef par intérim du district militaire de Moscou, qui organise l'arrestation de Beria et qui obtient que Joukov en fasse partie[282] ; sur ordre de Boulganine, deuxdivisions de l'armée (la4e blindéeKantemirovskaya de laGarde et la2e de fusiliers motoriséeTamanskaya de la Garde) sont déployées dans Moscou par sécurité. Beria est exécuté ensuite, selon les versions en juin ou en.

Vice-ministre de la Défense (1953-1955)

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Joukov reste un des adjoints du ministre de la DéfenseNikolaï Boulganine, devenant membre complet (il n'était que membre suppléant) duComité central du Parti. Unbuste lui est élevé àOugodski Zavod, la ville à côté de son village natal, inauguré le en présence de ses filles Era (son aînée, née en 1928) et Ella Joukova (sa3e fille, née en 1937). Il fait venir sa maîtresseGalina Alexandrovna Semionova (ru) à Moscou, lui obtenant un appartementrue Gorki et un poste (elle est colonel du Corps médical soviétique) à l'hôpital militaireBourdenkoLefortovo), tout en faisant enregistrer son mariage avecAlexandra Dievna Joukova (ru) à l'état civil[283].

Le problème militaire du moment concerne lesarmes nucléaires, notamment leurusage tactique, dans un contexte où les États-Unis maintiennent une avance importante. À l'automne 1953, Joukov assiste à un exercice dirigé par le maréchalIvan Koniev simulant (sans explosion) une attaque nucléaire contre les unités dudistrict militaire desCarpates. Mais le ministère de la Défense est perplexe : comment réagissent les militaires et le matériel à uneexplosion atomique ? Peut-on combattre et communiquer en zone radioactive ? En conséquence, Joukov fait organiser l'opération « boule de neige » (Снежок :Snejok), avec comme scénario l'attaque d'une position adverse utilisant une arme nucléaire pour se défendre. Un total de 44 000 hommes est rassemblé sur le terrain de manœuvre deTotskoïe (à 13 km de la base aérienne de Totskoïe, ou Totski ou Totskoye), dans l'oblast d'Orenbourg (au sud de l'Oural), avec notamment toute la270e division de fusiliers, des chars, des transports blindés et des avions. Assistent comme spectateurs (à dix km)Khrouchtchev,Boulganine,Koniev,Vassilievski,Malinovski,Rokossovski et Joukov. Le, unTupolev Tu-4 largue une bombe typeRDS-4 qui explose àh 34 à environ 350 mètres d'altitude, soufflant les casquettes des observateurs. Puis vers midi les unités mécanisées, équipées dedosimètres, de lunettes de protection et de masque à gaz sont déployées sur le terrain, certaines jusqu'à 500 m de l'épicentre[284]. La conclusion est que les forces conventionnelles peuvent se battre malgré l'emploi d'armes nucléaires : il faut rendre les véhicules parfaitement étanches et diluer encore plus les formations. Peu après, le commandement des forces nucléaires passe duministère de l'Intérieur (Beria avait coordonné leprojet atomique soviétique) à celui de la Défense.

Articles détaillés :Exercice nucléaire de Totskoïe etExercices Desert Rock.

Ministre de la Défense (1955-1957)

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Photo noir et blanc de deux groupes de trois hommes se faisant face.
Une délégation soviétique, menée par Joukov (à gauche : Nikolaï Mikhaïlovitch Pegov etMikhail Pervoukhine), est reçue par le président de laRDAWilhelm Pieck (Walter Ulbricht est à droite) auchâteau de Schönhausen le pour le dixième anniversaire de la « libération du peuple allemand du fascisme par l'Armée soviétique ».

En,Nikita Khrouchtchev obtient la démission deGueorgui Malenkov, nommant à sa placeNikolaï Boulganine comme président duConseil des ministres. Joukov obtient ainsi, le le poste de ministre de la Défense. Dans le même temps est créé le Conseil général de défense de l'URSS, dont Khrouchtchev devient président : ce dernier devient le chef suprême des forces armées soviétiques. Joukov soutient souvent Khrouchtchev, qui poursuit ladéstalinisation, contreMolotov, qui mène plus ou moins les derniersstaliniens. Il assiste auXXe congrès du Parti, du 14 au, pendant lequel il monte à la tribune le 18 : c'est le seul militaire à y prendre la parole. Joukov apprécie tellement le discours de Khrouchtchev sur le culte de la personnalité qu'il est chargé par celui-ci d'un rapport sur le rôle de Staline pendant la guerre[285].

