LesGuanches, enberbèreⵉⴳⵡⴰⵏⵛⵉⵢⵏ,Igwanciyen, prononcé « Igouinchiyène », sont un groupe ethnique etpeuple autochtone desîles Canaries. Les Guanches sont les seuls indigènes qui vivaient dans les Îles Canaries. Ce sont les seulsBerbères à ne pas avoir étéislamisés. Leur civilisation a disparu, mais a laissé des traces dans la culture canarienne et quelques vestiges. Leur langue,éteinte en raison de l'hispanisation, était leguanche.
Le terme espagnol« Guanches » serait, selonNúñez de la Peña, une déformation par les Espagnols de« Guanchinet », termeindigène signifiant homme (Guan) deTenerife (Chinet).Stricto sensu, les Guanches seraient donc uniquement lesaborigènes de l'Île de Tenerife. Le terme a ensuite été étendu à l'ensemble des populations indigènes de l'archipel des Canaries.
Selon une étude scientifique réalisée en 2017 sur desmomies guanches, leur ADN montre que les Guanches sont originaires d'Afrique du Nord[5] et sont plus étroitement liés aux Nord-Africains d'ascendance berbère que n'importe quelle autre population étudiée, ce qui est cohérent avec les études précédentes mais celle-ci ajoute plus de détails et de nuances, explique Ricardo Rodríguez-Varela, chercheur à l'université de Stockholm et principal auteur de l'étude, publiée dansCurrent Biology[6].
Un lien a été établi par les archéologues entre les Guanches, lesIbéromaurusiens et lesCapsiens. Le « type guanche » de Verneau a été rapproché des individus mechtoïdes qui constituent le support humain exclusif des industries ibéromaurusiennes duMaghreb[7]. Des découvertes récentes ont par ailleurs montré la présence, à l’Holocène moyen, de représentants de ce groupe de Mechta-Afalou sur le littoral du bassin de Tarfaya, l’hinterland continental des Canaries. Quant au type protoméditerranéen, le type II de Verneau, il est, lui, très largement représenté en Afrique du Nord, mais aussi dans tout le bassin méditerranéen. Les individus protoméditerranéens semblent intimement liés à l’apparition des industriescapsiennes au Maghreb, où ils sont attestés pendant toute la durée des temps préhistoriques et historiques à partir de cette civilisation épipaléolithique.
Les types humains mechtoïdes et méditerranoïdes, en usage dans l’archéologie nord-africaine, ont été également identifiés aux Canaries par des anthropologues comme Fusté et Schwidetzky[8]. Ces derniers actualisaient, avec une terminologie nouvelle, les divisions raciales définies par un Berthelot ou un Verneau. Bien que la relation du Berbère avec ces types humains préhistoriques n’ait pas été totalement éclaircie, sa présence dans la préhistoire canarienne n’a jamais été mise en doute. Comme l’affirmait Fusté : « les peuples inhumés dans les tumulus de Gáldar constituent un groupe dépouillé de l’ethnie berbère continentale et ayant immigré vers l’île »[9].
En2009, une étude génétique sur lechromosome Y, transmis de père en fils et qui permet de suivre la lignée mâle d'une famille ou d'une ethnie, a été menée sur des restes de momies guanches par des équipes espagnoles (université de La Laguna et l'institut de médecine légale de l'université de Saint-Jacques-de-Compostelle) et une équipe portugaise (Institut de pathologie et d'immunologie de l'université de Porto). Jusqu'ici les recherches avaient plutôt privilégié l'ADN mitochondrial, qui reflète l'évolution des lignées maternelles. Cette analyse génétique a confirmé la théorie de l'origine berbère des autochtones des îles Canaries[10].
Les Berbères qui peuplaient une grande partie del'Afrique du Nord depuis l'époque de l'ancienneÉgypte, auraient, à diverses époques peut-être, depuis les côtes sud du Maroc actuel, traversé cette partie de l'Atlantique, et ce avant l'époque desPhéniciens et desCarthaginois (époques pour lesquelles le peuplement de l'île est reconnu).
