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| Parentèle | Serge Lebovici (cousin germain) |
Gérard Lebovici, né le àParis, où il est mort assassiné le[1], est unproducteur de cinéma,imprésario,mécène etéditeurfrançais.
Gérard Lebovici naît le dans le8e arrondissement[2].
Il est issu d’une famille de juifs roumains : son père est courtier en matières premières ; sa mère Marie Lebovici, née Sarovici, née le àBucarest, est déportée par le convoi n° 38 () ducamp de Drancy versAuschwitz où elle meurt[3].
À l'âge de vingt ans, Gérard Lebovici envisage une carrière d'acteur de théâtre. Comme son cousinSerge Lebovici, il suit des cours de théâtre au conservatoire de Saint-Germain-en-Laye quand son père meurt. Obligé d'assurer sa subsistance, il reprend la petite affaire de poils et brosses de son père.
Mais sa passion pour lemonde du spectacle le rattrape : en 1960, sur les conseils de ses amisSerge Rousseau etClaude Berri, il fonde dans une chambre de bonne sa première agence d’imprésario, avecMichèle Méritz, dont un des premiers clients estJean-Pierre Cassel.
Au cours desannées 1960, Gérard Lebovici va connaître une réussite fulgurante dans le milieu du cinéma grâce à son flair et sa capacité à anticiper et innover.
Il produira par la suite les films d'Alain Resnais,François Truffaut etÉric Rohmer, ainsi que des films plus commerciaux.
Pour fonder un empire dans le milieu du cinéma, il reprend en1965 l'agence d'André Bernheim, puis absorbe l'agence Cimura, qui a sous contratJean-Paul Belmondo, pour aboutir en1970 à la création d'Artmedia[4], première agence en Europe pour les contrats de stars dans le monde du cinéma. Artmedia dispose d'un « portefeuille » de scénaristes, de réalisateurs et d'acteurs de grand renom, qui signent des contrats avec elle.
Dix ans plus tard, au milieu des années 1970, elle acquiert aussi la société de production A.A.A. (Acteurs Auteurs Associés).
Lebovici s'entoure de collaborateurs commeBertrand de Labbey,Jean-Louis Livi etSerge Rousseau qui au début desannées 1970, vont découvrir une nouvelle génération d'acteurs :Patrick Dewaere,Coluche,Miou-Miou, ouJacques Villeret, parfois déjà connus dans le monde du théâtre via le succès de leurs pièces.
Par ailleurs, s'intéressant à la musique classique[5], Gérard Lebovici a publié des ouvrages musicologiques : lesÉcrits d'Erik Satie (1981) etEn Évoquant Wagner deFrancis Pagnon (1981)[5].
Peu politisé dans sa jeunesse, Lebovici a longtemps été proche de la gauche modérée, notamment de l'avocatmendésisteGeorges Kiejman.
Sa rencontre avec Floriana Valentin, une Italienne née le, et avec l'ex-communisteGérard Guégan, journaliste auxCahiers du cinéma et proche du cinéasteJean-Luc Godard, maoïste du groupeGauche prolétarienne, l'amènent à une prise de conscience politique au moment des événements demai 68. Lors de la nuit d'émeute du,Gérard Guégan s'était réfugié chez Lebovici et sa femme. Lebovici estimera plus tard avoir vu dansMai 68 les prémices d'une véritable révolution.
Un an et demi aprèsMai 68, le, Gérard Lebovici fonde avecGérard Guégan, Alain Le Saux[4] et Floriana, devenue son épouse[4], une maison d'édition qu'il veut atypique, sous le nom deChamp libre[4]. Par l’entremise du vieil ami Georges Kiejman, avocat de la maison d'éditionGallimard,Champ libre compte sur la logistique de la première maison d'édition française pour sa diffusion et sa distribution[4].