En tant que ministre, Joukov rétablit en l'allocation financière liée aux décorations militaires (concernant 1,5 million de personnes), que Staline avait supprimée en 1948. Il propose en 1955 la construction de statues monumentales dans les « villes-héros » deLéningrad,Stalingrad (lastatue de la Mère-Patrie),Sébastopol etOdessa ;Mourmansk etKiev se rajoutent ensuite, avec constructions progressives jusque dans les années 1980. Il organise une commission qui obtient en duComité central la fin des persécutions contre les 1,8 million de militaires qui avaient été prisonniers des Allemands (considérés comme traîtres à la Patrie), avec payement des arriérés de solde. En, Joukov obtient la réhabilitation, posthume, dumaréchalMikhaïl Toukhatchevski (exécuté en 1937), puis en juillet celle dugénéral de l'ArméeDmitri Pavlov (exécuté en 1941)[286].

En 1955, il fait rétablir le commandement desforces terrestres (aboli par Staline en 1950), qu'il confie àIvan Koniev, au même titre que l'aviation, de lamarine et de ladéfense antiaérienne ; il crée aussi le poste de vice-ministre de la Défense pour les missiles stratégiques, confié àMitrofane Nedeline ; c'est sous son ministère queBaïkonour (en 1955) etPlessetsk (en 1957) sont choisis commepolygone de tir (que les Soviétiques appelleront ensuite des « cosmodromes ») deslanceurs spatiales etmissiles intercontinentaux[287].

Photo en couleur d'un groupe de trois hommes en uniforme et portant médaille, sur un balcon au-dessus de la place rouge.
Joukov en, avec les deux meilleursas de la chasse soviétique, les majors-générauxAlexandre Pokrychkine (à gauche) etIvan Kojedoub (à droite), portant chacun leurs trois étoiles dehéros de l'Union soviétique.

Le, le cuirasséNovorossiysk coule après avoir déchiré sa coque sur unemine allemande oubliée en rade de Sébastopol (611 morts) : la « tornade Joukov » (selon le terme deJean Lopez) frappe alors ceux jugés incompétents, renvoyant un quart du haut-commandement de la marine, notammentNikolaï Guerassimovitch Kouznetsov qui est rétrogradé du rang d'amiral de la Flotte à celui device-amiral et mis à la retraite[288]. C'est aussi un prétexte pour réduire le rôle de la marine dans les forces armées soviétiques. Dans l'Armée de terre, face au grand nombre de manquements à la discipline, accidents, crimes et cas d'alcoolisme qui marquent les forces armées soviétiques, Joukov fait diffuser l'ordreno 0090 du, qui renforce l'autorité du commandant militaire face à sonofficier politique (à qui il est désormais interdit de critiquer l'action militaire des commandants), ordonne aux officiers de rétablir une stricte discipline (dont ils sont responsables), d'augmenter le nombre et l'instruction des sous-officiers, d'interdire la vente d'alcool dans les casernes[289], etc. Cet ordre vaut à Joukov l'opposition de la Direction politique principale de l'Armée soviétique (GlavPUR). Dans le but d'améliorer la qualité des forces armées, il est favorable à la réduction des effectifs (qui passent de 4,8 millions d'hommes en 1955 à trois millions en 1957) et à la réduction de la durée duservice militaire[290].

