Sonmandat présidentiel se déroule pendant laguerre froide et les conséquences dupremier choc pétrolier. Gerald Ford intervient moins que ses prédécesseurs dans les affaires duViêt Nam et signe, en1975, lesaccords d'Helsinki dans le cadre de la CSCE, qui favorisent ladétente avec l'URSS. Durant son mandat, leCongrès prend une importance croissante dans les affaires internationales, alors que le rôle du président s'amoindrit. Enpolitique intérieure, il prend la décision controversée d'accorder lagrâce présidentielle à Richard Nixon après le scandale du Watergate et, sur le plan économique, doit faire face à larécession et à l'inflation. Il échappe par ailleurs à deux tentatives d'assassinat au cours de sa présidence.
Après avoir été investi par le Parti républicain face àRonald Reagan, il est battu de justesse par ledémocrateJimmy Carter lors de l'élection présidentielle de 1976. Du fait qu'il ait été nommé vice-président par Richard Nixon et non élu en même temps que ce dernier, puis qu'il soit devenu président en remplacement du président démissionnaire et enfin qu'il ait échoué à se faire élire pour un second mandat, Gerald Ford reste à ce jour le seul président des États-Unis à n'avoir jamais été élu ni au poste de président ni à celui de vice-président par lecollège électoral[N 1].
Gerald R. Ford est né en1913 dans la maison familiale du 3202 Woolworth Avenue dans la ville d'Omaha auNebraska[1]. Ses parents, Dorothy Ayer Gardner et Leslie Lynch King, Sr. le nomment Leslie Lynch King, Jr. ; son père est le fils dubanquierCharles Henry King(en) et de Martha Alicia Porter, exerçant la profession de négociant delaine.
Ses parents se séparèrent seize jours après sa naissance car Leslie Lynch King Sr était violent et battait son épouse[2],[3],[4]. James M. Cannon, l'un des membres de l'Administration Ford, écrivit dans unebiographie consacrée au président que le couple se sépara après que le père eut menacé de les tuer tous les deux avec un couteau. Gerald Ford lui-même confia plus tard que son père avait frappé sa mère au cours de leurlune de miel parce qu'elle avait souri à un autre homme[5].
Dorothy Gardner s'installa avec son fils d'abord chez sa sœur[N 2] àOak Park, dans la banlieue deChicago (Illinois). Puis elle habita àGrand Rapids (Michigan), avec ses parents[N 3]. Le divorce fut prononcé en et Dorothy obtint la garde de son fils. Elle reçut l'aide financière du grand-père paternel de Gerald Ford jusqu'en 1930, juste avant que ce dernier ne décède[6].
Le, elle se remaria avec Gerald Rudolff Ford, un commerçant qui devint le patron de l'entreprise familiale de peinture et de vernis[7].
Leslie fut officieusement rebaptisé Gerald Rudolph Ford Jr[N 4]. Gerald grandit dès lors àGrand Rapids avec trois demi-frères issus de la nouvelle union de sa mère : Thomas Gardner (1918-1995), Richard Addison (1924-2015), James Francis (1927-2001). Gerald a par ailleurs eu trois autres demi-frères et sœurs du second mariage de son père : Marjorie King (1921-1993), Leslie Henry King (1923-1976) et Patricia Jane King (née en 1925). Il ne fit jamais leur connaissance et, pendant son enfance, ignora même leur existence comme celle de son père biologique. Il rencontra néanmoins ce dernier à l'âge de17 ans dans un restaurant de Grand Rapids. Les deux hommes maintinrent ensuite des contacts sporadiques jusqu'à la mort de Leslie King Sr[4]. Le jeune Gerald Ford ne changea légalement de nom que le en choisissant uneorthographe plus conventionnelle (Rudolph)[8].
Gerald Ford (dont le visage a été cerclé de rouge) en1929.
Gerald Ford s'engagea dans lescoutisme et entra dans lesBoy Scouts of America ; même après être devenu président, il restait fier d'avoir atteint le « grade » le plus élevé dans cette organisation, celui d’Eagle Scout[9],[10]. Il reste le seul président américain à avoir obtenu cette distinction[11]. Par ailleurs, il reçut des Boy Scouts of America les récompenses deDistinguished Eagle Scout Award en puis deSilver Buffalo Award.
