Élu le, il fut sacré et intronisé le6 du même mois. Défenseur résolu de la doctrine traditionnelle face aux idées nouvelles, il s’employa également à préserver lesÉtats pontificaux contre les assauts des mouvements patriotiques italiens. Son pontificat fut marqué par un renouveau de l’engagementmissionnaire outre-mer. Il demeure enfin le dernier pape à mourir en tant que souverain desÉtats pontificaux, ceux-ci ayant été annexés en 1870 lors de laprise de Rome, sous le pontificat de son successeur.
Bartolomeo Alberto Cappellari, futurGrégoireXVI, naquit le àMussoi, devenu actuellement un faubourg deBelluno, dans la maison de campagne de sa famille. Ses parents, Giovanni Battista Cappellari et Giulia (née Cesa), appartenaient tous deux à la petite noblesse[1] et étaient enfants de notaires d'une famille originaire dePesariis.
Envoyé àRome en1795, il réside au monastère Saint-Grégoire (San Gregorio), et en devient l’abbé en1805.
C'est pendant cette période, ébranlée par laRévolution française, qu’il publie son ouvrage,Le Triomphe de la sainte Église, dans lequel il défend l'idée de l’infaillibilité pontificale contre lesjansénistes italiens, et la souveraineté du pape sur lesÉtats pontificaux. Il s’oppose aussi aux effortsmaçonniques visant à contrer l’influence de l’Église, et dénonce uncomplot pour affaiblir la papauté.
Devenant autrichienne puis française, larépublique de Venise disparaît dans la tourmente des guerres révolutionnaires, à l'instar desÉtats pontificaux. L’exil du papePieVII àSavone, en1808, interrompt séjour romain de Cappellari, qui quitteRome et retourne àMurano puis, en1813, s'installe àPadoue. Le retour triomphal dePieVII à Rome, en1814, lui permet de réintégrer le monastère Saint-Grégoire.
Il refuse à deux reprises une nomination épiscopale. Cependant, le, le papeLéonXII le créecardinalin pectore deSan Callisto, création qu'il publie le, et lui confie la charge de Préfet de laCongrégation de la Propagation de la Foi. À ce titre, il négocie en1827 avec succès unconcordat avec le roicalvinisteGuillaumeIer des Pays-Bas, régissant les relations entre son royaume et l'Église catholique, principalement présente dans les provinces du Sud, la futureBelgique qui accède à l'indépendance en 1830.
La situation de l’Église d’Arménie s’améliore également, grâce à la signature d’un accord similaire conclu entre leSaint-Siège et l’Empire ottoman.
Au début de1831, à la suite du décès du papePieVIII et au terme d'unconclave de 74 jours, le cardinal Bartolomeo Cappellari est élu pape. Âgé de65 ans, il prend le nom deGrégoireXVI et régnera15 ans.
« On entend retentir les académies et les universités d’opinions nouvelles et monstrueuses ; ce n’est plus en secret ni sourdement qu’elles attaquent la foi catholique ; c’est une guerre horrible et impie qu’elles lui déclarent publiquement et à découvert. Or, dès que les leçons et les examens des maîtres pervertissent ainsi la jeunesse, les désastres de la religion prennent un accroissement immense, et la plus effrayante immoralité gagne et s’étend. Aussi, une fois rejetés les liens sacrés de la religion, qui seuls conservent les royaumes et maintiennent la force et la vigueur de l’autorité, on voit l’ordre public disparaître, l’autorité malade, et toute puissance légitime menacée d’une révolution toujours plus prochaine. (…)
Le but de vos efforts, et l’objet de votre vigilance continuelle, doit donc être de garder le dépôt de la foi au milieu de cette vaste conspiration d’hommes impies que nous voyons, avec la plus vive douleur, formée pour la dissiper et la perdre. Que tous s’en souviennent : le jugement sur la saine doctrine dont on doit nourrir le peuple, le gouvernement et l’administration de l’Église entière, appartiennent au Pontife romain, "à qui a été confié, par Notre-Seigneur Jésus-Christ", comme l’ont si clairement déclaré les Pères du concile de Florence, "le plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner l’Église universelle" » (…)
Nous frémissons, vénérables frères, en considérant de quels monstres de doctrines, ou plutôt de quels prodiges d’erreurs nous sommes accablés ; erreurs disséminées au loin et de tous côtés par une multitude immense de livres, de brochures, et d’autres écrits, petits il est vrai en volume, mais énormes en perversité, d’où sort la malédiction qui couvre la face de la terre et fait couler nos larmes. Il est cependant -ô douleur !- des hommes emportés par un tel excès d’impudence, qu’ils ne craignent pas de soutenir opiniâtrement que le déluge d’erreurs qui découle de là est assez abondamment compensé par la publication de quelque livre imprimé pour défendre, au milieu de cet amas d’iniquités, la vérité et la religion. Mais c’est un crime, assurément, et un crime réprouvé par toute espèce de droit, de commettre de dessein prémédité, un mal certain et très grand, dans l’espérance que peut-être il en résultera quelque bien ; et quel homme sensé osera jamais dire qu’il est permis de répandre des poisons, de les vendre publiquement, de les colporter, bien plus, de les prendre avec avidité, sous prétexte qu’il existe quelque remède qui a parfois arraché à la mort ceux qui s’en sont servis ?! »
Un nouveau texte,Singulari nos, critique, deux ans plus tard, les idées libérales de Lamennais.
