Sa peinture figurative est caractérisée par la présentation des tableaux « haut-en-bas », dessinée et peinte à grands coups de brosse, avec des couleurs franches. Sa sculpture, le plus souvent sur bois, est pratiquée à la tronçonneuse.
Par sa violence expressive, l'art de Baselitz évoque leprimitivisme et l'expressionnisme berlinois des années 1920.
En1950, la famille déménage dans la ville deKamenz. Baselitz va en cours au lycée local dont la salle de réunion est décorée par une reproduction de la peintureWermsdorfer Wald (1859), deLouis-Ferdinand von Rayski. Il lit les écrits deJakob Böhme. Vers 15 ans, il peint des portraits, des sujets religieux, desnatures mortes et despaysages, dont certains avec un style futuriste.
En1955, à 17 ans, il tente de s'inscrire à l'Académie des beaux-arts deDresde, sans succès. En1956, il passe l'examen d'entrée de laForstschule deTaranth, pour y devenir garde-forestier, et est simultanément admis à laHochschule für bildende und angewandte Kunst (École des arts plastiques et des arts appliqués) deBerlin-Weißensee àBerlin-Est. Il y étudie la peinture avec les professeursWalter Womacka etHerbert Behrens-Hangeler. Parmi ses amis, on comptePeter Graf etRalf Winkler (connu plus tard sous le nom deA. R. Penck). Après deux semestres, il est expulsé pour « immaturité socio-politique »[1].
En1957, il est admis à laHochschule der Künste (École des beaux-arts) de Charlottenburg deBerlin-Ouest et poursuit ses études dans la classe de Hann Trier. Il s'immerge dans les théories d’Ernst-Wilhelm Nay,Vassily Kandinsky etKasimir Malevitch. Il se lie d'amitié avecEugen Schönebeck et Benjamin Katz. En1958, Baselitz s'installe à Berlin-Ouest, fuyantBerlin-Est. Là, il rencontre sa future femme, Elke Kretzschmar. Il réalise les premières œuvres empreintes de son style distinctif, dont les portraits imaginairesOncle Bernard. Il commence à travailler la sérieTête de Rayski. Il visite l'exposition de nouvelle peinture américaine au musée d'Art moderne et découvre la peinture dePollock, deDe Kooning et deGuston à laHochschule der Künste deBerlin. En1959, il se rend enauto-stop àAmsterdam où il admire leBœuf écorché deChaïm Soutine et le grand verre deMarcel Duchamp auStedelijk Museum. Il s'arrête sur le chemin du retour àCassel pour assister à ladocumenta 2. Au retour, il quitte l'atelier de l'école et commence à travailler chez lui pour mieux se concentrer.
En1961, il prend le pseudonyme de Georg Baselitz en souvenir de son village natal, alors enAllemagne de l'Est et actuellement un quartier de la ville deKamenz. Premier voyage àParis où il découvre la peinture d'Eugène Leroy à la galerieClaude Bernard. Baselitz s'intéresse également aux travaux deHans Prinzhorn sur l'art des malades mentaux. Baselitz et Schönebeck exposent leurs travaux dans une maison abandonnée et rédigent en livret d'accompagnement leur manifeste,Premier manifeste Pandémonium. Ils sont tous deux admis dans la classe de doctorat de Hann Trier. En1962 est rédigé leDeuxième manifeste Pandémonium. Baselitz se marie avec Elke Kretzschmar. Naissance de son premier fils, Daniel (qui se fait appeler aujourd'hui « Daniel Blau »). Début de l'amitié avecMichael Werner. Il finit ses études à l'Akademie.