Gerald Ford fréquenta l'école secondaire de Grand Rapids South où il devint le capitaine de son équipe defootball américain. En1930, il fut choisi afin de participer à la Grand Rapids City League et fut rapidement repéré par les sélectionneurs universitaires[12].
Son équipe remporta les deux saisons de 1932 et 1933. Ses performances lui valurent de recevoir des propositions de contrat dans des équipes professionnelles. Durant toute sa vie, il resta attaché à son université et à son équipe de football. Il assista à plusieurs de ses matches et, lors d'un sommet avec l'URSS, voulut être tenu au courant du score de la rencontre entre les universités du Michigan et de l'Ohio[15]. Au cours d'événements officiels, Ford demanda plusieurs fois à l'United States Marine Band de jouer l'hymne de son université (The Victors) à la place de la traditionnelle marche présidentielle (Hail to the Chief)[16],[17]. Il la choisit également afin d'accompagner la procession de sesfunérailles auCapitole[18].
Gerald Ford participa au Shriner's East West Crippled Children Game, un match en faveur des enfants handicapés, qui eut lieu àSan Francisco le[1]. En 1972, il reçut la médaille d'or de laNational Football Foundation[1].
Gerald Ford jouant au football américain dans l'équipe de l'université du Michigan, en1933.
À l'université du Michigan, Gerald Ford fit partie de lafraternité Delta Kappa Epsilon, où il travailla commeplongeur. En1935, il obtint son diplôme universitaire[20],[1]. Il préféra décliner le poste d'entraîneur des équipes desLions de Détroit et desPackers de Green Bay de laNational Football League[2]. Il espérait plutôt faire son droit à l'université Yale où il entraîna les équipes defootball américain et deboxe[21]. À cause de ces fonctions, son admission à la faculté de droit lui fut refusée. Durant l'été1937, il étudia à celle de l'université du Michigan[22] avant d'être finalement accepté à Yale au printemps1938[23], dont il sortit diplômé en1941[20]. Pendant ses études à Yale, il fit la connaissance de Phyllis Brown, une étudiante dont il tomba amoureux[2]. Il fréquenta un groupe d'étudiants mené par R. Douglas Stuart Jr et signa la pétition en faveur de l'acte de neutralité de 1939. Le document allait dans le même sens que lecomité America First qui militait pour que les États-Unis restent en dehors de laSeconde Guerre mondiale[24]. Gerald Ford connut sa première expérience politique en prenant part à la campagne présidentielle deWendell Willkie pendant l'été1940.
Gerald Ford rejoignit la réserve de l'United States Navy le. D'abord comme aspirant, puis il intégra l'école d'instructeurs d'Annapolis pour son service actif. Un mois plus tard, il devint instructeur sur la base deChapel Hill enCaroline du Nord. Il enseigna les rudiments des capacités de navigateur, de l'artillerie et du maniement des armes. Il fut également entraîneur dans les neuf sports proposés sur la base, principalement ennatation,boxe etfootball américain. Il devintlieutenant le[1].
Si le porte-avions sur lequel il fut affecté ne fut pas endommagé par les opérations militaires, il fut victime dutyphonCobra les 18 et, ce qui causa la perte de troisdestroyers et tua près de 800 hommes d'équipage[1]. Gerald Ford manqua de peu de mourir lui aussi au cours de l'incendie qui s'était déclaré à bord de son porte-avions[28].
L'USSMonterey fut finalement déclaré hors d'usage et se rendit àUlithi le avant de rejoindreBremerton (Washington) pour être réparé. Ford fut alors envoyé au département athlétique de l'école aéronavale de Sainte Marie (Athletic Department of the Navy Pre-Flight School) enCalifornie. Entre la fin et, il entra dans l'équipe du Naval Reserve Training Command, à laNaval Air Station Glenview dans l'Illinois. Puis il fut envoyé auSeparation Center de laNaval Station Great Lakes.