En 1971, Lebovici rencontreGuy Debord, figure clé dusituationnisme. L'éditeur et homme de cinéma lui propose, pour son livreLa Société du spectacle, initialement édité en parBuchet-Chastel avec qui Debord est alors en litige, une nouvelle publication de son ouvrage, bénéficiant ainsi d'une diffusion et distribution par la maison d'édition amieGallimard, car il perçoit en lui un penseur original qui contribue à aiguiser son sens critique et à radicaliser ses opinions politiques par rapport à la vulgate gauchiste.
Lebovici finance trois films de Debord dontLa Société du spectacle en1973. En novembre 1974, il licencieGérard Guégan, dont le premier roman,La Rage au cœur, a obtenu un vif succès en mai 1974[4], et qu'il soupçonne de vouloir contrôlerChamp libre. Les quelques autres salariés sont virés« dans l’heure qui suit »[4].
Guy Debord exerce alors une plus grande influence, notamment en suggérant la sélection de certains titres à publier, même s'il ne participe pas directement à l'activité de la maison d'édition[réf. nécessaire].
La visée stratégique de Gérard Lebovici et de Guy Debord à travers Champ Libre est de mettre en lumière l'apparence des choses afin de mieux en dévoiler la réalité[réf. nécessaire]. Il s'agit dans le sillage de l'extrême gauche d'un travail de déprogrammation, de contre-information et de démystification dont Champ Libre se veut le vecteur essentiel[réf. nécessaire].
« En réagissant, sur le mode éditorial, à l'aliénation générale mortifère, au nucléaire (au système qu'il engendre ou révèle), au conditionnement médiatique de l'être et à l'inculture générale obligatoire, à la tentation d'écarter de notre histoire des moments passionnants de l'art et de la vie, et plus globalement à la dégradation de la qualité de l'existence, le catalogue des éditions Lebovici inaugurait un concept neuf et crucial, noble et indispensable contrepoint à l'industrialisation de l'imprimé. »[6].
Le cinéasteFrançois Truffaut traite, de son côté, Debord de « nouveau Tartuffe ». La publication des échanges épistolaires de Champ Libre en 1978 et en 1981, où un Lebovici sans concession envoie des lettres d'insultes à la manière des surréalistes, provoque un scandale.
En 1976, Gérard Lebovici entre en conflit avec une autre des personnalitéssituationnistes,Mustapha Khayati, qui lui reproche de vouloir éditer dans une version commerciale son célèbre pamphlet de 1966,De la misère en milieu étudiant[7].
Dans l'échange de courrier entre les deux hommes, Gérard Lebovici fait valoir que la première édition originale comporte la mention « ce texte peut être librement reproduit même sans indication d’origine »[7]. L'auteur avait lui estimé, dans son courrier à l'éditeur, que« ce texte n’est point fait pour la forme commerciale officielle que vous souhaitez lui donner, et qu’il faut le laisser continuer son chemin à travers les nombreuses éditions sauvages »[7].
En, quelques mois avant son assassinat, Lebovici qui est producteur de cinéma depuis les années 1960, achète leStudio Cujas, une salle de cinéma situéerue Cujas dans leQuartier latin de Paris, pour y projeter exclusivement les films deGuy Debord en programme continu. Selon lui, le Studio Cujas est comme « un musée qui n'exposerait qu'une œuvre ou une bibliothèque qui ne contiendrait qu'un seul livre »[8].
Fréquentant à cette époque Gérard Lebovici, l'éditeurBernard Wallet admire son art de« désintégrer le système de l'intérieur »[9]. Il décrit Gérard Lebovici comme un homme très attentif à l'autre, sans notion de barrières sociales, et bien que provenant de la bourgeoisie, très anticonventionnel et même aristocrate dans le bon sens du terme : impitoyable envers les bourgeois et très attentif aux prolétaires[10].
