Graphie ABCD :Le monde vienent su la terre libr tertous e s'entrvalent en drets e en dignetë. I lou apartient d'avair de la rézon e de l'esprit e il ont de s'entrenchevi parai côme le feraent dés freres en confrerie.
Graphie ELG :
Le mondd véenant sur la terr libr trestóz et s’antrvalant an dreits é an dignitaé. Il lór apartéent d’aveir de la raezon é de la conscéencz et il ont de s’antranchevir com feraent dez fraerr an confraeriy[1].
Comme il n'y a pas de critères universellement acceptés pour distinguer leslangues desdialectes, il n'y a pas de réel consensus sur la nature du gallo. Bien qu'elle soit essentiellement orale, cette langue est l'objet d'études universitaires et d'efforts de standardisation, et des ouvrages en gallo sont régulièrement publiés. Cependant, contrairement aubreton, le gallo ne bénéficie pas d'une longue tradition de défense et de protection. Les deux ont toutefois été reconnues conjointement « langues de Bretagne » par leconseil régional de Bretagne en 2004.
Malgré quelques initiatives pourl'enseigner à l'école et dans les universités, le gallo esten voie d'extinction. Les locuteurs sont généralement âgés et la transmission intergénérationnelle est très faible. Le gallo est considéré comme sérieusement en danger par l'Unesco. Le nombre de locuteurs du gallo est difficile à évaluer et il peut varier selon les estimations (entre 3 % et 8 % de la population locale seraient capables de le parler).
La Haute-Bretagne, en bleu, séparée de la Basse-Bretagne par lalimite linguistique du breton telle qu'elle était en 1952.
Gallo est issu dubretongall, signifiant « étranger (de langue romane) », issu d'un radical celtique[3]. Le terme peut être rapproché augaélique écossaisgall, qui signifie « étranger », et plus particulièrement « Écossais ne parlant pas gaélique » ou « habitant du sud de l'Écosse », c'est-à-dire là où la langue traditionnelle est lescots plutôt que le gaélique écossais[4]. Le féminin de gallo, « gallèse », vient du bretongallez, forme féminine degall. LeTrésor de la langue française a relevé plusieurs variantes par dérivation : « gallot », « gallec », « gallek », « gallais », « gallic » ou encore « gallou », ainsi que le féminin « gallote ». Ces termes peuvent non seulement désigner la langue, mais aussi les personnes originaires de laHaute-Bretagne ainsi que ce qui est relatif à la langue et aux habitants[5].
Le termegallo fut d'abord employé par les brittophones et cela explique pourquoi il est en fait très peu utilisé par les locuteurs du gallo eux-mêmes.Henriette Walter avait conduit une enquête en 1986 qui montrait qu'à peine plus de 4 % l'avaient employé depuis toujours (dans lesCôtes-d'Armor), et le tiers d'entre eux le trouvaient « chargé d'une signification plutôt péjorative ». Selon l'enquête, le terme « patois » était largement majoritaire. Le terme « gallo » est donc en grande partie, même s'il est connu de longue date (première mention écrite en 1358[D 1]), une nouvelle dénomination[6].
Le gallo est aussi appelé « langue gallèse » ou « britto-roman »[B 1].
Le terme « britto-roman » a été créé par le linguiste Alan-Joseph Raude en 1978 pour montrer que le gallo est « unidiome roman parlé par les Bretons »[B 1]. Selon lui, l'appellation « patois » est impropre car elle désigne « une variantevernaculaire inférieure d'unelangue de culture. C'est une notionsociologique, non une notionlinguistique[B 1]. » Un autre linguiste, Jean-Paul Chauveau, considère par ailleurs que le terme « patois » est générique puisqu'on peut appeler ainsi n'importe quel parler deFrance différent dufrançais. Ainsi, « il dénie toute identité au langage auquel on l'applique[B 2]. » Le terme « patois » est perçu comme péjoratif, même s'il peut avoir une connotation affective pour certains gallésants[7].
Il ne faut pas confondre le gallo avec lesGallo-romains ni avec le « gallo-roman », terme qui désigne les parlers romans de l’ancienneGaule qui ont donné leslangues d'oïl et dont le gallo et le français font partie. En breton, jusque vers 1960,Gallaoued ne désigne pas spécialement les Français(Fransizien) mais les locaux de langue romane (par exemple les habitants du bourg passés au français).
Le gallo fait partie deslangues d'oïl, un ensemble linguistique qui occupe peu ou prou la moitié nord de laFrance. Cet ensemble comprend une grande variété de parlers, plus ou moins bien définis et différenciés, qui partagent uneorigine latine et uneinfluence germanique, venue dufrancique, la langue desFrancs. Parmi les langues d'oïl, outre le gallo, il y a aussi lepicard, lenormand, lefrançais (i. e. le francien en Île-de-France et Orléanais), lepoitevin, lechampenois, lelorrain roman, le berrier, le nord-bourguignon, etc[E 1].
Le gallo, comme les autres langues d'oïl, n'est ni de l'ancien français ni une déformation du français moderne. Les évolutions sont communes (influence du francique dans le vocabulaire et la syntaxe, perte du cas régime-sujet, perte de la prononciation de beaucoup de lettres finales, etc.). Le gallo a évolué depuis l'époque médiévale, et il existe donc unancien gallo[C 1]. En outre, l'ancien français étant une langue peu standardisée, les écrivains duMoyen Âge utilisaient des termes et des formulations de leur région. On peut donc retrouver des traces d'ancien gallo dans les écrits médiévaux deHaute-Bretagne[8],[C 2].
Lebreton a eu de l'influence sur le gallo pour quelques emprunts lexicaux. Cependant, l'utilisation de préposition (pour) comme verbe auxiliaire serait d'origine celtique. La relation entre le breton et le gallo est comparable à celle des deux langues d'Écosse : lescots et legaélique écossais[9].
Le monde vienent su la térre librs tertous e s'entrvalent en drets e dignetë. Il lou apartient d'avair de la rézon e de l'esprit e il ont de s'entrenchevi côme feraent dés freres.
Touos les houmes nâquissent libes et parêles dauns leus taête et en dreits. Il ount byin de l'obiche et de l'ingamo et deivent faire d'aveu leus prochan coume si ch'teit pour yeus.
Le munde trtouts avant naeçhu libres trtouts parélls den la dégnetai é den lés dréts. L'avant de l'aeme é de la cunsience é le devant coméyà e trtouts fratrnaument.
Tous ches ètes humains is sont nès libes et égals in dignitè et pi in droéts. Is sont dotès d’roaison et pis d'conschienche et pis is doévtte foaire ches uns invers ches eutes dins un esprit d’fratérnitè.
Tertos les houms naissont libĕrs, ansement is aont les meimĕs dreits e la meimĕ dighnitaiy. Is aont coumĕ dounaison ieun antendouerĕ e ieunĕ airzon e is deivont s'ajidair les ieuns les outĕrs coumĕ des frairĕs.
Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
Totes los èssers umans naisson liures e egals en dignitat e en dreches. Son dotats de rason e de consciéncia e se devon comportar los unes amb los autres dins un esperit de fraternitat.
Libr ha par an eil re ouzh ar re all eo ganet tout an dud, koulz diwar-bouez an droedoù hag an dignite. Rezon ha skiant zo dezho ha rankout a reont beviñ an eil asambles gant egile, e-ser kaout ur spered a vreudeuriezh.
Carte deslangues d'oïl selon Marie-Rose Simoni-Aurembou.
L'aire linguistique du gallo est difficile à définir. Tandis qu'à l'ouest lafrontière linguistique bretonne se distingue clairement puisqu'elle se situe entre unelangue celtique et unparlerroman, la limite entre le gallo et les autreslangues d'oïl est moins certaine car existe uncontinuum. Traditionnellement, le domaine d'oïl est souvent découpé en suivant les limites des régions historiques, néanmoins, ces limites ne coïncident pas toujours avec les réalités linguistiques[A 1]. Certains auteurs s'appuient sur les régions traditionnelles pour définir l'aire du gallo, mais ils ajoutent des nuances. Ainsi,Walther von Wartburg, Hans-Erich Keller et Robert Geuljans, font coïncider par convention le domaine du gallo avec les frontières départementales de l'Ille-et-Vilaine et de laLoire-Atlantique, mais ajoutent le nord de l'Anjou[10].Hervé Abalain limite aussi le gallo à laHaute-Bretagne, tout en l'étendant à la frange occidentale de laMayenne et duMaine-et-Loire[E 2]. En outre, il place le gallo, l'angevin, le normand, ainsi les parlers de la Mayenne et de laSarthe dans un même groupe : les langues d'oïl de l'ouest[E 3].
La définition des limites du gallo est compliquée par le vide cartographique qui existe à propos des parlers du centre du domaine d'oïl. Les parlers duMaine, de laTouraine ou encore de l'Orléanais sont pris en étau entreParis et des langues d'oïl plus affirmées comme le gallo ou le normand. Ces parlers sont minorés et ne possèdent pas une identité forte. Des auteurs considèrent de cette façon que le centre-nord de la France est une zone centrale sans contours internes[11]. AinsiMarcel Cohen fait duMaine une zone non-déterminée où se mêlent gallo, angevin et orléanais, refusant ainsi de placer une limite entre ces trois parlers[12]. Marie-Rose Simoni-Aurembou considère que le gallo est une « variété d'oïl », tout comme le normand ou le poitevin, et qu'elles sont bordées à l'est par un ensemble de « variations d'oïl » comme l'angevin. Selon elle, le gallo s'arrête aux limites de laBretagne historique, sauf au sud, où le poitevin remonte vers laLoire[13] sans l'atteindre cependant.
Enfin certains auteurs écartent les limites traditionnelles et se servent uniquement de critères linguistiques pour définir les langues d'oïl. Jean-Paul Chauveau, en s'appuyant notamment sur les influences lexicales, regroupe ainsi gallo, angevin et mayennais dans une vaste zone, appelée « Pays d'Ouest », qu'il divise en trois ensembles : l'ouest, avec lesCôtes-d'Armor, leMorbihan et l'ouest de l'Ille-et-Vilaine ; l'est, avec laSarthe, laMayenne et l'est de l'Ille-et-Vilaine ; et le sud, avec laLoire-Atlantique et leMaine-et-Loire. Ce dernier ensemble manque toutefois de cohésion, puisque le nord-Loire, tourné vers l'ensemble mayennais, s'oppose au sud-Loire, influencé par le poitevin[14]. Par ailleurs, Jean-Paul Chauveau ne définit pas une limite claire entre gallo et poitevin, mais seulement un seuil matérialisé par laLoire[15].
Les langues de Bretagne et des régions voisines selon plusieurs auteurs :
Illustration du continuum avec les variations de la prononciation du [ɛ] de « haie » (a,è,é,éï, etc). Les zones blanches sont des régions où le mot n'a pas été relevé.