En1963 a lieu la première exposition personnelle de Baselitz à la galerie Werner & Katz, àBerlin, qui donne lieu à un scandale pour atteintes à l'ordre public : deux des œuvres,Die große Nacht im Eimer (La Grande Nuit foutue) etDer nackte Mann (L'Homme nu) sont saisies par un huissier. Le procès qui s'ensuit se poursuivra jusqu'en1965 où les peintures lui seront restituées. Un nouveau manifeste est rédigé sous la forme d'une lettre adressée à « Cher M. W ! ». La sérieP.D.-Füße (Pieds de P. D.) est terminée. La peinture de Baselitz présente alors de manière volontairement grossière de jeunes hommes habillés de vêtements militaires, en morceaux ou en haillons, des images oniriques de guerre, de pieds et de mains déchiquetés, de sexe, de masturbation. En1964, il réalise la série desIdoles. Il passe le printemps auSchloß Wolfsburg et y réalise ses premièresgravures à l'eau-forte. Il exposeObéron au premierOrthodoxer Salon de Michael Werner. Début de son amitié avecJohannes Gachnang. À l'automne, Michael Werner expose ses eaux fortes. En1965, il obtient une bourse d'études de six mois pour lavilla Romana deFlorence. Il y étudie le dessinmaniériste. ÀFlorence, il réalise la sérieTierstücke (Bouts d'animaux). Première exposition à la galerie Friedrich & Dahlem deMunich. À son retour, il travaille et ce jusqu'en1966 sur la série desHéros qui inclut une composition de grand format,Die großen Freunde (Les Grands Amis). La peinture de cette époque est comme déchiquetée, morcelée, recollée et assemblée en désordre.
En1966 naît son second fils, Anton. Il déménage àOsthofen, près deWorms. Avec ses premièresgravures sur bois, il réalise une série de peintures vertes aux motifs ruraux, lesFrakturbilder (Images fracturées), qu'il poursuivra jusqu'en1969. En1967, il peintB für Larry (B pour Larry).
Georg Baselitz photographié parLothar Wolleh, Mülheim, 1971.
En1969, il prendWermsdorfer Wald deLouis-Ferdinand von Rayski pour modèle et il en répète le motif tête en bas. Ce retournement du tableau, un portrait figuratif mis à l'envers du sens de lecture, devient la signature de sa peinture, son identité : sa peinture sera dorénavant longtemps présentée ainsi.
Dans les années suivantes, il expose régulièrement à la galerie Heiner Friedrich. La plupart de ses travaux représentent alors des paysages dont le thème est mis en abyme. Au musée des Arts deBâle, Dieter Koepplin expose la première rétrospective de ses travaux graphiques et de ses dessins. À laGaleriehaus de la Lindenstraße deCologne, Franz Dahlem expose ses peintures « inversées ». En1971, il déménage àForst. Il utilise l'école du vieux village comme atelier et commence à peindre des oiseaux. Pour le foyer de la Clinique neurologique de Berlin-Ouest, il réalise le triptyqueDans la forêt près de Pontaubert-Seurat. Exposition à la galerie Tobiès & Silex deCologne.
En1972, laKunsthalle de Mannheim expose ses peintures et dessins. Les travaux de la période 1962-1972 sont exposés à laKunstverein deHambourg. Participation à ladocumenta 5 deCassel. Il loue les locaux d'une usine à Musbach pour y installer son studio. Il exécute une série de peintures avec ses empreintes digitales. Les éditions de la galerie Heiner Friedrich commercialisent sessérigraphies sous la direction de Fried Jahn. Johannes Gachnang expose la série des portraitsAmis de 1969 au Goethe Institut d'Amsterdam. En 1975, il achète le châteauDerneburg, enBasse-Saxe, un ancien monastère du XIIe siècle où il s'installe avec sa famille et ses collections[4]. En 1975, il effectue son premier voyage àNew York et participe à laBiennale de São Paulo. La même année, il installe son atelier à Florence jusqu'en 1981. En 1977 et 1978, il enseigne à laStaatliche Akademie der Bildenden Künst deKarlsruhe. Jusqu'à la fin des années 1980, Baselitz peint essentiellementa tempera et sa peinture devient plus abstraite.
En 1977, alors qu'il participe avec Markus Lüpertz à ladocumenta 6, ils décrochent leurs œuvres en protestation contre la présence de peintres d'Allemagne de l'Est. Le scandale qui suit les rend célèbres. En 1980, il participe à la Biennale de Venise avecAnselm Kiefer, puis à l'expositionA New Spirit in Painting à laRoyal Academy de Londres. Il est alors reconnu avecMarkus Lüpertz comme une des figures de proue dunéo-expressionnisme allemand. Il apparaît dans les écrits d'Achille Bonito Oliva comme une figure de latrans-avant-garde des années 1980.
