| Gratianopolis | ||
| Localisation | ||
|---|---|---|
| Pays | ||
| Province romaine | Viennoise | |
| Région | Auvergne-Rhône-Alpes | |
| Département | Isère | |
| Commune | Grenoble | |
| Coordonnées | 45° 11′ 32″ nord, 5° 43′ 50″ est | |
| Altitude | 213 m | |
| Superficie | 9,09 ha | |
| Histoire | ||
| Époque | Antiquité (Bas-Empire romain) | |
Géolocalisation sur la carte :Rome antique | ||
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Gratianopolis est le nomgallo-romain etétymon de la ville deGrenoble, à partir de l'année 381. Avant cette date, la petitecité s'appelaitCularo.
Dans le cadre d'un empire qui est une fédération de cités, pour honorer l'empereur romainGratien et pour affirmer son statut decivitas, les édiles locaux deCularo décident de la renommer enGratianopolis. Le nom est un composé depolis (la cité en grec) et du nom de l'empereur Gratien (Flavius Gratianus) qui a doté lacité d'un évêché en 381 au plus tard, mais il n'existe aucun document attestant de son passage àCularo, lors de son déplacement dans lavallée du Rhône en379.
Le premier évêque de Gratianopolis estDomnin (Domninus), attesté par sa présence au concile d'Aquilée en et qui va décéder en[1]. Son successeur est Diogéne. L'installation d'un évêché n'est pas sans conséquences urbanistiques pour la cité. Il s'agit en effet de construire un véritable quartier épiscopal avec des bâtiments de culte et de résidence pour le clergé. Unbaptistère destiné à pratiquer lebaptême chez les chrétiens est construit et sera utilisé jusque vers l'an 1000, puis inutilisé, il tombe dans l'oubli[2]. Comme dans les autres cités, ce groupement s'installe près d'une porte de l'enceinte romaine, près de la porteViennoise, dans l'axe de l'actuelle rue Frédéric Taulier.
Gratianopolis compte alors environ 2 000 habitants sur ses neuf hectares et reste une ville fortifiée plus rurale que commerçante malgré la présence d'un port sur l'Isère, situé près de laplace de Bérulle. Le commerce ne devait s'y ranimer qu'au bout de sept à huit siècles.
Dans la première partie duVe siècle, des monuments funéraires ou mausolées sont construits sur la rive droite de l'Isère, en zone non inondable, recevant les personnages importants de la cité comme les premiers évêques.
AuVIe siècle, une première église cruciforme dédiée àsaint Laurent est bâtie. Accolée à l'un des mausolées existants de la rive droite de l'Isère et profitant de la déclivité du terrain, cette première église est construite en partie par-dessus une chapelle dédiée àsaint Oyand, lui conférant ainsi le statut de crypte Saint-Oyand[3]. Un siècle plus tard, un voûtement est installé dans la crypte nécessitant l'installation de colonnes. Ce site religieux et funéraire ne cessera d'évoluer sur un plan architectural au cours des siècles suivants et le patronyme de Saint-Laurent restera désormais attaché à toute la rive droite de l'Isère.
En 574, à l'époque de laBourgogne mérovingienne, Gratianopolis est assiégée par lesLombards qui se trouvent à une période agitée de leur histoire. Mais Gratianopolis tient bon derrière ses remparts, et l'offensive barbare est arrêtée par les troupes deGontran.
En 660, l'évêqueFerjus de Gratianopolis est assassiné au cours d'un prêche par des opposants liés à la monarchie franque.
Vers l'an 1000, l'autorité de l'évêque remplace un pouvoir civil ou militaire défaillant, c'est la période de la seigneurie épiscopale. En effet, à partir duXIe siècle, la famille descomtes d'Albon, émergeant de l'aristocratie locale, prennent la direction de la province sous le titre deDauphin de Viennois, d'où l'appellationDauphiné. L'évêqueIsarn tente de repeupler son diocèse dévasté vers 950 par les guerres contre lesSarrasins, mais c'est son successeurHumbert d'Albon qui cède en 1012 l'église Saint-Laurent bien délabrée aux moines de l'abbatialeSaint Chaffre enVelay. L'un de ses successeurs, l'évêqueHugues de Chateauneuf reprend en main le clergé et fait reconstruire le pont sur l'Isère reliant l'enceinte romaine de la cité au faubourgSaint-Laurent sur la rive droite[4].
