Elle commence, enfant, à chanter et faire de la musique avec ses frères avant d'enregistrer son premier disque. Elle est le symbole d’une jeunesse gentiment irrévérencieuse avec destubes tels queSacré Charlemagne, repris par les chorales et les écoles. Sa popularité dépasse les frontières à partir de1965, date à laquelle elle remporte le premier prix en tant que candidate duLuxembourg auConcours Eurovision de la chanson avec le titrePoupée de cire, poupée de son, écrite et composée parSerge Gainsbourg. Cette chanson est traduite dans de nombreuses langues et France Gall devient célèbre enEurope, comme enItalie et surtout enAllemagne, où elle est très populaire au début des années 1970.
Outre ces chansons, le couple lance l'opéra-rockStarmania et s'engage contre la famine et la sécheresse auMali, notamment avec l'ONG Action Écoles. France Gall et Michel Berger viennent de coécrire un nouvel album lorsque ce dernier meurt brutalement, le 2 août 1992. Après la mort de leur fille Pauline en 1997, elle quitte la scène. En hommage à Michel Berger, elle crée et veille aux représentations de lacomédie musicaleRésiste en 2015.
France Gall comptabilise plus de 20 millions de disques vendus dans le monde.
La petite Isabelle est surnommée « Babou »[N 1] par sa famille, surnom qu’elle porte jusqu'à sa mort.
Son père, devant son caractère affirmé, lui octroie le titre de « petit caporal ». Elle commence le piano à cinq ans, puis la guitare vers onze ans. Ses violons d’Ingres sont la peinture et les jeux de société. Vers l’âge de treize ou quatorze ans, elle fait de la musique avec ses deux frères, les jumeaux Patrice et Philippe : ils ont fondé un petit orchestre et jouent l'été sur les plages et l'hiver à Paris.
Isabelle Gall donne son premier concert privé àAuxerre dans l'atelier de Noël Brochet, un cousin éloigné, qui est sculpteur[4].
Pendant les vacances de Pâques1963, son père l'incite à enregistrer quelques chansons et remet les bandes à un éditeur musical,Denis Bourgeois. Le 11 juillet suivant, Denis Bourgeois lui fait passer une audition authéâtre des Champs-Élysées, où elle interprète cinq chansons[5],[N 2]. Du fait qu'elle est encore mineure (quinze ans, majorité à 21 à l'époque), c'est son père qui signe pour elle le contrat chezPhilips où Denis Bourgeois est déjàdirecteur artistique deSerge Gainsbourg. Elle enregistre quatre titres avec l'arrangeurAlain Goraguer[N 3],jazzman et compositeur, qui a notamment travaillé avec Gainsbourg etBoris Vian.
Pour ne pas interférer avecIsabelle Aubret, alors grande vedette de la même maison de disquesPhilips, Isabelle Gall, à la demande du directeur artistique Denis Bourgeois, change de prénom. Elle devient « France Gall » à la scène[6]. Ce prénom aurait été choisi par son père[7] ou par Denis Bourgeois[8], tous deux grands amateurs derugby, pour faire un jeu de mots avec le matchFrance-Galles de rugby, médiatisé lors de l'enregistrement de ses chansons[7],[N 4]. Au sujet du prénom France, la chanteuse commente simplement plus tard[6] :
« J’ai toujours été contre « France », je trouvais que c’était trop dur. « Isabelle », ça me correspondait, ça me plaisait. Je ne sais pas ce qui s’est passé pour que je me mette à aimer mon nom. Et maintenant c’est « France Gall ». C’est exactement moi. »
Le jour de ses seize ans, le, ses chansons sont diffusées pour la première fois à la radio française. C'est le titre phare,Ne sois pas si bête, qui obtient le succès. France Gall se place à la44e place duhit-parade deSalut les copains du mois de novembre (derrièreTu n'y crois pas deMichel Berger et devantLa Mamma deCharles Aznavour). Denis Bourgeois a alors une idée qui va s'avérer fructueuse. La carrière de son poulain Serge Gainsbourg piétine malgré plusieurs albums à son actif, ainsi que des compositions estimées pour des chanteurs rive gauche, commeMichèle Arnaud ouJuliette Gréco. Il propose à Gainsbourg d'écrire pour France Gall. Le compositeur signeN'écoute pas les idoles sur le deuxième 45 tours de la chanteuse, titre qui se place en tête du hit-parade du mois de mars1964. À propos de Serge Gainsbourg, France Gall confie[6] :
« C’est quelqu’un que j’avais du plaisir à voir parce que je l’admirais et j’aimais ce qu’il écrivait. Et j’aimais bien sa timidité, son élégance et son éducation. C’était très agréable comme relation. […] J’étais très impressionnée que cet homme travaille pour moi et s’intéresse à moi… »
Avec le succès, elle quitte lelycée Paul-Valéry où elle redouble sa classe de troisième[5].Paris Match du lui consacre un article pour la première fois[5]. Elle fait ses premiers pas sur scène le, en première partie deSacha Distel, à l'Ancienne Belgique deBruxelles[9]. Elle hérite de l'impresario de ce dernier,Maurice Tézé, qui est également parolier. Sous la direction de cette équipe composée de vétérans du métier, France Gall a des difficultés à défendre le choix de son répertoire (la seule chanson qu’elle a coécrite, avec son père, estPense à moi, sur une musique jazzy deJacques Datin, un des quatre titres de son premier45 tours).
France Gall posant en 1965 pour la revue italienneBIG.
Mais, cette équipe lui permet de créer un répertoire original, alors que la plupart de ses collèguesyéyés recourent systématiquement à des adaptations de succès anglo-saxons. Formée à cette école, elle confie plus tard[10] :
« Une interprète, déjà qu'elle n'écrit pas les paroles et la musique, si en plus elle pique les chansons des autres, si elle ne crée pas la chanson, cela n'a pas un grand intérêt. »
« Sacré Charlemagne, j'en étais malade, je me souviens, je n'aimais pas du tout ça. Je ne l'aimais pas et pourtant je l'ai laissé sortir. C'est vous dire à quel point je ne maîtrisais pas la situation. »
Sacré Charlemagne connaît un grand succès en France, où il se classeno 2 des ventes, mais aussi enEspagne (no 20) et enTurquie (no 5)[13]. Cette chanson devient même l'hymne du mouvement de la jeunesse algérienne[5] et donne, quelques décennies plus tard et à la demande des élèves du pôle scolaire d'Auvillers-les-Forges (Ardennes), le nom de « Rue du Sacré-Charlemagne » à celle qui passe devant leur école[N 6].