Le, il fut promulieutenant commander[N 5]. Le, il fut placé hors du service actif avec les honneurs[1] et le suivant, lesecrétaire à la Marine accepta officiellement son retrait de la réserve de la marine américaine[29].
Le, à l'égliseépiscopale deGrace à Grand Rapids, Gerald Ford épousaElizabeth Bloomer Warren[13],[20],[1], ancienmannequin et ancienne danseuse dans la troupe deMartha Graham, divorcée, qui avait été mariée en premières noces à William G. Warren. Le mariage avait été retardé pour ne pas nuire à la campagne de Gerald Ford pour son premier mandat dereprésentant. Le couple eut ensuite quatre enfants[13] : Michael Gerald Ford (né en1950), John Gardner Ford (né en1952),Steven Meigs Ford (né en1956) et Susan Elizabeth Ford (née en1957)[31].
Il participa par ailleurs à deux commissions du Congrès américain, leHouse Appropriations Committee et leDefense Appropriations Subcommittee. Au début desannées 1950, il refusa de se présenter comme sénateur et commegouverneur du Michigan. Il porta plutôt son ambition sur le poste deprésident de la Chambre des représentants[33].
En, il fut choisi par le nouveau président américain,Lyndon B. Johnson pour participer à lacommission Warren sur l'assassinat de John F. Kennedy le 22 novembre 1963. Il défendit toujours ses conclusions, rendues en, c'est-à-dire queLee Harvey Oswald avait agi seul[2]. Cependant, à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'assassinat de John F. Kennedy, en, l'ancien président françaisValéry Giscard d'Estaing révéla à la radio que Gérald Ford lui avait autrefois confié avoir toujours cru, lui et ses collègues de la commission Warren, à la théorie du complot. « Nous étions sûrs que c'était organisé. Mais nous n'avons pas pu découvrir par qui »[34].
Pour les besoins de l'enquête, Gerald Ford fut chargé de rédiger labiographie d'Oswald[35].
Il a été révélé lors du déclassement de son dossier personnel en 2008 par leFBI que Gerarld Ford avait été l'informateur deJ. Edgar Hoover au sein de la Commission Warren, l'informant par le biais du numéro trois du bureau d'enquête fédéral Cartha de Loach des débats internes et des résultats au cours de la progression de l'enquête. J Edgar Hoover avait, en effet, fait disparaitre des éléments d'une affaire de fraude fiscale l'impliquant[36].
Il fut surtout un homme de compromis et se fit beaucoup d'amis dans les deux principaux partis du pays[37],[2]. Cependant, il critiqua à plusieurs reprises la politique du président démocrateLyndon Johnson, notamment sa gestion de laguerre du Viêt Nam[32] et son programme de « grande société »[2]. Il soutint néanmoins les lois sur lesdroits civiques en faveur desAfro-Américains. Dans une série deconférences de presse télévisées, il exposa le contre-programme républicain aux côtés du sénateur de l'IllinoisEverett Dirksen. Elles furent ironiquement surnommées par les journalistes « The Ev and Jerry Show »[N 6],[38].
Sa vice-présidence de huit mois[2] fut marquée par lescandale du Watergate. Le, leChef de cabinet de la Maison-BlancheAlexander Haig lui fit savoir que des preuves avaient été trouvées montrant l'implication de Nixon dans les écoutes. Gerald Ford fut un ardent défenseur de Nixon et il prononça de nombreux discours pour défendre la politique du président en considérant que l'affaire du Watergate ne fut qu'un épisode malencontreux[42].
Richard Nixon démissionna à la suite duscandale du Watergate, le. Ford le remplaça et prêta officiellement serment le[43],[32] devant lejuge en chef des États-Unis. Il prononça alors la formule devenue célèbre « Notre long cauchemar national est fini » (Our long national nightmare is over). La présidence de Gerald Ford dura au total vingt-neuf mois (895 jours[43]) jusqu'au.
Ayant accédé à la vice-présidence par nomination du président Richard Nixon (pour remplacer le vice-président démissionnaire Spiro Agnew), Gerald Ford fut ainsi le seul président des États-Unis à avoir occupé laMaison-Blanche sans avoir été élu par lecollège électoral[45],[N 7].