À l'est, le gallo est voisin dunormand, dumayennais et de l'angevin, ces deux derniers faisant partie du même ensemble linguistique que le gallo, et dupoitevin au sud. Tous ces parlers font partie deslangues d'oïl et ils partagent une même origine latine. Il n'est pas réellement possible de tracer des limites autres qu'historiques entre eux. Ils forment uncontinuum linguistique, c'est-à-dire qu'ils se mélangent et se chevauchent sur plusieurs régions avant d'atteindre des frontières linguistiques, le long desquelles ils se heurtent à des langues totalement différentes. Le continuum des langues d'oïl s'étend par exemple de la frontière avec lebreton jusqu'enBelgique, où il se heurte aunéerlandais et à ses dialectes flamands. Dans l'intervalle, on passe du gallo aumayennais, aunormand, auchampenois, aupicard, etc. Il y a d'ailleurs rarement coïncidence entre les espaces administratifs et linguistiques[A 1].
L'exemple d'« aujourd'hui » illustre bien le chevauchement des parlers. En effet, la plupart des gallésants utilisent le motanet, mais dans l'extrémité orientale de lahaute Bretagne, le long de laMayenne et duMaine-et-Loire, les locuteurs utilisentanui, un terme qui se retrouve dans lemayennais, l'angevin et lenormand. Réciproquement, on entend une forme semblable au terme galloanet àErnée, en Mayenne[16].
Les parlers situés dans le continuum des langues d'oïl se superposent donc, et les locuteurs angevins et gallésants peuvent se comprendre dans une certaine mesure et utiliser les mêmes mots. En revanche, les langues placées aux extrémités du continuum ne sont pas intelligibles entre elles. Le gallo peut ainsi être opposé auwallon, qui est aussi une langue d'oïl, mais est incompréhensible pour un gallésant[17].
Les parlers les plus proches du gallo linguistiquement sont ceux duMaine, de l'Anjou et du sud de laManche[18] (situé au sud de laligne Joret et qui est analogue aux parlers de l'extrème sud du département duCalvados et de l'ouest de celui de l'Orne, dans la partie occidentale de laNormandie)[19].
Si la transition vers lemayennais, l'angevin et lenormand est douce, la transition avec lepoitevin au sud est en revanche plus tranchée. Un faisceau resserré d'isoglosses traverse les anciennesmarches entre Bretagne et Poitou (proches des limites actuelles entre les départements deLoire-Atlantique et deVendée), marquant ainsi une zone de transition rapide du gallo au poitevin[20],[réf. à confirmer]. Un exemple des éléments structurant cette transition rapide est l'utilisation emblématique en poitevin des pronoms personnels sujets "i", à la 1ère personne, et "le" à la 3e personne (contre un système "je" / "il" en gallo). Ce jeu de pronoms personnels sujets ("i" / "le") est utilisé au sud d'une ligne plaçant quelques communes de l'extrême sud de laLoire-Atlantique (Legé,Corcoué-sur-Logne,Touvois) plutôt dans le domaine poitevin, et plaçant quelques communes du nord-ouest de laVendée (Noirmoutier-en-l'Île,Bouin,Bois-de-Céné dans lemarais breton) plutôt dans le domaine gallo sur ce point[21],[réf. à confirmer].
La prononciation du pronom « moi » selon les régions.La formation du pluriel du mot « chapeau » selon les régions.
Il n'est pas aisé de regrouper les variations régionales du gallo en dialectes. En effet, selon les critères choisis, la définition géographique d'éventuels dialectes peut grandement varier. En prenant par exemple le critère des pronoms démonstratifs, les variations suivantes peuvent être distinguées :
Le sud de laLoire-Atlantique se calque sur le modèle du poitevin :qho-la (m.),qhelle-la (f.)[22].
Au niveau de laphonologie, on peut distinguer trois autres groupes :
Le nord (Rennes,Saint-Malo,Saint-Brieuc), qui se distingue par la réduction desdiphtongues finales :[ɛw] dechatèo réduit en[ɛ],[aw] dejournao réduit en[a],[aj] des mots masculins commetravail en[a:]. Ce groupe se distingue aussi par des diphtongues différentes ausingulier et aupluriel :un chapè, dés chapiaos.
Le sud (Pays de Retz,Vignoble nantais), proche dupoitevin, a des participes passés en[aj] au lieu de[ə]. Il se distingue aussi par levoisement de[s] en[z], il remplace les[u] finaux par[ø], les consonnes finales sont sonores et le groupe[lj] est prononcé[ j],[ljəv] est donc prononcé[ jəv].
On peut ajouter à ces groupes de nombreuses divisions régionales sur la prononciation. Ainsi, le « ai » demai correspondant au « oi » français demoi se prononce[a] autour deRennes, mais[aj] enLoire-Atlantique et[me] ou[ɛ] le long de la frontière avec lebreton. Cette répartition n'est pas valable pour tous les mots : ainsi la zone du[ɛ] s'étend vers l'est pour le « ai » devair (voir), et des mots commevaizin (voisin) etbaire (boire) se prononcent généralement[vejzɛ̃] et[bejʁ], ou[vajzɛ̃] et[bajʁ][16].
L'infinitif des verbes en -er montre aussi des différences de prononciation. En général, les gallésants prononcent cette terminaison avec[ə] (par exemple :manjer [mãʷʒə] pourmanger), sauf autour de l'estuaire de la Loire et de laManche, où -er se prononce comme en français. Autour deCancale etCorcoué, cette terminaison se prononce[aj]. Enfin, cette répartition n'est pas valable pour les participes passés et les noms communs finissant en -é commemangé oublé, dont la prononciation suit d'autres schémas régionaux. Dans certains endroits, comme àAbbaretz, la prononciation du participe passé diffère par exemple selon qu'on l'emploie avec le l'auxiliaireyètr (être) ouavair (avoir). Le motbllë (pourblé) de son côté, peut être prononcéblé, blë, byé, byë, byè, byëy ou encorebyay selon les régions. L'apparition du[l] dansbllë est d'ailleurs récente et touche principalement la côte nord et lepays rennais. Il est probablement apparu en gallo grâce à l'influence du français, qui a entraîné unepalatalisation plus importante des mots[16].
Les différences de prononciation entraînent parfois des modifications lexicales, comme pour le mot « ouézè » (pluriel : « ouéziaos » selon les endroits) . En gallo, il est prononcéouazé, ouazéo, ouézè, ouézéo ou encoreouéziao, sauf dans une petite zone au nord-ouest deRennes, où un[g] s'ajoute au début :gaziao. Cet ajout sert probablement à éviter deshiatus et faciliter la prononciation et rappelle la transformation du[w] celtique en[g] par les langues latines (par exemplewaspa « déchets » a donnégaspiller). Enfin, autour deVannes, « oiseau » se ditpichon, un mot qui vient dulatinpipione[16], équivalent du françaispigeon.
LesCeltes venus du nord des Alpes et d'Europe centrale, s'installent enArmorique et dans d'autres secteurs, souvent proches des côtes européennes (vestiges retrouvés deRoquepertuse,Entremont,Ensérune...) vers leVIIIe siècle av. J.-C. Plusieurs peuples s'y forment, comme lesRedones et lesNamnètes[D 1]. Ils parlent des variétés de lalangue gauloise et entretiennent des liens économiques importants avec lesÎles Britanniques. La conquête de l'Armorique parJules César en 56 av. J.-C. entraîne une certaine romanisation de la population, mais seules les couches sociales élevées adoptent réellement la culture latine[D 2]. Le gaulois reste parlé dans la région jusqu'auVIe siècle, surtout dans les zones rurales peu peuplées. Ainsi, lorsque lesBritto-romains, arrivés deGrande-Bretagne, s'installent dans l'ouest de l'Armorique, ils y trouvent un peuple qui a conservé quelques aspects de la culture gauloise, bien qu'ils soient chrétiens et citoyens romains. L'intégration des Bretons se fait donc facilement[F 3]. Les premiers petits royaumes bretons, comme laCornouaille et laDomnonée, naissent auVe siècle[23].
À l'opposé des campagnes de l'ouest de l'Armorique, les villes deNantes etRennes sont de vrais centres culturels romains. À la suite desgrandes invasions duVe siècle etVIe siècle, ces deux villes ainsi que les régions situées à l'est de laVilaine tombent sous dominationfranque. Des Francs s'installent aussi dans le domaine celtique, où il existe également des îlots de peuplement gallo-romains, par exemple autour deVannes et deSaint-Brieuc. Le peuplement de l'Armorique à l'époque mérovingienne est donc varié, avec des Bretons venus deGrande-Bretagne assimilés aux tribus gauloises, des villes latinisées et des tribus germaniques. Enfin, la frontière entre les royaumes bretons et le royaume franc est mouvante et difficile à définir, notamment parce que les guerres entre Francs et Bretons sont fréquentes entre leVIe siècle et leIXe siècle. Avant leXe siècle, le breton est parlé par au moins une partie de la population jusqu'àPornic etRoz-sur-Couesnon. Au-delà se trouve laMarche de Bretagne, de langue romane, mise en place par les rois francs[24] et qui s'est déplacée vers l'est englobant l'Avranchin et le Cotentin à la suite dutraité de Compiègne en 867. Malgré tout, selon la plupart des toponymistes, les toponymes brittoniques s'arrêtent à l'ouest du Couesnon[25], ce qui rend douteux le fait que le breton ait pu être parlé massivement à l'est de ce fleuve auIXe siècle ouXe siècle.
Jean IV de Bretagne, dont l'administration mentionne le terme « gallo » pour la première fois.
La population latinisée de Haute-Bretagne parle lelatin populaire deGaule, une langue ayant subi des influences gauloises, notamment dans le vocabulaire et la prononciation. Lapalatalisation de [k] en [ʃ], par exemple decantare àchanter et laspirantisation de [b] en [v], comme dansfaba devenufève, datent probablement de cette époque[26]. Lesdéclinaisons latines et legenre neutre commencent à disparaître dès la période gallo-romaine, alors que lesarticles commencent à être employés[27]. Les Francs ont introduit une nouvelle langue, lefrancique, mais ils ne l'imposent pas aux Gallo-romains, et le latin reste pratiqué jusqu'au début duIXe siècle. Pendant trois cents ans, le nord de la France connaît donc une période debilinguisme latin/francique. Pendant cette période, les Francs adoptent progressivement le latin, langue écrite et religieuse. Comme les Gaulois avant eux, ils influencent l'évolution de la langue, en y apportant des mots germaniques et en modifiant la prononciation[28]. LesVikings qui envahissent la Bretagne auXe siècle apportent aussi quelques éléments de vocabulairenorrois, qui se retrouvent dans le gallo contemporain[29]. En réalité, tous ces mots issus de l'ancien scandinave se retrouvent aussi ennormand, langue d'oïl qui en compte encore davantage[30]. Comme pour ceux du français standard, il s'agit plus vraisemblablement d'emprunts aunormand, car ils sont tous communs à cette langue, en revanche l'inverse n'est pas vrai[30]. On note par exemplebouette ouboite « appât pour la pêche », formes également usuelles en Normandie, mais dont la forme la plus courante estbaite, terme issu de l'ancien scandinavebeita « pâturage, appât pour la pêche » ;biter ouabiter « toucher » (ancien scandinavebíta « mordre ») ;bruman « nouveau marié, gendre » (ancien scandinavebruðmaðr, accusatifbruðmann « garçon de noce ») ;falle « jabot d'un oiseau » (ancien scandinavefalr, accusatiffal « fer de hampe [de lance] ») ;jenotte « noix de terre, terre-noix » (ancien scandinave*jarðhnot « noix de terre ») ;ha « chien de mer, roussette, milandre » (ancien scandinavehá, accusatif dehár « requin, petit requin ») ;mielle « terrain sableux, dune » (ancien scandinavemelr « banc ou dune de sable ») ;mucre « humide, moisi, qui sent le moisi » (ancien scandinavemykr « fumier »). Font exceptions les quelques termes employés pour la navigation et les techniques maritimes anciennes dans l'estuaire et la vallée de la Loire : avec la technique, on a emprunté le mot[30]. Ce sont, eux, des emprunts directs à l'ancien scandinave. Il s'agit degueurde « cordage servant à relever une partie de la voile » (distinct de l'ancien normandgurdinge, de même racine scandinavegurðing, accusatif degurðingr) ;guiroie > françaisgirouette (distinct de l'ancien normandwirewire,wirewite ; moyen normandvirevite,virevitte de l'ancien scandinaveveðrviti) ; etc.[30]
Leslangues d'oïl apparaissent sous une forme écrite à peu près définie auXIe siècle. À cette époque, les différences entre les parlers régionaux sont probablement moins importantes qu'aujourd'hui. Les emprunts de vocabulaire entre parlers sont fréquents et il n'existe pas beaucoup de traces écrites des variétés régionales, car les scribes utilisent une sorte de langue littéraire interdialectale commune à toute la moitié nord de la France. Le français de la cour et des livres commence à se distinguer drastiquement des parlers régionaux à partir duXIIIe siècle. Ces parlers connaissent eux aussi des changements phonétiques indépendants et ils s'éloignent de plus en plus les uns des autres[8].