Son poste de ministre de la Défense donne à Joukov un petit rôle dans laguerre froide. Le, c'est lui qui signe pour l'Union soviétique àVarsovie aupalais Koniecpolski l'alliance militaire appelée lepacte de Varsovie, une réaction à l'entrée de laRFA dans l'OTAN (accords de Paris du) : il a contribué avec Molotov à la rédaction du texte, c'estRokossovski qui signe pour laPologne populaire et c'est àKoniev qu'est confié le commandement commun[291]. Ces tensions n'empêchent pas des décisions plus pacifiques, notamment la proclamation de laneutralité autrichienne le (traité de Vienne signé auBelvédère) avec application le, ainsi que l'évacuation de la base dePorkkala enFinlande annoncée le et appliquée le. Du 18 au, Joukov fait partie de la délégation soviétique (avec Khrouchtchev, Boulganine et Molotov) ausommet de Genève, où il retrouveDwight D. Eisenhower désormaisprésident des États-Unis : les deux« camarades d'armes » s'échangent quelques cadeaux et paroles aimables[292].

Photo en couleur d'un homme en uniforme, la poitrine gauche couverte de décorations.
Gueorgui Joukov en uniforme demaréchal, portant ses quatre étoiles dehéros de l'Union soviétique, obtenues en 1939 (pourKhalkhin Gol), 1944 (Bagration), 1945 (Berlin) et 1956 (Budapest).

Le, l'Armée populaire de Pologne de Rokossovski réprime lesmanifestations ouvrières à Poznań. En octobre,Gomułka, chef duParti ouvrier unifié polonais, profite de ladéstalinisation et exige le départ du maréchal. Khrouchtchev et Molotov veulent une intervention militaire soviétique pour reprendre le contrôle ;Mikoyan et Joukov finissent par convaincre Khrouchtchev de lâcher Rokossovski[293]. Le, c'est au tour de lapolice politique hongroise d'ouvrir le feu sur des manifestants àBudapest, déclenchant une émeute. Dans la nuit du 23 au 24, Joukov, avec autorisation de Khrouchtchev, fait intervenir lecorps d'armée soviétique qui stationne en Hongrie, composé de deux divisions mécanisées (2e et17e de la Garde) ; trois autres divisions, venues de Roumanie (33e mécanisée de la Garde) et dudistrict desCarpates (11e mécanisée et128e de fusiliers de la Garde) passent les frontières en soutien. Mais très dispersées et sans l'aide de l'Armée populaire hongroise (dont quelques unités changent de camps), la démonstration de force se transforme en combat de rue contre l'insurrection. Joukov ordonne un cessez-le-feu le 29 puis l'évacuation des troupes soviétiques pour le 30. Mais le 31, le premier ministre hongrois réformateurImre Nagy annonce la sortie de larépublique populaire de Hongrie du pacte de Varsovie, au moment où lacrise du canal de Suez commence : leprésidium du Comité central penche désormais pour une intervention massive, solution soutenue par Joukov. Le, c'est avec 17 divisions qu'est lancée l'opération « Tourbillon » (Vikhr'), dirigée par Koniev : désarmement de l'Armée hongroise et reprise de toutes les villes. Vingt jours plus tard, on compte 3 200 morts et 20 700 blessés, 10 000 Hongrois sont arrêtés, 180 000 s'enfuient en Autriche, Nagy et son ministre de la DéfensePál Maléter sont pendus pour conduite contre-révolutionnaire[294]. La Hongrie, avec désormaisJános Kádár à sa tête, reste membre du bloc communiste, protégée par les cinq divisions soviétiques du « groupe des forces Sud » (le « GF Nord » en Pologne, le « GF en Allemagne » enRDA et le « GF Centre » enTchécoslovaquie). En récompense, le, à l'occasion de son60e anniversaire, Joukov reçoit un quatrièmeordre de Lénine et est fait « héros de l'Union soviétique » pour la quatrième fois : il est le seul à porter les quatre étoiles, jusqu'à ce queBrejnev se les auto-décerne.

Articles connexes :Octobre polonais de 1956 etInsurrection de Budapest.

Retraite (1957-1974)

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Mise à la retraite (1957)

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Les 19 et auConseil des ministres, puis le lors duplénum duComité central, Joukov (avecSerov, le chef duKGB) aideKhrouchtchev à se débarrasser définitivement desstaliniens, accusés de former un « groupe anti-Parti » (Molotov,Kaganovitch,Malenkov,Boulganine etVorochilov)[295]. Mais les militaires, avec à leur tête Joukov, très populaire, ont de plus en plus d'autonomie et de poids politique. La méfiance soviétique envers uncoup d'État militaire se base sur le souvenir de l'insurrection décabriste en 1825, sur lesécrits de Marx sur le bonapartisme de 1852 et explique la dissolution de l'Armée impériale russe en 1917. L'Armée peut ainsi devenir un danger pour leParti.

