Le territoire gagaouze, qui s'étend sur 1 830 kilomètres carrés répartis sur quatre territoires non contigus, regroupe une quinzaine de communes regroupées en trois districts (dolay) :Comrat,Ceadîr-Lunga etVulcănești.
Carte de la Gagaouzie avec les trois dolay deComrat,Ceadîr-Lunga etVulcănești ; les noms figurent enroumain,gagaouze etrusse translittéré en caractères latins.Panneau marquant l'entrée dans le territoire autonome de Gagaouzie.
Ils descendraient de Turcs seldjoukides installés enDobrogée, des Pechenegs, desOghouzes (ouOğuz) et desCoumans, émigrés ou déplacés dans les Balkans lors de conflits intertribaux turcs sous le règne du sultanKay Kâwus II.
Les TurcsOğuz se sont convertis au christianisme orthodoxe après s'être installés dans l'Est des Balkans, en Bulgarie actuelle. Ces « Turcs gagaouzes » ont ensuite quitté la Bulgarie aux côtés deBulgares pour s'établir dans le sud de laBessarabie.
Les Gagaouzes ont été successivement rattachés à la Russie (de 1812 à 1917), à la Roumanie (de 1918 à 1940 et de 1941 à 1944), à l'Union soviétique (de 1940 à 1941 et de 1944 à 1991) et à la Moldavie depuis 1991.
En 1812, à la suite de l'annexion par l'Empire russe duBoudjak situé au nord des bouches du Danube (au traité de Bucarest), un échange de populations eut lieu : lesTatars et lesTurcs du Boudjak, musulmans, furent expulsés vers la Dobroudja restéeottomane (aujourd'hui partagée entre la Roumanie et la Bulgarie) tandis que des Gagaouzes et des Bulgares de Dobroudja, orthodoxes, vinrent s'installer à leur place dans le Boudjak, dans la nouvelleprovince russe de Bessarabie (aujourd'hui partagée entre la Moldavie et l'Ukraine)[2].
La période entre 1918 et 1940 fut une période faste pour la minorité gagaouze : de nombreuses personnalités se distinguent dans la vie politique, sociale et culturelle de la Roumanie. L'académicien Ștefan Ciobanu les a caractérisés comme suit : « De toutes les minorités de Bessarabie, la population gagaouze est celle qui se rapproche le plus du peuple roumain par ses qualités spirituelles, par sa loyauté et par la douceur de sa nature. Tous les Gagaouzes parlent parfaitement le roumain. »
Après 1944, les Gagaouzes ont été soumis à une russification forcée par les occupants russes, combinée à un isolement forcé des Roumains, de sorte que non seulement ils ont oublié la langue roumaine, mais ils ne connaissent plus non plus leur propre langue, la gagaouze.
Le nationalisme gagaouze a commencé comme un mouvement intellectuel dans les années 1980. Le mouvement s'est renforcé à la fin de la décennie, lorsque l'Union soviétique commence à adopter les idéaux démocratiques sousGorbachev.
En 1988, des militants intellectuels locaux, unis à d'autres minorités ethniques, créent un mouvement connu sous le nom de « Peuple de Gagaouzie ». Un an plus tard, la première assemblée de ce mouvement a eu lieu, au cours de laquelle une résolution a été adoptée appelant à la création d'un territoire autonome dans le sud de la Moldavie, avec capitale àComrat.
Le mouvement national gagaouze s'intensifie lorsque le roumain est accepté comme langue officielle de la république de Moldavie en août 1989, remplaçant le russe imposé après la seconde guerre mondiale. Mais une partie de la population multiethnique du sud de la Moldavie considère cette décision comme précipitée et exprime un manque de confiance dans le gouvernement central deChișinău.
En 1990, l'enjeu est la fédéralisation de larépublique de Moldavie sur la base de trois sujets égaux : la Moldavie, laTransnistrie et la Gagaouzie sous une sorte de protectorat tacite de la Russie.
Revendications gagaouzes sur le territoire moldave, formulées par Stepan Topal en 1991.
En décembre1990, alors que les roumanophonesmoldaves revendiquent laréunification avec la Roumanie à la fin ducommunisme soviétique, des émissaires des cercles conservateurs soviétiques convainquentStepan Topal, le leader séparatisteGagauz Halkı (« le peuple gagaouze »), avec le soutien tacite de Moscou, de proclamer unilatéralement uneRépublique gagaouze dont la revendication essentielle est de rester membre de l'URSS au cas où la Moldavie s'en détacherait (la République gagaouze s'étend en Moldavie, mais il y a également des villages à majorité gagaouze enUkraine, juste de l'autre côté de la frontière).
Effectivement, lorsque le 19 août 1990[3], la Moldavie proclame son indépendance, Stepan Topal, chef du mouvement national gagaouze, et l'assemblée des soviets gagaouzes ruraux à majorité communiste conservatrice proclament également la leur.
