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Le,Georges Clemenceau, alors ministre de l'Intérieur et homme fort duParti radical, est appelé à laprésidence du Conseil par leprésident de la RépubliqueArmand Fallières. Il forme un gouvernement qui se maintient près de trois ans.Georges Clemenceau bénéfice de plus d'un fort soutien à la chambre des députés (337 députés et 57,6 % de sièges). Ce gouvernement est confronté à une période charnière pour le régime : il s'agit d'un côté d'entériner le caractèrelaïc de la République, et de l'autre, de faire face aux mouvements sociaux qui se développent et prennent un tour de plus en plus radical.
Fin de la crise ministérielle et formation du cabinet Clemenceau,L'Illustration,.
Création duministère du Travail parClemenceau. Le poste est confié àRené Viviani et dénote une volonté de prise en compte de la conditionouvrière, à laquelle Clemenceau se dit "sensible". Le Ministère du Travail deviendra un poste incontournable dans les futurs gouvernements.
Premières applications de la loi sur le reposhebdomadaire, votée sous le précédent gouvernement dirigé parFerdinand Sarrien.
Le gouvernement met en route un projet de loi sur lesretraitesouvrières etpaysannes, qui ne sera adopté que le.
Le gouvernement œuvre pour le renforcement de l'alliance franco-britannique, scellée depuis la signature de l'Entente cordiale.
Le20 novembre, les inventaires des biens duclergé s'achèvent, laloi de séparation des Églises et de l'État entre en vigueur le. L'auditeur de la nonciature duVatican à Paris, considéré comme un « agent secret du Saint-Siège », est expulsé. Laloi prévoyait que les biens pourraient être attribués auxcatholiques constitués enassociation. Le clergé était totalement opposé au principe de la constitution d'associations. Le, une loi prévoit que les édifices cultuels non réclamés par défaut d'associations ou de contrat entre autorités laïques et religieuses, sont repris par l'État et les communes. Le papePie X condamne cette loi ; en revanche, le30 janvier, l'épiscopat déclare accepter cette loi mais demande des garanties pour la permanence et la « sécurité morale » du service religieux. Le28 mars, une loi assimilant les réunions culturelles aux réunions publiques est adoptée, ce qui règle le conflit entre l'Église et l'État en garantissant la liberté du culte. Le, le texte de la loi sur la dévolution des biens du clergé est voté, les églises deviennent la propriété des communes.
Troubles auMaroc : le19 mars, le docteurMauchamp, directeur du dispensaire deMarrakech, est assassiné. LeConseil des ministres décide d'envoyer une expédition militaire. LeLyautey occupeOujda. Le, près deCasablanca, le passage du chemin de fer dans un cimetière musulman provoque une émeute, 8 Européens seront tués dont 5 Français. Soutenue par l'Espagne, laFrance décide d'envoyer des renforts sans pénétrer à l'intérieur duMaroc. Lorsque le général Drude débarque avec ses troupes, il subit une attaque. En représailles, le6 août, deux navires de guerre bombardentCasablanca.Moulay Hafid se proclameSultan àMarrakech. L'Allemagne proteste contre les initiatives françaises. Les12 et, le ministre des Affaires étrangèresStephen Pichon, interpellé, se défend de vouloir instituer unprotectorat. Le, une bataille a lieu près deSettat, les troupes françaises doivent battre en retraite. Le12 février, elles occupent Settat. Le9 mars, le général d'Amade qui a remplacé Drude, malade, est victorieux des tribus de la région de Mdakra et des Hafidiens. Six jours après,Le Matin révèle qu'un camp marocain désarmé a été massacré par les troupes françaises, ce qui sera avéré. La Chambre accorde sa confiance au gouvernement et adresse ses félicitations aux officiers et soldats d'Afrique. Finmai1908, la chancellerie allemande souhaite voir la convention d'Algésiras respectée. Le18 juin lesultanAbd el-Aziz, allié de la France, est vaincu parMoulay Hafid près de Marrakech, ce dernier est proclamé sultan dans toutes les villes du Maroc. Le12 septembre, il acceptera l'acte d'Algésiras. Le 14, la France et l'Espagne s'accordent sur les conditions de reconnaissance de Moulay Hafid. Le27 octobre, l'Allemagne et l'Autriche-Hongrie acceptent ces conditions.
