Surtout connu aujourd’hui pourLe Voleur, son roman adapté au cinéma par Louis Malle en 1967, son œuvre, qui comprend récits, pamphlets et pièces de théâtre, se place sous le signe de la révolte face à l’injustice et à l'hypocrisie.
Darien naît sous le Second Empire à Paris, premier des deux fils d’Honoré-Charles Adrien, qui tient un magasin de nouveautés, et de Françoise-Sidonie Chatel. Sa mère meurt alors qu'il n'a que 7 ans. D'après un témoignage tardif recueilli par son premier biographe[1], il aurait ensuite été élevé par une belle-mère catholique intransigeante, ce qui expliquerait son anticléricalisme viscéral[2].
En mars 1881, devançant l'appel, il s'engage à l'armée. Le 23 juin 1883, son insoumission lui vaut de passer en Conseil de guerre, qui l'envoie pour trente-mois mois à Biribi, un bataillon disciplinaire en Tunisie[2]. C'est le titre qu'il donnera au premier roman qu'il écrit,Biribi, où il dénonce les difficultés de sa condition et celles de ses compagnons. Achevé en 1888, son roman n’est publié que deux ans plus tard par son éditeur Savine, qui n'accepte de le publier qu'après le procès (et le succès) du romanSous-Offs deLucien Descaves[3].
Dans son roman à clésLes Pharisiens (1891), il attaque violemmentÉdouard Drumont et les milieux antisémites, dont fait partie son premier éditeurAlbert Savine.
De 1891 à 1897, il quitte Paris pour vivre en Belgique, en Allemagne et en Angleterre, Londres en particulier, où il écrit son romanLe Voleur et son pamphletLa Belle France. En dépit d'une seconde biographie récente[5], peu de choses de sa vie à cette époque sont connues, ce qui laisse libre cours aux fantasmes qui associent la vie de l'écrivain à celle du héros duVoleur. Admiré parAlfred Jarry,Alphonse Allais et plus tard parAndré Breton, Georges Darien devient un auteur prisé des milieux libertaires.
Outre ses romans, Darien est un pamphlétaire virulent. Il collabore à plusieurs revues anarchistes à l'existence éphémère, commeL’En-dehors deZo d'Axa (1891-1893),L'Escarmouche (dont il est l'unique rédacteur, 1893-1894[3]) etL'Ennemi du peuple (1903-1904)[1].
En 1906 et en 1912, George Darien se présente aux élections législatives en tant que « candidat de l'Impôt Unique », entendant ainsi porter les idées deHenry George dans le premier arrondissement de Paris, auxquelles il échoue[6]. Durant cette période, il écrit essentiellement des pièces de théâtre, et fonde l'Union syndicale des artistes dramatiques[7].
En 1919, Suzanne Darien, qu'il avait épousée en 1899, meurt. Il se remarie avec Julie Delpuech le 1921, quelques mois avant sa mort[8]. Il était frère du peintreHenri Gaston Darien.
L'écrivain est redécouvert après la réédition duVoleur en 1955 et deBas les cœurs ! en 1957, par l'éditeurJean-Jacques Pauvert. En 1955, l'ensemble de l’œuvre de Georges Darien est couronnée à titre posthume par le « Prix des bouquinistes ».
Voleurs !, Omnibus, 2005, xii, 1369 p. : illustr. ; 20 cm(ISBN978-2-25806-892-6),(OCLC62245061) (comprenant l'intégralité de ses romans)
Au temps de l'anarchie, un théâtre de combat, 1880-1914, Séguier-Archimbaud, 2001 (3 tomes) ; le tome II contient sept pièces de Darien :Les chapons,L'ami de l'ordre,Croissez et multipliez,Le pain du bon dieu,La faute obligatoire,Le parvenu,Biribi.
↑a etbAurélienLorig,Le retentissant destin de Georges Darien à la Belle Époque: Vie et oeuvre d'un écrivain réfractaire, Brill,(ISBN978-90-04-43183-6,lire en ligne)
Jean-Pierre Brèthes,D'un auteur l'autre, L'Harmattan, 2009,A genoux, jamais !,p. 25-41
AurélienLorig,Un destin littéraire. Georges Darien (thèse de doctorat en littérature française et comparée), Paris, Université Sorbonne Paris Cité,(lire en ligne)
Des archives provenant de Georges Darien (et de Lucien Descaves) sont conservées aux Archives nationales à Pierrefitte-sur-Seine :inventaire du fonds sous la cote 15AR.