À l'automne 1964, France Gall apparaît sur la couverture du magazineMademoiselle Âge tendre et tape dans l’œil deSerge Gainsbourg, qui en achète un exemplaire. Rentré chez lui, il commence à composer la chanson qui deviendraPoupée de cire, poupée de son. Il s'inspire pour les paroles de sa chanson des réponses de la jeune chanteuse dans l’interview du magazine[14]. France Gall est ensuite sélectionnée pour représenter le Luxembourg au10e Concours Eurovision de la chanson qui a lieu en mars 1965. Elle est choisie par le biais de la station de radioRTL qui soutient le Luxembourg au concours et sélectionne des artistes pas forcément originaires du pays comme la chanteusegrecqueNana Mouskouri en 1963 ou l'auteur-compositeur-interprète françaisHugues Aufray en 1964. France Gall a gain de cause en choisissantPoupée de cire, poupée de son sur les dix chansons qui lui sont proposées.
Le, l'équipe des « 3 G », Gainsbourg-Gall-Goraguer, est àNaples, à laSala di Concerto della RAI (la salle de concerts des studios napolitains de la télévision italienne) où se tient leGrand Prix Eurovision de la chanson. Alors âgée de 17 ans, France Gall est la plus jeune concurrente de cette édition. Les répétitions sont interrompues par des incidents entre l'orchestre italien et la délégation luxembourgeoise. Les musiciens n'apprécient guère l'attitude à leur égard de l'auteur-compositeur de la chanson. Certains comparent sa partition au bruit d'une cavalcade[15] et d'autres huent la chanteuse[15]. Gainsbourg, furieux, claque la porte des répétitions et menace de retirer sa chanson du concours[15].
Un compromis finit par être trouvé, mais persiste une certaine tension qui se reflète dans l'attitude et la prestation de France Gall, déstabilisée par l'incident[16],[15]. En 2015, elle indique :« J’y suis allée, dans ma tête, tellement perdante[15]. » Passant en quinzième position sur les dix-huit participants et sous la direction d'Alain Goraguer, elle chante en effet d'une voix mal assurée devant plus de 150 millions de téléspectateurs.
La singularité de la chanson étonne[15]. Elle arrive en tête du vote final (jurys nationaux uniquement lors de cette édition) du début jusqu'à la fin et finit par remporter le Grand Prix[15]. La chanson obtient quatre fois la note maximale, mais huit pays, dont la France, ne lui attribuent aucun point[15]. France Gall apporte ainsi la deuxième victoire au Luxembourg, quatre ans après le chanteur françaisJean-Claude Pascal et son titreNous les amoureux. Gainsbourg et France Gall reçoivent chacun la médaille du Grand Prix des mains deMario Del Monaco. Pour la première fois dans l'histoire du concours, la chanson gagnante n'est pas une ballade. Elle rechante alors le titre tout à la fin de la soirée.
Le succès dePoupée de cire, poupée de son dépasse les frontières européennes et France Gall l'enregistre en trois langues : allemand, italien et japonais. La chanson atteint le top 10 de plusieurs pays :France,Allemagne,Espagne,Norvège,Danemark,Japon,Turquie,Argentine,Chili,Singapour,Autriche,Pays-Bas,Finlande,Suède[13]… Elle est l'une des premières chansons de l'histoire du concours à rencontrer un tel succès. Le public français s'émeut et reproche à Gall et à Gainsbourg d'avoir gagné pour le Luxembourg et non pour leur propre pays ; elle rétorque qu'elle ne connaît guère les coulisses de sa sélection parRTL, affirmant avoir choisi la chanson avec l'accord de l'« état-major du pays du Luxembourg »[17].
Elle confie par la suite queClaude François, resté en France, lui a annoncé la rupture de leur couple au téléphone juste après l'annonce de sa victoire, ce qui l'aurait déstabilisée alors qu'elle doit retourner sur scène interpréter la chanson[17],[15].« Tu as gagné, mais tu m’as perdu », lui aurait alors dit le chanteur[15]. De plus, juste après avoir remporté le concours, France Gall est giflée dans les coulisses parKathy Kirby, la représentante duRoyaume-Uni, classée deuxième avec la chansonI Belong et persuadée de s'être fait voler la victoire alors qu'elle est la favorite de cette édition[15]. France Gall éclate en sanglots. La presse, ignorant la situation, pense qu'il s'agit de larmes de joie. Elle est bouleversée lorsqu'elle réinterprète la chanson à la fin de l'émission. Elle n’assiste pas à la conférence de presse du lendemain afin de regagner Paris pour se réconcilier avec Claude François[15].
France Gall, auxPays-Bas en mai 1965 après sa victoire à l'Eurovision
« Nous avons découvert le fiancé secret de France Gall » (Claude François).
Extrait d'une revue italienne de 1965.
Elle part pour une tournée d'été de plusieurs mois sur les routes françaises avec le chapiteau duCirque de France. Son frère Philippe a remplacé le bassiste de l'orchestre. Elle continue d'engranger des succès écrits par Gainsbourg : il y aAttends ou va-t'en puis, à la fin de l'année,Nous ne sommes pas des anges ainsi queL'Amérique du parolierEddy Marnay et du compositeurGuy Magenta.
Le, elle est présente à lavilla Louvigny àLuxembourg, auGrand Prix Eurovision de la chanson européenne 1966. Pour rappeler le vainqueur de l'année précédente, l'orchestre jouePoupée de cire, poupée de son. À la fin du morceau la caméra filme une vue d'ensemble de l'orchestre avant un gros plan sur France Gall. Au terme de la soirée, elle remet la médaille du Grand Prix àUdo Jürgens, le gagnant autrichien avec la chansonMerci, Chérie.
À la suite de cette collaboration avec la chanteuse,Serge Gainsbourg rend hommage à France Gall, en 1978, dans l'émissionNuméro un, en confiant à son mariMichel Berger :
« France Gall m'a sauvé carrément la vie, puisque j'étais un marginal. En 1964,N'écoute pas les idoles, en 1965, l'Eurovision avecPoupée de cire, poupée de son et là, les portes se sont ouvertes. Maintenant, je ne suis plus un marginal, mais c'est toi qui es avec France Gall[18]. »
L'année1966 débute avec un nouveau tube de Gainsbourg,Baby pop, un texte que France Gall qualifie de « brutal », mais dont on n'écoute pas la noirceur des paroles chantées par cette adolescente de dix-huit ans.
France Gall figure sur la « photo du siècle » regroupant 46 vedettes françaises duyéyé en avril 1966[N 7].
