Au cours de sa longue carrière, il est surtout, de 1962 à 1970, le producteur desBeatles. Enjuin 1962, il engage le groupe sur le labelParlophone, division d'EMI dont il a la responsabilité, après que les jeunes musiciens deLiverpool se soient faits refuser par plusieurs compagnies discographiques prestigieuses. À partir de là et jusqu'à la fin de la carrière du groupe, il les accompagne de façon décisive vers les sommets et supervise presque tous leurs enregistrements. Son apport dans lescompositions et lesarrangements de leurs chansons, ainsi que ses fréquentes apparitions aux claviers, est tel qu'on le surnommera « le cinquième Beatle ». Avec eux, il totalise 30 titresno 1 des hit-parades auRoyaume-Uni et 23 auxÉtats-Unis. George Martin est généralement considéré comme l'homme qui a pleinement défini les contours du travail d'un producteur moderne[1].
Il compose également desmusiques de film (dont celles des films des BeatlesA Hard Day's Night etYellow Submarine), et il continue à superviser les albums des Beatles publiés au cours des quatre décennies suivant leur séparation.
Son père, qui est charpentier, perd son travail lors de laGrande Dépression et la famille Martin vit dans la pauvreté. Autodidacte depuis l'âge de six ans, il apprend à jouer duRachmaninov au piano en écoutant des enregistrements. En 1937, il obtient une bourse et étudie au collègejésuiteSt Ignatius(en) de Londres. Lors de laSeconde Guerre mondiale, la famille fuit les bombardements et s'installe àBromley. C'est là que sa passion pour la musique prend toute son ampleur. En 1943, il s'engage dans l'aéronavale britannique, laFleet Air Arm, pour devenir observateur mais la guerre se termine avant qu'il ne soit envoyé sur le terrain[2].
En 1947, à 21 ans, il étudie à laGuildhall School of Music and Drama[3]. Diplôme en poche, il joue duhautbois professionnellement[n 1],[4] et se tourne finalement vers l'industrie du disque[5]. Il rejoint le service demusique classique de laBBC et passe àEMI en 1950, en tant qu’assistant d’Oscar Preuss, patron du labelParlophone, dont il prend la direction après le départ de celui-ci. Il passe ses premières années chez Parlophone à enregistrer de lamusique classique etbaroque, des spectacles à succès, et des œuvres régionales provenant desîles Britanniques. Il produit desdisques decomédiens commePeter Sellers,Rolf Harris etShirley Abicair(en). Il compose la musique pour plusieurs disques des artistes de son label sous les noms de plume Lezlo Anales, John Chisholm et surtout Graham Fisher[6].
Brian Epstein, le manager des Beatles, présenteMy Bonnie, un 45 tours du groupe, à plusieurslabels britanniques, mais tous le rejettent, y compris EMI. Epstein prend tout de même rendez-vous avec George Martin pour lui faire écouter cette fois quelques enregistrements tirés de l'audition infructueuse pourDecca. À son tour, Martin refuse le groupe. Entre-temps, Sid Coleman, directeur général de l'éditeur musical Ardmore & Beechwood, associé à EMI, est intéressé par les chansons du duoLennon/McCartney et convainc Len Wood, directeur d'EMI, de faire signer le groupe[9]. George Martin est alors contraint de les produire[10]. LesBeatles, ayant signé un contrat pour l'enregistrement de six chansons, effectuent un test d'artiste en studio le[11], mais Martin trouve qu'« ils sont assez horribles ». Il juge que leurbatteur d’alors,Pete Best, n’a pas le niveau pour les enregistrements.John Lennon,Paul McCartney etGeorge Harrison sautent sur l'occasion pour recruter leur ami Richard Starkey, aliasRingo Starr, le batteur deRory Storm and The Hurricanes. Lors de l’enregistrement du premier45 tours des Beatles,Love Me Do, le, George Martin n'est pas satisfait du nouveau venu et fait appel au batteur de studioAndy White pour reprendre le titre une semaine plus tard[12]. C'est l'une des rares fois où l'on n'entend pas Ringo sur une chanson des Beatles. Les trois enregistrements de cette chanson sont disponibles : avec Pete Best lors de la première séance, surAnthology 1, avec Ringo Starr à la batterie pour le single britannique (aujourd'hui placé surPast Masters) et avec Andy White, sur l'albumPlease Please Me.
