Les Grandes Antilles, fruit d'un lent soulèvement tectonique et des diverses régressions marines, sont marquées par la présence de roches sédimentaires calcaires karstiques, d'origines corallienne et marine et par un soubassement de vieilles formations d'arcs volcaniques, rendues parfois apparentes par des basculements tectoniques, des charriages ou simplement l'érosion. Les trois chaînes principales qualifiées denord-caraïbes, au nord de lamer des Caraïbes (ou des Antilles), se rejoignent à l'est sur l'île dePorto-Rico, l'alignement du nord deCuba prolonge les plateaux de lapéninsule du Yucatan sur le continent nord-américain à l'ouest, la chaîne centrale s'impose au sud-est de Cuba et au centre deHispaniola, la chaîne la plus méridionale d'emblée vigoureuse se remarque à laJamaïque avant de rejoindre le sud de Haïti[3]. La cordillère centrale d'Hispaniola s'élève rapidement, atteignant souvent 2000 mètres d'altitude pour culminer au-delà de 3000 mètres. La vigueur du relief est à mettre en correspondance avec des fosses marines très profondes de plus de 7500 mètres, au nord de Porto Rico. Lafosse océanique la plus profonde de l'océan Atlantique est lafosse de Milwaukee (-8 376 m), située en bordure septentrionale dePorto Rico. Elle fait partie de lafosse de Porto Rico.
Si l'essentiel de l'île de Cuba, ainsi que le vaste plateau calcaire en partie émergé desBahamas, est assis sur la plaque nord-américaine, il existe au sud de cette grande plaque des microplaques, lointains produits de dislocation de la plaque des Caraïbes apparue à l'ère tertiaire, telle que la "microplaque des Gonâves", qui apparaît entre le sud de Cuba et le nord de la Jamaïque et se prolonge vers le sud de Haïti, expliquant les graves risques sismiques de la région dePort-au-Prince. Levolcanisme est bien plus présent dans les fonds marins que sur les terres émergées. Un des moteurs de l'activité sismique et volcanique reste la plongée de la plaque océanique atlantique sous laplaque caraïbe[4].
Les températures, typiques d'un climat tropical, sont adoucies par les brises de mer et par l'altitude.Sur le littoral, le chaudclimat tropical est adouci par les ventsalizés assez constants tout au long de l'année. Ces vents sont uniquement interrompus par l'effet detempêtes sur l'océan Atlantique. À l'intérieur des terres, le climat est plus chaud. Mais, avec l'altitude, l'humidité augmente et la température diminue.
Les pluies correspondent aux deux passages du soleil au zénith. Elles ont lieu en deux saisons rapprochées, soit en mai-juin et en septembre-octobre. Il y a en conséquence deux types de saisons :
lasaison sèche est fraîche (de décembre à juin), dite période ducarême ;
lasaison humide est chaude (de juin à décembre), dite périodecyclonique. Cet « hivernage » est marqué par des pluies orageuses éclatant l'après-midi. L'été inaugure aussi une saison des cyclones au grand pouvoir destructeur sur les cultures et les installations humaines. Les cyclones formés initialement sur l'océan surchauffé parviennent sur les Grandes Antilles depuis l'est.
Les versants qui font face aux alizés ou vents d'est, sont beaucoup plus humides, autrefois chargés de denses forêts pluviales, alors que les autres versants « sous le vent », autrefois domaines des prairies, savanes ou petits déserts à plantesxérophiles, peuvent souffrir de la sécheresse
Malgré les évolutions modernes, destructrices de la biodiversité de la forêt vierge, avec ses strates arborées et son lot de plantes épiphytes, dont lesbroméliacées et lesorchidées, des marais, des littoraux sableux ou desmangroves, des prairies ou terres plus sèches ou désertiques des plateaux de montagnes, les Grandes Antilles témoignent encore de nombreuses espèces endémiques, spécifiquement îliennes, qui résistent parfois à l'intérieur des terres ou dans les derniers vastes marais et lagunes péninsulaires protégés, à la survenue d'espèces migratrices du continent. Ainsi le mammifère insectivoresolénodon, le minusculecolibri-abeille, aujourd'hui de plus en plus rares.
Ainsi le crocodile d'eau douce des marais intérieurs de Cuba, lecrocodile de Cuba plus petit, agressif et vif, diffère des crocodiles américains qui prennent pied dans lapéninsule de Zapata. Même les crocodiles américains des eaux saumâtres dulac Enriquillo àHispaniola tendent à évoluer vers une espèce animale spécifique[5].
La faune des abords marins était autrefois encore plus remarquable et variée, avec lelamantin des Caraïbes ou encore les foules deflamants roses, mangeurs de petitscrustacés, l'aigle pêcheur, lafrégate superbe, lespatule rosée, ces deux derniers nichant encore dans les mangroves préservées.