Mais entre-temps les dirigeants soviétiques avaient quant à euxrenoncé à l'idée de maintenir l'existence de l'URSS. C'est pourquoi, alors que laMoldavie est internationalement reconnue, même par laRussie, la République gagaouze n'est reconnue par personne et se retrouve isolée.
Le fait est que, contrairement à laTransnistrie (qui avait suivi la même logique politique), la Gagaouzie ne dispose alors d'aucun atout industriel ou stratégique : ni centrale hydroélectrique, ni usine d'armement, ni contrôle des voies de communication versOdessa. Son seul atout économique était l'exportation detabac, dont l'occident entend réduire la consommation donc l'importation. C'est pourquoi, Stepan Topal, contrairement à son homologue transnistrienIgor Smirnov, doit renoncer à l'indépendance et accepter un statut d'autonomie au sein de la Moldavie[4].
Les négociations aboutissent donc et leParlement moldave reconnait officiellement l'autonomie de la Gagaouzie en décembre1994, en échange de l’abandon des velléités indépendantistes. Toutes les villes peuplées à plus de 50 % de Gagaouzes sont incluses dans le territoire. Les dénominationsGagovtsy (Гаговцъ) devenue péjorative etGökoğuz jugée trop proche dunationalisme turc, sont remplacées par celles deГагау́зы ouGăgăuzi et deГагау́зия ouGăgăuzia désormais politiquement correctes.
Le démocrate réformateur gagaouzeDumitru Croitor, ministre moldave des Affaires étrangères, est gouverneur de 1999 à 2002. Il parvient à doubler le budget de la région et, dans le domaine de l'agriculture, à faire valider le programmeEarth, financé par l'USAID. Cela permet de rembourser une partie de la dette gagaouze et relancer les investissements, en particulier ceux de laTurquie, de l'Italie et de laRussie, créant de nouveaux emplois et de commencer à freiner l'émigration. En 2001, les conservateurs communistes reviennent en force en Moldavie (avec 50 %) et en Gagouzie (avec 80 %). Objet de pressions, Dumitru Croitor démissionne mais la Moldavie le nomme représentant de la République moldave auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).
Début 2002, la tension remonte. Les conservateurs communistes gagaouzes adoptent un comportement provocateur après la détérioration des relations entre la République moldave et les indépendantistes transnistriens en 2001 au sujet de l'application de nouvelles règles de commerce international déplaisant au Kremlin. Ils déclarent ne plus autoriser les députés de Chisinau à venir dans la région sans l'autorisation des autorités gagaouzes.
Toutefois, ce compromis reste fragile. Les tentatives de la Moldavie de se rapprocher de l'Union européenne provoquent chaque fois la réaction agacée du Kremlin à travers les dirigeantstransnistriens[5] et gagaouzes qui lui sont restés fidèles : ces derniers déclarent chaque fois vouloir serapprocher de la Russie et organisent des référendumsad hoc donnant toujours les mêmes résultats anti-européens.
Entre 2005 et 2009, les conservateurs communistes prônent d'abord un rapprochement avec l'Europe des Vingt-Huit. Moscou suspend ses importations de fruits et légumes en 2005 pour « raisons sanitaires » puis de vin moldave en mars 2006.
En 2009, l'Alliance moldave pro-européenne, une coalition de quatre formations militant pour l'adhésion à l'UE, remporte les élections en Moldavie. Le Premier ministre,Iurie Leanca, réduit les déficits et réoriente les exportations vers l'Europe.
La réaction du Kremlin ne se fait pas attendre : Moscou suspend ses importations de fruits, légumes, vin moldaves pour« raisons sanitaires ».
En 2013, juste avant la signature de l'accord de Partenariat de la Moldavie avec l'Union européenne, la tension monte encore.Mikhaïl Formouzal, bachkan (gouverneur) de Gagaouzie depuis 2006, organise un référendumad hoc et affirme :
« L’accord avec l’UE ne constitue pas un repère clair et précis (…) On nous dit : signez l’accord et vous intégrerez peut-être l’Europe. Mais dans combien de temps : cinq ans ? Dix-huit ans ? Trente ans ? Regardezla Turquie : elle remplit toutes les conditions et elle n’est pas acceptée dans l’UE. Autant prendre exemple sur la Suisse, qui est… neutre. »
Le, 97 % des votants gagaouzes se prononcent par référendum contre le rapprochement de la Moldavie avec l'Union européenne, 98 % pour une adhésion à l'Union douanière eurasiatique et 98,9 % se prononcent pour le droit de la Gagaouzie à déclarer son indépendance si la Moldavie devait être rattachée à la Roumanie. Le taux de participation varie selon les sources, entre 53 % (Radio Free Europe) et 72 % (Zimpul Timpul). Quoi qu'il en soit, Moscou lève partiellement son embargo sur les vins moldaves de Gagaouzie.