Les premières traces écrites du gallo datent duXIIe siècle. LeRoman d'Aiquin, qui est la seulechanson de geste bretonne, contient quelques termes propres au gallo contemporain, commes'aroter pour « se mettre en route » etlours pour « leurs ». LeLivre des Manières d'Étienne de Fougères contient aussi beaucoup de traits caractéristiques du gallo. Il comprend des termes commeenveier (« envoyer »),il deit (« il doit ») ou encorechasteaus (« châteaux » ; en gallo contemporain :chatiaos)[C 2].
Un texte desChroniques de Saint-Denis écrit auXIIIe siècle mentionne des « Bretons bretonnants ». C'est le premier texte qui suppose l'existence de Bretons qui ne parlent pas la langue bretonne. Le terme « gallo » est employé pour la première fois en 1358, dans un acte du ducJean IV destiné à son trésorier Georges Gicquel :« nostre general recepveur en Bretaigne gallou, salut. » L'appellation « Bretagne gallo » ou son homonyme « Haute-Bretagne » se rencontrent ensuite régulièrement dans les textes médiévaux[C 3].
Carte illustrant la Bretagne bretonnante contemporaine et ses dialectes en couleurs. Le recul du breton est symbolisé par le dégradé de gris.
Lors de l'implantation des Bretons insulaires dans l'ouest de l'Armorique, les centres urbains ainsi que les campagnes à l'est d'une ligneTrieux-Laïta restent fortement romanisés. Si à l'ouest de cette ligne, le breton s'impose rapidement, la réalité linguistique dans la partie orientale diffère, et il faut plutôt y voir une zone où le bilinguisme était la norme et dont la majorité du "petit peuple" était formée de locuteurs romans. AuIXe siècle avec l'extension du territoire breton sur les diocèses francs de Nantes et Rennes sous le règne deNominoë, la langue bretonne connait sa plus grande expansion. Au siècle suivant, le breton entame déjà son recul dans la zone bilingue. Cependant, le recul du breton s'est fait lentement, et des enclaves bretonnantes se maintiennent dans l'est de la Bretagne, d'abord sur la côte nord jusqu'àDinan auXIIe siècle, puis jusqu'àSaint-Brieuc auXVIe siècle. Au sud, à l'est deGuérande, le recul du breton n'a pas été marqué avant leXIXe siècle[31].
Dans les zones mixtes, les emprunts du breton vers le gallo ont été plus nombreux qu'ailleurs[F 4].
Lefrançais standard, qui se développe pendant laRenaissance, est au départ unsociolecte, c'est-à-dire qu'il n'est utilisé que par certaines classes sociales[E 4]. L'ordonnance de Villers-Cotterêts, promulguée en 1539, rend l'usage du français obligatoire dans les documents officiels, puis c'est surtout l'éducation qui propage cette langue, à partir duXVIIe siècle, lorsque l'usage du latin décline à l'université. En 1793, pendant laRévolution, le français devient la seule langue utilisée par l'instruction publique. L'année suivante, une circulaire annonce que« dans une république une et indivisible, la langue doit être une. C'est un fédéralisme que la variété des dialectes ; il faut le briser entièrement. » À partir du règne deLouis-PhilippeIer, l'éducation devient plus accessible, etJules Ferry rend l'instruction gratuite, laïque et obligatoire en 1882. Dès lors, tous les Français fréquentent l'école et apprennent donc le français[E 5].
LeXIXe siècle est aussi marqué par de profonds changements sociaux qui favorisent la disparition des langues régionales. Laconscription, instaurée pendant la Révolution, fait se côtoyer des hommes venus de régions différentes qui doivent utiliser le français pour communiquer entre eux, la construction de routes et de voies ferrées accentue la mobilité des personnes et l'exode rural et l'industrialisation des villes entraînent un brassage des populations. L'essor industriel fait aussi naître une nouvelle bourgeoisie qui dénigre les parlers régionaux, et la croissance de la presse contribue à propager la langue française. Cette propagation, commencée par les journaux, est continuée auXXe siècle par la radio puis la télévision. EnHaute-Bretagne comme dans le reste de la France, lebilinguisme s'est généralisé avant un abandon fréquent de la langue régionale[E 5].
L'usage du gallo s'est retrouvé confiné à des situations informelles en milieu rural. Alors que le milieu agricole est majoritaire enHaute-Bretagne jusque dans les années 1950, il a fortement diminué par la suite, rendant plus rares les occasions de parler gallo. La baisse du nombre de locuteurs a encore été amplifiée par l'absence de transmission intergénérationnelle, les parents ne souhaitant plus enseigner à leurs enfants une langue associée à un milieu en déclin et considérée comme un frein au progrès social et économique[32]. L'image négative que l'État avait associé au gallo et aux autres langues régionales est alors véhiculée par les locuteurs eux-mêmes[D 3].
Face au déclin du gallo, des mouvements de défense sont nés à la fin duXIXe siècle avant de s'amplifier dans les années 1970. L'ensemble de la population française parle désormais le français et les langues régionales, au bord de l'extinction, ne sont plus réprimées comme c'était le cas sous laTroisième République. LaCharte culturelle bretonne, signée en 1977 par l'État et les collectivités territoriales bretonnes, marque un changement notable dans la perception des langues de Bretagne. La charte stipule par exemple qu'il faut« assurer à la langue bretonne et au parler gallo et à leurs cultures spécifiques, les moyens nécessaires à leur développement y compris dans l'enseignement et à la radio-télévision[33]. » Depuis le début des années 1980, l'enseignement du gallo est donc proposé dans quelques structures. Il est néanmoins classé parmi les langues sérieusement en danger par l'Unesco[34].
En 1878,Paul Sébillot écrit : « Le langage parlé dans le pays gallot ou français est un dialecte du français, qui a des affinités avec les dialectes des pays voisins, surtout avec l'angevin, le tourangeau et le bas-normand : il contient un grand nombre de vieux mots, un très petit nombre de mots empruntés au breton, et est, sauf des expressions locales assez nombreuses, mais à tournures très françaises, très facile à comprendre[35] ».
Le gallo n'est toutefois pas forcément compréhensible pour un francophone, notamment à cause d'unephonologie et d'un vocabulaire particuliers. L'intercompréhension entre deux locuteurs de langues différentes est d'ailleurs fortement conditionnée par leur bonne volonté et leurs acquis personnels, comme une connaissance de lalinguistique ou de la culture générale[36],[37].Bernard Cerquiglini, un linguiste contemporain, a d'ailleurs une vision opposée à celle dePaul Sébillot. Selon lui, le gallo, comme les autres langues d'oïl, ne peut pas être considéré comme un dialecte du français car les différences entre les deux sont trop grandes[38]. Toujours selon lui, le fait que le gallo soit directement issu dulatin populaire, et non pas une déformation régionale du français, empêche aussi de le qualifier de dialecte[7]. Il souligne ainsi le caractère très artificiel du français standard, même par rapport à ses origines franciennes. L'étude des langues et des dialectes a beaucoup évolué depuis leXIXe siècle, et il n'existe plus de critère universellement accepté permettant de distinguer un dialecte d'une langue[39].
Selon les théories contemporaines, le gallo ne peut pas être une langue si l'on considère qu'il n'a pas un grand prestige culturel ni un statut delangue officielle[40]. Ce n'est pas non plus un important facteur de cohésion et d'identité, comme peuvent l'être lebreton ou lebasque. En revanche, le gallo peut être considéré en tant que langue parce qu'il possède une certaine standardisation, des systèmes d'écriture et une littérature, bien que ceux-ci ne soient qu'à un stade de développement. Enfin, le statut de langue ou de dialecte accordé à unparler tient souvent plus à des motifs politiques que réellement linguistiques[41].
Au niveau international, le gallo ne possède pas de codeISO 639[34]. Il ne possède aucun caractère officiel au niveau national, laFrance n'ayant qu'une seule langue officielle, le français. Alors que les langues régionales étaient initialement considérées comme les ennemies d'une république une et indivisible, l'État a amorcé un processus de prise en compte de ces langues. Il n'a cependant pas opté pour une politique linguistique volontariste qui encouragerait la reconnaissance des langues régionales, mais plutôt pour des concessions bienveillantes[32].
Depuis la modification de laConstitution en2008, le gallo est reconnu comme appartenant au patrimoine de la France puisque l’article 75-1 dispose que« les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France[42] ». Par ailleurs, le gallo est la seulelangue d'oïl reconnue en tant que « langue régionale » par leministère de l'Éducation nationale, les autres n'étant pas enseignées à l'école[38].
La reconnaissance publique du gallo enBretagne est relativement récente. Le 17 décembre 2004, leconseil régional de Bretagne a officiellement reconnu, à l’unanimité, le breton et le gallo comme « langues de la Bretagne, au côté de la langue française[43] ». Leconseil général d'Ille-et-Vilaine soutient lui aussi publiquement le gallo[44]. En revanche, enLoire-Atlantique et dans lesPays de la Loire, il n'existe aucune prise de position officielle à propos du gallo.
La reconnaissance du gallo par des instances locales ainsi que son enseignement à l'école ont soulevé la problématique de la standardisation. Cette problématique provoque un débat idéologique important qui n'a pas apporté de réponse consensuelle, comme c'est souvent le cas pour les langues qui ne sont pas régulées par un gouvernement. D'autres langues de France, comme l'occitan, connaissent un débat similaire[45].