Le premier voyage, supposé attesté historiquement, ayant probablement abouti à la découverte des Îles Canaries, est lepériple d'Hannon, qui eut lieu entre 630 et 425 avant notre ère. Hannon, riche Carthaginois, parti à la recherche de nouvelles routes commerciales, découvre une île, vide d'habitants mais dotée de ruines importantes, faisant peut être partie de ce que l'on appelle depuis la Renaissance l'archipel des Îles Canaries. Si le fait est avéré, ce détail semble indiquer que lessécheresses prolongées existaient déjà dans l'Antiquité, et que les indigènes ont peut-être dû parfois changer d'île ou retourner sur le continent pour survivre.
Un voyage exploratoire certain semble avoir eu lieu sousJuba II, roi lettré deMaurétanie de à, soucieux d'y recenser la faune et la flore, selonPline l'Ancien auIer siècle[12]. Il aurait d'abord visité quatre des sept îles de l'archipel (actuelles Fuerteventura, Lanzarote, Grasioza et Alegranza) et en aurait reconnu une cinquième, Tenerife ; sa sixième et dernière étape aurait été Grand Canaria[13]. Il donne des îles une description sommaire permettant de les identifier aujourd'hui, mais, s'il mentionne un petit temple à Lanzarote et des vestiges d'édifices à Grand Canaria, il n'évoque pas les indigènes.
Les sources historiographiques et les recherches archéologiques toujours en cours ne permettent pas de déterminer si les Guanches ont été ou non des habitants permanents des îles Canaries.
L’économie sucrière sur l’île canarienne se développe dans les années 1490, en étroite relation avec la traite portugaise. La conquête de l’île de Palma, en 1492, parAlonso Fernández de Lugo, est ainsi financée par J. Berardi et F. Riberol, deux membres du réseau de B. Marchionni. La mise à sac de l’île s’accompagne de l’extermination et/ou de la réduction enesclavage des autochtones[15]. Plusieurs milliers de Guanches sont réduits en esclavage et déportés vers leshuertas et les propriétés agricoles deValence et deMadère. Pour les années 1489-1497, l'historien António de Almeida Mendes a retrouvé la trace de 656 esclaves arrivés dans le seul port de Valence, dont 80 % de femmes[15]. Plutôt que d’utiliser les Guanches dans les moulins canariens, les Espagnols préfèrent les déplacer hors de l’île afin de les couper de leur milieu et réduire lesrévoltes[15].
Les esclaves aborigènes ont aussi souvent servi d'interprètes entre les insulaires et les conquistadors[16].
Les Espagnols effectuaient aussi desrazzias sur les aborigènes[17]. Les razzias espagnoles ont notamment déclenché des razzias arabes continues en représailles, qui ont touché les Espagnols mais aussi les aborigènes des Canaries[18],[19]. Ainsi, de nombreusesexpéditions punitives arabes (1569-1571, 1586-1618) eurent lieu. En 1586, les troupes d'Amurat III pillentTeguise, capitale deLanzarote dans l'archipel canarien, et capturent la femme du marquis. Entre 1593 et 1595, les Maures tiennent en permanence le nord-est deFuerteventura. En 1618, Soliman investit leJameo del Agua, un tunnel de lave qui servait de refuge, et s’empare de 800 personnes dont il échangea la vie contre du bétail. La dernière incursion arabe aura lieu à Jandia en 1779[20]. Parallèlement de nombreuses expéditions espagnoles considérées comme desactes de souveraineté d'un genre spécifique ont été effectuées sur la côte marocaine et le Sahara occidental voisins des îles Canaries. L'objet de ces razzias espagnoles était de maintenir l'activité économique des îles Canaries fondée sur le système esclavagiste[21].
Premier voyage, attesté historiquement, de probable découverte des Iles Canaries par Hannon, riche Carthaginois parti chercher de nouvelles routes commerciales et qui trouva une île, vide d'habitants, mais dotée de ruines importantes.
Pline l'Ancien rapporte l'expédition du roi berbère deMaurétanieJuba II vers les îles Canaries. Le termeInsula Canaria est utilisé pour désigner l'île deGrande Canarie. D'autres sources témoignent d'une vraisemblable connaissance de l'archipel et de ses habitants, les Guanches (Ovide dansles Métamorphoses).
Le, les Guanches sont finalement écrasés par les Espagnols àLa Victoria. Tenerife est la dernière île à être soumise. La culture originale des Guanches est presque totalement anéantie.
Il subsiste des témoignages de leur langue, leguanche : quelques expressions,toponymes etanthroponymes (noms propres de leurs chefs) qui restent portés comme noms de famille : ces témoignages permettent de les relier auberbère.Il est connu que les Guanches parlaient un idiome berbère à l'arrivée des espagnols sur les îles.