Le but avoué est bien de faire peser dans les décisions moldaves la menace de sécession de la Gagaouzie de la Moldavie[7],[8]. Cependant, ce scrutin n'a pas été reconnu par les autorités moldaves du fait de son inconstitutionnalité. Le quotidienAdevarul Moldova affirme :
« Les référendums font partie d’un scénario écrit à Moscou. C’est une provocation mise en scène par les agents russes, qui souhaitent déstabiliser le pays à l’approche de la signature de l’accord d’association avec UE et pendant une année électorale de surcroît… »
Depuis, le développement économique a fait de la Gagaouzie une des régions les plus dynamiques de Moldavie, avecune agriculture diversifiée et des échanges commerciaux internationaux intenses, dans l'augmentation desquels les capitaux turcs, via l'Organisation de coopération économique de la mer Noire, jouent un rôle important.
1946-1947 : Lafamine soviétique de 1946-1947 voit la moitié de la population gagaouze disparaître. Les survivants, en Moldavie comme en Ukraine, prennent désormais soin d'être des citoyens soviétiques modèles. Deskolkhozes tabatiers et viticoles voient le jour. La région y trouve une relative prospérité.
1988 : dans le contexte de laglasnost et de laperestroïka, les moldaves commencent à revendiquer leur auto-détermination : les Gagaouzes, alors dirigés par Stepan Topal, en font autant.
1989 : le roumain devient langue officielle de laMoldavie, ce qui est perçu comme discriminatoire par les partisans de Stepan Topal (d'autres, plus âgés, s'y rallient).
1991 : la République de Gagaouzie indépendante est proclamée par Stepan Topal dans les communes moldaves où les Gagaouzes sont majoritaires (le mouvement ne touche pas les villages gagaouzes d'Ukraine).
1994 : la Moldavie renonce à revendiquer sa roumanophonie, la langue est officiellement appeléemoldave et la Gagauz Yeri devient une région autonome de Moldavie. Le gouvernementturc propose à Stepan Topal de se rattacher à l'Église orthodoxe turque du patriarche Eftim III (qui serait ainsi passé d’une quarantaine de fidèles à près de 120 000). Stepan Topal lui rend visite aux frais du gouvernement turc. Mais lorsqu'Eftim III demande l’envoi de 100 familles gagaouzes et de 4 prêtres àIstanbul afin de constituer une vraie communauté, Stepan Topal ne peut accepter, compte tenu des obligations héritées de son passé soviétique : maintenir lapression russe sur le gouvernement nouvellement indépendant de laMoldavie, afin que le nouvel État moldave ne quitte pas la sphère d’influence de Moscou ou, s’il la quittait, que ce soit sans la Gagaouzie (et sans laTransnistrie)[11]. C’est pourquoi, même si leur rattachement au Patriarcat orthodoxe turc est régulièrement évoqué par la presse nationaliste turque, lesGagaouzes sont tous restés fidèles aupatriarcat de Moscou.
1995 : les élections de l'assemblée nationale de la région de Gagaouzie se tiennent. Le conflit de cinq années entre la Moldavie et la Gagaouzie se termine officiellement.
Depuis lors, toutes les élections donnent une majorité de plus 90% aux partis pro-russescommuniste etsocialiste. Après Stepan Topal, lesbaşkans (gouverneurs) de la Gagaouzie ont été Mihail Formuzal puisIrina Vlah issus de ces partis.
L'économie de la Gagaouzie est basée sur l'agriculture, la viticulture et l'élevage.
Les principaux produits d'exportation sont le vin, l'huile de tournesol, les boissons non alcoolisées, la laine, le cuir et les textiles. Il y a douze établissements vinicoles qui traitent plus de 400 000 tonnes par an. Il y a aussi deux usines d'huile, deux usines de tapis, une usine de viande et une usine d'alcool.
En 2014, la Gagaouzie compte 134 535 habitants dont 83,8 % deGagaouzes, 4,9 % deBulgares, 4,7 % deMoldaves, 3,2 % deRusses, 2,5 % d'Ukrainiens et 0,9 % de personnes d'une autre ethnie[1].
Par ailleurs, 80,4 % de la population se déclare de langue maternellegagaouze, 9,9 % de languerusse, 4,1 % de languebulgare, 3,8 % de languemoldave/roumaine, 1,3 % de langueukrainienne et 0,5 % d'une autre langue maternelle[1]. Le russe est, officiellement, « langue de communication interethnique » et une des langues d'enseignement[12].
La Gagaouzie compte 55 écoles, le Comrat Pedagogical College et l'université d'État de Comrat. La Turquie a fondé un centre culturelTürk İșbirliği Ve Kalkınma İdaresi Bașkanlığı et une librairieAtatürk Kütüphanesi.
Dans la commune de Beșalma se trouve un musée historique et ethnographique fondé par Dmitrii Kara Coban.
La Gagaouzie compte 451 kilomètres de routes, dont 82 % sont goudronnées. La Turquie a prêté 35 millions de dollars à la Moldavie pour améliorer le réseau de transport de la Gagaouzie.