Rubén Fulgencio Batista y Zaldívar, né le àBanes (Cuba) et mort le àMarbella enEspagne, est unmilitaire ethomme d’Étatcubain, nommé colonel en 1933. Élu à laprésidence de la république de Cuba en 1940, il respecte les règles démocratiques lors de ce premier mandat. Il ne se représente pas en 1944, mais le candidat qu'il soutient est battu parRamón Grau San Martín. En, il est élu sénateur. Il revient au pouvoir à la suite d'un coup d'État en 1952 puis il est élu sans opposition comme chef d'État en 1954.
Fulgencio Batista y Zaldívar naît àBanes àCuba le, moins de trois ans après que sa terre natale fut libérée de l'emprise espagnole et moins de deux ans avant qu'elle devienne unerépublique indépendante. Son père, Belisario Batista Palerma, était un paysan d'ethniearawak. Ses deux parents sont morts avant qu'il n'atteigne l'âge de treize ans.
Il quitta alors l'école pour devenir apprenti couturier. Fulgencio Batista travailla dans des productions decanne à sucre pour ensuite étudier dans le but de devenir barbier. Finalement, il s'engagea dans l'armée à l'âge de vingt ans.
Alors que Fulgencio Batista n'était qu'un simple sergent de l'armée, il joua un rôle décisif dans « la révolte des sergents » de1933, conséquence d'un profond mécontentement existant dans l’armée concernant leurs soldes, leur évolution de carrière et leurs conditions matérielles. La conspiration militaire menée par le sergent Pablo Rodriguez, concomitante à une forte mobilisation étudiante, débouche sur le renversement du gouvernement dictatorial deGerardo Machado et la mise en place d'un gouvernement dit « des Cent Jours(es) » mené parRamón Grau San Martín. Celui-ci propulse une série de réformes d'orientation nationaliste et sociale, comprenant la réduction du temps de travail, le droit de vote des femmes, des nationalisations d’intérêts économiques étrangers et l’affirmation de la souveraineté cubaine.
Heurtés par ces mesures, les États-Unis rejettent la légitimité du gouvernement cubain, auquel ils ne concèdent aucune reconnaissance diplomatique, et flattent les ambitions individuelles de certains militaires haut-gradés, parmi lesquels Batista, devenu colonel. Le, unejunte militaire présidée par Batista renverse le gouvernement provisoire et met en place un régime pro-américain. Si Batista n'a pas de fonctions dans la hiérarchie organique du gouvernement, il est, en tant que chef d'état-major, l'éminence grise des présidents successifsCarlos Mendieta etMiguel Mariano Gomez et le véritable maître de Cuba. Le journalistePablo de la Torriente Brau, membre de l’« Aile gauche étudiante » écrivait de lui à un ami, en 1936 :« Si nous lui dénions le courage personnel, nous ne pouvons nier ses autres qualités de dirigeant. Il a l’imagination d’un sténographe, c’est-à-dire la capacité d’interpréter rapidement un signe trompeur, un paragraphe dépourvu de sens, ou, en politique, une situation difficile. D’un autre côté, il a les attributs d’un démagogue : c’est un bon orateur, un homme de projets, il connaît le secret du sourire et de la poignée de main. Il s’est lui-même construit, imposé, et perfectionné […]. Il est sans aucun doute devant une situation difficile et nous ne devrions pas oublier qu’à Cuba, aujourd’hui, il est peut-être l’homme politique le plus habile, qu’il sait résoudre les problèmes, et qu’au moment de mesurer ses forces, il n’oublie jamais de mesurer celles de ses adversaires »[1].
Les syndicats cubains organisent en une importante grève générale avec le soutien duParti communiste et du Parti authentique pour obtenir le renversement du régime. Les transports et l’économie sont bloqués pendant plus de deux jours mais la grève finit désarticulée par la répression : plusieurs grévistes sont tués, la plupart des syndicats dissous et des figures de l'opposition partent en exil. En mai, Antonio Guiteras, ancien ministre sous le Gouvernement des Cent Jours et dirigeant de l'organisationJeune Cuba est assassiné par des agents du gouvernement[2].
Il introduit uneconstitution modelée sur celle desÉtats-Unis et, candidat d'une coalition hétéroclite mêlant sociaux-démocrates, conservateurs et leParti communiste cubain. Il est éluprésident de la république de Cuba le face àRamón Grau San Martín du Parti révolutionnaire cubain. Soucieux d'afficher sa rupture avec les partis corrompus qui ont accaparé le pouvoir depuis l'indépendance[3], il appela successivement deux communistes au gouvernement mais sans portefeuille attribué, d'abord le poèteJuan Marinello et quand ce dernier se présente à des élections sénatoriales, il est remplacé parCarlos Rafael Rodríguez, un des futurs responsables du pouvoir castriste[4]. Durant ces quatre ans de présidence, il respecte les règles démocratiques[5].