Gerald Ford annonçant sa décision de gracier Nixon ().
La première action officielle du président Ford, très controversée, fut degracier Richard Nixon le (Proclamation 4311)[54],[55],[56],[57],[43], ce qui eut pour effet de stopper toute procédure. Lors d'un discours télévisé, il mit en avant la situation médicale de l'ex-président et son désir de réconcilier tous les Américains pour motiver sa décision[54],[58].
La grâce présidentielle souleva de nombreuses réactions : son ami et attaché de presseJerald terHorst décida de démissionner et la cote de popularité du président s'effondra dans les sondages[51]. Ford décida également d'amnistier sous conditions lesdéserteurs et les « planqués » de laguerre du Viêt Nam[54]. Nixon,avocat, fut cependant radié dubarreau de l'État de New York en1976[59]. Quant aux enregistrements qui avaient suscité d'interminables batailles juridiques, le président Ford en donna le contrôle à Nixon, qui fut le seul habilité à donner les autorisations pour leur consultation[60].
À la suite duscandale du Watergate, leParti démocrate renforça sa présence à laChambre des représentants et auSénat auxélections de mi-mandat de1974 (les démocrates enlevèrent quarante-sept sièges aux Républicains dans les deux chambres[51]) et atteint la majorité qualifiée des 2/3 pour passer outre au véto présidentiel. Lepouvoir législatif fut un terrain de lutte entre le président et le Congrès, Ford mettant sonveto aux propositions démocrates. Il usa de ce pouvoir trente-neuf fois pendant les quatorze premiers mois de sa présidence[13] et fut le président républicain qui a le plus utilisé son droit de veto[61]. Étant donné que les démocrates représentaient alors plus des deux-tiers de la Chambre des représentants, ils purent à de nombreuses reprises outrepasser le veto présidentiel[62]. Les démocrates étaient également majoritaires au Sénat (60 sièges sur 100)[63].
L'économie fut l'une des grandes préoccupations de l'administration de Ford. À l'époque, l'inflation atteignait environ 7 %[64], un taux suffisant pour décourager les investissements aux États-Unis et pour freiner lesinvestissements directs à l'étranger. En réponse à la hausse des prix qu'il pensait être causée par la surconsommation[65], le président déclara l'inflation « ennemi public numéro un » devant le Congrès le.
Adresse à la nation par Ford au Congrès le, devant le vice-présidentNelson Rockefeller et le président de la Chambre,Carl Albert.
Il demanda aupeuple américain de « donner un coup de torchon (ou essuyer) le plus vite possible sur l'inflation » (« Whip Inflation Now ») ; les initiales de l'expression américaine donnaient l'acronyme « WIN » qui signifie « gagner » en anglais[66]. Il recommanda même aux Américains, dans une partie de son programme, de limiter leurs dépenses[65] et de porter des badges « WIN » (produits à douze millions d'exemplaires[51]). La majorité les considéra comme un gadget qui n'offrait pas de solutions réelles pour résoudre le problème[67]. Certains les tournèrent en ridicule en les portant à l'envers : les lettres « NIM » signifiaient pour eux « No Immediate Miracles », « Nonstop Inflation Merry-go-round » ou encore « Need Immediate Money ». Gerald Ford mit en place également un comité WIN de 22 citoyens (Whip Inflation Now committee).
La focalisation sur l'économie évolua quand le pays entra dans unerécession modeste. Le taux dechômage s'éleva de 6,5 % en novembre 1974 à 9,1 % en 1976[51]. Ford s'opposa au Congrès démocrate qui souhaitait augmenter les dépenses de l'État fédéral[52]. En mars1975, il signa avec le Congrès des dégrèvements d'impôts afin de relancer l'économie (Tax Reduction Act). Il tenta de convaincre les parlementaires de lever le contrôle des prix dupétrole américain décidé par Nixon et qui contribua auchoc pétrolier de 1973[68] ; mais il n'obtint pas gain de cause avant (Omnibus Energy bill prévoyant une baisse des prix du pétrole américain et la levée temporaire du contrôle des prix[51]). Au moment de lacessation de paiements de la municipalité deNew York en, le maireAbraham Beame ne réussit pas à obtenir l'aide de l'État fédéral[51]. La une duDaily News titra le « Ford à la ville : Crevez ! » (Ford to City: Drop Dead)[69]. Ford changea finalement d'avis à la fin de l'année, ce qui permit d'écarter le risque de faillite[69],[51].