Le, Joukov prend l'avion deMoscou àSébastopol, où il s'embarque le lendemain à bord ducroiseurKouïbychev pourZadar enYougoslavie, où le 8 il rencontre lemaréchal Tito. Le 17, il quitteBelgrade pourTirana, enAlbanie. Le même jour, le généralAlexeï Jeltov (ru), chef du GlavPUR (la Direction politique principale de l'Armée), dénonce dans un discours devant leprésidium (les maréchauxKoniev etMalinovski ont été invités) le comportement de Joukov :culte de la personnalité (il montre un tableau du maréchal ensaint Georges sur son cheval blanc devant leReichstag en flammes), autoglorification de son rôle durant la guerre, réduction de la place desofficiers politiques, enseignement dumarxisme-léninisme aux militaires devenu facultatif, niant même le rôle du Parti. Le 19, le présidium rend aux officiers politiques le droit de critiquer les commandants : dans tous lesdistricts militaires, des réunions sont menées pour critiquer Joukov. Le 23, Khrouchtchev renvoie legénéral de l'ArméeSergueï Chtemenko (proche de Joukov) de son poste de chef duGRU (la Direction générale du renseignement de l'Armée) pour avoir fondé une école secrète desSpetsnaz (lesforces spéciales soviétiques)[296].

Joukov rentre à Moscou le, accueilli à l'aéroport par Koniev ; il est immédiatement convoqué auKremlin pour faire son rapport lors d'une séance du présidium. Tous les autres membres lui reprochent de vouloir couper les liens entre l'Armée et le Parti. Khrouchtchev propose de le renvoyer du poste de ministre : le vote est unanime. Malinovski le remplace[297]. Les 28 et, Joukov se retrouve devant le plénum du Comité central, oùSouslov,Zakharov,Sokolovski, Koniev, Rokossovski,Ieremenko,Tchouïkov,Timochenko etMoskalenko le critiquent chacun à son tour, à la fin Khrouchtchev lui reprochant les défaites de l'été 1941. Résultat, Joukov est destitué à l'unanimité du présidium et du Comité central[298]. Le 29 au soir, il se retire dans sadatcha de Sosnovka, où il se gave de somnifère pendant quinze jours[299]. Le, Koniev signe un long article dans laPravda sous le titre « La force de l'armée et de la marine soviétiques tient à la direction exercée par le Parti et aux relations indénouables avec le peuple », dont les ⅔ sont une dénonciation des actions de Joukov pendant la guerre et comme ministre[300].

Dernières années (1957-1974)

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Joukov conserve le droit de porter son uniforme demaréchal, sadatcha à Sosnovka, son appartement àMoscou (au loyer payé par l'État), sa voiture avec chauffeur et l'accès aux cliniques de lanomenklatura. Le, il est mis à la retraite, sans bénéficier d'un poste d'inspecteur (comme les autres maréchaux etgénéraux de l'Armée)[301]. Il devient pour quelques années unepersona non grata, fréquentée par personne d'important ; leKGB met sur écoute sa datcha et ses appartements[302]. Côté vie privée,Alexandra Dievna Joukova (ru) trouve une photo deGalina Alexandrovna Semionova (ru) ; elle apprend l'existence de Maria, la fille qu'il a eue avec sa maîtresse, quand il lui demande son accord pour l'adoption de l'enfant. Après une nouvelle scène, Alexandra doit accepter un compromis, Gueorgui Konstantinovitch partageant son temps entre les deux appartements moscovites de la rue Granovski (Alexandra) et de la rue Gorki (Galina), ainsi que les vacances. La situation se dégradant, il demande le divorce à Alexandra, qu'elle finit par accorder le ; dès le 22, il épouse Galina[302].

