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Merlin lit ses prophéties au roiVortigern. Illustration d'un manuscrit desProphetiae Merlini de Geoffroy de Monmouth,British Library, MS Cotton Claudius B VIIfo 224.
Familier de l'abbaye de Glastonbury, il a été au service du roi anglaisHenri Ier et a produit des textes à prétention historique, écrivant en languelatine.
Il est connu pour avoir été le premier à rédiger une version très étendue de lalégende arthurienne et qui a servi de modèle à l'ensemble des récits arthuriens postérieurs. Les historiens modernes considèrent que ses textes sont largement dépourvus de fondement historique.
Il a étudié àOxford, y a rencontré l'archidiacre Gautier (Walterus). Le, l'archevêque de CantorbéryThibaut le consacre évêque deSt Asaph (au nord du pays de Galles), dix jours après l'avoir ordonné prêtre. Il n'est pas certain qu'il a visité son évêché : les guerres d'Owain Gwynedd permettent d'en douter.
Entièrement rédigée en latin, l'œuvre de Geoffroy se compose, dans l'ordre chronologique, desProphéties de Merlin (Prophetiae Merlini), de l'Histoire des rois de Bretagne (Historia regum Britanniae, écrite entre 1135 et 1138, en douze livres), et de laVie de Merlin (Vita Merlini, datée de 1149).
L’Histoire des rois de Bretagne, présentée par son auteur comme une traduction d'un livre très ancien, leLiber vetustissimus, composé en breton « dans un très bon style » et emporté en Angleterre par le Normand Gautier alias Walter, archidiacre d'Oxford, est l'un des premiers monuments littéraires de l'histoire britannique et sera la source principale de lalégende arthurienne, plus que l'Historia Brittonum deNennius, antérieure d'un peu plus de deux siècles.
Plusieurs historiens spécialistes s’accordent à dire que Geoffrey de Monmouth compose sonHistoria Regum Britanniae sous l’influence d’un environnement politique normand. Il valorise la figure d’Arthur comme un roi conquérant de la Bretagne et vainqueur des Saxons — une image symbolique faisant écho à Guillaume lui-même conquérant de l’Angleterre —. Exagérant la portée du roi Arthur, Geoffrey se place au service de l’élite normande, comme modèle de roi-guerrier ayant dompté un ennemi intérieur (Saxons) puis extérieur (Rome)[3],[4].
Ainsi ses principales œuvres sont une commande d'HenriIer d'Angleterre puis d'Étienne d'Angleterre auxquels il dédie d'ailleurs ses œuvres : elles justifient leur règne et fortifient leur image en face des souverains de France et des autres pays d’Occident.
En rupture avec ce consensus, Jean-Bernard Elzière a proposé une tout autre lecture de ces œuvres. Selon lui, lesProphetiae Merlini, renvoient allégoriquement à l'histoire ecclésiastique de l'Écosse entre 1070 et 1135[5]. Il soutient également que Geoffroy, après avoir évoqué dans cette première œuvre l'histoire de l'Église d'Écosse de 1070 à 1136, aurait entrepris de relater, sous le voile de l'allégorie, toute l'histoire ecclésiastique desAngles deBernicie (Lindisfarne), « et plus généralement celle des habitants de la région scoto-cumbroberniciene entre le début duVIIe siècle et les environs de 1145 »[6].
Les historiens contemporains considèrent que les textes écrits par Geoffroy de Monmouth sont dépourvus de toute historicité. Selon les chercheurs, Geoffroy de Monmouth a largement inventé les faits qu'il dit rapporter et la fiabilité historique de ses textes est très faible[7].
Néanmoins, on peut par exemple recentrer la problématique sur l'histoire des représentations. L'Historia contient par exemple le premier discours « décolonisé » sur la Bretagne et les Bretons de l'historiographie, ce qui n'a été relevé que très récemment et invite à replacer Geoffroy dans la perspective de l'acculturation du monde brittonique — dont il est bien plus le fossoyeur que le révélateur — à l'Occident féodal.[réf. nécessaire]
Dès 1138, date de la mise en circulation de l'Historia, de sérieux doutes furent émis quant à l'existence de la source en langue brittonique sur laquelle prétendait s'appuyer Geoffroy.
En effet, affirmer s'appuyer sur une source unique est impensable dans l'historiographie médiévale d'Occident : toute œuvre d'historien devait être littéralement authentifiée par une autre œuvre, antérieure, à valeur d'autorité. À supposer que Geoffroy s'appuie sur une telle œuvre, celle-ci est demeurée inconnue des contemporains. Le passé de l'ancienne Bretagne n'était donc transmis que par une source unique, ce qui ouvrit sans doute la voie à la création d'un univers arthurien fictionnel.
Le texte de Geoffroy de Monmouth a une influence très importante sur les auteurs médiévaux qui s'emparent de la matière de Bretagne pour créer leurs œuvres.Wace dans leRoman de Brut ainsi queChrétien de Troyes dans ses romans s'inspirent du récit de Geoffroy de Monmouth[8].
↑Voir David Floch, "Mémoire bretonne et identité anglo-normande. L'image des Bretons armoricains chez Geoffroy de Monmouth et ses continuateurs insulaires (années 1130-1190)", dans Jean-Christophe Cassard, Jean Kerherve et Élisabeth Gaucher (dir.),Vérité poétique, vérité politique. Mythes, modèles et idéologies politiques au Moyen Âge, Brest, Centre de Recherche Bretonne et Celtique, 2007, p. 165-191.
The Arthur of Medieval Latin Literature: The Development and Dissemination of the Arthurian Legend in Medieval Latin, Cardiff, University of Wales Press,(ISBN978-0708322017)
N. J.Higham,King Arthur: Myth-making and History, London and New York, Routledge,(ISBN0-415-21305-3)
SiânEchard,Arthurian Narrative in the Latin Tradition, Cambridge, Cambridge University Press,(ISBN978-0521021524)
Brynley F.Roberts,The Arthur of the Welsh: The Arthurian Legend in Medieval Welsh Literature, Cardiff, University of Wales Press,(ISBN0-7083-1307-8), « Geoffrey of Monmouth,Historia Regum Britanniae andBrut y Brenhinedd ».
Idris LlewelynFoster,The Dictionary of Welsh Biography down to 1940, London, The Honourable Society of Cymmrodorion,(lire en ligne), « Geoffrey of Monmouth (1090?–1155), or Galfridus (Gaufridus) Artur, or Galfridus (Gaufridus) Monemutensis, bishop of S. Asaph and chronicler »,p. 274–275
J. S. P.Tatlock,The Legendary History of Britain: Geoffrey of Monmouth's Historia Regum Britanniae and its early vernacular versions, Berkeley, University of California Press,
Philippe Walter,Merlin, ou le savoir du monde. Paris, Imago, 2012, 198 p.
John JayParry et RobertCaldwell,Arthurian Literature in the Middle Ages, Oxford University, Clarendon Press,(ISBN0-19-811588-1,lire en ligne), « Geoffrey of Monmouth ».