Caricature montrant Clemenceau arbitrant le combat des viticulteurs du Midi contre les betteraviers du Nord
Le, lesvignerons du Midi tiennent des meetings pour dénoncer la mévente duvin. En juin, le mouvement des vignerons prend une tournure insurrectionnelle. 500 000 manifestants àMontpellier. Des bagarres éclatent le lendemain àNarbonne. Deux leaders apparaissent, un petit propriétaire,Marcelin Albert, et lemairesocialiste deNarbonne, le docteurErnest Ferroul, qui démissionne le10 juin, déclenchant une grève municipale suivie par des centaines de communes de l'Hérault, de l'Aude et desPyrénées-Orientales.Clemenceau craint une paralysie administrative. Le17 juin, le gouvernement engage des poursuites contre les dirigeants. Le docteur Ferroul est arrêté après avoir fait arborer ledrapeaunoir sur lamairie. Le 20, 6 manifestants sont tués. Lapréfecture dePerpignan et lasous-préfecture deNarbonne sont incendiées. Le 21, àBéziers, les militaires du17e, composé de natifs de la région, refusent de tirer sur les manifestants. Ils seront envoyés àGafsa enTunisie. Le29 juin, la loi interdisant la chaptalisation est votée. La chaptalisation consiste à ajouter du sucre au moment de la fermentation, ce qui augmente le degré alcoolique et permet ainsi d'ajouter de l'eau, ce qui serait à l'origine de la surproduction (plus récemment, des aides accordées à la viticulture étaient fondées notamment sur le degré alcoolique, ce qui a entraîné une recrudescence des fraudes par chaptalisation). L'agitation se calmera peu à peu et desnon-lieux seront décidés pour les dirigeants.
Le, le décès du ministre de la justiceGuyot Dessaigne provoque un remaniement ministériel.
Le débute lagrève des carriers de Draveil, Villeneuve-Saint-Georges et Villeneuve-le-Roi. Les revendications sont une augmentation desalaire de 20 centimes de l'heure et la suppression dutravail à la tâche. Les grévistes organisent la chasse aux "renards" (on dirait aux "jaunes" aujourd'hui). Débutjuin, de graves incidents ont lieu, 2ouvriers sont tués par lapolice et 8 autres sont blessés. Débutaoût, la fédération du bâtiment lance un appel à lagrève générale et organise des manifestations àVigneux. Les manifestants se heurtent violemment aux 5 régiments decavalerie. Le4 août, les grévistes acceptent les propositionspatronales, 5 centimes d'augmentation et la journée de 10 heures. Les dirigeants de laCGT qui avaient été arrêtés sont relâchés. On découvrira en 1911 que Clemenceau avait infiltré des agents provocateurs à l'origine de la violence.
Le, vote de la loiRibot sur leshabitations à bon marché (HBM, ancêtres desHLM). Elle vise à fixer les populations rurales en les aidant à accéder à lapropriété de leur maison et du terrain. Pour ce faire, les sociétés régionales de crédit immobilier sont créées. Elles offrent desprêts à un taux de 2 % soit aux particuliers, soit aux sociétés de HBM. La loi institue également des Offices publics d'HBM et des Crédits immobiliers.
Le4 juin, les cendres d'Émile Zola, qui avait œuvré pour la réhabilitation deDreyfus aux côtés, entre autres, de Clemenceau et de Jaurès, sont transférées auPanthéon.
Enfévrier1909, lesyndicalisme féminin se développe. On trouve la fondation de l'Union française de syndicats professionnels féminins (catholique), l'Union centrale des syndicats professionnels féminins, leSyndicat des employés du commerce et de l'industrie (SECI), qui sera à l'origine de la CFTC.