Les partisans de la standardisation voient en elle un moyen de donner du prestige au gallo ainsi que de faciliter son enseignement et l'intercompréhension entre gallésants. Ses adversaires considèrent de leur côté que l'élaboration d'une norme appauvrirait le gallo et que le choix d'une variété parmi d'autres serait arbitraire. En outre, la standardisation n'est pas forcément une étape obligatoire dans le développement des langues minorées. Ainsi lecorse, qui est proposé auCAPES et dans d'autres diplômes universitaires, est unelangue polynomique sans standard universel, comprenant de nombreux dialectes unis par une identité forte. Dans le cas du corse, l'absence de standard n'a pas été un handicap à son enseignement ou à l'élaboration d'un système d'écriture[32]. Enfin une éventuelle standardisation n'est pas forcément nécessaire pour une langue ayant une faible visibilité médiatique et dont l'usage par l'administration et les instances gouvernementales n'est pas envisagé[45]. La question pourrait néanmoins devenir plus importante si le gallo acquiert dans le futur une médiatisation importante[32].
La question de la standardisation du gallo a été plus ou moins éludée par les enseignants. Ceux-ci transmettent la variété qu'ils ont eux-mêmes apprise et la plupart ne souhaite pas la création d'une norme dépassant les variations régionales. En revanche les programmes d'enseignement du gallo aux niveaux secondaire et supérieur incluent une approche dialectologique qui donne aux apprenants une vision globale du gallo et favorise leur compréhension des variétés qu'ils n'ont pas apprises[32]. La création de systèmes d'écriture est parfois vue comme une standardisation du gallo, mais cela concerne uniquement la graphie de la langue, et non sa grammaire, sa prononciation ou son vocabulaire[32]. Par ailleurs ces systèmes confortent l'usage des variétés régionales, soit en proposant une orthographe flexible respectant ces variétés, soit en instaurant une orthographe fixe n'excluant pas des différences de prononciation à la lecture[45].
Lebreton, comme le gallo, est en régression. Néanmoins, il possède un statut de langue incontestable ainsi qu'une importante fonction identitaire. Il profite d'une tradition de défense ancienne et il n'est plus soumis à de fortes considérations négatives. Au contraire, il affirme la singularité de la culture bretonne, alors que le gallo est associé au français, donc à l'extérieur. Le gallo, en tant qu'élément non-celtique et langue sans prestige, peut être vu comme inférieur à la langue bretonne[46],[47]. Ainsi, enLoire-Atlantique, les mouvements défendant l'identité bretonne du département prennent bien plus appui sur la langue bretonne, parlée traditionnellement dans une petite région autour deGuérande, que sur le gallo, qui a une emprise géographique bien plus importante et qui est lui aussi un trait d'union entre les départements de laBretagne historique[32].
Au niveau institutionnel, la différence de traitement qui persiste entre les deux langues accentue aussi la minoration du gallo, le breton ayant toujours plus de moyens d'enseignement et de promotion. Selon la théorie « un peuple = une langue », le breton serait lalangue nationale de la Bretagne, donc le gallo n'y aurait aucune place[46]. Le fait de donner au gallo une place égale à celle du breton dans la culture bretonne revient par ailleurs à accentuer le caractère roman de cette culture et à la rendre bi-polaire, voire tri-polaire, dans le cas où le français est lui aussi considéré comme une langue de Bretagne[48].
Alors que la promotion du breton semble entraîner un déni du gallo, le français entretient plutôt sa minoration. En effet, la langue française est très bien établie enhaute Bretagne depuis les années 1960, et le gallo disparaît surtout parce qu'il est de plus en plus difficile de le pratiquer. Il n'est plus indispensable à la vie quotidienne, et, pour de nombreux locuteurs, ce n'est plus qu'unparler local employé uniquement dans certaines situations. Le gallo reste aussi attaché à une image péjorative et il apparaît comme un langage grossier et arriéré, alors que le français a une connotation soutenue. L'écriture est aussi une faiblesse du gallo par rapport au français. En effet, bien que des systèmes existent, ils sont peu connus des gallésants et le gallo demeure une langue orale dans la conscience collective. En outre, les gallésants ne peuvent pas toujours lire et écrire le gallo sans apprentissage préalable[46].
À cause de rapports de proximité intenses et durables, le gallo a aussi été profondément influencé par le français. Ainsi, un grand nombre de gallésants alternent des phrases et des mots en gallo et en français dans un même discours sans avoir conscience de passer d'une langue à l'autre. Dans l'autre sens, les non-gallésants deHaute-Bretagne peuvent employer des termes gallos sans le savoir[49]. Cette « créolisation » du gallo a accentué la proximité entre les deux langues et a donc fragilisé l'autonomie linguistique du gallo. Elle a aussi amplifié la dégradation de la conscience linguistique des locuteurs[32]. L'appauvrissement du gallo peut être volontaire, notamment chez les conteurs, afin de toucher un public plus large incluant des non-gallésants[50],[B 3].
Il est difficile de connaître le nombre de gallésants car les personnes interrogées lors de sondages peuvent mal évaluer leurs compétences. Par ailleurs, la stigmatisation sociale dont est victime le gallo entraîne probablement des déclarations mensongères ou sous-évaluées, notamment chez les plus jeunes[7]. Enfin, beaucoup de personnes parlent le gallo en utilisant un grand nombre de mots et de tournures françaises et ne peuvent donc pas forcément être comptabilisées en tant que locutrices[49].
Lors du recensement de 1999, 49 626 habitants de la Bretagne historique ont répondu à l’enquête « Étude de l’histoire familiale », qui incluait une question sur les langues pratiquées avec des proches. Il fait état de 29 060 personnes utilisant le gallo, dont 28 300 enrégion Bretagne (soit 1,3 % de la population, tandis que les bretonnants en représentaient 12 %). Après extrapolation sur la population globale, le nombre de gallésants a finalement été estimé à 40 710 personnes en Bretagne historique, soit 1 % de sa population. Le gallo se trouvait ainsi en quatrième place derrière lefrançais, lebreton (11,3 %) et l'anglais (4,3 %)[7].
Le gallo est plus vivace enIlle-et-Vilaine, où 2,5 % de la population le pratiquait selon le recensement de 1999, puis dans lesCôtes-d'Armor (1,8 %), dans leMorbihan (1,6 %) et enLoire-Atlantique (1,5 %)[51]. En outre, selon le recensement, l'Ille-et-Vilaine est le seul département où les gallésants sont plus nombreux que les bretonnants. Une enquête menée pour le laboratoire Credilif de l'université de Rennes 2 en 2008 fait quant à elle état de 200 000 locuteurs. Selon cette enquête, ce chiffre est à doubler si on prend en compte les personnes capables de comprendre le gallo[52].
Une enquête effectuée en 2004 et 2005 dans tous les départements de lahaute Bretagne a montré que seulement 5 % des parents gallésants avaient transmis le gallo à leurs enfants[7]. Il apparaît d'ailleurs que la transmission se fasse plutôt de grands-parents à petits-enfants[48]. L'enquête de 2004-2005 a enfin montré que la grande majorité des gallésants sont ou ont été agriculteurs. Seulement 23 % des personnes interrogées ont déclaré pouvoir écrire en gallo[7].
L'associationBretagne Culture Diversité décide en 2013 de créer un baromètre de l'opinion publique bretonne en réalisant des sondages à intervalles réguliers, portant sur les mêmes questions. Le premier est confié à l'institut TMO Régions, qui a interrogé par téléphone 1 003 personnes de 18 ans et plus, entre le 9 et le 17 décembre 2013 dans les cinq départements de laBretagne historique.Ce sondage marque une différence importante dans ses résultats par rapport à celui de l'INSEE réalisé 1999. Selon le sondage, 5 % des habitants de la Bretagne historique déclarent parler très bien ou assez bien le gallo (alors qu’en 1999, l’INSEE évaluait le taux de locuteurs du gallo à 1,3 % de la population de la Bretagne à quatre départements)[53].
De plus, 8 % des habitants de la Bretagne historique disent comprendre très bien ou assez bien le gallo, 8,9 % parler ou comprendre quelques mots, et 83 % ne le pratiquent pas du tout. Le sondage pose également une question inédite liée au devenir de la langue et 42 % des habitants de laBretagne répondent en se disant inquiets dans l’avenir du gallo, 18 % sont confiants, et 28 % y sont indifférents. Ces chiffres rapprochent les deux langues de Bretagne, lebreton étant pratiqué par 6 % des habitants de la Bretagne et le gallo par 5 % d'entre eux, et tandis que 9 % des habitants de la Bretagne comprennent le breton, ils sont 8 % à comprendre le gallo. En revanche, les positions sont nettement plus tranchées en ce qui concerne l'avenir des deux langues puisque 40 % des Bretons sont confiants en ce qui concerne le breton et seulement 19 % y sont indifférents. De même, la proportion de personnes qui ne se prononcent pas sur cette question est moins importante pour le breton (4 %) que pour le gallo (12 %)[53].
Un nouveau sondage commandé par la région Bretagne en 2024 à l'institut TMO révèle que le nombre de locuteurs s'est fortement réduit et est désormais estimé à 132 000 personnes (contre 191 000 pour le sondage de 2018)[54]. Le gallo y compte désormais davantage de locuteurs que le breton[54].
L'enseignement du gallo à l'école a été suggéré pour la première fois peu avant laSeconde Guerre mondiale par les Compagnons de Merlin, branche gallèse de laFédération régionaliste de Bretagne (FRB). En plus d'être une revendication culturelle, l'enseignement du gallo à l'école était pour eux un moyen d'améliorer le niveau scolaire des enfants, notamment en valorisant leurs compétences linguistiques. Ces revendications soulevèrent pour la première fois la question d'une probable standardisation du gallo et de la création d'un système d'écriture. Ensuite, ces idées ne sont pas reprises avant les années 1970. En 1977, la signature par l'État de laCharte culturelle bretonne a permis une première valorisation de la langue[55].
Pendant l'année scolaire 1981-1982, le Recteur de l'Académie de Rennes Paul Rollin créé un poste de Chargé de mission pour la langue et la culture gallèse dans le second degré confié à l'enseignant agrégé d'Histoire Gilles Morin, tout en créant, en lien avec l'Inspection académique du département d'Ille-et-Vilaine, un poste de conseiller pédagogique de gallo à l'École normale supérieure de Rennes.Christian Leray, enseignant titulaire d'un CAEI, est nommé conseiller pédagogique adjoint à l'École normale (CPAEN) à la rentrée de septembre 1982 afin d'y organiser une unité de formation (UF) de gallo destinée aux élèves-professeurs des écoles. Dans ses attributions, il est chargé de l'organisation des stages de formation continue des professeurs des écoles et de l'organisation de l'enseignement du gallo dans les deux zones d'éducation prioritaire rurales (ZEP deRetiers, ZEP deTremblay-Antrain).
Le gallo a été proposé en option facultative aux baccalauréats généraux et technologiques à partir de 1984[56]. Des cours facultatifs et des recherches sur le gallo sont donnés à l'université Rennes 2 depuis 1981[55]. Depuis 2008, l'université offre une option gallo (3 heures par semaine) étalée sur les trois années de lalicence[C 2].
Un enseignement de langue et culture gallèse est proposé enécole primaire dans le secteur deMaure-de-Bretagne enIlle-et-Vilaine. Cet enseignement concerne environ 1 300 éleves. L'associationDihun a aussi mis en place un système similaire dans les établissements primaires catholiques de l'est duMorbihan[55]. Dans l'enseignement secondaire, des cours de gallo sont proposés en option. Cette option est enseignée par des professeurs certifiés dans sept collèges et dans sept lycées publics de l'académie de Rennes. C'est également, toujours dans l'académie de Rennes, une épreuve facultative de langue aubaccalauréat[57].