Ford fut également confronté à une épidémie degrippe porcine en 1976 qui fit vingt-cinq morts aux États-Unis. Face au risque depandémie, l'Administration américaine lança un vaste programme devaccination[70].
Dans le domaine de l'éducation, le président signa l’Education for All Handicapped Children Act en 1975 : la loi prévoyait un enseignement spécial pour les enfants handicapés aux États-Unis. Il fut également un ferme soutien de l’Equal Rights Amendment, voté par le Congrès en 1972, un texte réaffirmant l'égalité de tous les Américains. Il décréta le « jour de l'égalité des femmes » (Women's Equality Day). Cependant, il refusa d'intervenir dans le problème dubusing àBoston en 1974[47], alors qu'il était favorable à la mixité raciale dans les écoles[51].
La vie politique américaine au milieu desannées 1970 fut marquée par les tentatives du Congrès de renforcer son contrôle sur la Présidence et sur les activités de laCIA[71]. Ford mit en place laRockefeller Commission[71].
Ford etLéonid Brejnev signant l'accord deVladivostok sur le traitéSALT.Mao Zedong, Gerald Ford et Henry Kissinger (2 décembre 1975).Gerald Ford pendant l'incident duMayagüez (14 mai 1975).
L'armée américaine se retira totalement duViêt Nam sous la présidence deRichard Nixon en 1973 après plusieurs années deguerre. À la fin de l'année 1974, Ford obtint du Congrès une aide de 700 millions de dollars pour le Viêt Nam[46]. En 1975, les troupes duNord-Viêt Nam envahirent leSud. Le président ordonna le départ des civils américains (opérationFrequent Wind) : au total, 100 000 réfugiés s'installèrent aux États-Unis[1].Saïgon tomba aux mains duNord Viêt Nam et duViet Cong le.
Il participa à la séance inaugurale duG7 qui remplaçait leG5 et se déclara favorable au règlement international des crises diplomatiques[77].
Dans ses mémoires, Gerald Ford confessa qu'il fut alors très préoccupé par la dégradation de la situation auMoyen-Orient et enIndochine[78]. Ainsi, il dut affronter une crise internationale lors de l'incident du Mayagüez. En mai1975, un peu après la prise du pouvoir par lesKhmers rouges auCambodge, ces derniers s'emparèrent d'un navire marchand américain, leMayagüez, dans les eaux internationales dugolfe de Thaïlande[1]. Ford envoya, sans consulter le Congrès[52], desMarines pour sauver l'équipage que l'on crut retenu sur l'île deKoh Tang mais les soldats rencontrèrent une résistance inattendue ; pendant l'opération, les marins duMayagüez qui avaient été relâchés, furent récupérés par les forces américaines. Durant les combats de Koh Tang, quinze Américains furent tués et cinquante furent blessés, les pertes khmères étant estimées à une soixantaine sur un total de trois cents combattants[79]. Le président américain demanda une aide financière de 222 millions de dollars pour le Cambodge, qui fut repoussée par le Congrès[80]. Il renouvela sa demande pour le Sud Viêt Nam et essuya un nouveau refus de la part des représentants[80]. Mais six mois plus tard l'administration Ford aida l'Indonésie à envahir et annexer le leTimor oriental, colonie portugaise qui avait clamé quelques semaines plus tôt son indépendance. Cet appui militaire républicain à la politique répressive indonésienne fut poursuivi par son successeur démocrate Jimmy Carter[81].
En Asie occidentale, l'invasion deChypre par laTurquie provoqua de fortes tensions à l'intérieur de l'OTAN[N 9]. Le, uncoup d'État, soutenu par les colonels grecs, entraîna des violences entre les communautés grecque et turque de l'île. Les événements aboutirent à lapartition de Chypre et au retrait de la Grèce du commandement intégré de l'OTAN. À la mi-septembre, le Congrès vota le retrait du soutien militaire américain à la Turquie. Le président mit son veto à cette décision. L'autre enjeu dans la diplomatie de Washington fut leconflit israélo-arabe : les États-Unis refusèrent de conclure de nouveaux accords militaires avecIsraël entre mars et. Le, les autorités américaines signèrent l'accord sur le Sinaï en vue de renforcer les relations avec l'Égypte et Israël[82].