Les anciennes populationsarawaks ont été supplantées par des populationscaraïbes. En dépit de leurs rivalités culturelles, cespopulations précolombiennes appartiennent à des cultures andines, maîtrisant avec raffinement les cultures demanioc, d'arachides et deharicots ainsi que l'adaptation sophistiquée à la vie semi-nomade des rivages (pêche) et des différents milieux intérieurs îliens. Mis à part quelques réduits largement métissés, ces populations amérindiennes ont pratiquement disparu, après le premier désenclavement économique occidental. Leur dramatique disparition dès leXVIe siècle a nécessité l'immigration par déportation de populations d'esclaves ou delaborieux, au profit des élites hispaniques, françaises, anglaises ou hollandaises.
La population est en majorité d'origine noire africaine plus ou moins métissée d'Européens et d'Asiatiques. Les habitants se réclament d'une communauté culturelle inter îles dite « créole ». La suppression de l'apport africain, après la tardive suppression de latraite négrière occidentale et de l'esclavage au milieu duXIXe siècle, a ouvert ses îles aux migrations asiatiques, notamment venues de l'Inde.
La monoculture de lacanne à sucre, générant de façon précoce une industrie de transformation pour obtenir jus de canne,sucre,mélasse etrhum, a marqué durablement la vie des domaines agricoles, mis à part quelques cultures vivrières ou de produits d'exportations spécifiques. Celles-ci se sont parfois développées à des fins d'exportation, de manière agro-industrielle, surtout avec labanane, lecafé et l'ananas.
Les Antilles doivent leur appellation àChristophe Colomb[6]. Les Grandes Antilles sont d'abord exploitées sans vergogne puis contrôlées au nom des rois d'Espagne. Une mise en valeur par grand domaine est tentée, différentes cultures sont introduites, dont celle de lacanne à sucre en 1508.
Mais avec la dépopulation indigène, dramatique entre 1570 et 1620, la puissance espagnole se fragilise et se délite en dehors de quelques centres importants. Des marins français, anglais, hollandais, qu'ils soient aventuriers, corsaires ou pirates, parviennent à prendre pied, instaurant parfois des entités autonomes durables entre 1620 et 1640, en dépit des violentes reprises militaire espagnoles.
Les boucaniers français s'installent ainsi durablement sur la côte occidentale en partie désertée de la grande île d'Hispaniola, qui se dénomme en françaisSaint-Domingue et plus tardHaïti. Les petites îles ou les enclaves sécurisée, non espagnoles après 1650, développent l'économie sucrière, avec la main d'œuvreesclave, apportée par latraite négrière et offrant des débouchés prometteurs et lointains à ses dérivés que sont les "pains de sucre", le rhum, la mélasse, les alcools.
Après avoir mis au pas en 1650La Barbade, île desPetites Antilles, précédemment conquise par la marine anglaise entre 1625 et 1626 aux Portugais, mais rapidement devenue un repaire de boucaniers et flibustiers, de planteurs detabac ruinés, de commerçants d'esclaves et de négriers anglais, la marine d'Oliver Cromwell s'attaque aux îles espagnoles et enlève la Jamaïque aux Espagnols en 1655. Les cultures diversifiées anciennement mises en place non sans difficulté par les Espagnols, pour l'exportation du tabac,rocou,cacao,piment, de l'indigo… s'estompent pour laisser la place à la culture monopolistique de la canne à sucre, qui tend à envahir La Barbade depuis la fin des années 1630. Les colons anglais bénéficient d'un accès privilégié au marché d'esclaves de la Barbade[7]. AuXVIIIe siècle, la Jamaïque s'impose comme le grand producteur de sucre, surpassant la Barbade en déclin. En 1805, elle compte 859 grandes plantations et exporte 137000 boucauts de sucre brut selon les livres de fret des navires anglais. L'île, lieu d'un intense commerce d'esclaves, affiche une économie florissante pour les tenants et rentiers de l'économie sucrière. Pourtant, les colonies anglaises des Antilles n'ont qu'une structure économie peu développée, du fait de l'interdiction de raffinage du sucre sur place et du contrôle drastiques des rares industries ou manufactures, cependant moins sévère qu'en Irlande.