De 1960 à 1965, sont publiés par les éditions du ministère de la Défense les six volumes deL'Histoire de Grande Guerre patriotique, très critique envers les décisions de Staline, passant sous silence l'aide américaine et mettant en valeur les cadres duParti, notamment Khrouchtchev en Ukraine et àStalingrad ainsi queJdanov àLéningrad ; Joukov n'est presque pas cité, mis à part pour les défaites de l'été 1941. Indigné par cette interprétation de l'histoire, Gueorgui Konstantinovitch se lance dans la rédaction de ses mémoires. Inquiet, leprésidium convoque Joukov le, le menaçant d'exclusion du Parti et d'arrestation s'il continue[303]. Mais le remplacement de Khrouchtchev parBrejnev à la tête de l'État le change progressivement la situation. Le soir du, Joukov et Galina paraissent lors de la célébration auKremlin du vingtième anniversaire de la victoire : Brejnev y lit un discours faisant notamment l'éloge deStaline ; la foule répond par une ovation, puis l'on se presse autour de Joukov[304]. Le, Joukov signe un contrat avec l'agence de presse Novosti (APN) pour la publication de ses mémoires. Le travail est freiné par unecrise cardiaque en novembre, mais le manuscrit est livré pendant l'été 1966. Une commission duComité central modifie massivement le texte, y renforçant la présence du Parti et de sescommissaires politiques, y mentionnant même Brejnev (affirmant que Joukov voulait demander conseil en 1943 à cet obscurcolonel...). L'ouvrage sort en : les 100 000 exemplaires sont épuisés en quelques mois, malgré l'absence de publicité[305].

Photo en couleur d'une plaque fixée sur un mur de briques rouges.
Plaque tombale de Joukov,dans le mur du Kremlin.

Alexandra Dievna Joukova meurt le ; quelques jours plus tard, uncancer du sein est diagnostiqué chez Galina. Elle est opérée, mais elle est déclarée condamnée sous cinq ans. Gueorgui Konstantinovitch est frappé juste après par unaccident vasculaire cérébral[306], le laissant paralysé et parlant avec difficulté. Il retrouve un peu l'usage de ses jambes l'année suivante. Galina Alexandrovna meurt à son tour le. Il faut l'aide deHovhannes Bagramian et d'Ivan Fediouninski pour que son mari assiste aux funérailles. Gueorgui Konstantinovitch Joukov tombe dans lecoma le ; il meurt à l'hôpital le sans avoir repris connaissance. Son corps est exposé dans la Maison de l'Armée rouge, puis incinéré le. Ses cendres sont placées dans la muraille du Kremlin auprès des autres maréchaux, avec les honneurs militaires. Le lendemain, les documents du maréchal sont saisis dans la datcha de Sosnovka[307].

Article connexe :Nécropole du mur du Kremlin.

La version non censurée des mémoires de Joukov (la10e édition) est publiée en 1990 ; la quatorzième édition russe des mémoires sort en 2010 : un total de sept millions d'exemplaires ont été vendus, en 18 langues[308]. Les quatre filles de Gueorgui Konstantinovitch lui survivent : Era (née en 1928, fille d'Alexandra),Margarita (ru) (née en 1929, fille de Maria et morte le), Ella (née en 1937, seconde fille d'Alexandra) et Maria Georgievna Joukova (née en 1957, fille de Galina).

Hommages

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Portrait gravé en uniforme de maréchal, portant les quatre étoiles.
Timbre de 1976 à l’effigie de Joukov.

EnUnion soviétique, les références à Joukov après sa mort ne furent pas spécialement nombreuses, sans être négligeables : nom de voiries, timbres, discours commémoratifs, inscriptions sur une plaque, bustes et statues. Ces hommages marquèrent surtout la période juste après sa mort en 1974. Une chanson desChœurs de l'Armée rouge lui est dédiée, intituléeMaréchal Joukov et la victoire (enrusseМаршал Жуков и победа).

Depuis l'implosion de l'Union, ces références se sont multipliées enRussie, d'abord en 1995 pour marquer les 50 ans de lavictoire sur l'Allemagne puis le centenaire de la naissance de Joukov, enfin et surtout auXXIe siècle comme affirmation de la fierté nationaliste russe. Les monuments en dehors de la fédération de Russie sont rares, mis à part àMinsk (un buste depuis 2007 dans le parc Joukov, à l'intersection de la rue Zheleznodorozhnaya et de l'avenue Zhukov) et àOulan-Bator (en mémoire de labataille de Khalkhin Gol). EnUkraine, la majorité des lieux en son honneur ont été renommés, certains bustes retirés.