Cette opposition de principe aumodernisme s’illustre également en Allemagne, avec la publication de la lettre apostoliqueDum acerbissima, le.
Grégoire XVI refusa la construction duchemin de fer dans lesÉtats pontificaux, car il craignait que la promiscuité des contacts et la facilité des échanges n’accélèrent la pénétration des idées révolutionnaires venues des pays limitrophes[2].
Dès son élection,GrégoireXVI doit faire face à de graves problèmes politiques. Son secrétaire d’État, le cardinalBernetti, ne parvient pas à étouffer l’insurrection libérale qui éclate dans les États de l’Église, et est remplacé par le cardinalLambruschini, plus autoritaire. La souveraineté temporelle du pape sur les régions qui entourent Rome est d’ailleurs remise en cause par les "patriotes révolutionnaires". Le souverain pontife se décide alors à demander l’aide autrichienne. Après une répression violente, l’ordre est rétabli au début du mois d’.
Cependant, les puissances européennes[Quoi ?] décident d’une réforme de l’administration des États de l’Église, qui se traduit par une simplification des institutions judiciaires.
GrégoireXVI refuse de démocratiser l’élection des conseils ayant autorité sur le gouvernement des communes et des États ; il s’oppose également à la création d’un conseil d’élus laïcs, dont le pouvoir rivaliserait avec celui duSacré Collège placé directement sous son autorité. Ces réformes décisives n’interviendront que quelques années plus tard, avec le pontificat de son successeurPieIX.
Les troubles reprennent àCésène, puis àBologne. Une nouvelle intervention des Autrichiens enRomagne est donc nécessaire. L’année suivante, quelques détachements français occupent également les États de l’Église, jusqu’au départ définitif des Autrichiens en 1838.
Indépendance de l'Église et difficultés diplomatiques
Les armoiries deGrégoireXVI au fronton de l'église San Rocco à Rome, Italie.
Le développement des mouvements libéraux, dans l’Europe issue duCongrès de Vienne, et lesrévolutions de 1830 contraignent bientôt le Saint Siège à prendre position.GrégoireXVI publie en l’encycliqueSollicitudo ecclesiarum, dans laquelle il réaffirmel’indépendance de l’Église, et son refus de s’immiscer dans les affaires dynastiques.