En revanche, l'œuvre suivante de Gainsbourg,Les Sucettes, commentée par les propos appuyés de son auteur, déclenche un vent de scandale grandissant au fil des mois. Ce succès s'accorde mal avec les autres chansons naïves du même disque, telles queJe me marie en blanc,Ça me fait rire etQuand on est ensemble. D'autant plus que, parallèlement, dans le spectacle téléviséViva Morandi, qui s’inscrit dans la mouvance psychanalytique du dernier film deFellini,Juliette des esprits (1965), elle incarne l’une des deux jeunes filles en fleurs, sorties des bouches d'ombre, qui troublent le yéyé italienGianni Morandi à la recherche de l'amour. Elle est « La Grâce » qui chanteLes Sucettes (précédée d'un écriteau spécifiant « Fantaisie ») aux côtés deChristine Lebail qui est « La Pureté ». Ces interprétations contradictoires desSucettes déroutent et provoquent un malaise dont France Gall ne sort pas indemne quand elle comprend, trop tard, qu'elle a été manipulée dans un but médiatique. Ce qui lui fait dire :« Je n'aime pas susciter le scandale. J'aime qu'on m'aime »[19].
« — France Gall : En France, on m'est encore tombé dessus. —Philippe Constantin : Ah ! Oui ! Accusée de nécrophilie… Braves ménagères françaises, si elles avaient vu, aux USA, les ravissants coquetiers à l'effigie de Kennedy, avec la trace des balles dessinées en rouge sur le support… »
Au début de l'année1967, son duo avecMaurice Biraud,La Petite, évoquant une gamine convoitée par un ami du père, traîne ce disque vers le bas en éclipsant la poétiqueNéfertiti de Gainsbourg.
Son 45 tours suivant est enregistré avec l'orchestrateurDavid Whitaker, talentueux compositeur anglais. De nouveaux auteurs,Frank Thomas etJean-Michel Rivat, associés au compositeur-chanteurJoe Dassin, ont écrit pour France GallBébé requin, succès qui occulte les autres titres.Teenie weenie boppie, chanson avec laquelle Gainsbourg signe une charge contre leLSD, fait un flop qui marque la fin de leur collaboration au moment où Gainsbourg diversifie ses productions pour France Gall, notamment avec leur duo consacré à la peine de mort,Qui se souvient deCaryl Chessman ?, qui n'est pas commercialisé[20].
Dès1966, France Gall entame une carrière enAllemagne où elle enregistre régulièrement jusqu'en1972 avec une équipe, notamment avec le compositeur et orchestrateurWerner Müller. Des vedettes comme Heinz Buchholz ou le compositeur de musiques de filmsGiorgio Moroder (Midnight Express,Top Gun) lui écriventLove, l'amourund liebe (1967),Hippie, hippie (1968),Ich liebe dich, so wie du bist (1969) etMein Herz kann man nicht kaufen (1970). Quelques-uns de ses autres succès en allemand :Haifischbaby (Bébé requin),Die schönste Musik, die es gibt (« Music to Watch Girls By »),Was will ein Boy (1967),A Banda (Zwei Apfelsinen im Haar),Der Computer Nr. 3 (1968),Ein bißchen Goethe, ein bißchen Bonaparte,I Like Mozart (1969),Komm mit mir nach Bahia,Miguel (1972).
En France, elle ne connait plus de succès discographique et son association avec Serge Gainsbourg ne fonctionne plus. Même certaines de ses chansons pour enfants enregistrées en 1966 ne lui épargnent pas des jugements peu amènes, car soupçonnées rétrospectivement d'être pernicieuses (Les Leçons particulières)[réf. nécessaire]. Les mises en scène corrosives deJean-Christophe Averty lui faisant commander un troupeau d'hommes à quatre pattes pour illustrer sa chanson enfantineJ'ai retrouvé mon chien dans son émission téléviséeLes Raisins verts, n'arrangent pas les choses, comme en témoigne France Gall dansLes Inrockuptibles :« Mon personnage s’est parfois retrouvé transformé par les gens avec lesquels je travaillais. Je pense notamment à une émission de télé où je chantaisJ'ai retrouvé mon chien. Jean-Christophe Averty avait imaginé une mise en scène ahurissante où j’étais debout, en jupette, avec trois laisses à la main et, au bout des laisses, il y avait des vieillards et des clochards à la place des chiens. Dans le monde prude de la télé de l’époque, ça a provoqué un scandale incroyable ! »[21][source insuffisante].
Avec David Whitaker, elle enregistre un autre 45 tours avec une nouvelle œuvre du trio Thomas, Rivat et Dassin,Toi que je veux, mais cela ne fonctionne pas non plus. Les arrangements de bonne facture, tels ceux de laChanson indienne, composée par Whitaker, ne sauvent pas le disque. En1968, elle retrouve son orchestrateur AlainGoraguer pour son nouveau disque. Les quatre titres, le jazzyLe Temps du tempo (paroles deRobert Gall et musique deGoraguer), le popDady da da (paroles dePierre Delanoë sur la musique composée parMichel Colombier pour l'indicatif original nomméThe Big Team[22] du magazine TVDim, Dam, Dom), le folkLa Vieille Fille deRivat etDassin et le classiqueAllo ! Monsieur là-haut du compositeurGérard Gustin avec des paroles écrites par le comédienPhilippe Nicaud, sont balayés parMai 68. Elle quitte alors Paris pour ne pas vivre ces événements[23] :
« Ah la la, ce que j'ai pu avoir peur. Au début, je n'éprouvais qu'une certaine irritation. À cause des batailles duQuartier latin et des grèves, voilà que la sortie de mon nouveau super 45 tours était compromise. Moi qui avais tant travaillé pour qu'il soit réussi. Et à l'irritation a succédé la peur. Une peur carabinée[24]. »
La chanteuse en 1969 dans la presse TV italienne.
Ses chansons suivantes, malgré la sensuelle et délicate jazzyY'a du soleil à vendre écrite parRobert Gall sur une musique d'Hubert Giraud ou les compositions de Dassin (Toi que je veux[N 8],24 / 36,Souffler les bougies), ne suscitent pas d'intérêt. France Gall profite, fin 1968, de sa récente majorité, vingt et un ans à l'époque et de l'échéance de son contrat chezPhilips la même année pour voler de ses propres ailes en se séparant de Denis Bourgeois.