Ainsi commence une collaboration féconde de sept ans, durant laquelle George Martin, qui sait lire et écrire la musique, estompe la différence entre le talent brut des Beatles et leson qu’ils cherchent à obtenir, allant de plus en plus loin dans les innovations. La contribution de George Martin s'entend nettement au premier succès du groupe, la chansonPlease Please Me : les Beatles lui présentent une première fois le titre le (le même jour oùLove Me Do avec le batteurAndy White est achevé) ; Martin remarque que cette composition deJohn Lennon, inspirée parRoy Orbison, ne « fonctionne pas », notamment parce qu'elle est jouée sur un tempo trop lent ; les quatre musiciens reviennent en avec la composition comprenant des harmonies vocales, un harmonica joué par Lennon, et un tempo deux fois plus rapide. « Les gars, vous tenez votre premierno 1 ! » lâche le producteur à la fin de l'enregistrement.
En 1965, Martin quitte EMI et fonde sa société de production,Associated Independent Recording (AIR), mais continue la production d'enregistrements pour Parlophone[3].
Le groupe s'affranchit quelque peu de son producteur lors des séances de l'« Album blanc » et deLet It Be mais demande à George Martin de reprendre les rênes pourAbbey Road. Il est à l’origine, avec McCartney, du « medley », cette longue suite de fragments dechansons enchaînés sur la face B de cet album, leur ultimeenregistrement, au cours de l’été 1969. Alors que George Martin, secondé parGlyn Johns, était présent lors de l'enregistrement deLet It Be en début d'année, pour la première et seule fois il n'est pas crédité comme producteur. Enregistré avantAbbey Road, le groupe veut un sonlive, sans effets de production, mais le projet avorte. À sa grande surprise, une postproduction contenant de nombreuxoverdubs est réalisée parPhil Spector[3] tandis que lesarrangements sont écrits parRichard Anthony Hewson, qui se charge aussi de diriger l'orchestre[20]. Le disque est lancé peu après l'annonce de la séparation des Beatles.
En 1948, Martin épouse Sheena Chisholm, avec qui il a deux enfants, Alexis etGregory Paul Martin. Il épouse en secondes noces en 1966 une collègue de Parlophone, Judy Lockhart-Smith[40], avec qui il a également deux enfants, Lucie etGiles Martin[41].
↑Son enseignante de hautbois est Margaret Elliot, la mère deJane Asher, la future fiancée de Paul McCartney.
↑Son albumGeorge Martin Scores Instrumental Versions of the Hits (1965) ne contient que trois chansons des Beatles (I Feel Fine,P.S. I Love You etNo Reply) et il y en a deux autres sur le disqueLondon By George (1968) (Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band etI Am the Walrus). Les autres chansons de ces disques sont desreprises des succès d'autres artistes et quelques-unes de ses propres compositions.
↑Qui contient, dans le désordre, toutes les pistes de l'albumOff the Beatle Track sauf pourThis Boy, remplacée par sa jumelle,Ringo's Theme, et incluantAnd I Love Her toutes deux tirées deA Hard Day's Night.
↑Bien qu'il fût aux commandes lors de son enregistrement, la chansonThe Long and Winding Road fut ultimement produite parPhil Spector. Au total, 26 des 27 chansons du disque1 qui regroupe toutes les chansons « numéro 1 » des palmarès britannique et américain ont été produites par George Martin.
↑Ils étaient en compétition avec la trame sonore du filmAcross the Universe dans laquelle on entendait des reprises de chansons des Beatles.