Il est, peut-être, surnomméPlantagenêt à cause du brin degenêt qu'il avait l'habitude de porter à son chapeau, mais, plus sûrement, selonWace, parce qu'il plantait du genêt et favorisait les bois, friches et forêts où il s'adonnait à la chasse[3].
Quand le roiHenri Ier d'Angleterre mourut en 1135, laissant son trône sans héritier mâle, le cousin de Mathilde,Étienne de Blois, s'empara du trône d'Angleterre et, du même coup, duduché de Normandie. Pendant que son épouse Mathilde, nommée par son père héritière légitime du trône, tournait son attention vers l'Angleterre, Geoffroy concentra la sienne sur la conquête de la Normandie. Après une vaine tentative en 1135, il entama, à partir de 1136, une conquête systématique, qui allait durer onze ans. Il fait hommage au roiLouis VI pour le duché, hommage qu'il renouvelle auprès du nouveau roiLouis VII en 1141. Il est maître deCaen,Bayeux,Lisieux,Falaise en 1141.Avranches tombe en 1143 etArques en 1146.
Les mérites de cette stratégie sont discutés par les historiens, alors que les forces angevines auraient pu être envoyées enAngleterre. Il semble aussi que la possession de la Normandie joua un rôle décisif dans le succès de l'expédition militaire qu'entreprend leur filsHenri pour obtenir la couronne insulaire en 1153, après une vaine tentative en 1149. Avec ces possessions, Geoffroy devient le plus puissant vassal du roi de France. Les rentrées annuelles du trésor normand sont alors évaluées à 260 000 livres tournois, soit autant que le trésor royal[4]. Malgré le titre ducal, il semble que Geoffroy considère alors la Normandie comme une dépendance de l'Anjou. Alors que ledenier angevin circulait en Normandie, il fait fermer les ateliers monétaires de Bayeux etRouen[4].
Dans les dernières années de sa vie, il consolida son contrôle sur la Normandie en réformant l'administration du duché. En 1150, il associa Henri à son gouvernement, en l'investissant du duché de Normandie, en omettant toutefois de consulter le roi de France, leur suzerain. Louis VII attaque la Normandie en 1151. En septembre 1151, le conflit se résout grâce à l'intervention deBernard de Clairvaux[5]. Geoffroy et Henri se rendent alors à la cour de France où le nouveau duc de Normandie prête hommage au roi pour son duché, moyennant la cession à Louis du Vexin normand[6].
Sur laplaque émaillée funéraire de Geoffroy V d'Anjou[11] sont représentées des figures qui semblent être de véritables armoiries,d'azur à six lionceaux d'or. DepuisLouis Bouly de Lesdain, on considère souvent que ce sont les plus anciennes armoiries connues[12] et qu'elles auraient été accordées à Geoffroy lors de sonadoubement en 1127 par son beau-pèreHenri Ier. C'est donc la date souvent retenue pour lanaissance des armoiries[13],[14],[15] jusqu'aux études deMichel Pastoureau. En effet, celui-ci montre que l'émail représentant Geoffroy Plantagenêt semble avoir été réalisé vers 1160-1165 et le récit de son adoubement, qui mentionne le bouclier aux six lionceaux, a été écrit vers 1170-1175, tandis que son seul sceau conservé, qui date de 1149, n'a pas d'armoiries[16],[17],[18].
Il est donc plus précis de considérer que cet émail funéraire est, selon l'expression deLaurent Hablot, le« plus ancien témoignage de représentation héraldique en couleurs connu »[19]. Même si on date cette œuvre plutôt des années 1150, elle traduit l'influence anglo-normande sur les comtes d'Anjou[20],[21]. C'est ici un cas où l'époux, Geoffroy Plantagenêt, adopte l'emblème familial de son épouse,Mathilde l'Emperesse, prestigieuse fille de roi, afin de revendiquer l'héritage[21].
↑Robert Viel, « La plaque tombale de Geoffroy Plantagenêt »,Archives héraldiques suisses. Schweizer Archiv fürHeraldik. Archivio araldico svizzero,vol. 73,,p. 25-27(lire en ligne).
↑Louis Bouly de Lesdain, « Les plus anciennes armoiries françaises (1127-1300) »,Archives héraldiques suisses. Schweizer Archiv für Heraldik. Archivio araldico svizzero. Archivum heraldicum,vol. 11,,p. 69-79, 94-103(lire en ligne).
↑Laurent Hablot,« Entre pratique militaire et symbolique du pouvoir, l’écu armorié auXIIe siècle », dans M. Metelo de Seixas et M. de Lurdes Rosa (dir.),Estudos de Heràldica medieval, Lisbonne,(lire en ligne),p. 143-167.