Avec La Compagnie etNorbert Saada commeproducteur de musique et directeur artistique, France Gall commence une traversée du désert avec des enregistrements où le meilleur côtoie souvent le pire, sans qu'elle réussisse à trouver un style cohérent. Elle s'égare dès1969 avec deux adaptations : l'une originaire d'Italie,L'Orage (La Pioggia), qu'elle défend pourtant avecGigliola Cinquetti aufestival de Sanremo 1969 et l'autre créée par la Britannique Barbara Ruskin,Les Années folles (Gentlemen Please). Elle se remémore cette époque lors d'un entretien accordé aux journalistes dePlatine magazine en1996[25] :
« —Platine : Vous avez souffert de ce creux de la vague ? — France Gall : Qu'est-ce que je n'étais pas bien ! C'est assez angoissant à vingt ans de ne pas avoir d'argent quand on en a eu beaucoup à seize. —Platine :La Compagnie, c'était une galère ? — France Gall : Galère, c'est le mot ! Hallucinant. Je suis même allée aufestival de Sanremo défendreL'Orage avecGigliola Cinquetti. Là, j'ai même chanté aveclittleStevie Wonder. Je me souviens avoir été très mauvaise. »
Parallèlement, France Gall est la spectatrice assidue de la version française de la comédie musicaleHair oùJulien Clerc tient le premier rôle ; c'est ainsi qu'en août 1969 elle entre dans la vie de Julien Clerc. Mais, souffrant de rester dans son ombre alors qu'elle est en pleine traversée du désert artistique, elle finit par le quitter en 1974. Bien avant leur rupture, il a néanmoins composé la musique d'une chanson conçue pour elle,Chasse-neige (1971), tandis que leur séparation lui inspireSouffrir par toi n'est pas souffrir (1975), les paroles de ces deux chansons sont signéesÉtienne Roda-Gil.
En1971, elle est la première artiste à enregistrer en France pour le label américainAtlantic. Mais même avec des prestigieux auteurs commeJacques Lanzmann et sonC'est cela l'amour (sur une musiqueblues de Paul-Jean Borowsky — ex-Martin Circus) ouÉtienne Roda-Gil avecChasse-neige etCaméléon, caméléon, cela ne fonctionne pas. France Gall se tourne alors à nouveau vers Gainsbourg. Il lui écrit, en1972,Frankenstein et, sur une musique deJean-Claude Vannier,Les Petits Ballons, tentative de réédition du succès sulfureux desSucettes qu'elle accepte d'enregistrer pour le labelEMI-Pathé, mais cela ne fonctionne toujours pas. Elle travaille avecJean-Michel Rivat comme directeur artistique et, malgré la maturité des textes de celui-ci, c'est encore le flop avec5 minutes d'amour etLa Quatrième Chose (1972), puis avec les deux chansons de son 45 tours suivant,Par plaisir etPlus haut que moi (1973).
En 1971, elle participe avec son frère Patrice à unroman-photo que le magazineTélé Poche publie en huit épisodes et qu'elle commente ainsi aux journalistes dePlatine magazine :« Pour moi, ce roman-photo, c'était la déchéance. L'étape d'après aurait été de faire un film porno (rires) »[25].
Au printemps1973, France Gall, au volant de sa petite Austin, roule dans les rues de Paris. Son poste de radio allumé, elle entend, subjuguée, la chansonAttends-moi interprétée parMichel Berger[26]. À l'occasion de leur rencontre lors d'une émission de radio, elle lui demande s'il peut lui donner son avis à propos des chansons que son producteur voudrait lui faire enregistrer. Bien que Michel Berger soit déconcerté par la pauvreté des chansons proposées à France Gall, il n'est pas question pour lui d'une collaboration entre eux. Ce n'est que six mois plus tard, en1974, qu'il accepte d'écrire pour elle, après qu'elle a fait une voix sur le titreMon fils rira du rock'n'roll du nouvel album de Berger (Chansons pour une fan) et après que l'éditeur de Gall le lui a proposé. La chanteuse a déjà décidé :« Ce sera lui ou ce sera personne »[6].
C'est ainsi que naît en1974La Déclaration d'amour, premier succès d'une longue liste et que la carrière de la chanteuse prend un nouvel essor[27] :
« Premier disque, première chanson. J'attendais tellement de cette première fois que quand il m'a joué la chanson au piano, j'ai été… comment dire… un peu déçue. Je rêvais d'une chanson rythmique et me voilà avec une sensuelle déclaration. Le jour du studio, j'étais un peu tendue. Après une ou deux prises, Michel était content. Dans la foulée, il me demande d'écrire un texte parlé sur l’ad lib[28] de la fin comme si j'avais fait ça toute ma vie, écrire ! Il s'est rendu compte qu'il manquait un solo de guitare à deux heures du matin. Effondré, il ouvre la porte du studio et croise un guitariste qui travaillait à côté et qui rentrait chez lui. En un quart d'heure, la guitare deJean-Pierre Castelain s'imprimait sur la bande seize-pistes où le piano de Michel, omniprésent, donne à lui seul le balancement bien particulier de cette chanson. Premier cadeau. Le public a été là tout de suite. »
Elle ajoute à propos de cette rencontre décisive :« Ça a transformé mon existence, ma vie. Ça m’a apaisée »[6].
Le, après douze ans de carrière, paraît son premieralbum studio enregistré comme tel (les neuf précédents étant plutôt des compilations des titres parus en 45 tours),France Gall[27], enregistré en 1975. L'interprète s'entretient à ce sujet avec le journaliste Richard Cannavo :« C'est mon premier album ! C'est un truc énorme pour moi ». Richard Cannavo ajoute :« Ce premier album, c'est une manière d'effacer définitivement la France Gall des sixties : on est passé à autre chose. »[27],[N 9].
Sous l'impulsion de Berger, elle reprend goût à la scène. En1978, elle monte de nouveau sur les planches, celles duthéâtre des Champs-Élysées (où elle a auditionné quinze ans plus tôt), pour un spectacle intituléMade in France. Outre le fait que les duettistes travestis brésiliensLes Étoiles assurent un intermède (contesté) en milieu de spectacle et que France Gall enchaîne avec eux en reprenant une de ses chansons de 1973, labossa novaPlus haut que moi (adaptation française deMaria vai com as outras, écrite, composée et interprétée à l'origine par les BrésiliensVinícius de Moraes etToquinho) ; une des originalités de ce spectacle est qu'il repose sur une formation exclusivement composée de femmes : à l'orchestre, aux chœurs[N 10] et à la danse. Comme un pied de nez à son ancienne carrière, le spectacle commence par les premières notes mélodieuses dePoupée de cire qui laissent place au rythme survolté deMusique présentant « la nouvelle France Gall » au public.
En 1979, c'est un spectacle inédit auquel France Gall participe dans le rôle de Cristal[N 11] et qui reste dans les mémoires. L'opéra-rockStarmania est présenté pendant un mois auPalais des congrès de Paris. Composé par Michel Berger et écrit par l'auteur québécoisLuc Plamondon, c'est une réussite, alors que ce genre musical ne rencontre pas les faveurs des producteurs en France.