C'est au cours duXIIIe siècle que se construit lacollégiale Saint-André. Durant leXIVe siècle le dauphinHumbert II, dernier dauphin de Viennois, fonde l'université de Grenoble, une cour de justice appeléeConseil delphinal, ainsi qu'uneChambre des comptes du Dauphiné. Cependant, Humbert II, perd son fils unique en octobre 1335 dans des circonstances restées mal élucidées. Peu de temps après, le, il revient, ruiné et veuf, d'une croisade en Palestine et doit faire face à une épidémie de peste dans sa ville[5]. Accablé, il est contraint financièrement de céder leDauphiné au royaume de France le. Les diplomates donneront à cet acte le nom deTransport du Dauphiné. À cette époque, la ville ne compte pas plus de 4 500 habitants[6].

AuXIe siècle, le faubourg Saint-Laurent est le premier bâti à l'extérieur de l'enceinte romaine de la fin duIIIe siècle. Son développement provient du complexe religieux et funéraire installé entre leIVe siècle et leIXe siècle, sur le site du futurprieuré Saint-Laurent. Serré entre les pentes de la colline de laBastille et la rivière, il se compose d'une rue unique bordée de chaque côté de maisons. AuXIIIe siècle, afin de protéger du côté colline, une porte est construite dans laMontée de Chalemont, et sera complétée en 1403 par la porte de l'Oyette[7]. C'est par cette porte de Chalemont installée sur les hauteurs de la ville que les voyageurs provenant de Vienne ou d'ailleurs passaient obligatoirement jusqu'à la fin duXIVe siècle. La montée de Chalemont et sa porte vont être alors de moins en moins utilisées car à partir de 1385, legouverneur de Grenoble,Enguerrand d'Eudin, fait creuser le rocher bordant l'Isère entre le port de la Roche et le site actuel de la porte de France, sur une distance d'environ 300 mètres[8].
Peu à peu, l'extension des maisons vers le port de la Roche et les carrières de pierre prolonge le faubourg à l'ouest[9]. En, une porte de la Perrière construite en bois est achevée. En 1533, cetteporte Perrière est réédifiée en pierre, encadrée par deux tours, et ne sera démolie qu'en 1642. Côté est de la ville, uneporte Saint-Laurent[10] attestée depuis 1338, est construite en 1406, puis reprise par les consuls de la ville en 1573[4]. Ces deux portes assurent donc vers la fin du Moyen Âge, la sécurité du faubourg Saint-Laurent en verrouillant ses extrémités.
Au cours duMoyen Âge, des agrandissements de la cité fortifiée se font à deux reprises par rapport aux 9,09 hectares de l'enceinte romaine.
Juste avant l'inondation catastrophique de la ville en, 4,33 hectares du faubourg de l'îsle[11] sont rajoutés en 1218 pour l'installation du couvent desFranciscains ouCordeliers. Cet agrandissement impose de prolonger l'enceinte depuis la zone de laporte Viennoise jusqu'à l'Isère, à l'endroit où près de deux siècles plus tard s'élèvera laTour de l'Isle. Uneporte de l'isle est donc construite au début duXVe siècle afin de permettre le passage le long de l'Isère[12]. Dans l'opération, la porte Viennoise n'est pas détruite pour autant, elle va même être conservée jusqu'en 1804, mais l'extension oblige la construction, à une centaine de mètres de celle-ci, d'une nouvelle porte d'enceinte appeléeporte Très-Cloître[13]. Au nord, à l'endroit où l'enceinte romaine passe tout près de l'Isère, il est percé une nouvelle porte, laporte de l'Aiguier, située sur l'actuelle rue Hector Berlioz, elle permet la perception des droits de batellerie[14] et devient la seconde sortie de la ville vers l'ouest avec laporte Traîne[15]. Entre les deux nouvelles portes, Très-Cloître et Aiguier, la portion d'enceinte devient alors inutile et sera détruite.

C'est à cette époque que de nouvelles rues apparaissent dans cette extension, comme la rue Chaunaise ou Chenoise du nom de la famille Chaunais qui y possède une maison flanquée de tours. On va pratiquer aussi pour la commodité des habitants une ouverture dans le sud de l'enceinte romaine. Cette nouvelle porte est appeléeporte Pertuisière, la rue qui y abouti en a longtemps conservé le nom (actuellerue Alphand).