En 1984, Gérard Lebovici, fasciné par le caractère libertaire deJacques Mesrine, décide de rééditerL'Instinct de mort, l'autobiographie de l'« ennemi publicno 1 » tué en 1979 par la police. Il propose àMichel Audiard et àPatrick Modiano d'écrire une adaptation du livre quePhilippe Labro réaliserait[11]. En même temps, il prend sous son aile la fille de Jacques Mesrine, Sabrina.
Le livre sort avec une préface de Gérard Lebovici, dans laquelle il dénonce la loi récente qui confisque les droits d'auteur des personnes ayant publié le récit des crimes pour lesquels elles sont détenues, ainsi que l'attitude du précédent éditeur de Mesrine,Jean-Claude Lattès. Lebovici affirme que Mesrine était devenu un « symbole de liberté » et que le fait d'être l'éditeur de Mesrine est pour Champ Libre un « redoutable honneur ».
À cette époque, Gérard Lebovici prévoit de se retirer du monde du cinéma, dont il pense avoir fait le tour, et veut s'impliquer davantage dans l'édition.
Fin connaisseur de musique classique[5], Gérard Lebovici publieEn Évoquant Wagner du musicologueFrancis Pagnon en 1981[5]. Il avait auparavant publié lesÉcrits d'Erik Satie.

Le en soirée, au volant de saRenault 30 TX garée dans le parking public souterrain du 41,avenue Foch dans le16e arrondissement, il est tué de quatre balles dans la nuque tirées à bout portant[12].
Trois douilles de calibre.22 Long Rifle sont retrouvées sur le tapis de son véhicule alors que la4e est disposée verticalement sur la lunette arrière du véhicule, détail qui suggère l'exécution d'un contrat par untueur à gages[13] ; ses papiers d'identité manquent[14]. Le ou les assassins n'ont jamais été identifiés.
Gérard Lebovici est inhumé aucimetière du Montparnasse (25e division, partie ouest, sur le 1er rang ouest) lors de funérailles auxquelles seules sont présentes Floriana Valentin et sa sœur Nicole. Il sera rejoint par Floriana après la mort de celle-ci en 1990.
À la suite de ce drame, la presse, toutes tendances confondues, évoque la « vie mystérieuse » de la victime[15].
Certains accusent Guy Debord d'être l'instigateur du crime. L'entourage de Gérard Lebovici répond en publiantTout sur le personnage, le livre que Gérard Lebovici était en train de préparer.

En, Guy Debord publie sesConsidérations sur l'assassinat de Gérard Lebovici où il révèle la conversation, primordiale selon lui, entreFrancis Ryck etMarie-Christine de Montbrial, sur le rôle dePaul Barril, chargé de la cellule anti-terroriste sous la présidence deFrançois Mitterrand[16]. Le, il décide de ne plus voir Marie-Christine de Montbrial au prétexte des contacts qu'elle aurait, selon lui, conservés avec Ryck[17],[18].
En 2013, la presse a évoqué l'hypothèse selon laquelleMichel Ardouin, une figure du milieu du banditisme parisien, aurait été l'assassin de Gérard Lebovici ; l'explication avancée parJérôme Pierrat est que certaines productions de Lebovici « servaient à blanchir l’argent du crime »[4].
Floriana, en couple depuis le avec Lebovici, décide de poursuivre les activités éditoriales de son mari ; sur le conseil de Debord, elle rebaptise les Éditions Champ Libre « Éditions Gérard Lebovici ». Elle meurt d'un cancer le.
En avril[note 1] de la même année,Gérard Voitey, notaire et homme d'affaires, tente de reprendre les Éditions Gérard Lebovici, qui deviennent deux ans plus tard lesÉditions Ivrea.
Les enfants Lorenzo Valentin et Nicolas Lebovici[note 2] ont également des contacts directs, puis (à cause de Guy Debord) indirects, avecGérard Voitey ; ils finissent par se brouiller avec lui.
Guy Debord[19] se suicide le et Gérard Voitey fait de même trois jours plus tard.
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