Elton John, au début des années 1980, s'intéresse à France Gall et Michel Berger.
Le tubeIl jouait du piano debout, qui fait écho aurocker et musicien américainJerry Lee Lewis, issu de l'albumParis, France, obtient un grand succès populaire durant l'été 1980. À la même époque,Elton John qui vit une partie de l'année en France, découvre la musique du couple. Il les contacte pour une collaboration. De cette rencontre naîtrontDonner pour donner etLes Aveux, deux titres réunis en1980 sur un45 tours qui atteindra bientôt le sommet duhit-parade français et une solide amitié en découlera[30].
Après la sortie de l'albumTout pour la musique en 1981, France Gall investit début 1982 lePalais des sports de Paris pendant 3 semaines à guichets fermés, pour présenter un spectacle novateur, haut en couleur et en musiques électriques. Le public reprend en chœur les chansons, dont deux titres devenus depuis des standards de la chanson française :Résiste etIl jouait du piano debout[N 12].
Lesannées 1980 sont celles des grandes actions humanitaires dont l'impulsion est donnée par des Anglo-Saxons et le tube de leurBand Aid. France Gall se joindra auxChanteurs sans frontières, à l'initiative deValérie Lagrange et sous l'égide deRenaud, pour offrir, en1985, unSOSÉthiopie au profit du pays en question.
Les années1985 et1986 voient France Gall avecMichel Berger,Richard Berry,Daniel Balavoine etLionel Rotcage œuvrer notamment pour leMali grâce à leur associationAction Écoles. Des écoliers volontaires vont récolter des denrées de première nécessité pour ces pays d'Afrique où sévissent la famine et la sécheresse. Ainsi, des tonnes de nourriture et des pompes à eau sont expédiées sous l'œil vigilant des artistes.
À la suite de la mort accidentelle deDaniel Balavoine le, France Gall chante en 1987 le titreÉvidemment, naturellement écrit par Berger, en hommage à leur ami disparu. Ce titre figure sur l'albumBabacar. Dans cet album, est également gravé le titreElla, elle l'a, hommage à la chanteuse de jazzElla Fitzgerald, qui est resté en tête des ventes durant quatre semaines en Allemagne, cinquième single le plus vendu cette année-là et qui a eu encore plus de succès qu'en France. Comme un apogée,Babacar reste l'album le plus vendu de sa carrière pourtant déjà très riche en succès.
Lors d'un passage àGrenoble en octobre 1987, France Gall est abordée par un jeune fan de seize ans venant de participer à une émission deRTL consacrée à de jeunes talents. Elle décèle immédiatement les qualités du jeuneCalogero et en parle à sa maison de production Apache. Calogero dira plus tard « qu'après l'avoir rencontrée, [il] étai[t] certain de réussir [s]on rêve »[32].
L'albumBabacar donne lieu à un nouveau spectacle. C'est l'éblouissantTour de France 88 mis en scène par Berger. Représenté à guichets fermés durant 6 semaines au Zénith de Paris fin 1987, il est suivi d'une tournée triomphale courant jusqu'en 1988. France Gall est accompagnée sur scène par le groupe de cuivres américainsPhenix Horns (section de cuivre deEarth, Wind and Fire,Phil Collins etGenesis) et par la troupe africaine deDoudou N'diaye Rose. Elle considère ce spectacle et la puissance du mélange de musiques des trois continents comme le sommet de sa carrière.
France Gall, qui a déjà songé à arrêter sa carrière, est interviewée à cette occasion par Richard Cannavo[33] :
« — Lorsque vous préparez un spectacle, vous vous dites que c'est peut-être le dernier ? — Non, mais je me dis que je n'en offrirai plus des quantités, ça c'est sûr… Mais ce n'est pas le dernier, parce que le dernier ce sera Michel et moi. En attendant, vous n'imaginez pas combien je vais en profiter, de celui-là. Vous ne pouvez pas vous imaginer ! De chaque soir, de chaque seconde ; il faut que j'amasse un maximum, des émotions, des souvenirs, pour « après »… Parce que le jour où je m'arrêterai, ce sera quelque chose de très douloureux… Mais c'est une chose à laquelle je me prépare depuis des années déjà. Tant que je me sens proche de mon public, ça va. Mais un jour je m'arrêterai, c'est sûr. Je crois que ce qui sera plus fort que ma passion pour ce métier, c'est la crainte de tout gâcher. Parce que ce qui me fait peur surtout, c'est l'idée de ne pas me rendre compte que je vieillis et que je ne parle plus le même langage. C'est ça qui me fera décrocher : lorsque je ne parlerai plus « leur » langage. Et je veux que ce soit par ma propre volonté, par-delà ma tristesse. »
Elle désire pourtant interrompre sa carrière après le tourbillon du succès de l'albumBabacar et de la tournée consécutive — à la surprise de Michel Berger, qui lui en veut beaucoup sur le moment au point de se sentir trahi[34].
France Gall prend du recul et enregistre peu pendant les années qui suivent. Elle ne consent à reprendre le chemin des studios qu'à condition d'enregistrer un album avecMichel Berger. Elle s'investit comme jamais dans cette création à deux voix, pas tout à fait un duo ; l'albumDouble Jeu sort en. France Gall et Michel Berger ont tourné ensemble le clip du titre-phareLaissez passer les rêves. Ils annoncent une série de concerts dans des salles parisiennes commeLa Cigale etBercy.
À l'été, Michel Berger se repose aux côtés de son épouse dans leur propriété deRamatuelle, dans le sud de la France, où il meurt le d'une crise cardiaque à la suite d'une partie de tennis avec Marie-Françoise Holtz.
Selon les confidences en de Franka Berger, sœur de Michel Berger, et deBernard Saint-Paul, proche collaborateur deVéronique Sanson, Michel Berger vit une histoire sentimentale avec Béatrice Grimm[35], jeune mannequin et apprentie-chanteuse durant les mois précédant son décès en 1992[36] et projette de s'installer avec elle dans une maison àSanta Monica[37]. Grégoire Colard, l'agent de Michel Berger et de France Gall ayant cessé de travailler pour le couple en1990, affirme que France Gall est à cette époque parfaitement au courant de la liaison extraconjugale de son époux et qu'elle en parle librement[38]. À contrario,Serge Perathoner etJannick Top, musiciens et proches collaborateurs de Michel Berger jusqu'à sa mort n'ont pas eu connaissance d'une liaison de l'artiste avec Béatrice Grimm[38][source insuffisante].
Avec la disparition de Michel Berger, le projet de concerts en duo est interrompu et France Gall décide de « ne pas enterrer » ce dernier album et de le défendre seule sur scène à Bercy. Rendez-vous est pris au printemps 1993.