En 1789, laSaint-Domingue française dépasse le demi-million d'habitantsesclaves noirs pour officiellement 33 000 blancs et 26 000 mulâtres, il reste probablement plus de 100 000 errants, ce qui montre la violence de la société esclavagiste antillaise en crise à Saint-Domingue, alors qu'elle est cachée à laJamaïque. Cette terre française exporte du sucre à hauteur de 165 millions de livres en valeur de ses 793 sucreries, du café pour 68 millions de livres de ses 3117 caféières, du coton pour 6 millions de livres de ses 733 cotonneries, de l'indigo pour 930 mille livres de ses 3 150 indigoteries, ainsi que ducampêche pour 1,5 million de livres et des cuirs de bœuf pour20 000 livres. Le mouvement commercial dépasse 330 à 350 millions. Haïti adopte en principe les idéaux révolutionnaires français pendant une longue guerre civile et entérine son indépendance en 1804 après un violent conflit avec la république métropolitaine, rendue impuissante par sa marine défaillante.
Cuba placé sous le joug de la couronne d'Espagne, maîtresse de la communication et de l'information, a subi l'évolution imposée par ses voisins tout en gardant des domaines agricoles ou « estancias » traditionnelles. En 1763, l'exportation de cuirs et de cires est toujours associée aux élevages de bétail extensif. L'importation d'esclaves noirs, ils ne sont qu'à peine 32 000 en 1763, justifie ailleurs les cultures coloniales, en particulier le tabac, le sucre et le café. En 1774, Cuba ne compte que 171 000 habitants sujets blancs et de couleur. Une immigration des colons français de Saint-Domingue, attirant par contre-coup une vague retour ou nouvelle de divers colons espagnols, explique le bond démographique de 100 000 habitants. En 1792, la grande et longue île peu peuplée compte 272 000 habitants. La culture du tabac s'est développée en quantité et en qualité, l'exportation de 860 tonnes en 1750 a plus que triplé, avec 2 900 tonnes en 1790, instaurant une spécialité de l'île pour le siècle suivant. Les autres cultures coloniales s'affirment par un essor vigoureux mais heurté, comme le café. Les troubles d'Haïti expliquent ensuite la multiplication des réfugiés, parfois très actifs dans le café mais indésirables ou souvent mal accueillis puis chassés par les autorités espagnoles inquiètes de l'invasion francophone. Mais le développement des cultures esclavagistes se poursuit, amenant entre 1790 et 1820 plus de 320 000 captifs africains. L'arrivée de 720 000 nouveaux esclaves noirs entre 1820 et 1860 change définitivement le visage démographique de l'île.
En 1898, le royaume d'Espagne ne peut empêcher ses troupes militaires d'être humiliées à la fois par la révolte populaire cubaine et par lesÉtats-Unis d'Amérique, entrées en guerre pour émanciper les derniers hispanophones de la tutelle coloniale. L'Espagne perd ses derniers joyaux tropicaux en laissant instaurer la république autonome de Cuba. L'économie caraïbe est passé sous la domination nord-américaine, qui relance les cultures tropicales, en particulier celle du sucre, du café et de la banane. La crise de 1933 désorganise l'économie des Grandes Antilles. La révolution castriste en 1959 sépare Cuba du reste de la Caraïbe, alors que les derniers pourparlers d'indépendance aboutissent, pour la Jamaïque en 1962 et les Bahamas en 1973.
Le tourisme est particulièrement développé dans l'archipel, notamment en République dominicaine et en Jamaïque.
En tant qu'État communiste, Cuba a longtemps été doté d'une économie planifiée. Le Parti Communiste de Cuba serait affecté par des problèmes decorruption[8].
↑Butterlin 1977 observe qu'à partir du fonds des mers environnantes, les diverses formations des Grandes Antilles constituent au moins une longue cordillère caraïbe.
↑Il est vrai que ce phénomène desubduction concerne en premier chef l'arc antillais et les volcans actifs des Antilles.
↑Lescaïmans noirs, espèces originaires dubassin de l'Amazonie, seraient à l'origine de ses diverses espèces nanifiées ou en cours de séparation spécifiques par isolement, ils se laissent toujours dériver des côtes américaines comme des bois morts portés par le courant. Série documentaire allemandeLes Caraïbes, WDR, 2016 déclinées en plusieurs volets. En particulier, numéro 1Les Grandes Antilles, documentaire de 43 minutes 14 secondes de Marion Pöllmann, diffusion lundi 13 mars 2017 sur Arte.
↑Le grand navigateur à l'estime pensait dès ses premières explorations que ces chapelets d'îles plus ou moins grandes étaient placées avant l'Inde ou à défaut les utopiques îles des petites indes, d'où l'hypothèseante indias ouante indillas avant abréviation populaire. On peut aussi suggérer une équivalence avec le nom italien singulierAntille désignation légendaire d'une grande île outre-atlantique sur une carte théorique dePaolo Toscanelli, cartographe florentin.
↑La Barbade compte en 1650 100 000 captifs noirs pour presque 50 000 blancs ou libres. Le commerce maritime est assuré par environ 400 bâtiments jaugeant globalement 60000 tonneaux.