Période d'expansion oblige, la deuxième extension de la ville se produit en 1288, sur 1,35 hectare à l'ouest de la ville, près de la porte Traîne, afin d'accueillir à la demande de l'évêque Guillaume III de Royn, le nouveau couvent desDominicains ouJacobins sur un champ appelé Breuil, qui deviendra à partir de la seconde partie duXVIe siècle place du Breuil, puis place de la Granaterie et enfin place de la Grenette. Ce n'est qu'à la fin duXIVe siècle, en 1384, que les Dominicains sont autorisés par le roiCharles VI à construire une enceinte autour de leur couvent, leur église et de quelques bâtisses voisines, afin de la raccorder à l'enceinte romaine existante, totalisant ainsi 14,77 hectares de ville fortifiés.

En, lors de travaux sous la chaussée de la rue de la République, une partie des fondations de ce couvent détruit à la fin duXVIe siècle sera découverte, mais également une cinquantaine de squelettes humains dont ceux de nombreux enfants[16],[17].
D'autres projets d'agrandissements de l'enceinte ne se réaliseront jamais, notamment sousFrançoisIer. Mais par suite de difficultés financières, seul unfortin militaire est construit en 1537 au sommet de la colline dominant la ville ainsi qu'uneredoute sur le coteau deLa Tronche[18]. Le projet est cependant resté dans les mémoires grâce au plan dit deBelleforest en 1575 représentant en vue cavalière la ville de Grenoble entourée de ce projet de nouvelle enceinte aux formes rectilignes. Le plan est intitulé "le vray portraict de la ville de Grenoble"[19].
Après avoir connu une période d'expansion jusqu'au milieu duXIVe siècle, la ville connaît une période de récession avec guerre, peste et famine[20]. Mais une ère nouvelle s'annonce avec l'agrandissement suivant effectué entre 1591 et par le duc deLesdiguières sur une superficie de 21,5 hectares, rendant ainsi inutile l'enceinte romaine vieille de treize siècles.

Gratianopolis est un composé construit à partir du mot grecpolis « ville », précédé du nom de l'empereurGratien, en latinGratianus. AuIVe siècle, la ville demanda à prendre ce nom pour remplacerCularo, en l'honneur de l'empereur Gratien qui y avait fondé un évêché[24].
Gratianopolis a régulièrement évolué enGrainovol, parlénition de la consonne intervocalique [t] en [d], d'où une forme intermédiaire probable*Gradianopol-, puisamuïssement de [d] :*Graianopol, non attestée. Cette évolution est commune à lalangue d'oïl et aufrancoprovençal (cf.SĒTA > oïl :soi, franco-provençal :seia ≠ occitan :seda[25]). De même, le [p] intervocalique a évolué en [v] en langue d'oïl et en franco-provençal (cf.SAPĒRE> oïl :saveir / savoir, franco-provençal :saveir ≠ occitan :saber[25]), d'où la formeGrainovol bien attestée. Le passage deGrainovol àGraignoble s'explique par lamétathèse de [l] et le passage secondaire de [v] à [b] dans le groupe [vl], phénomène effectif auXIVe siècle. Cette évolution phonétique a peut-être été également motivée par l'attraction du motnoble qui aura favorisé la fixation définitive de la formeGrenoble. Il est à noter que cette terminaison-noble, bel et bien sentie comme un mot à part entière, a fait l'objet d'un rejet sous la Révolution, mais alors que de nombreuses villes sont rebaptisées à cette époque, Grenoble ne l'est pas. C'estLouis XVIII, irrité par l'esprit frondeur de la cité, qui en 1816[26] la surnommeraGrelibre[27]. Le nom deGraisivaudan tire son origine de Gratianopolis (pagus Gratianopolitanus), c’est-à-dire le territoire de Grenoble[28].
En 1868, les peintres dauphinois,Diodore Rahoult etHenri Blanc-Fontaine réalisent la peinture du plafond du vestibule duMusée-bibliothèque de Grenoble où figurent les noms antiques de Cularo et Gratianopolis. En 1884, le sculpteur grenobloisHenri Ding réalise le buste de Gratianopolis, figure allégorique de la ville, conservé de nos jours auMusée de Grenoble[29]. En 2014, en marque de considération pour la ville antique,Radio Campus Grenoble intitule l'une de ses émissions dédiée à l'urbanisme, Gratianopolis[30].
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