À la rentrée 2009, 1 400 élèves de primaire, 226 collégiens et 233 lycéens suivaient des cours de gallo[55]. En 2011, sans compter les élèves de primaire, ils étaient 574, soit un meilleur score qu'en 2009. Le gallo reste néanmoins l'une des langues régionales françaises les moins enseignées. La même année, lebreton était par exemple étudié par 7 324 collégiens et lycéens, et l'alsacien, par 35 855 élèves. Seul lemosellan (francique lorrain) est moins enseigné, avec seulement 187 élèves[58].
EnLoire-Atlantique, département pourtant signataire de laCharte culturelle bretonne, l'enseignement du gallo n'est proposé que dans un seul établissement scolaire (Sion-les-Mines) ,principalement parce qu'elle se trouve en dehors de l'Académie de Rennes et parce que le mouvement de promotion du gallo y est beaucoup plus faible qu'enrégion Bretagne. L'implantation géographique du militantisme en faveur du gallo explique d'ailleurs souvent la présence du gallo dans les établissements scolaires d'une région donnée[32].
Le gallo est surtout une langue de tradition orale, riche d'un important corpus de contes, de fables et de légendes. La tradition orale compte aussi des devinettes (ou "devinaîlles"), des proverbes, des chansons et des histoires servant à confronter des croyances religieuses. Les légendes gallèses concernent souvent des personnages récurrents, commeGargantua, laFée Morgane etBirou ou bien tentent d'expliquer la formation des paysages[C 2].
Les légendes orales gallèses ont été collectées à partir de la fin duXIXe siècle par des folkloristes et ethnologues commePaul Sébillot, originaire deMatignon,Adolphe Orain deBain-de-Bretagne,François Duine duDolois etAmand Dagnet duCoglais, qui a aussi travaillé enMayenne[C 2]. Mais ces auteurs ont le plus souvent retranscrit les contes en français[D 4]. Par ailleurs,Paul Féval a écrit certains dialogues en gallo dans son romanChâteaupauvre publié en 1876[59]. Amand Dagnet a aussi produit une pièce de théâtre en gallo,La Fille de la Brunelas, en 1901[60]. Dans les années1920,Jeanne Malivel, deLoudéac, met en vers un conte en gallo de sa grand-mèreLes Sept Frères, qui inspire la création du mouvement de renouveau artistiqueSeiz Breur[61]. Dans lesannées 1930 et sous l'Occupation, Henri Calindre dePloërmel signe des monologues et de pièces de théâtre humoristiques en gallo sous le pseudonyme deMystringue[62].
Après laSeconde Guerre mondiale, une deuxième vague de collecte est animée parSimone Morand etAlbert Poulain. Ils s'investissent dans la sauvegarde et la promotion de la culture gallèse en publiant et en fondant des associations, comme le Groupement culturel breton des pays de Vilaine. Dans lesannées 1970, laBretagne connaît un fort renouveau culturel, et des animations autour des contes et des chants gallo voient le jour[C 4]. L'association Les Amis du Parler Gallo est créée en1976 et va commencer à publier des textes d'auteurs contemporains en gallo.L'Anthologie de littérature gallèse contemporaine voit ainsi le jour en 1982 et réunit des textes d'une trentaine d'auteurs dont Jean-Yves Bauge, Pierre Corbel,Ernestine Lorand, Gilles Morin, Laurent Motrot notamment.Albert Meslay publie quant à luiLa Cosmochérette, roman de science-fiction humoristique, en1983. La poésie en gallo fait aussi des émules comme Jacqueline Rebours et ses poèmes engagés,Christian Leray ou Laurent Motrot, ce dernier ayant publié des poèmes dans la revueAneit[C 5].Bèrtran Ôbrée, chanteur du groupeÔbrée Alie, dont les chansons sont le plus souvent en gallo, écrit aussi des poèmes[D 5].« Poéteriy » – Poésie gallaise contemporaine, recueil de poésie paraît en1990 chez les Amis du Parler Gallo, devenu Bertègn Galèzz entretemps.
Si les auteurs continuent d'écrire dans les revues ou les journaux, l'édition en gallo proprement dite va connaître un ralentissement dans lesannées 1990, avant de croître de manière très importante à partir du début desannées 2000 avec la publication d'ouvrages divers faisant pour beaucoup le choix du bilinguisme (en gallo et en français)[note 1]. L'ouvrage emblématique qui relance l'édition en langue gallèse est écrit parAdèle Denys, sesMémoires d'une centenaire « aout'fas en Pays Gallo » paraissent en1999. De nouveaux auteurs émergent, comme Fabien Lécuyer, dont le roman policierMeliy, publié en2004, est adapté authéâtre par la compagnieTradior[63], et dont le roman historique,Ene oraïje naïr, est aussi le premierlivre numérique en gallo[64]. En2007, André Bienvenu publie en trois volumes ses souvenirs d'enfanceLes Braises de la vie[65]. Les principaux éditeurs en gallo sont les éditionsRue des Scribes[66], les éditionsLabel LN[67] etLes Emouleriy au Sourgarre[68]. Malgré cette vitalité, des résistances demeurent quant à la publication de livres en gallo ; ainsi le roman de Serge RichardKen Tost d’an Tenzor a été traduit en gallo (Le Naez sus le tenzor), mais sans trouver d'éditeur, et il en est de même pourAnimal Farm deGeorge Orwell[69] et pourLa Guerre des boutons deLouis Pergaud[70].
Labande dessinée en gallo se développe également depuis lesannées 1980. La revueLe Lian, éditée par Bertègn Galèzz, publie les premières bandes dessinées en gallo :Les Tois Frëres de Didier Auffray[72],La Tourneye du René, des gags en une planche, de Hubert Goger au dessin et Mimi Buet au texte, à partir de1984. Des collégiens dePlénée-Jugon avec l'aide du dessinateurAlain Goutal adaptent en bande dessinée unconte d'Albert Poulain,les Troués consaïls, en1996[73]. Christophe Houzé dessineLés Bote, d'après une nouvelle d'André Gorguès adaptée par des élèves de secondaire de classes gallo en2007[74]. Depuis2011, Louis-France Baslé publie un strip,Piyou le cania cancalais dansLe Plat Gousset, feuille d'informations de la ville deCancale[75]. Des albums deTintin, d'Astérix[76] ou deJack Palmer[77] ont également été traduits en gallo.
Les premiers textes en gallo à destination des enfants paraissent dansLe Lian, revue deBertègn Galèzz, réalisés par Mimi Buet avec des dessins d'Hubert Goger en1985[78]. Une publication à destination des enfants se développe depuis lesannées 2000, notamment par la maison d'éditions associativeLes Emouleriy au Sourgarre[79] avec des albums telMiston, le ptit chutiaù de Michael Genevée et Romain Ricaud[76]. Le premierImagier en gallo d'Anne-Marie Pelhate paraît en2014 avec plus de six cents mots en gallo illustrés. De même, lesfables de La Fontaine ont été traduites en gallo[note 2].
La musique gallèse est moins connue que la musique celte en breton ou français, mais elle fait partie du cadre de la culture bretonne à part entière.Une nouvelle génération d'artiste fait revenir cette langue sur le devant de la scène bretonne de façon plus moderne:Bèrtran Ôbrée,Les Vilaïnes Bétes,IMG[80] ou de façon plus traditionnelle:Les Mangeouses d'Oreilles,Girault & Guillard[81]. Et il y a des artistes chantant naturellement en français ou breton faisant des créations en gallo:Trouz an Noz (Tchi queî qui caouse gallo un p'tit[82]),Tri Yann (La bonne fam au courti[83],Pelot d'Hennebont[84]),Cabestan (le vieux d'la vieille[85])...
Simone Morand a beaucoup œuvré en faveur de la culture gallèse, avant même la Seconde Guerre mondiale.
La première association pour la promotion du gallo a existé entre 1939 et 1944. Il s'agissait des Compagnons de Merlin, affiliés à laFédération régionaliste de Bretagne, qui publiaient la revue « Galerne ». Ensuite, le mouvement associatif a été inexistant jusqu'en 1976, lors de la fondation des Amis du Parler gallo, devenus Bertègn Galèzz par la suite. Une scission au sein des membres a donné naissance à l'association Aneit en 1984. D'autres associations ont vu le jour par la suite, comme La Bouèze, l'Université du temps libre deDinan, Maézoe, Vantyé, l'Epille, la Soett,la Granjagoul ou Chubri[E 6],[87].
Ces associations mènent principalement un travail de collecte de la langue, dans toute l'aire gallèse ou à des niveaux locaux. Certaines ont ainsi constitué des bases de données, comme Bertègn Galèzz. Certaines se sont spécialisées, comme Maézoe dans la toponymie et l'Epille dans la chanson traditionnelle[E 7].La Granjagoul, dont le siège se trouve àParcé, est une association de sauvegarde dupatrimoine immatériel qui mène des activités de collecte du patrimoine oral dans la région deFougères et qui soutient et organise la promotion de ce patrimoine[88]. Elle propose aussi des activités en gallo pour les enfants en partenariat avec l'association de parents d'élèves Dihun Breizh. Cette dernière a pour objectif la promotion du gallo et du breton dans le système éducatif[89].
Plusieurs manifestations culturelles liées au gallo ont lieu tous les ans enHaute-Bretagne, comme les Mill góll àRennes, qui existent depuis 2003[90], La Gallésie en fête àMonterfil, les Estourniales àLiffré, LaBogue d'or, qui est un concours de conte et de chant àRedon, les Assembiés gallèses àLa Chèze, ou encore Les Gallèseries deSaint-Malo[E 7]. La Semaine du breton et du gallo a lieu tous les ans en mars/avril, à l'initiative duconseil régional de Bretagne. Les activités sont menées par les ententes depays au niveau local et elles ont pour objectif la promotion de ces langues[91]. La Semaine du breton et du gallo a aussi lieu enLoire-Atlantique, mais les activités sont organisées par des associations, et non pas par des instances officielles[92].
Certaines associations éditent ou ont édité des revues intégralement ou non écrites en gallo : « Pihern », revue annuelle éditée par Vantyé àGuémené-Penfao et « Druj[93] », revue del'Andon dou Galo deTrémorel, qui connut deux numéros dans lesannées 2000. Bertègn Galèzz publie « Le Liaun[94] », revue à périodicité variable éditée depuis1978, avec de nombreux articles en gallo. La revue « Nostre lenghe aneit » a également été éditée annuellement en gallo par l'association Aneit àSaint-Nazaire de1984 à1988. Endécembre 2014, le web-hebdomadaire « Runje », intégralement en gallo, est créé[95] par Fabien Lécuyer.