Il permit aux États-Unis d’utiliser les espaces aérien, maritime et terrestre de Cuba, de disposer de plusieurs bases aériennes et navales à usage exclusif durant laSeconde Guerre mondiale, sans traitement de réciprocité. En 1941, Cuba déclare la guerre à l’Allemagne.
En1944, Fulgencio Batista ne se représente pas et Carlos Salagrinas, le candidat qu'il soutient, est battu parRamón Grau San Martín[4]. Par une lettre publique, les communistes cubains saluèrent l’« œuvre » de Batista, lorsqu’il quitta la présidence en 1944 :« Nous avons commencé notre collaboration avec vous au milieu de 1938, quand vous étiez encore chef de l’armée constitutionnelle (…). En 1940, (…) nous avons contribué à votre élection par notre soutien enthousiaste, par la mobilisation de notre parti et par nos votes. (…) Au moment où vous quittez la présidence, nous voulons réaffirmer que vous avez notre affection, notre respect et notre estime pour vos principes d’homme d’État démocratique et progressiste »[6]. Le poètePablo Neruda célèbre lui aussi Fulgencio Batista comme « capitaine des îles » et « homme du peuple »[7],[8].
Fulgencio Batista se retire àDaytona Beach (Floride,États-Unis) de1945 à1949. Le, il est élu sénateur de Las Villas, une ville et une province du centre[4]. En1952, il se présente à l’élection présidentielle mais lessondages alors publiés lui sont nettement défavorables, le plaçant derrièreRoberto Agramonte(es) (candidat du Parti orthodoxe et favori de l’élection) etAurelio Hevia(es) du parti de l'ancien président Grau San Martín. LaCIA organise des actions de déstabilisations politiques dans l'île afin d'instaurer un climat propice à un coup d’État[réf. nécessaire]. Celui-ci a lieu le, soutenu par une frange de l'armée à laquelle Batista promet des augmentations de soldes[9]. Revenu au pouvoir, il fait quintupler le salaire présidentiel, suspend la constitution,rétablit la peine de mort[pertinence contestée] et interdit le droit de grève. Un « Bureau de répression des activités communistes » est instauré pour consolider l'autorité de son régime. L'historienPierre Rigoulot affirme que« présenter Batista comme une brute sanguinaire, par exemple, fait partie du credo castriste », certifiant que ce dernier« n’avait pas l’âme d’un grand dictateur »[10].
Pendant deux ans, il est le président par intérim. Si le nouveau gouvernement est rapidement reconnu par plusieurs pays, dont les États-Unis, il est cependant contesté à l'intérieur. Ainsi, le, des rebelles menés par unavocat,Fidel Castro, tentent sans succès de prendre d'assaut lacaserne de Moncada àSantiago de Cuba pour entraîner une insurrection. Trois partisans de Castro meurent au combat, 68 autres sont capturés et exécutés sommairement. Castro est lui-même arrêté par un groupe de soldats mais leur sergent désobéit à ses instructions et remet ses prisonniers aux autorités judiciaires. Lors du procès des survivants le cas de Fidel Castro fut disjoint. Il assura lui-même sa défense et fut condamné à quinze ans de prison avant d’être amnistié dix-huit mois plus tard[11].
En1954, Batista est élu président de la République sans opposition après le retrait de l'ex-président Ramon Grau San Martin qui appelle auboycott, pour protester contre lacorruption du régime. Après cette élection Fulgencio Batista décide de gracier et libérer Fidel Castro et ses partisans, qui quittent alors Cuba[12].
Lejeu et laprostitution, contrôlés par les gangs nord-américains et notamment laMafia (grâce aux relations entre Batista et leparrain mafieuxLucky Luciano), se développent. Batista négocie avecCosa nostra la construction decasinos et d'hôtels de luxe par l’État cubain, mais administrés exclusivement par la mafia. L'aéroport militaire de La Havane est utilisé comme plate-forme de transit pour le trafic de drogue grâce à l’emplacement stratégique de Cuba, et pour alimenter en cocaïne et héroïne les clubs de la capitale. Ces activités procurent au régime des recettes considérables et Batista et ses proches en tirent des bénéfices personnels. La capitale cubaine accueille même en uneconférence au sommet des chefs mafieux nord-américains qui rassemble plus d'un millier de participants et constitue la plus importante du genre[13],[3].
Selon le journaliste duWashington Post Karl E. Meyer,La Havane devient « une sorte de bordel pour les Nord-américains »[9]. L'historienArthur Schlesinger évoque également une ville« transformée en un grand casino et bordel pour les hommes d’affaires américains ». L'universitaireSamuel Farber relativise cette analyse considérant que l'importance économique que les États-Unis accordaient aux casinos et au tourisme était exagérée en raison d'une perception coloniale de Cuba[14].