Dans les années 1980, il enseigne la peinture à Berlin et les thèmes chrétiens deviennent déterminants dans sa production jusqu'à la fin de 1984. En 1985, il participe à laBiennale de Paris. LaBibliothèque nationale de France organise la première rétrospective de ses gravures. Cette même année, on compte pas moins de dix-sept expositions personnelles en galerie en Allemagne, en Autriche, en France, auxPays-Bas, en Grande-Bretagne, aux États-Unis…
En 1987, il installe son atelier àImperia en Italie, et fait une lecture publique deRüstzeug des Malers (L'Attirail du peintre) à Amsterdam, à Londres et à l'École des beaux-arts de Paris. Il y explique sa méthode, son travail par l'utilisation du hurlement, par la rhétorique du cri : il ne dit pas « rouge », il hurle littéralement « rouge » ; il ne peint pas de manière décorative, sa peinture hurle la décoration ; ce qu'il fait, il le fait en « énorme ». En 1995, il expose auGuggenheim de New York[5].
En 1989, il présente deux béliers renversés sur l'étiquette duChâteau Mouton Rothschild, en référence à l'évènement marquant de l'année 1989. Il y ajoute la phraseDrüben sein jetzt hier, soit « L'autre côté est maintenant chez nous »[7].
En 1993 et 1994, il crée les décors dePunch et Judy deHarrison Birtwistle pour l'Opéra d'Amsterdam. Il présente son manifesteMalen aus dem Kopf, auf dem Kopf oder aus dem Topf (« Peindre de la tête, sur la tête ou hors du pot »).
Reconnu comme une des figures majeures de la peinture allemande et de la nouvelle Allemagne réunifiée avecGerhard Richter,A. R. Penck,Markus Lüpertz ouAnselm Kiefer, Baselitz enchaîne les expositions rétrospectives dans les musées internationaux. En 1996, il peint des portraits de famille et présente une grande rétrospective aumusée d'Art moderne de la ville de Paris. En 2000, il réalise des peintures et estampes autour du thème deMarcel Duchamp. En 2007, il présente une grande rétrospective à laRoyal Academy of Arts de Londres. En 2013-14, une rétrospective de son œuvre sculptée a lieu au musée d'Art moderne de la ville de Paris. En 2017, son « ouvrier pensant » (Volk Ding Zero) est placé à côté du plâtre original duPenseur de Rodin, pour l'exposition du centenaire Rodin auGrand Palais de Paris.
Georg Baselitz, alors étudiant, avait découvert par hasard l'œuvre d'Eugène Leroy en 1960 à Paris lors d'un voyage avec Michael Werner, œuvre qui le marque profondément. Apprenant 42 ans plus tard, en 1982, qu'Eugène Leroy n'a plus de galerie, Baselitz le rencontre et le présente dans des expositions personnelles et internationales organisées par la galerie Michael Werner.
En 2013-2014, le musée des Beaux-Arts de Tourcoing[8] organise un hommage à leur amitié en réalisant une exposition à deux.
Baselitz déconstruit la matière pour en faire émerger la vie. L'association de pigments et du façonnage des matériaux, sélectionnés pour leur couleur, leurs textures et leurs possibilités esthétiques, amène l'artiste à détourner, à perturber les formes et les volumes. Influencé par le primitivisme et l'art tribal notamment, Baselitz fait résonner l'expressionnisme allemand — auquel il se refuse d'appartenir — avec les arts premiers.
« Je pense que la sculpture est un chemin plus direct que la peinture pour arriver au même résultat parce que la sculpture est plus primitive, plus brutale et moins réservée comme la peinture l'est parfois[9]. »
1962-1963 :Die grosse Nacht im Eimer (La Grande Nuit foutue),musée Ludwig deCologne
1965 :
Die grossen Freunde (Les Grands Amis), musée Ludwig
Die Peitschenfrau (La Femme au fouet), musée Ludwig
Danse gothique : écrits et entretiens, 1961-2019, édition établie par Detlev Gretenkort et présentée par Frédérique Goerig-Hergott, trad. par Régis Quatresous, Strasbourg,éditions L'Atelier contemporain, 2020(ISBN978-2-85035-016-0)
Les remarques désobligeantes de Baselitz sur lesfemmes artistes[13] lui ont valu une réputation de sexiste[14] et il a été accusé de renforcer les préjugéssexistes[15] dans le monde de l'art[16],[17].