Photo en couleur de quatre hommes, deux derrière des podium, les deux autres tenant des parapluies, se tenant devant un monument portant un buste de Joukov.
Les présidentsDmitri Medvedev etTsakhiagiyn Elbegdorj devant le buste de Joukov àOulan-Bator, le.

Le tout premier monument dédié à Gueorgui Joukov fut érigé enMongolie. Après ladislocation de l'Union soviétique en 1991, ce monument fut l'un des rares à ne pas avoir souffert du mouvement antisoviétique qui attaqua et détruisit les statues commémorant lerégime communiste.

En 1974, la chausséeNovokhoroshevskoe (Новохорошёвское шоссе), un des axes menant de la banlieue ouest vers le centre-villemoscovite, est renomméeProspekt Marshala Zhukova (ru) (Проспект Маршала Жукова) : cetteperspective de 9,6 km de long traverse le district deKhorochiovo-Mniovniki, commençant sur le périphériqueMKAD dans le prolongement de laMagistrale A9 et va jusqu'à la limite avec le district deKhorochiovski (au croisement avec laligne de métro circulaireno 14), se poursuivant par la chausséeKhoroshovskoe (Хорошёвского шоссе). D'autresMarshala Zhukova Prospekt existent àDonetsk,Irkoutsk,Kamianske,Minsk (dans ce cas c'est laProspect Joukov),Odessa,Rostov-sur-le-Don,Saint-Pétersbourg etVolgograd. ÀKharkiv, la « perspective des 60 ans de l'URSS » (проспект 60-летия СССР) a été renommée en 1994Prospekt Marshala Zhukova, puis en 2016Prospekt Petra Grigorenko (Проспект Петра Григоренка, en référence au dissident ukrainienPiotr Grigorenko), tout comme la station de métro voisine,Komsomolskaya de 1978 à 1994, Maréchal Joukov de 1994 à 2016, puis Palais des Sports (Палац Спорту :Palats Sportu). Quant à la rue Maréchal-Joukov (Улица Маршала Жукова), il y en a une àAbakan,Iekaterinbourg,Iochkar-Ola,Joukov,Kalouga,Naro-Fominsk,Nijni Novgorod,Obninsk,Odintsovo,Omsk,Orenbourg,Oufa,Taganrog,Togliatti,Tomsk,Toula, Volgograd etVoronej ; en Ukraine, elles ont été renommées. Il y a aussi une rue Joukov (Улица Жукова) à Saint-Pétersbourg,Salavat,Sestroretsk et Voronej.

  • Photo en couleur d'un bâtiment circulaire avec clocher.
    Le musée de laville de Joukov, dont le bas-relief au-dessus de la porte représentesaint Georges terrassant le dragon.
  • Photo en couleur d'une large avenue bordée d'immeubles de 14 étages.
    Laperspective Maréchal-Joukov à Moscou, nommée ainsi en 1974, l'année de la mort du maréchal.
  • Photo en couleur d'un buste se détachant d'un mur de pierre.
    Buste enhaut-relief de Joukov installé en 1994 àKharkiv (pour les 50 ans de la reprise de la ville).

Encore en 1974, le village d'Ougodski Zavod (dans l'oblast de Kalouga) fut renommé par décret duPræsidium du Soviet suprême « Joukovo » (Жуково) en l'honneur du maréchal, né dans le village voisin de Strelkovka. En 1997, Joukovo devintJoukov (Жуков) en accédant au statut de ville (la fusion avec sa voisine Protva lui faisant dépasser la limite théorique des 12 000 habitants). On y trouve le musée d'État Maréchal de l'Union soviétique G. K. Joukov et c'est le chef-lieu duraion Zhukovsky (Жуковский райо́н).

Unastéroïde découvert en 1975 par l'astronome soviétiqueLioudmila Tchernykh (d'abord appelé1975 TW3) a été nommé(2132) Zhukov en l'honneur du maréchal.