Pendant la présidence de Gerald Ford, le Congrès s'attaqua à laCIA dont le rôle dans lescandale du Watergate et dans la surveillance de 10 000 citoyens américains fut mis au jour[46],[83]. À la fin de l'année 1975, son directeurWilliam Colby fut renvoyé. Les activités de l'agence furent soumises au contrôle de commissions permanentes de la présidence et du Congrès[84]. Ce dernier et l'Administration Ford s'affrontèrent également sur l'implication de la CIA enAngola.
Sur le continent américain, Ford fut critiqué pour son manque de fermeté face à l'extension des guérillas communistes enAmérique centrale[85] auNicaragua, auSalvador et auGuatemala. Le, sur demande insistante des pays latino-américains, il accepta de faire lever à l'égard de Cuba l'embargo économique et diplomatique voté par l'O.E.A. en sur demande du président Kennedy. Ce geste s'adressait également au monde communiste où il avait fait quelques semaines plus tôt une tournée (Pologne, Roumanie, Yougoslavie, rencontre en Finlande avec Brejnev) et avec lequel il négociait la libre circulation des personnes et des idées. LePanama souhaitant reprendre le contrôle de la zone ducanal, des négociations furent entamées entre le gouvernement américain et les autorités panaméennes. Mais ce fut le successeur de Gerald Ford qui signa lestraités Torrijos-Carter. En Amérique du Sud, il continue de soutenir le régime de Pinochet au Chili et en Argentine appuie lecoup d'État du 24 mars 1976, qui renverse la présidenteIsabel Martínez de Perón[86]. Ce soutien sans faille à ces dictatures a un effet contre-productif pour son image peu avant l'élection, comme pour la sécurité des États-Unis où s'étend l'opération Condor. Un opposant chilien au général Pinochet,Orlando Letelier, est assassiné à Washington le.
Alors qu'il était en déplacement àSacramento enCalifornie le,Lynette Fromme, une adepte de lasecte deCharles Manson, pointa son arme sur Gerald Ford ; maisLarry Buendorf[88], l'agent duSecret Service chargé de sa protection, empêche le coup de partir. Fromme est arrêtée et condamnée à la prison à vie ; elle purgera trente-quatre ans de prison avant d'être placée en liberté conditionnelle le.
Carte électorale de 1976 (les États remportés par Ford sont en rouge)
Après les primaires démocrates, remportées parJimmy Carter, les sondages donnent Gerald Ford largement défait,Gallup le créditant de 29 % contre 62 % pour son adversaire démocrate. Les primaires républicaines de 1976 sont très disputées. Finalement, lors de la Convention républicaine deKansas City, Gerald Ford est choisi comme candidat à l'élection présidentielle contreRonald Reagan[91].
Dick Cheney dirige la campagne de Gerald Ford aux côtés deJames Baker. Le président sortant parvient peu à peu à combler son retard et est considéré comme vainqueur du premier débat face à Jimmy Carter. Mais une gaffe commise lors du deuxième débat, lors duquel il affirme que l'Europe de l'Est n'est pas dominée par l'Union soviétique[92], stoppe sa remontée. Sa campagne est aussi handicapée par les dissensions au sein de son propre parti, où certains soutenaient la candidature de Ronald Reagan, et par une campagne agressive du candidat démocrate, Jimmy Carter. Mais selon l'avis des spécialistes, ses plus gros handicaps sont le pardon accordé à Nixon en 1974 et la persistance des problèmes économiques[54].