En1878,René Verneau découvrit des inscriptions de typelibyque dans les ravins de Los Balos. Ces inscriptions rupestres sont toutes, sans exception, des inscriptions libyques d'originemaurétanienne. Dans les deux îles deTenerife etla Gomera, où les Guanches ont conservé une plus grande homogénéité ethnique que dans les autres îles, aucune de ces inscriptions n'a été découverte.
Les Guanches sont aussi à l'origine dulangage sifflé appelésilbo qui est encore pratiqué de nos jours, sur l'île deLa Gomera surtout.
Avant cette division territoriale, il n'y avait qu'un seul royaume dont les rois les plus célèbres étaientTinerfe etSunta.Ichasagua était le dernier membre de l'île de Tenerife après la conquête castillane.
L'organisation sociale et politique des Guanches diffère d'une île à l'autre. Certaines sont soumises à une autocratie héréditaire, dans d'autres, les autorités sont élues. À Tenerife, toutes les terres appartiennent aux chefs qui les louent à leurs sujets. Sur la Grande Canarie, lesuicide est considéré comme honorable, et lors de l'intronisation d'un nouveau chef, l'un de ses sujets l'honore de façon volontaire en se jetant dans un ravin. Sur quelques îles, on pratique lapolyandrie et sur les autres, lamonogamie. Mais partout les femmes sont respectées et tout coup porté à une femme par un homme armé est puni comme crime.Les diverses sociétés des diverses îles connaissaient sans doute les violences intragroupes et intergroupes.
Sur Grande Canarie, un certain nombre de Guanches rescapés (de la conquête castillane) et réfractaires au nouvel ordre colonial se seraient réfugiés en zone montagneuse et forestière, et auraient survécu, assez longtemps pour être chassés, exécutés, capturés, asservis ou vendus comme esclaves. Ils auraient été connus sous le nom d'"Inekaren" (debout, levés, dressés).Inekaren est également la dénomination depuis 2008 d'une organisation révolutionnaire canarienne, qui rejoint en 2013 lecongrès mondial amazigh.
La grotte de Belmaco, àla Palma, jadis occupée par des Guanches.
Les Guanches vivent en partie d'élevage (chèvres, moutons, porcs). SurEl Hierro, lechien-loup herreño(es), spécifique à l'île, proche duloup d'Arabie, aurait été utilisé comme chien de troupeau.
Les Guanches portent des vêtements en peau de chèvre ou en fibres textiles, d'après ce qui a été retrouvé dans des tombes sur la Grande Canarie. Ils apprécient lesbijoux, les colliers en bois, en pierre ou de coquillages fabriqués selon divers modèles. Ils utilisent principalement des perles decéramique de formes variées, lisses ou polies, en général noires et rouges. Ils se peignent le corps. Lespintaderas, objets en terre cuite évoquant des sceaux, semblent servir uniquement à la peinture corporelle, dans des couleurs variées. Ils fabriquent despoteries grossières généralement sans aucun décor, mais parfois ornées à l'aide des ongles.
La société peut être guerrière. L'armement guanche est similaire à celui des anciens peuples du sud de l'Europe :hache enpierre polie sur Grande Canarie, et plus fréquemment hache en pierre ou enobsidienne taillée à Tenerife,lance,massue (parfois garnie de pointes en pierre),javelot, et probablementbouclier.
Pour l'habitat, les Guanches vivent dans descavernes naturelles ou artificielles, situées dans les parties montagneuses, sommairement aménagées. Dans les zones où le creusement de cavernes n'est pas possible, ils construisent des cases ou huttes rondes et, selon ce que rapportent les Espagnols, quelquesfortifications grossières.
L'alimentation de base des Guanches est legofio, aliment à base de céréales grillées d'origineberbère et élaboré à partir d'orge, deblé et derhizome defougère.