En 1995, pour célébrer l'approche du centenaire de la naissance de Joukov et les 50 ans de la victoire, laRussie a créé l'ordre de Joukov ainsi que lamédaille Joukov (ru). Unestatue équestre du maréchal a été installée sur laplace du Manège (tout près de laplace Rouge) le. Le film documentaireВеликий полководец Георгий Жуков (Le Grand commandant Gueorgui Joukov) du réalisateurIouri Ozerov sort en salle la même année.

Dans la fiction

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Récompenses

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Empire russe

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Union soviétique

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Décorations étrangères

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Notes et références

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Notes

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  1. Une tradition russe duXIXe siècle est de donner le prénom d'un enfant mort en bas âge au premier de sa fratrie né après lui[6].
  2. La Russiepasse du calendrier julien au grégorien le. Par convention, les dates duXIXe siècle furent converties en y rajoutant douze jours et treize à celles duXXe siècle. C'est pour cela que c'est la date du qui est gravée sur satombe au Kremlin.
  3. Au sein de l'Empire russe, les sujets parlant allemand sont au nombre de 1 790 489 selon lerecensement de 1897 :Germano-Baltes,Allemands de la Volga,Allemands de Bessarabie,Allemands du Caucase etc.
  4. Dans laRKKA, il n'y a pas degrade (ni d'épaulette) jusqu'à laGrande Guerre patriotique en réaction aux inégalités de l'anciennearmée impériale entre leshommes du rang et lesofficiers. Les chefs d'unité ont donc le titre de « commandant », qui désigne une fonction, non un grade.
  5. Dans l'Armée rouge, un « corps spécial de fusiliers » est uncorps d'armée renforcé et autonome. Le57e corps spécial (ru) était composé en 1939 de la36e division defusiliers (des fantassins avec de l'artillerie), des7e,8e et9e brigades motorisées (issues de la cavalerie), de la11e brigade blindée (des chars légers) et de la100e brigade d'aviation mixte (un régiment de chasseurs et un autre de bombardiers).
  6. Hamar-Daba est localisée à 47°37'13,22" de latitude nord et 118°34'30,98" de longitude est (47° 37′ 13,22″ N, 118° 34′ 30,98″ E), soit à 4 km de la rive droite de la rivière.
  7. L'invasion soviétique de la Pologne de était appelée officiellement en URSS la« campagne de libération de la Biélorussie et de l'Ukraine occidentale ».
  8. Cette ébauche de plan, qui a pour titreConsidérations sur un plan de développement stratégique des forces armées de l'Union soviétique, a été trouvée dans les archives de Joukov en 1989 par l'historienDmitri Volkogonov et publié en 1993 par Valery Danilov et Youri Gorkov[96].
  9. C'est la directiveno 2 envoyée àh 15 le, lano 1 étant (rétroactivement) celle de mise en alerte[102].
  10. En application de la directiveno 3 :« Les armées du front du Sud-Ouest doivent [...] par des coups concentriques dans la direction générale deLublin, avec les forces des5e et6e armées incluant pas moins de cinqcorps mécanisés et toute l'aviation du front, encercler la concentration ennemie et, au 26 juin, avoir pris Lublin. »[106]
  11. Quand lepolitruk Stepanov informe Staline par téléphone du projet de déplacer l'état-major du front de l'Ouest àArzamas, Staline déclare :« Camarade Stepanov, demandez aux camarades s'ils ont des pelles ? » Stepanov ne saisit pas. Staline répète« Est-ce que les camarades ont des pelles ? » Stepanov interroge les officiers d'état-major et demande« Des pelles de sapeur ou des pelles ordinaires ? »« Peu importe lesquelles. » Stepanov répond qu'ils en disposent et demande ce qu'ils doivent en faire.« Conseillez à vos camarades de prendre les pelles et de creuser leurs propres tombes. Nous ne quitterons pas Moscou, le GQG restera à Moscou, et quant à eux, ils ne quitteront pas Perkhouchkovo. »[125]