Le, il obtient 48,02 % des suffrages et 240 grands électeurs contre 50,08 % et 297 grands électeurs àJimmy Carter[20]. L'élection est tellement serrée qu'il faut attendre le lendemain de l'élection pour connaitre le vainqueur. Ford arrive en tête dans la majorité des États américains, 27 sur 50, ce qui fait de lui le candidat battu ayant remporté le plus d'États lors d'une élection présidentielle américaine. Il emporte notamment tous les États de l'Ouest (dont laCalifornie) et la majorité de ceux duMidwest et de la région desGrands Lacs. Jimmy Carter doit son élection auxÉtats sudistes, à l'État de New York et aux États de laceinture industrielle du Nord-Est (Ohio,Pennsylvanie).
Gerald Ford reste relativement actif après son départ de laMaison-Blanche. Il donne des conférences universitaires[93] et fait plusieurs apparitions à l'occasion d'événements et de diverses cérémonies. En 1977, il accorde une interview au journaliste duNew York Times James M. Naughton. En 1979, il publie sonautobiographie intituléeA Time to Heal[1]. Il est sollicité par l'Administration Carter pour donner son avis sur les relations internationales et les affaires intérieures. Il est par ailleurs invité à plusieurs reprises pour déjeuner à la Maison-Blanche à chaque fois qu'il se rend àWashington. Ces liens amicaux se renforcent après la fin du mandat de Carter notamment lorsque les deux hommes vont ensemble aux funérailles du présidentégyptienAnouar el-Sadate en 1981[94]. Jusqu'à la mort de Gerald Ford, Jimmy Carter et son épouseRosalynn lui rendent de nombreuses visites[95]. En 2001, les deux anciens présidents américains travaillèrent ensemble pour laNational Commission on Federal Election Reform[93]. Ford est également membre duConseil pour l'excellence dans la gouvernance.Ronald Reagan pense un temps à en faire son vice-président, mais les négociations échouent finalement à la Convention nationale républicaine et Reagan choisitGeorge H. W. Bush pour cette fonction[96].
En 2001, on lui remet leProfile in Courage Award pour sa décision de gracier Richard Nixon après le scandale du Watergate[99]. Pendant sa retraite, Ford consacre beaucoup de temps à sa passion dugolf et joue notamment dans des compétitions publiques avec son ami, l'acteurBob Hope.
En, Ford rompt avec les conservateurs du Parti républicain en défendant l'égalité pour les couples gays et lesbiens. Il s'engage en faveur d'un amendement fédéral pour interdire ladiscrimination contre leshomosexuels dans le travail[100]. Il entra dans laRepublican Unity Coalition pour faire avancer les droits des homosexuels[101].
Le, le gouverneur républicain de l'État de New YorkGeorge Pataki nomme Ford et les autres ex-présidents (Carter, George H. W. Bush et Bill Clinton) membres honoraires du conseil pour la reconstruction duWorld Trade Center. Dans un entretien avecBob Woodward duWashington Post en, Ford critique la décision prise par George W. Bush d'attaquer l'Irak. Les propos de l'ancien président ne seront néanmoins rendus publics qu'après sa mort, comme il l'avait souhaité[102],[103].
George W. Bush en compagnie de Gerald et Betty Ford, le.Exposition du cercueil de Gerald Ford au Capitole
La santé de Gerald Ford décline au début des années 2000, alors qu'il approche de ses 90 ans. Lors de la convention républicaine de2000, il est victime de deuxaccidents vasculaires cérébraux et effectue un séjour à l'hôpital universitaire d'Hahnemann (Philadelphie)[104],[105]. L'ancien président américain est hospitalisé le, pour traiter unepneumonie, auCentre médical Eisenhower, près de son domicile deRancho Mirage, dans le sud de laCalifornie[106] ; il en sort le suivant. La dernière apparition publique de Gerald Ford a lieu le, lorsque le présidentGeorge W. Bush lui rend visite chez lui.
Gerald Ford meurt à l'âge de 93 ans, chez lui, d'une crise cardiaque, le, à 18 h 45heure du Pacifique (le, 2 h 45UTC), entouré de son épouse et de ses trois fils ; sa fille Susan était quant à elle repartie le jour deNoël àAlbuquerque. Michael, le fils aîné qui étaitpasteur, administra l'onction des malades à son père[110]. Dans la soirée, Betty annonce la mort de son mari et le corps de celui-ci est transporté au Centre médical Eisenhower le.