Très affectée par le décès de Michel Berger, elle apprend pendant les répétitions de son spectacle de Bercy être atteinte d'un cancer du sein. Le spectacle et la tournée sont repoussés en septembre 1993, le temps des soins et du rétablissement.
À peine la tournée de Bercy terminée, France Gall décide d'enchaîner avec la création d'un nouveau spectacle donnant lieu à des représentations à la salle Pleyel ainsi qu'à une nouvelle tournée en France et en Belgique en septembre 1994. Le spectacle se veut plus joyeux et dansant qu'à Bercy. Elle confie plus tard s'être « noyée dans la musique » après la disparition de Michel, comme une bouée pour surmonter l'épreuve et vivre dans la musique de son pygmalion.
En 1995, elle vit quelques mois àLos Angeles[41] avec ses enfants[42]. Loin des souvenirs, elle enregistre l'albumFrance constitué de reprises de chansons de Michel Berger et d'elle-même, dans un style New Jack. Elle est entourée de très grands musiciens américains et de son nouveau compagnon Bruck Dawit[43].
En 1996, elle est l'invitée d'honneur de l'émissionGraines de star, présentée parLaurent Boyer surM6. Les candidats du télé-crochet, parmi lesquels se trouventNâdiya etThierry Baumann, interprètent ses chansons.
L'albumFrance annonce une nouvelle tournée et un spectacle à l'Olympia à l'automne 1996.
Les problèmes de santé de sa fille Pauline étant de plus en plus fréquents, elle décide de mettre définitivement un terme à sa carrière de chanteuse en donnant unConcert Privé sur la chaîne M6 en 1997. Comme pour boucler la boucle, elle y reprend notammentAttends ou va-t'en, sa« chanson préférée »[10] signée Gainsbourg et écrite en 1965 puis interprète en duo avecCharles Aznavour,La Mamma, chanson écrite par son père Robert Gall. Fin 1997, Pauline meurt à 19 ans de la mucoviscidose.
Approchée en 1998 parPascal Obispo, qui lui présente des compositions, elle ne donne pas suite[44].
Les 12 et, elle fait deux apparitions sur la scène de l'Olympia, pour interpréterQuelque chose de Tennessee en duo avecJohnny Hallyday[45]. C'est la dernière fois qu'elle chante sur scène[46]. Elle n'apparaît quasiment plus dans les médias.
En septembre 2002, les participants à ladeuxième saison deStar Academy font de la chansonMusique leur hymne qui figure sur l'albumStar Academy chante Michel Berger. Après avoir vu leur prestation lors dudeuxième prime-time en direct surTF1, France Gall se plaint de cette reprise à la production de l'émission. Les apprentis chanteurs se verront dans l'obligation de réenregistrer une nouvelle version. Elle refuse de participer au conte musicalLe Soldat rose, présenté en 2006, que lui proposeLouis Chedid pour le rôle finalement tenu parVanessa Paradis[47].
Après une très longue période de deuil et de repli dans l'ombre et « le silence », le, jour anniversaire des vingt ans de la mort deMichel Berger, la radioEurope 1 diffuse un entretien dans lequel France Gall annonce travailler à« l’écriture d’un spectacle musical autour de la musique de Michel, chantée par lui ou par [elle] »[48]. Ce projet, qui répond selon elle« à une attente du public », consiste à« monter en spectacle, revivre les tournées même si elle ne va pas chanter », confie-t-elle lors de cet entretien[48]. Début 2015, elle laisse toutefois planer le doute sur un éventuel retour à la chanson[49].
Tombe de France Gall,Michel Berger et de leur fille Pauline.
Lecancer du sein de France Gall, traité en 1993 et révélé au grand public[52], connaît une récidive en 2015[53].
Le, elle participe à la cérémonie desGlobes de cristal, où son spectacleRésiste reçoit le prix de la meilleure comédie musicale ; c'est sa dernière apparition publique[54].
France Gall meurt le, à l'âge de 70 ans, des suites de la récidive de son cancer[57],[58].
Le cercueil de France Gall est exposé au public aufunérarium duMont Valérien pendant deux jours[59]. Ses obsèques civiles (sans office religieux[60]) ont lieu le[61] aucimetière de Montmartre,« dans la plus grande intimité », selon le souhait de la famille et en présence de quelque 80 personnes, du cercle amical et familial[60],[62].Carole Bouquet etJacques Attali prennent la parole pendant la cérémonie[62]. France Gall repose auprès de Michel Berger et de leur fille, Pauline[59],[60],[62].
En 1964, à l'âge de 17 ans, France Gall vit une histoire d'amour avecClaude François, qui est marié. Leur séparation définitive, en juillet 1967, inspire au chanteur les paroles deComme d'habitude qui connaîtra un succès international, notamment dans sa version anglophoneMy Way[63]. Après s'être séparés en mauvais termes, ils ne se revoient qu'en septembre 1974 pour chanter quelques-uns des titres de France Gall lors d'une émission de télévision. Elle partage la vie avec le chanteurJulien Clerc de 1970 à 1974[64],[65].
Dans les années 1970, ils acquièrent la maison du Clos Saint-Nicolas, une résidence àVasouy, près d'Honfleur (Normandie), qu'agrandit par la suite le frère de Michel Berger. C'est dans ces lieux que le chanteur aurait composé le tubeRésiste. Après la mort de sa fille en 1997, France Gall quitte la maison préférant aller se reposer au Sénégal[71].
Michel Berger meurt le, à la suite d'uninfarctus, alors qu’il passe ses vacances en famille dans sa résidence d’été àRamatuelle[67]. Quelques mois après ce drame, on lui diagnostique uncancer du sein, dont elle est opérée avec succès le[72]. Elle déclare par la suite :« À l'annonce de la mort de Michel, j'ai ressenti une douleur dans le ventre, dans le corps, tellement forte, je me suis dit qu'elle devait ressortir d'une manière ou d'une autre. Mon cancer était la concrétisation de mon mal intérieur »[53].
Marquée par ce tragique événement, frappée par un cancer du sein puis par la mort de Pauline, France Gall, ne fait ensuite que quelques rares apparitions sur la scène musicale (Bercy en 1993,Pleyel en 1994,Olympia en 1996),
France Gall se rend régulièrement àDakar auSénégal depuis 1969. Elle co-fonde avecAbdoulaye Diallo l'association « Les Amis de N'gor ». Elle fait construire une résidence dans l’île deN’Gor en 1990[74], ainsi qu'un restaurant et une école[75]. Après s'être retirée du monde de la chanson, elle y vit six mois par an[76].