Néanmoins, le Gallo est très peu visible dans les médias régionaux traditionnels. Sa visibilité se résume à quelques articles et chroniques. André Le Coq publieles Caoseries a Matao, des chroniques sur l'actualité, dansL'Hebdomadaire d'Armor, édité àMerdrignac, depuis lesannées 1990. On trouve également une rubrique hebdomadaire en gallo dansLe Courrier Indépendant deLoudéac[96], intituléeAssis-té, mets du suc !, écrite par de nombreux auteurs. Une chronique en gallo sur l'actualitéAu cul d’la tonne écrite par Hervé Drouard depuis2006[97] paraît dans l'hebdomadaireLa Mée, basé àChâteaubriant. En2013,Daniel Giraudon a écrit une chronique dans l'édition du dimanche deOuest-France[98] ; c'est d'abordLe Gallo souffle sur les Breizh qui met gallo etbreton en parallèle. Sa nouvelle chroniqueLe Galo come on l'caoze est centrée sur le gallo quant à elle, et est en plus radiodiffusée surPlum'FM[99]. Bèrtran Ôbrée écrit quant à lui une chroniqueEn gallo dans le texte, illustrée par Vincent Chassé, dans le trimestriel dudépartement d'Ille-et-VilaineNousVousIlle depuis le début desannées 2010[100].
La revue littéraireHopala ! revendique la publication d'œuvres dans les trois langues de Bretagne[101] et a ainsi publié des poèmes en gallo en2001 et2003. De même,Alain Kervern a organisé quatre concours dehaïkus[63] trilingues de2001 à2005 dansHopala ! puis dans la revueLe Peuple breton en2011 et2013[102]. Des articles écrits en gallo par Régis Auffray, Fabien Lécuyer et Patrick Deriano paraissent dans la revue enbretonYa ! éditée par l'associationKeit vimp Bev deLaz depuis2005[103], également visible sur internet[104].
Sur internet, le siteAgence Bretagne Presse publie des dépêches et des articles en gallo[105]. Le site d'informations7seizh.info publie régulièrement des articles en gallo de Fabien Lécuyer sur l'actualité, notamment internationale et sur le sport[106].
Depuis1996, on peut entendre du gallo sur les ondes deFrance Bleu Armorique avec des chroniques de Fred le Disou et Roger le Contou. Malgré un arrêt annoncé en2013[107], ils sont toujours à l'antenne (où deux nouveaux intervenants dont une femme ont pris leur suite, dans les années 2019...).Plum'FM est une radio associative créée au début desannées 2000 àPlumelec, et basée àSérent depuis2009[108]. En2014, la radio présente onze heures trente de programmes en gallo par semaine avec plusieurs émissions, animées par Matao Rollo et Anne-Marie Pelhate[99]. Plum'FM travaille également en partenariat avecRadio Bro Gwened, basée àPontivy, avec qui elle échange des programmes en gallo[109]. Depuisseptembre 2013, l'antenneRCF desCôtes-d'Armor diffuse l'adaptation radiophonique en gallo du roman dePaul Féval,Châteaupauvre[110]. Des émissions ponctuelles en gallo sont diffusées par d'autres stations de radio, commeRadio Rennes[111] et son émissionChemins de Terre, présentée par Loïc Turmel.
La présence du gallo à latélévision reste très faible. La première émission en gallo à la télévision est diffusée le sur la chaîne locale desCôtes-d'ArmorArmor TV ; elle est présentée par Matao Rollo[63]. Fred le Disou et Roger le Contou sont visibles également sur l'antenne de la chaîne localeTV Rennes où ils présentent depuisseptembre 2008 une chronique météo décalée.
En est créée le médiaGaloweb, une plateforme sur internet de création et de diffusion de contenus audiovisuels en gallo, créée sur le modèle de la chaîne de télévision en bretonBrezhoweb[112],[113]. La première année, Galoweb propose des programmes en gallo pour tous les âges : comptines en gallo, magazine de société et dessins animés[114].
Lesconsonnes du gallo sont pratiquement les mêmes qu'en français. Il existe des variantes locales, comme levoisement de[s] en[z] dans lePays de Retz et celui de[t] en[d] dans lePays de la Mée. Certaines combinaisons de consonnes sont aussi caractéristiques de certaines régions, comme lesocclusives[c] et[ ɟ], c'est-à-dire un[k] et un[g] accompagnés d'un léger[ j], et lesaffriquées[dʒ] et[tʃ ] dans la partie ouest de laHaute-Bretagne. Le motcurë[kyʁe] y est ainsi prononcé[tʃyʁə] etghepe[dʒep]. Ailleurs, on peut entendre[cyʁə] et[ ɟəp].Qhi peut être prononcé[ki],[tʃi] ou[ci]. Ces modifications résultent d'un avancement dupoint d'articulation desconsonnes palatales.
Lasemi-consonne[ j] est abondamment utilisée pourmouiller d'autres consonnes, notamment pour[fj],[tj],[sj] et[pj]. Ces mouillures ne sont toutefois pas effectuées dans toutes les régions, et le[ j] est alors souvent remplacé par[l]. Lapllée peut, par exemple, être désignée par[pje] ou[ple][B 4].
Le[h], d'origine germanique, a cessé d'être prononcé à partir duXIIIe siècle. Il reste employé dans le Mené, une petite région située autour deMerdrignac etPlémet[16].
À gauche, prononciation des infinitifs des verbes en -er, à droite, prononciation du [e] defossé.
Le système vocalique du gallo est proche du français mais a connu des évolutions divergentes. Le gallo possède donc quelques phénomènes inconnus du français, comme un usage massif duschwa et desdiphtongues.
En gallo comme en français, le[a]toniquelatin s'est mué en[e] ou[eː]. Ainsi,adsátis a donnéassé[ase]. Néanmoins, alors que le français a confondu[e] et[eː] pour ne garder que[e], une opposition entre les deux a été conservée par le gallo. Le[eː], qui correspond par exemple à un[a] tonique latin suivi de[s], est devenu un[e] ou unediphtongue, le plus souvent[ej], et le[e] s'est mué enschwa ([ə]) dans la plupart des régions. Cette opposition entre[e] et[eː] permet, par exemple, de différencier à l'oral lesparticipes passés selon le genre et le nombre. Alors qu'en français standard,chassé,chassée etchassés sont prononcés de la même manière, la plupart des gallésants distinguent[ ʃasə] au masculin et[ ʃase] au féminin et au pluriel. Dans cet exemple, le[ə] montre la position finale dué, alors que le[e] montre que leé est suivi d'une ou d'uns. Selon cette règle,assé est devenuassë[asə][A 2],[A 3].
L'infinitif des verbes latins en-are a suivi le même schéma,captiáre a donnéchasser[ ʃasə] en gallo etchasser[ ʃase] en français. Cette évolution du[a] tonique varie selon les régions et il existe des exceptions : si dans le centre de laHaute-Bretagne, leschwa a bien remplacé le[e], dans certaines régions périphériques, il est remplacé par[ɛ] ou bien reste[e][A 3]. Enfin, des mots n'obéissent pas à la règle, commepátre etmátre, qui ont donnépere[peʁ] etmere[meʁ] dans pratiquement toute laHaute-Bretagne,et pere[pəʁ] etmere[məʁ] ne s'entendent que dans le centre-ouest[A 4]. Le[a] tonique libre devant[l] ne suit pas non plus le schéma[e]/[eː] et il a évolué très différemment selon les régions.Sále a ainsi donnésèl,sél,sé ou encoreseu[A 5]. Le schwa sert par ailleurs à réaliser des[l] et des[ʁ] syllabiques comme dansberton[bʁˌtɔ̃][115].
Prononciation du motastour (« maintenant ») selon les régions.
Comme toutes les autres langues d'oïl, le gallo a été soumis à laloi de Bartsch, selon laquelle le[a] tonique libre au contact d'uneconsonne palatale antédécente devient unie, comme danscápra qui est devenuchieuvr. En gallo comme en français, leyod a disparu autour de laRenaissance, donnantchèvre etcheuv, et il ne se rencontre plus que dans lesCôtes-d'Armor[A 6]. Dans l'est de la Bretagne, la disparition du yod a été plus forte qu'en français, et certains locuteurs disentchen à la place dechien (du latincáne)[A 7].
Le[e] ouvert tonique latin a lui aussi évolué enie en gallo comme en français,hĕri donnant par exempleyere. En gallo, la voyelle suivant leyod est différente selon les régions. Dans la majeure partie de laHaute-Bretagne, c'est unschwa, et ailleurs, c'est un[ɛ] ou un[e] (la répartition géographique est la même que pour[e]/[eː])[A 8]. Le[o] ouvert tonique latin est devenu unue, puis s'est monophtongué en français, comme en gallo, vers leXIIe siècle et devenu[œ] en français,[ə] en gallo.Cór a ainsi donnéqheur[A 9]. L'évolution du [e] ferme tonique latin est beaucoup plus diverse, et la diphtongue originelleéi a été remplacée par une grande quantité de phonèmes variant selon les mots et les régions. Les multiples prononciations demai, issu du latinmé, illustrent cette diversité :[maj],[ma],[me],[mɛ], etc[A 10]. La prononciation latine du[o]/[u] ferme tonique libre est plus authentique en gallo que dans les autres langues d'oïl.Gùla a ainsi donnégoule en gallo, maisgueule en français. Certains termes sont toutefois influencés par les langues d'oïl voisines, etastour (« maintenant », du latinhóra) cède la place àasteur dans l'est de laHaute-Bretagne[A 11]. Dans le sud de laLoire-Atlantique, au contact dupoitevin, le[ɔ] est généralisé et on entendguernol etparto à la place deguernouille etpartout[A 12].
La diphtongue[aw], très employée, résulte le plus souvent de la disparition d'une consonne qui existait enlatin. Par exemple,fagu (« hêtre ») est devenufao et lehiatus[fau] s'est mué en diphtongue :[faw]. Pour certains mots commetalpa, le[l] s'est vocalisé en[u], et le[al] et donc devenu[aw] :[tawp], alors qu'en français, le[al] s'est fondu en[o] :taupe[top]. Dans le nord de laHaute-Bretagne, les diphtongues servent à exprimer lepluriel : un martè[maʁtə], des martiaos[maʁtjaw]. EnLoire-Atlantique, seule la forme plurielle est utilisée[B 5].
La diphtongue nasale[ɛ̃ɔ̃], qui s'entend, par exemple, dansgrand ([gʁɛ̃ɔ̃] « grand ») est typique des langues d'oïl de l'ouest et se retrouve ennormand, enpoitevin-saintongeais et enangevin, parfois sous des formes légèrement différentes ([aɔ̃] en saintongeais,[ɛ̃ɑ̃] en normand)[116].
Il n'existe pas encore de système d'écriture unique qui soit unanimement approuvé et connu. Le principal problème posé par le gallo est la différence de prononciation selon les régions. Par exemple, pour diremoi, les gallésants, selon leur région, diront[maj],[mεj],[mej],[ma],[mε] ou encore[me]. En utilisant l'écriture française, ils écriraient donc le même mot de nombreuses manières :maï, maye, maille, mèï, mey, meille, ma, mé, mè...
Cependant, la création d'un système commun s'impose afin d'améliorer la compréhension des textes, pour restituer les variétés de prononciation et pour rédiger un dictionnaire. Les différents systèmes d'écriture qui ont été proposés peuvent être regroupés en deux tendances : l'une privilégie une orthographe unique qui peut se prononcer de différentes façons en respectant les variétés régionales, et l'autre propose de nombreuses lettres et combinaisons de lettres illustrant tous les phonèmes régionaux pour permettre aux locuteurs d'écrire selon leur prononciation[117],[118].