Sous son pontificat,GrégoireXVI choisit de lutter dans les différents États européens afin de préserver les prérogatives de l’Église catholique :
en 1831, Grégoire XVI condamne le soulèvement de laPologne lors de l'Insurrection de Novembre.Lamennais considérant que le Pape voulait défendre davantage les rois que le peuple, s'oppose au pape et s'indigne contre cette décision. Le pape répond en condamnant en 1832 par l'encycliqueMirari vos les idées de Lamennais exprimées dans son journalL'Avenir ;
enBelgique, en1833 : il donne, par son bref[3] du, l'autorisation aux évêques de créer l'« université catholique de Belgique » (« Universitas Catholica Belgii »), appelée couramment « université catholique de Malines », qui sera inaugurée àMalines le, puis transférée àLouvain en 1835, où elle prend le nom d'université catholique de Louvain[4], après la suppression de l'université d'État de Louvain. Le premier recteur de l'Université catholique de Belgique,Monseigneur de Ram, veut, dans l'esprit de la reconquête catholique instaurée par Grégoire XVI[5], en faire un rempart qui puisse s'opposer« aux ennemis de la religion » et faire obstacle« au progrès de ces funestes doctrines qui depuis un demi-siècle ont ébranlé les bases de la société »[6] ;
auPortugal, où se met en place une législation anticléricale, le siège de la nonciature à Lisbonne est bientôt supprimé. À partir de 1841, cependant, les relations entre le Saint Siège et le gouvernement de la reineMarieII s’apaisent, sous la pression populaire ;
enEspagne, la régence de la reineMarie-Christine est marquée par la suppression des ordres religieux, en 1835, tandis que vingt-deux diocèses sont laissés sans évêques ;
enAllemagne, le problème des mariages mixtes est la cause de heurts fréquents entre l’Église catholique et les gouvernements. Ceci est la cause de l’arrestation de l’archevêque deCologne,Droste zu Vischering, par les autorités prussiennes en 1837 ;
vis-à-vis de la France du roiLouis-Philippe, il reçoit solennellement, malgré les pressions du gouvernement français, leduc de Bordeaux, neveu et héritier du prétendant légitimiste au trône de France, en exil, le ;
en 1845, il proteste en vain contre la situation de l’Église catholique dans l’Empire russe.
Cette volonté de reconquête catholique s'accompagne de décisions arbitraires voireantisémites : ainsi, en 1840, dans l'Affaire Montel, le pape cautionne d'abord l'enlèvement d'une nouvelle-néejuive qui aurait étébaptisée à sa naissance en Italie, à l'insu de ses parents français, par une femme de chambre deFiumicino.
Si le pape accepte finalement de la libérer, c'est pour la remettre à la France en la personne d'un diplomate français, (et non à « ses parents infidèles »[8], bien quecitoyens français), et exiger du gouvernement du roiLouis-Philippe que l'enfant soit élevée dans lareligion catholique[9]. Il suggère au diplomate que la famille Montel pourrait y consentir comme « à tout ce qu'on voudrait » contre quelque argent « qui (est) tout puissant auprès des Juifs »[8].
« Nous avertissons tous les fidèles chrétiens, de toute condition, et Nous les conjurons instamment dans le Seigneur : que personne désormais n'ait l’audace de tourmenter injustement des Indiens, des Nègres et d'autres hommes de cette sorte, de les dépouiller de leurs biens ou de les réduire en esclavage, ou d’en aider ou d'en soutenir d’autres qui commettent de tels actes à leur égard, ou de pratiquer ce trafic inhumain par lequel des Nègres, qui ont été réduits en esclavage d’une manière ou d'une autre, comme s’ils n'étaient pas des hommes mais de purs et simples animaux, sont achetés et vendus sans aucune distinction, en opposition aux commandements de la justice et de l’humanité, et condamnés parfois à endurer les travaux les plus durs… »
Peu populaire auprès de ses sujets,GrégoireXVI entreprend en un voyage dans lesÉtats pontificaux. Sa politique engendre cependant des émeutes enRomagne et enOmbrie en1843, puis dans la ville deRimini en septembre1845.
Il meurt à la suite d'une crise d’érésipèle, àRome, le à l'âge de 80 ans.
↑Edward van Even,Louvain dans le passé et dans le présent, Louvain, 1895, p. 606 :« Par lettre collective du 14 novembre 1833, le corps épiscopal s'adressa à Grégoire XVI, à l'effet d'obtenir l'autorisation nécessaire pour ouvrir l'école. Cette autorisation fut octroyée par un bref du 13 décembre suivant. Une circulaire épiscopale, datée du 20 février 1834, annonça aux fidèles la fondation d'une Université catholique ».
↑Encyclopédie théologique, dans : « Dictionnaire de l'histoire universelle de l'Église », tome 54, Paris : éd. J.P. Migne, 1863,sub verbo "Grégoire XVI", col. 1131 : « Après sa séparation de la Hollande en 1830, la Belgique libérale a vu son Église jouir d'une véritable indépendance. Les évêques s'assemblent en conciles, communiquent avec le Saint-Siège en toute liberté. Sur l'article fondamental des études, ils ontfondél'université catholique de Louvain, où les jeunes Belges vont en foule puiser aux sources les plus pures toutes les richesses de la science ».