  12. Pour arriver àMoscou, les forces allemandes ont à leur disposition six axes du nord au sud, chacun composé d'une voie ferrée et d'unechausséebitumée (souvent appelée « autoroute » par les sources allemandes et soviétiques) :
  13. Alexandre Vassilievski dirige dans la pratique ce qui reste à Moscou de l'État-Major général (neuf officiers en le comptant) à partir du, quandBoris Chapochnikov, malade, est évacué àArzamas avec la majorité du personnel.
  14. Le titre complet estLettre directive de la Stavkano 3 à tous les conseils militaires des fronts et des armées concernant les actions des groupes de choc et de l'organisation des offensives d'artillerie.
  15. La paternité de l'opération Uranus est réclamée aussi par le bureau des opérations de l'État-Major général dès l'époque de Staline, reprise par le généralSergei Chtemenko[147] en 1971, ainsi que par le maréchalAndreï Ieremenko[148] dans ses mémoires publiés en 1963 (dans un contexte de dénigrement du rôle de Joukov).
  16. Se rajoutent aussi trois autresdivisions de panzers en réserve dugroupe d'armées Centre.
  17. Du moins les survivants de cette armée, renforcés des blessés en convalescence et des blindés réparés à la va-vite.
  18. Les six ponts sur leDniepr sont d'ouest en est àKiev,Kanev,Tcherkassy,Krementchoug,Dniepropetrovsk etZaporojié[175].
  19. Pour maintenir partiellement inondée la vallée de l'Oder, déjà encrue avec leseaux de fonte, les Allemands ont progressivement vidangé les retenues d'Ottmachau et de Bobertal à partir du[224].
  20. Constantin V. Krainioukov est lepolitruk du front commandé par Koniev.
  21. Le nom de celui qui a placé le premier drapeau rouge sur le Reichstag varie selon les sources :Mikhaïl Minine (sergent russe à la136e brigade d'artillerie)[239],Rakhimzhan Qoshqarbaev (en) (lieutenantkazakh au674e régiment) ouMeliton Kantaria (sergentgéorgien au756e régiment), ce dernier étant celui sur la photo. Joukov aurait reçu une vingtaine de demandes différentes de la médaille dehéros de l'Union soviétique pour la pose du drapeau[240]. Le premier rapport de la150e division (major-général Chatilov), à18 h le, cite le capitaine Neustroïev et le major Davydov (tous les deux chefs de bataillon aux674e et756e régiments)[241]. Le rapport de la150e division du place l'évènement à13 h 45 le[242]. Le rapport ultérieur du chef de la3e armée de choc (le colonel-général Kouznetsov) donne le nom de Kantaria[243].
  22. Les couleurs noire et orange symbolisent en Russie le feu et la poudre : ce sont traditionnellement les couleurs de la gloire militaire, celles de l'ancienordre impérial et militaire de Saint-Georges supprimé en 1918, puis reprises par l'ordre de Saint-Georges depuis 1992. Les mêmes couleurs se retrouvent sur lamédaille Joukov (ru), lamédaille pour la victoire sur l'Allemagne dans la Grande Guerre patriotique de 1941-1945 et lesmédailles de jubilé de la Victoire dans la Grande Guerre patriotique 1941-1945.

Références

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  1. Sophie Granel, « Gueorgui Joukov, l'homme qui a vaincu Hitler », surculturebox.francetvinfo.fr,(consulté le).
  2. Lopez et Otkhmezuri 2017,p. 32-34.
  3. Lopez et Otkhmezuri 2017,p. 29.
  4. Joukov,Mémoires,1re édition,t. 1,p. 13.
  5. a etbLopez et Otkhmezuri 2017,p. 26.
  6. Lopez et Otkhmezuri 2017,p. 850.
  7. Lopez et Otkhmezuri 2017,p. 27-28.
  8. Lopez et Otkhmezuri 2017,p. 21.
  9. a etbJoukov,Mémoires,1re édition,t. 1,p. 14.
  10. Lopez et Otkhmezuri 2017,p. 27.
  11. Joukov,Mémoires,1re édition,t. 1,p. 17.
  12. Lopez et Otkhmezuri 2017,p. 29-30.
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Voir aussi

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Bibliographie

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Liens externes

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