Le premier effort de codification de l'orthographe du gallo a été entrepris par l'association des Amis du parler gallo en 1977. Elle proposait de conserver la graphie française en ajoutant des caractères propres, commelh pour indiquer lamouillure etë pour représenter leschwa[119]. Depuis, d'autres systèmes ont vu le jour, comme l'ELG, le MOGA, l'ABCD, le BAP...
Au point de vue de l'orthographe, deux groupes s'opposent : certains systèmes d'écriture proposent des orthographes complexes, avec des lettres muettes et des graphies non-phonétiques, mais d'autres sont plus phonétiques et évitent les lettres muettes.
Comparaison de plusieurs systèmes d'écriture[D 7] :
L'écriture ELG (sigle d'« écrire le gallo »), la plus ancienne, a été proposée en 1978 par Alan-Joseph Raude et refuse toute référence à l'orthographe française. Raude s'est appuyé sur les textes médiévaux en gallo afin de trouver une écriture originale, comme si le gallo n'avait jamais cessé d'être écrit. En reprenant des graphies médiévales, l'écriture ELG permet aussi de remonter aux origines du gallo à une époque à laquelle les différences de prononciation selon les régions étaient moins accentuées qu'aujourd'hui[B 1].
Ainsi, pour les mots signifiantdoigt,soir oumoi, qui se prononcent tous différemment selon les régions, on retrouve à la place duoi une long et uni court dulatin. Ces mots sont donc écrits avecei :deit, seir, mei, chacun peut les prononcer comme il en a l'habitude[B 1]. De même,ruczèu (ruisseau) se prononce[ʁysəw] à l'est de laHaute-Bretagne et[ʁyzəw] à l'ouest, et leae deBertaeyn (Bretagne), peut se prononcer[ae],[aɛ],[aə] etc. Les groupes de lettresoe, cz, tz sont d'autres éléments caractéristiques de cette graphie[120].
L'ELG a un aspect graphique qui donne au gallo une personnalité bien marquée[120]. En revanche, il est difficile à lire et écrire sans apprentissage, et même des gallésants ne se rendent pas toujours compte immédiatement que c'est le gallo. L'ELG est utilisé, par exemple, pour la signalisation bilingue français/gallo dans une station dumétro de Rennes[121].
Le système Aneit a été présenté en 1984 par l'association Bertègn Galèzz, qui a succédé aux Amis du parler gallo. Cette écriture est le fruit de cinq ans de recherches à travers laHaute-Bretagne et tient son nom de la brochure de présentation au public :Nostre lenghe aneit (« notre langue aujourd'hui »). Aussi appelée « graphie unifiée », elle reprend la démarcheétymologique de l'ELG.
Le système Aneit se différencie de l'ELG sur quelques points. Par exemple, chaque lettre écrite doit avoir une utilité, ce qui entraîne la suppression duh muet et des consonnes doubles sauf dans certains cas précis (ll pour indiquer lamouillure etc.)[B 6]. L'Aneit possède les mêmes difficultés que l'ELG puisqu'il faut connaître l'orthographe d'un mot pour pouvoir le déchiffrer et l'écrire soi-même. Par ailleurs, l'Aneit se sert des lettresó, ú et dur̃ (r surmonté d'untilde), des caractères difficilement accessibles depuis unclavier français[118].
La graphie Vantyé a été élaborée par l'association du même nom au début des années 1980 et se caractérise par la volonté de rapprochement avec le breton. Ainsi, le son [k] n'est représenté que par la lettrek, au détriment duq, utilisé par d'autres systèmes, et le [w] est représenté parw :ke pour « que » etwézyaw pour « oiseau ». Les lettres muettes sont abandonnées, et une certaine liberté est laissée à l'utilisateur[B 7].
La graphie Vantyé est donc davantage un outil pratique qu'une orthographe codifiée, au contraire de l'ELG et de l'Aneit, mais elle est donc beaucoup plus simple à maîtriser. Elle pose néanmoins certains problèmes puisqu'elle est principalement destinée aux locuteurs duMitau et ne permet pas d'écrire tous les phonèmes employés dans d'autres régions[118],[122].
L'écriture MOGA a été présentée en 2007 parBèrtran Ôbrée et l'association Chubri. Contrairement à l'ELG et à l'Aneit, qui s'intéressent à l'étymologie des mots, elle est une écriture phonétique. Par ailleurs, elle se sert des compétences en français des locuteurs. Ainsi, le son[ ɲ] est exprimé pargn, comme en français, et non parny ounh. De même, ladiphtongue[aw] est exprimée parao, au lieu desaù et desau des systèmes précédents, qui offrent des ambiguïtés puisqu'en français, le[w] est représenté parw. Chaque lettre ou groupe de lettres MOGA correspond à un son unique.
Les variétés régionales sont prises en compte. et des groupes de lettres ont été créés pour représenter tous les phonèmes du gallo même s'ils ne sont utilisés que par quelques locuteurs. Ainsilh exprime[ʎ], un phonème rare qui est cantonné au centre desCôtes-d'Armor[123].
Un même mot peut s’écrire de différentes façons selon les usages locaux, comme la ville deRennes, qui s’écrit en gallo dans les différentes graphies MOGARenn,Rènn,Rein·n ouRin·n (écriture et prononciation allant des usages les plus courants aux plus rares)[124]. Il n’y a donc pas une graphie MOGA mais des graphies MOGA.
L'écriture ABCD (des initiales de ses inventeurs : Régis Auffray, André Bienvenu, André Le Coq et Patrice Dréano) est utilisée par l'Association des enseignants de gallo et voila l'université de Rennes 2. Elle a été fixée en 2009 et reprend les grands principes du MOGA : utilisation des compétences en français et écriture phonétique. Alors que le MOGA propose un son par lettre ou par groupe de lettres, l'ABCD en propose plusieurs pour permettre aux utilisateurs de faire un choix. Cela permet de couvrir les variantes régionales, et un texte en ABCD ne sera pas lu de la même façon par tous les gallésants. L'ABCD fait aussi beaucoup appel aux normes françaises avec ses lettres muettes, comme less marquant le pluriel, et est donc très facilement lisible sans apprentissage préalable[125].
Équivalences des écritures ELG, MOGA et ABCD[123],[125],[126] Les phonèmes écrits comme en français (a, ch, p...) ne sont pas indiqués dans ce tableau. Par ailleurs, la prononciation des lettres de l'ELG et de l'ABCD variant fortement selon les régions, cette liste n'est pas exhaustive.
Par ailleurs, les écritures MOGA et ABCD se servent de la combinaisonll dans les motspalatalisés par certains gallésants. Ainsi,bllë se prononce[bjə] ou[blə] selon les régions. En ABCD, les combinaisonsmm,nm etnn ne se prononcent pas comme en français puisque la première lettre sert ànasaliser, et seule la seconde lettre se prononce :fenme se prononce[fɑ̃m] et non[fenm], etJanne se prononce[ ʒɑ̃n] et non[ ʒan]. Comme en français, si la lettre finale est une ou une consonne, elle ne se prononce généralement pas[125].
En MOGA,[lj] s'écritlh, etñ remplace len pour montrer que celui-ci ne doit pas être nasalisé :(il) diñra se prononce[dinʁa] comme en français[123].
Dans l'écriture ELG, certaines lettres et groupes de lettres ne se placent qu'à certaines positions commeoey, qui n'existe donc qu'en fin de mot. Comme en ABCD, les consonnes finales en ELG sont généralement muettes. Le son[s] s'écritcz,c,ç ous selon sa place dans le mot et les lettres qui l'entourent. En finale, son équivalent muet esttz[126].
Les articles en gallo sont pratiquement les mêmes qu'en français :le, la, les, eun, eune, des. L'article partitifdu existe aussi. Le pronom neutrece n'existe pas, etcela peut être remplacé pareci etela[B 1].
L'ordre despronoms personnels compléments dans la phrase peut différer du français. En effet, s’il y a deux pronoms compléments dans une proposition, l’un objet direct, l’autre objet indirect, ce dernier se place en premier. Ainsi, en gallo, on ditje li l'ai donnë pour « je le lui ai donné ». Cette règle est aussi valable à l'impératif :donne maï le pour « donne-le-moi »[127].
Les pronoms démonstratifs viennent dulatiniste :sti-ci, sti-là (masculin),ste-ci, ste-là (féminin). Le pluriel se rapproche du français :s(t)eus-ci, s(t)eus-là[B 8]. Les pronoms relatifs et interrogatifs sont semblables à ceux du français (qui/que) ; ils diffèrent surtout dans la prononciation puisque la plupart des gallésants utilisent desaffriquées ou laconsonne occlusive palatale sourde à la place de laconsonne occlusive vélaire sourde.[ke] et[ki] deviennent donc[cə]/[tʃə] et[ci]/[tʃi]. Par ailleurs, la distinction entre animé et inanimé n'est pas systématique :qhi qe tu vis ? peut aussi bien signifier « qui as-tu vu ? » que « qu'as-tu vu ? » Dans l'ouest de laHaute-Bretagne, la distinction est en revanche obligatoire, etcai (« quoi ») sert à désigner un objet inanimé[128].
La redondance du possessif aveca est fréquente :sés chevaos a li (« ses chevaux à lui »)[B 1]. La prépositiona placée devant un infinitif produit un même effet d'insistance et peut aussi être utilisée dans une phrase qui rend compte de deux actions simultanées, lorsque lefrançais utilise legérondif :i courea veni (« il vient en courant »)[D 8]. Lespronoms démonstratifs sont remplacés par des possessifs :le sien remplacecelui à/qui/que/de, par exemple :le sien qi veut signifiecelui qui veut[B 1].
Le mot françaisavec s'exprime en gallo de plusieurs façons selon le contexte. La prépositiono oud'o est utilisée pour parler d'une action associant une chose, un humain ou un animal :aler és cllozd'o son chen (« aller aux champs avec son chien »), ou bien dans le cadre d'une action passive entre deux humains :yètr d'assantd'o qheuq'eun (« être d'accord avec quelqu'un »). La prépositioncant oucantë est utilisée pour parler d'une action entre deux humains :yètr a caozercantë son bonaminz (« être à parler avec son ami »)[D 8].
Comme en français, les noms en gallo peuvent être masculins ou féminins et singuliers ou pluriels. Le genre des noms est généralement le même qu'en français sauf pour quelques exceptions commeaje (âge),bole (bol),crabe (crabe), qui sont féminins[D 9], etmemouere etvipere qui sont masculins[129].
La marque du féminin se fait de plusieurs façons selon les mots. Pour certains, comme en français, la consonne finale devient sonore :petit devientpetite, etvaizin devientvaizine. Dans les mots se terminant par une voyelle nasale, celle-ci peut être dénasalisée, comme pour le françaisbon/bonne. Les noms d'agent, dérivés d'un verbe et finissant en-ou, commechantou, prennent une terminaison en-ouze,-ouère ou-resse (eune chantouère, une chanteuse). Enfin, les mots se terminant en consonnes non muettes, en consonnes doubles ou développées (-ch, -sch...), sont invariables[D 9].