En, puis en mai, ont lieu lesgréves des postiers, premières grèves dans la Fonction publique. Lesfonctionnaires, n'ont pas ledroit de grève, en vertu du principe de continuité de l'État. Clemenceau reçoit, dans un premier temps, des délégués des grévistes, et semble négocier, dans le but de faire cesser le mouvement. Dans un second temps, à la suite d'un appel à la grève générale des postiers, il fait procéder, avec le ministreLouis Barthou, à de nombreuses révocations (près de 800 au total).Jaurès etClemenceau, deux grands orateurs, s'affrontent au cours d'une joute à lachambre au sujet du droit de grève des fonctionnaires. Clemenceau est favorable à un statut de la fonction publique, mais reste hostile au droit de grève. Leprésident du Conseil est soutenu par la chambre (454 voix pour et 69 contre). Le droit de grève ne sera reconnu aux fonctionnaires qu'après laSeconde Guerre mondiale par leConseil d'État.
Le,Léon Jouhaux devient secrétaire général de laCGT. Le même jour, la loi sur lebien de famille insaisissable est votée. Cette loi vise à soutenir uneagriculture minée par l'endettementpaysan et le morcellement des exploitations. Elle porte pour chaque foyer sur une maison et ses terres, si leur valeur est inférieure à 8 000 francs : l'insaisissabilité en est alors absolue, mais il devient impossible de l'hypothéquer.
Depuis quelques mois, lamarine militaire rencontre des problèmes. Une explosion d'un canon sur le croiseur Latouche-Tréville (13 morts) provoque la démission du ministre de la marine et la perte de trois navires (Iéna, Algésiras, Couronne).Théophile Delcassé, qui a présenté le rapport, etClemenceau s'affrontent. Clemenceau est mis en minorité, il démissionne. Leprésident de la RépubliqueArmand Fallières nommeAristide Briand pour lui succéder à laprésidence du Conseil.
Impact sur les relations entre les composantes de la gauche
Selon le biographe de Clemenceau et historien de la gauche Michel Winock, ce gouvernement "accuse la coupure entre deux gauches" et débouche sur des conséquences durables.
A la formation du gouvernement, les parlementaires de laSFIO s'abstiennent lors de la question de confiance (au lieu de voter contre, comme ils le font traditionnellement vis-à-vis de ce qu'ils désignent comme les « gouvernements bourgeois ») tandis que le nouveau président du conseil tend la main aux socialistes pour mettre en place des réformes sociales. Cette relation s'explique par le fait que Clemenceau soit alors le président du conseil le plus à gauche jamais entré en fonction, défend de longue date la nécessité du progrès social et présente comme objectifs de son gouvernement une série de réformes socio-économiques allant dans le sens d'un développement de l'Etat social et de la protection des salariés. En outre, la gauche républicaine et les socialistes sortent alors de séquences commel'affaire Dreyfus et la laïcisation du pays qui ont pu les voir s'associer pour préserver le régime dans une entende parfois désignée comme "le parti républicain"[1].
L'apparition de mouvements sociaux virulents sous le gouvernement Clemenceau dès 1906 plonge néanmoins ces forces dans une relation conflictuelle. Le président du conseil et ministre de l'intérieur y répond en choisissant le maintien strict de l'ordre public et de l'autorité de l'Etat via la répression tandis que son bilan en matière de réforme sociale est par ailleurs très inférieur aux attentes. Pour leur part, les parlementaires socialistes sont d'autant plus poussés à l'opposition qu'ils ne remettent pas en question la ligneanarcho-syndicaliste d'organisations à l'œuvre comme laCGT et sont eux-mêmes marqués par une position de rejet du parlementarisme et de la légitimité de "l'Etat bourgeois" inspirée de la pensée du marxisteJules Guesde. Cette divergence conduit les socialistes à s'opposer vivement au gouvernement puis à se réjouir de sa chute. Mais elle se prolonge de manière plus profonde dans les années suivantes entre une gauche républicaine attachée à l'autorité de la loi tout en échouant désormais à occuper véritablement le champ du progrès social et une gauche socialiste, puis pour partiecommuniste, qui adopte une approche révolutionnaire. L'unité d'action entre les deux est ainsi rendue plus délicate et n'opère plus que par intermittence[2].