La tombe de Gerald et Betty Ford avec l'épitaphe « Des vies au service de Dieu, du Pays et de l'Amour ». Une autre inscription, à l'opposé de la tombe, porte des versets bibliques (Proverbes, 3:5-6) qu'il prononça lors de son inauguration[111],[112].
Malgré son passé athlétique, Ford avait la réputation d'être maladroit. Les bêtisiers le montraient en train de se cogner la tête sur la porte d'Air Force One lors de sa visite enAutriche[51]. Cette image fut reprise par des émissions de télévision comme leSaturday Night Live, qui le caricaturaient comme une personne incapable de marcher sans casser quelque chose en tombant. Les journalistes reprenaient la remarque deLyndon Johnson, selon laquelle son opposant aurait trop joué au football sans casque[51]. Ce dernier le décrivait également comme quelqu'un qui était incapable de faire deux choses en même temps comme marcher et mâcher unchewing-gum[115]. Beaucoup de partisans de Ford dénoncent cette image, estimant qu'il n'était pas plus maladroit que quiconque.
Pendant sa carrière politique, Ford avait la réputation d'un homme ouvert et intègre[13],[43],[16].
Comme pour d'autres présidents américains, le nom de Gerald Ford a été donné à plusieurs lieux et constructions aux États-Unis : une autoroute duNebraska et duMichigan (Gerald R. Ford Freeway), deux États importants dans sa vie. Plusieurs infrastructures du Michigan honorent sa mémoire : unaéroport (1999) et unmusée àGrand Rapids, unebibliothèque et unétablissement d'enseignement supérieur à Ann Arbor[118].
Des images d’archives de Gerald Ford sont présentes dans plusieurs films. La tentative d’assassinat de Ford est en partie visible dans le filmForrest Gump (1994). Ce sujet est également traité dans le filmNetwork : Main basse sur la télévision (1976)[122]. Gerald Ford apparaît dans le filmLe Procès de Henry Kissinger (2002) qui traite du procès de son secrétaire d'ÉtatHenry Kissinger ainsi que dans le filmNixon, qui raconte l’histoire de son prédécesseur au poste de président[122].
↑Theodore Roosevelt, qui avait été élu vice-président pour son premier mandat de transition de président, qui débuta en septembre 1901, fut élu comme président le. Il en fut de même pourCalvin Coolidge (août 1923 - novembre 1924),Harry Truman (avril 1945 - novembre 1948) etLyndon B. Johnson (novembre 1963 - novembre 1964) : en effet, tous furent élus à l’issue de leur mandat de transition.D'autres présidents, commeAndrew Johnson (1865-1869) etChester A. Arthur (1881-1885), qui succédèrent respectivement aux présidents assassinésAbraham Lincoln etJames A. Garfield, ont été considérés comme « élus en tant que vice-présidents ». Mais, ils ne furent ensuite pas élus présidents.
↑La sœur de Dorothy Gardner, donc la tante de Gerald Ford, s'appelait Tannisse et son mari Clarence Haskins James.
↑Jusqu’à son changement officiel de nom en 1935, Leslie Lynch King Jr. est demeuré le nom officiel de l'enfant, son beau-père Gerald Rudolff Ford n'ayant jamais adopté officiellement le fils de Dorothy Gardner.
↑Article « Central Intelligence Agency,Encyclopédie Microsoft Encarta 2003
↑Jacques Binoche,Histoire des États-Unis, Paris, Ellipses, 2003 (1°éd.)(ISBN2729814515),p. 221,
↑Article « Gerald Rudolph Ford »,Encyclopédie Microsoft Encarta 2003
↑30 ANIVERSARIO DEL GOLPE MILITAR EN ARGENTINA DOCUMENTOS MUESTRAN APOYO DE EEUU Y LA BRUTAL REPRESION DE LA DICTADURA, documents et analyse de la National Security Archive (George Washington University), 30 mars 2006
La version du 25 janvier 2010 de cet article a été reconnue comme « bon article », c'est-à-dire qu'elle répond à des critères de qualité concernant le style, la clarté, la pertinence, la citation des sources et l'illustration.