Le pluriel est, lui aussi, soumis à plusieurs règles différentes. Les mots finissant par une consonne restent invariables, mais ceux finissant par une voyelle peuvent allonger cette dernière :un crochet [kʁoʃɛ],des crochets [kʁoʃɛː]. D'autres mots ont un pluriel endiphtongue, commechatè (château) qui devientchatiao, ou en flexion vocalique, commepommier [pɔ̃mjə], qui devientpommiérs [pɔ̃mje]. EnLoire-Atlantique, le pluriel en diphtongue n'existe pas, la forme diphtonguée étant toujours utilisée :chatéo (château, châteaux).Le mondd est invariable et exprime un pluriel collectif, le verbe qui suit doit donc être conjugué au pluriel. Les adjectifs distinguent rarement le singulier du pluriel[D 9].
La conjugaison se caractérise par l'importance dupassé simple à l'oral. Les verbes de ce temps se répartissent en quatre groupes : la plupart, commehucher (« crier »), se conjuguent en-i :je huchis,tu huchis, etc. Il existe des variations pour la première et la troisième personne du pluriel :-imes ou-ites pour nous, et-ites ou-irant pour ils/elles. Les verbes en-air(e) ou-aer commebaire ouchaer ont des désinences en-û :je chûs, vous chûtes, etc. La première et la troisième personne du pluriel sont soumises aux mêmes variations que pour le groupe en-i. Enfin, il existe aussi quelques verbes en-u commevair, et enin commeveni etprindr. Le verbeavair est un verbe en-i, mais il peut aussi prendre les désinences des groupes en-û et-u. Le verbe être a deux formes :je fus/sus à cause d'un changement de radical[130].
Les terminaisons en-i, commej'apërchis,je venis, à la place du françaisj'aperçus,je vins, montrent la proximité du gallo avec lelatin pour les verbes latins des troisième et quatrième groupes. Pour les désinences du parfait du premier groupe en latin, le français a conservé la voyelle de liaison et le gallo la désinence finale[B 9] :
Latin
Gallo
Français
Choir
cecidit
i cheyit
il chut
Jeter
jecit
i jetit
il jeta
Fixer
fixit
i fixit
il fixa
Sonner
sonavit
i sonnit
il sonna
Laver
lavavit
i lavit
il lava
Les terminaisons des verbes auprésent de l'indicatif sont simples puisqu'elles sont les mêmes pour tous, sauf quelques exceptions, commeêtre. Les verbes réguliers se conjuguent en gardant le radical pour les personnes du singulier, et en rajoutant les désinences-ons ou-om pour nous, et-éz pour vous. Pour la troisième personne du pluriel, l'usage varie : soit le radical ne prend pas de désinence, soit il faut ajouter-ant ou-aint[130].
L'imparfait se forme avec le radical et des désinences similaires à celles du français, avec des prononciations qui peuvent varier fortement entre les régions, passant par exemple deje manjë àje manjay ouje manjéy. Comme pour le passé simple, la première et la troisième personne du pluriel sont soumises à des variations :-ions,-é ou-iom pour nous,-é,-a,-ay et-yon pour ils/elles. La forme ancienne-ao pour les deux premières personnes du singulier (je manjao) est attestée àBourseul, où elles servent aussi à conjuguer leconditionnel, et-yain pour la première personne du pluriel est visible dans des proverbes[130].
Leconditionnel est employé dans les subordonnées introduites parsi et marquant l'hypothèse, alors qu'en français, il faut utiliser l'imparfait de l'indicatif (« les si n'aiment pas les rai »). En gallo, on dit par exemple :si qheuqu'un seraet venu. En gallo, le conditionnel remplace aussi lesubjonctif dans les subordonnées finales introduites parpour[B 1].
L'impératif se forme avec les terminaisons duprésent de l'indicatif, sauf pour quelques verbes irréguliers commeveni (venir) :ataï ! (viens !),atous ! (venez !)[B 1].
L'interrogation s'exprime grâce à la particuleti qui se place après le verbe :j’ons -ti le dret d’aler vair ? (« ai-je le droit d'aller voir ? »). À la voie indirecte,qe s'interpose avant le sujet :Den caiqe tu sonjes ? (« à quoi penses-tu ? »)[131].
Le préfixeentre, qui marque la réciprocité (« s'entraider ») est un véritablemorphème en gallo, il peut ainsi s'utiliser librement avec un grand nombre de verbes :Les chens s'entr-taint mordus signifie « les chiens s'étaient mordus entre eux ». Il accompagne le pronom réfléchi et peut être séparé du verbe par un auxiliaire ou un pronom complément. Lavoix pronominale peut être utilisée pour indiquer un processus sans agent ou intérieur à la personne :i s'apernaet signifie « il apprenait tout seul »[B 10].
indicatif présent
imparfait
passé simple
futur
conditionnel
subjonctif présent
participe présent
participe passé
yètr(être)
je së/sé t'es il/ol ét je sons/sôme vous etes il/ol sont
je taes tu taes i/o taet je tions/tains vous tiéz i taent
je fus/sus tu fus/sus i/ol fut/sut je fumes/sumes vous futes/sutes i/ol furent/surant
je serë tu serâs i/ol sera je serons vous seréz i/ol seront
je serës tu serës i/ol serët je serions/serans vous seriez i/ol serant
qe je seje qe tu sejes q'i/o seje qe je sejions qe vous sejiéz q'i/ol sejent/sejant
etant
të
enveyer (envoyer)
j'enveye t'enveyes il/ol enveye j' enveyons v'enveyéz il enveyent/enveyant
j'enveyaes t'enveyaes il/ol enveyaet j'enveyons/enveyains v'enveyiéz il enveyent/enveyant
j'enveyis t'enveyis il/ol enveyit j'enveyimes v'enveyites il enveyirent
j'enveyerë t'enveyerâs il/ol enveyera j'enveyerons v'enveyeréz il enveyeront
j'enveyrës t'enveyerës il/ol enveyerët j'enveyerions/enveyerant v'enveyeriéz il enveyeraent
qe j'enveyeje qe t'enveyejes q'il/ol enveyeje qe j'enveyejions qe v'enveyejiéz q'il enveyejent/enveyejant
enveyant
enveyë
crere (croire)
je cres tu cres i/o cret je creyons vous creyéz i creyent/crevent/crezent/cressent
je creyaes tu creyaes i/o creyaet je creyons/creyains vous creyiéz i creyaent
je creyis/crû tu creyis/crûs il/ol creyit/crût je creyimes/crûmes vous creyites/crûtes i creyirent/crûrant
je crerë tu crerâs il/ol crera je crerons vous creréz i creront
je crerës tu crerës i/o crerët je crerions/crerant vous creriéz i crerant
qe je creje qe tu crejes q'i/o creje qe je crejions qe vous crejiéz q'i crejent/crejant
Le gallo est unelangue d'oïl, donc son lexique, tout comme sa grammaire, vient en très grande partie dulatin populaire. Le lexique issu du latin peut être présent dans l'ancien français ainsi que dans d'autres langues d'oïl, et des mots se sont aussi exportés auQuébec, commeferdillouz (« frileux »), employé par exemple auxÎles de la Madeleine dans legolfe du Saint-Laurent[133].
Les mots du gallo venus du latin n'ont pas forcément d'équivalent en français, commesicot, qui désigne le pied d'une plante coupée et vient dulatin populaireciccotu (cf. français « chicot »). D'autres mots, commemerien qui signifie « sieste », viennent du latin populaire (cf. français « méridienne »), mais ce n'est pas le cas du mot français correspondant (« sieste » est un emprunt de l'espagnol). Enfin, certains mots sont issus dulatin classique, commesubller, qui vient desibilāre. L'équivalent français,siffler, vient du latin populairesifilāre[C 6],[16]. Le verbechomë, du latincaumāre, a gardé son sens premier, « manquer de », mais il possède aussi d'autres sens, comme « lever », « dresser ». Il peut être utilisé à la forme réfléchie,se chomë signifiant « se mettre debout », et en participe présent,en chomant signifiant « en restant debout ». Lechomant veut aussi dire « squelette »[C 7].
Le gallo possède un importantsubstrat celtique, surtout hérité dugaulois mais aussi dubreton, qui permet de le distinguer des autres langues d'oïl. À cause des similarités entre le breton et le gaulois, il est parfois difficile de déterminer l'étymologie celte des mots gallo. Les emprunts aubreton sont plus courants autour de lafrontière linguistique. Un terme d'origine celtique employé à l'extrémité orientale de laHaute-Bretagne a donc plus de chance de venir du gaulois que du breton[C 6].
D'une manière générale, le breton a beaucoup plus importé de mots gallo que le gallo n'a importé de mots bretons[C 8]. Ainsi,brochë (« tricoter »), qui vient du latinbrocca, a donnébrochenn (« aiguille à tricoter ») en breton[B 1].
Le lexique d'origine germanique est issu en grande majorité dufrancique, la langue desFrancs. Ceux-ci ont occupé la partie orientale de la Bretagne à partir duVe siècle et se sont assimilés aux populations locales.
↑Voir par exemple :Mémoire d'une centenaire d'A. Denys,Meliy de F. Lécuyer,Les Braises de la vie d'A. Bienvenu ou la collectionHaote-Bertagne - Parlements e ecrivaijes
↑Voir par exemple : Eugène Cogrel & Yann Mikael,Fables de La Fontaine en parler mitaw, éditions de la Découvrance, 2004 - Robert Deguillaume,Fablengallo, éditions de la Découvrance, 1997
↑Cette consonne n'est pas utilisée par tous les locuteurs.
↑Henriette Walter,L'aventure des langues en Occident : Leur origine, leur histoire, leur géographie, Robert Laffont,, 476 p.(ISBN978-2-221-12192-4,lire en ligne)
↑Carmen Alén Garabato et Henri Boyer,Les langues de France au XXIe siècle : vitalité sociolinguistique et dynamiques culturelles : [communications du colloque des 8 et 9 décembre 2006 organisé à l'Université Paul-Valéry], Paris, Harmattan,, 304 p.(ISBN978-2-296-03767-0),p. 202
↑Marcel Cohen,Regards sur la langue française, Société d'Édition d'Enseignement Supérieur,
↑Carmen Alén Garabato et Henri Boyer,Les langues de France au XXIe siècle : vitalité sociolinguistique et dynamiques culturelles : [communications du colloque des 8 et 9 décembre 2006 organisé à l'Université Paul-Valéry], Paris, Harmattan,, 304 p.(ISBN978-2-296-03767-0),p. 204-205
↑Gabriel Guillaume et Jean-Paul Chauveau,Atlas linguistique et ethnographique de la Bretagne romane, de l'Anjou et du Maine, CNRS,,p. 5
↑Philippe Blanchet,Introduction À la Complexité de L'enseignement Du Français Langue Étrangère, Peeters Publishers,, 253 p.(ISBN978-90-429-0234-3,lire en ligne)
Jean-PaulChauveau,Le gallo : une présentation, Section de celtique, Faculté des lettres de Brest, Université de Bretagne occidentale,, 252 p.(BNF34765919)
La version du 22 avril 2014 de cet article a été reconnue comme « bon article », c'est-à-dire qu'elle répond à des critères de qualité concernant le style, la clarté, la pertinence, la citation des sources et l'illustration.