Castro revient à Cuba dès décembre1956 et reprendses activités révolutionnaires pour déposer Batista, soutenu par une partie croissante de la population, notamment dans laprovince d'Oriente(en). La répression est brutale :« Pour chaque bombe qui explosait, deux prisonniers étaient sortis de prison et exécutés sommairement. Une nuit à Marianao, un quartier de Havane, les corps de 98 prisonniers politiques furent répandus à travers les rues, criblés de balles », selon le correspondant duChicago Tribune. Le, une grève générale est déclenchée dans la capitale mais, peu suivie en raison de son caractère improvisé, est facilement écrasée. De cent cinquante à deux cents grévistes sont tués et des centaines d'autres arrêtés. Dans les campagnes, des cadavres de guérilleros torturés sont accrochés aux arbres par les troupes gouvernementales[15].
En mai1958, Batista lance 12 000 hommes contre la guérilla castriste lors de l’« offensive d’été » qui échoue trois mois plus tard. Castro mène alors une contre-offensive qui débouche sur uneguerre civile le long de laSierra Maestra dans l’est jusqu’au centre du pays, empêchant la récolte saisonnière de la canne à sucre. Le, une partie de la population deSanta Clara apporte son aide aux guérilleros. Dans les jours qui suivent, ces derniers s'emparent de grandes quantités d’armes et des points stratégiques de la ville.
Le, Fulgencio Batista s'enfuit àSaint-Domingue avec sa famille et ses proches et quarante millions de dollars. Son départ est suivi par l'entrée àLa Havane de quelques milliers de guérilleros partisans de Fidel Castro. Un nouveau président,Manuel Urrutia, est nommé ; Fidel Castro devient commandant en chef de l'armée puis Premier ministre le. La chute du régime n'entraine pas de violences comparables à celles qui avaient suivi le renversement du dictateurGerardo Machado en 1933, ou deMarcos Pérez Jiménez qui venait de se produire, en 1958, auVenezuela. À La Havane cependant, il y a pillage et destruction des parcmètres, dont il était de notoriété publique que les revenus allaient non à l’État mais à l'épouse de Batista[15],Marta Fernandez Miranda de Batista.
Batista passa le reste de sa vie enexil, d'abord auPortugal, puis enEspagne à Guadalmina, une station balnéaire deMarbella, où il mourut le d'une crise cardiaque[18].
En 1926, il se marie avecElisa Godínez Gómez de Batista(en), avec qui il a trois enfants : Mirta Caridad (1927-2010), Fulgencio Rubén (1933-2007) et Elisa Aleida (née en 1933). Il reconnaît aussi légalement une fille hors mariage, Fermina Lazara Batista y Estévez. Il divorce en 1945 et se remarie avecMarta Fernandez Miranda de Batista, qui le suit dans son exil. Ils ont cinq enfants : Jorge Luis, Roberto Francisco, Fulgencio José, Marta Maluf Batista et Carlos Manuel (mort en 1969 d'une leucémie).
Dans la bande dessinéeQui a tué le Président ? de la série uchroniqueJour J, Fulgencio Batista n’a pas été renversé par Fidel Castro et ses affidés. Il complote avec le secrétaire d’État américainHenry Kissinger pour faire assassiner le présidentRichard Nixon[19].
Il est aperçu dans le filmLe Parrain, 2e partie, au moment du nouvel an 1959, où il annonce sa démission aux invités du palais présidentiel.
1946 :Sombras de América: problemas económicos y sociales.
1960 :Respuesta. Manuel León Sánchez S.C.L., Mexico (traduction anglaise sous le titreCuba Betrayed: The Growth and Decline of the Cuban Republic, Vantage Press,New York(ASINB0007DEH9A), 1962).
1961 :Piedras y leyes, Mexico (traduction anglaise sous le titreThe Growth and Decline of the Cuban Republic, Devin-Adair Company, New York(ISBN0-8159-5614-2), 1964).
1962 :Paradojas (réédité sous le titreParadojismos).
1964 :Cuba víctima de las contradicciones internationales.
1962 :To Rule is to Foresee, chapitre de l'ouvrage collectifTres Años, Mexico, Defensa Institucional Cubana, 1962(ASINB0007IYHK4).
↑Lettre de Pablo de la Torriente Brau à Raúl Roa, du, publiée en 1968, citée dans : Luis E. Aguilar,Cuba 1933. Prologue to Revolution, Ithaca et Londres,Cornell University Press, 1972,p. 173.
↑Samuel Farber,Revolution and Reaction in Cuba : 1933-1960, Wesleyan University Press,.
↑Juan Marinello, Blas Roca, « Au nom de l’Assemblée nationale du P.S.P. (1944) » dans Luis E. Aguilar,Marxism in Latin America, New York, A. Knopf, 1968,p. 133-138.