Les Guanches pratiquent la momification et embaument leurs morts. Un grand nombre demomies ont été retrouvées dans un état dedessiccation complète, ne pesant guère plus de 3 ou 4 kg. Plusieurs procédés d'embaumement existent. Selon les recherches actuelles, la pratique de la momification est concentrée à Tenerife, tandis que dans d'autres îles, elle a été préservée en raison de facteurs environnementaux[23]. À Grande Canarie, le cadavre est simplement enveloppé dans des peaux de chèvre ou de mouton, alors qu'à Tenerife un produit résineux est employé pour conserver le corps, qui est ensuite placé dans une caverne difficile d'accès ou enterré sous un tumulus. Le travail d'embaumement est réservé à une certaine classe, de femmes pour les femmes et d'hommes pour les hommes. L'embaumement ne semble pas avoir été systématiquement pratiqué, et des cadavres sont simplement cachés dans des grottes ou inhumés.
À La Palma, les vieillards sont abandonnés seuls pour mourir, si et quand ils le souhaitent. Après avoir fait leurs adieux à leurs proches, ils sont emmenés dans une caverne sépulcrale avec seulement un bol de lait.
On connaît peu des religions des Guanches. Ils professent la croyance généralisée en un Être suprême nomméAchamán à Tenerife, Acoran à Grande Canarie, Eraoranhan à Hierro et Abora à La Palma. Les femmes de Hierro adorent une déesse nommée Moneiba. Le dieu de la pluie estAchuhucanac à Tenerife. Traditionnellement, les dieux et déesses vivent au sommet des montagnes d'où ils descendent pour écouter les prières des fidèles. Dans les autres îles, les habitants vénèrent le Soleil (Magec), la Lune, la Terre et les étoiles. La croyance auxdémons est générale. Le démon de Tenerife s'appelleGuayota et vit au sommet du volcanTeide, qui est l'enfer nommé Echeyde. En temps de troubles, les Guanches conduisent leurs troupeaux dans des prairies consacrées où les agneaux sont séparés de leurs mères dans l'espoir que leurs bêlements plaintifs attireraient la pitié du Grand Esprit. Pendant les fêtes religieuses, toute guerre et même toute dispute personnelle sont suspendues.
En 2019, unecroix chrétienne a été retrouvée gravée dans le rocher et orientée vers le soleil, sur un site guanche, dans la municipalité deBuenavista del Norte, au nord-ouest de Tenerife. Ce symbole, découvert dans un mégalithe utilisé pour les rituels de fécondité et comme calendrier solaire, montre une possible connaissance duchristianisme par les anciens Canariens[24] ou du moins de ce symbole (pas forcément exclusivement chrétien).
La date de la première colonisation humaine des îles est mal connue, mais semble remonter aux environs de 500 avant l’ère chrétienne[27].
L'analyse génétique confirme ce qui était supposé pour des raisons linguistiques : les Guanches ont une très forte parenté avec les populations berbères nord-africaines[27]. Ce qui inclut donc également des influences extérieures communes aux populations berbères (et européennes), les schémas de peuplement n'étant pas connus, seule une ressemblance génétique peut être retenue[4].
Une étude génétique publiée dansCurrent Biology en 2017 indique que les Guanches pèsent à hauteur de 16 à 31% (selon les îles ou communautés) des ancêtres descanariens modernes[27].
Un groupe d'étudiants d'universités portoricaines a mené une étude sur l'ADN mitochondrial, laquelle a révélé que la population actuelle dePorto Rico compte une très forte proportion d'aborigènes canariens dans ses ancêtres, en particulier les Guanches qui habitaient l'île de Tenerife[3].
Selon une enquête internationale dont les résultats ont été communiqués en 2017 et à laquelle l'université complutense de Madrid a participé, l'ascendance génétique en partie des aborigènes des Canaries comme des Berbères continentaux indique comme parents génétiques les premiers agriculteursanatoliens d'Asie mineure (aujourd'hui enTurquie). Ces données ont été découvertes grâce à l'analyse du génome qui confirme également que la grande majorité des aborigènes des Canaries sont originaires d'Afrique du Nord[4].
↑de Almeida Mendes António, « Les réseaux de la traite ibérique dans l'Atlantique nord (1440-1640) »,Annales. Histoire, Sciences Sociales, 2008/4 (63e année),p. 739-768(lire en ligne).
Roger Dévigne,Jean de Béthencourt roi des Canaries 1402-1422, Toulouse, Didier,,p. 127-131 (résumé des connaissances de l'époque sur les mœurs des Guanches, en référence aux travaux deRené Verneau)
Mike Eddy,Le Grand guide de Tenerife et des Canaries, articlesLa Civilisation pré-hispanique etLes Batailles de la conquête, Gallimard, 1993(ISBN2-07-056961-6)