Elle refuse toute création de fan-club et n’encourage pas l’édition de biographies. Elle déclare à ce sujet, en 1987[77] :
« Qu’il reste quelque chose de moi m’indiffère. Je ne suis pas comme ces personnalités politiques qui éprouvent le besoin de faire bâtir un monument afin de laisser une trace tangible de leur passage : moi, je ne construis que ma vie… »
En 2001, elle précise :« Je n'écrirai jamais d'autobiographie. Mon livre, c'était cet autoportrait[78] que j'ai voulu le plus sincère possible » et, en 2004 :« Les chanteurs ne trichent pas. Chanter, ce n'est pas simplement aller chercher de l'air et le ressortir en mots et en notes. C'est donner, se livrer, s'exposer »[79].
En1965, une émission pour la télévision, réalisée parJean-Christophe Averty et consacrée aux chansons de France Gall, est distribuée auxÉtats-Unis. Gall est alors pressentie parWalt Disney pour incarnerAlice dans une version musicale qu’il souhaite réaliser après avoir déjà faitAlice au pays des merveilles en dessin animé en1951 et dont il n'est pas satisfait musicalement. C’est le seul projet cinématographique auquel elle répond favorablement, alors qu’elle a toujours demandé à son entourage de « l’empêcher de faire du cinéma ». Disney, déjà gravement malade, meurt le et son idée disparaît avec lui.[réf. nécessaire]
Pourtant, enmars 1974, elle participe au téléfilmNotre correspondant à Madras réalisé parJean-Pierre Spiero et diffusé sur la nouvelletroisième chaîne. Elle incarne la secrétaire lascive deSacha Pitoëff dans cette courte fiction (25 min) d’une série expérimentale et ambitieuse voulue par la chaîne. Ce téléfilm et cette série ne laissent pas un souvenir marquant dans l’histoire de la télévision française.
« —Christophe Nicolas : Après l’énorme succès de l’albumBabacar en 87. […] Il voulait faire réaliser un film[83]… — France Gall : C’était un film musical. […] J’ai refusé de faire ce film à la grande tristesse de Michel parce que je déteste jouer la comédie. J’aurais dû jouer la comédie, même si je devais chanter c’est quand même jouer la comédie. J’avais déjà du mal à tourner des clips de trois minutes, donc je me suis dit si je pars dans un film ça va être horrible, je vais être malheureuse. Voilà pourquoi ça ne s’est pas fait. »
En 1993-1994, naît l'idée d'une collaboration cinématographique avec son amie la scénaristeTelsche Boorman[84], mais le projet s'éteint avec le décès de Telsche en février 1996.
En 1996, elle contacteJean-Luc Godard, dont elle a notamment aimé le filmNouvelle Vague (1990), pour qu’il réalise leclip de sa chansonPlus haut à la suite de la sortie de son albumFrance. Godard, qui, jusque-là, n'a jamais été sollicité pour tourner un clip, accepte. Ils mettent en boîte, dans les bureaux du cinéaste àRolle (Suisse), un minifilm, car Godard, après avoir visionné de nombreux clips, lui a dit :« On ne va pas faire ça quand même, vous êtes d'accord. »[85]. Cela aboutit au pictural et oniriquePlus oh ! qui, après son unique diffusion le surM6, est interdit d’antenne, car Godard ne s’est pas acquitté de tous les droits d'auteur[réf. nécessaire].
En 2012, dans l'émission télévisée d'Alessandra Sublet,C à vous, France Gall se rappelle avoir décliné l'offre du réalisateurJean Herman pour interpréter, dansAdieu l'ami (sorti en1968), le rôle de Dominique « Waterloo » à cause d'une scène où elle aurait dû embrasserAlain Delon, car, à l'époque, elle entretient une relation amoureuse avecClaude François[86].
En 2002, elle déclare : « Avec Michel je suis passée à gauche. […] J'ai votéJospin, je n'ai rien à me reprocher. Au second tour, j'ai jeté les bulletinsLe Pen sur le trottoir », évoquant l'élection présidentielle qui s'est tenue la même année[69].
Lors de l'élection présidentielle de 2007, elle affiche sa préférence pourNicolas Sarkozy[88]. Lors del'élection de 2012, elle choisit de soutenirFrançois Hollande, déclarant :« J'avais voté Sarkozy à la présidentielle précédente et donc pour la première fois, àdroite. Sans doute parce que je l'avais croisé dans le cadre de l'association Cœur de femmes que je défendais. Il a naturalisé vingt-cinq femmes qui venaient de la rue. Mais, l'an passé, j'ai voté Hollande parce que, ici, nous sommes une maison degauche »[88].
En 2013, elle exprime ses doutes sur le projet de loi ayant autorisé lemariage homosexuel en France, mais déclare ensuite s'être mal exprimée[89] :« À force de vouloir tout expliquer, je me suis mal exprimée. […] Et j'ai été mal comprise. […] Mes potes gays étaient furieux et stupéfaits. […] Donc je le dis clairement, je ne suis pas, absolument pas, contre le mariage pour tous, au contraire, je suis pour l'égalité des droits »[89].
Claude Dejacques, producteur chezPhilips en 1966, conçoit de sortir, pour le1er avril de la même année, un album-gag dans lequel les plus grands artistes maison échangent leurs tubes respectifs. Ainsi, France Gall reprendJolie Môme, une chanson écrite parLéo Ferré dontJuliette Gréco obtient un grand succès en 1961, tandis qu'Anne Sylvestre reprendL'Amérique, un tube de France Gall en 1965. Comme beaucoup d'idées originales, l'album « poisson d'avril » reste dans les placards de Philips, on ignore pour quelles raisons[N 13].
En 2003,Universal sort le CD Volumeno 5 (S.O.S. mesdemoiselles) de son anthologie compiléePop à Paris. C'est avec surprise qu'on découvre et entend France Gall chanter un titre dit « inédit » écrit parSerge Gainsbourg en 1967,Bloody Jack, avec les mêmes musique et arrangements que ceux de sa chanson gainsbourgienneTeenie weenie boppie, sortie la même année. Le texte de ceBloody Jack est identique à celui de la chanson du même titre que Gainsbourg interprète en 1968, sur une musique totalement différente. Pour épaissir le mystère,Zizi Jeanmaire reprend, toujours en 1968, la version de Gainsbourg avec un texte légèrement modifié.
1967 :Le Lapin de Noël — Conte écrit parRoland Topor pourDim, Dam, Dom — Production de Daisy de Galard — Réalisation de Georges Dumoulin, rôle de l’agent de la circulation —Couleur, durée 25 min, —2e chaîne ORTF
1968 :Gallantly ouLe Bateau fantôme du lac Léman, France Gall avec la participation d'Henri Dès (l'homme en costume sudiste) et deFrédéric Botton (Napoléon) — Téléfilm musical, durée 33 min, couleur — Réalisation de Pierre Matteuzzi — Production de laTélévision suisse romande, diffusée le sur laTSR.
1978 :Numéro Un France Gall — Réalisation de Marion Sarraut — Durée 68 min — Diffusion le11 mars sur TF1
1982 :Tout pour la musique (France Gall au Palais des Sports) — Émission réalisée parMathias Ledoux — Durée 58 min — Diffusion le3 octobre surAntenne 2
1984 :Formule 1 / France Gall — Émission réalisée par André Flédérick et produite parMaritie et Gilbert Carpentier — Durée environ 70 min — Diffusion le6 avril sur TF1
1987 :Grand Public / France Gall — Émission présentée parPatrick Sabatier — Durée environ 70 min — Diffusion le10 avril sur TF1
2002 :Michel Berger par France Gall — Portrait réalisé parPhilippe Gautier — Durée 115 min — Diffusion le30 décembre sur TF1
2007 :Tous… pour la musique — Émission de variétés-fiction (diffusée en hommage à Michel Berger disparu il y a 15 ans) — Réalisée parFrançois Hanss et animée par France Gall — Durée 110 min — Diffusion le sur France 2
2008 :Cœur de femmes, de la rue à la vie (CollectionLa Vie comme un roman) — Documentaire réalisé par Véronique Bonnet-Nora — Durée 52 min — Diffusion le sur France 3
2008 :Johnny Hallyday : ça n'finira jamais… — Émission de variétés-fiction — Réalisée parFrançois Hanss et animée parJohnny Hallyday — Durée 140 min — Diffusion le sur France 2
2009 :Starmania, une histoire pas comme les autres — Anniversaire des 30 ans de la création de l’opéra-rockStarmania à la scène — Émission réalisée parFrançois Hanss et animée par France Gall — Diffusion le sur France 2
2015 :C'est votre vie ! « France Gall », émission présentée parStéphane Bern et réalisée par Gérard Pullicino — Durée 130 min — Diffusion le sur France 2
2016 :France Gall et Michel Berger : Toi, sinon personne, documentaire écrit et commenté parFranck Ferrand, réalisé par Olivier Amiot et Antoine Coursat — Durée 120 min — Diffusion le sur France 3
En 1995, la chanteuseApril March reprendCet air-là etLaisse tomber les filles en version française et anglaise (Chick Habit) sur son albumChick Habit ;
En2013, la chanteuseJenifer reprend sur son albumMa déclaration quelques-uns de ses plus grands succès. France Gall s'élève contre cet album qu'elle ne cautionne pas[94]. France Gall s'est aussi élevée contre l'usage queTF1 exploite de son répertoire dans une soirée « hommage » qu'elle qualifie de « cheap et ratée » et pour laquelle elle n'est pas présente[95] ;
En 2016, Mick Harvey, adaptateur - en anglais - de très nombreuses chansons de Gainsbourg, reprend sur son albumIntoxicated Women :Les Sucettes(All Day Suckers),Poupée de cire, poupée de son(Puppet of Wax, Puppet of Song) (voix: Xanthe Waite) etDents de lait, Dents de loup (Baby Teeth, Wolfy Teeth) (voix Solomon Schroeder)
↑Surnom qu'elle porte depuis l'enfance comme l'écrivent notammentHugues Royer et Philippe Séguy à la page 31 de la double biographieFrance Gall, Michel Berger : Deux destins pour une légende :« À cinq ans, Isabelle est surnommée « Babou » — le sobriquet lui restera ». Créditée comme choriste « Babou » par Michel Berger dans ses albumsMon piano danse,Beauséjour,Différences et particulièrement dans l'albumÇa ne tient pas debout :« Merci àJannick et à Babou-amour qui m'ont tant donné, sans oublier Jean-Pierre : ce disque est aussi le vôtre. ».
↑Dont trois succès de chanteurs français :Parce que tu sais desChaussettes noires,Il a le truc (adaptation deHe's Got the Power(en)) desGam's,Ne boude pas (adaptation deTake Five) deRichard Anthony et deux chansons originales,J'entends cette musique qu'elle va enregistrer par la suite et,Pardonnez-moi de vivre qui reste inédite. In biographie de Martine Bordeneuve.
↑Dont Claude François, Serge Gainsbourg et Michel Berger.
↑Bébé requin, sorti en juillet 1967, est son dernier grand succès Philips des années 1960. Ce sont les compositions postérieures de Dassin comme "Toi que je veux" des disques suivants qui n'auront plus le même impact.
↑France cite la choriste « Stella ». C'estStella Vander, l’anti-yéyés desannées 1960, qui fit une brève carrière solo en refusant le système du show-business (un de ses titres les plus connus :Le Folklore auvergnat, en réaction àLe Folklore américain interprété parSheila en1965 !). Stella est l’épouse deChristian Vander, fondateur du groupeMagma dont elle est l’une des fidèles choristesLa bio de Stella Vander chez Seventh Records..
↑Deux enregistrements historiques, les reprises parJuliette Gréco duFolklore américain deSheila et duJouet extraordinaire deClaude François, sont inclus dans le volume 8 de son intégraleL'Éternel féminin parue en 2003 (Mercury).
↑Enregistrée à la Sacem sous le nom de « Peggy Davison ».
↑a etb« Pour France Gall, son cancer était « la concrétisation » de son chagrin d'amour après le décès de Michel Berger »,Le Huffington Post,(lire en ligne, consulté le).
↑« Il y a des mots qu’on ne voudrait jamais prononcer. France Gall a rejoint le Paradis blanc le 7 janvier, après avoir défié depuis 2 ans, avec discrétion et dignité, la récidive de son cancer », indique dans un communiqué Geneviève Salama, sa chargée de communication. Cf.« Mort de France Gall: Les médias rendent hommage à la chanteuse »,20 Minutes.fr, 7 janvier 2018.
↑a etb« France Gall : Son cercueil exposé au public, avant des obsèques à Montmartre »,Pure People.com,(lire en ligne).
↑« France Gall, poupée des sixties et inoubliable interprète de Michel Berger »,La Parisienne,(lire en ligne, consulté le).
↑a etb« France Gall et Michel Berger, couple inoubliable de la chanson française »,Le Monde.fr,(ISSN1950-6244,lire en ligne, consulté le).
↑Fabienne Thibeault, interviewée par Gilles Trichard, « Le jour où j'ai été embauchée pourStarmania »,Paris Match, semaine du 13 au 19 décembre 2018, p. 178.