Lefranc belge (ennéerlandais :Belgische frank, enallemand :Belgischer Franken) (code ISO :BEF, symbole : F, f., FB, Fr) est uneunité monétaire de laBelgique, en vigueur de1832 au, date à laquelle il est devenu une subdivision de l'euro. Les billets de banque et les pièces libellés ont continué de circuler pendant une période de transition jusqu'au. Lefranc était divisé en 100 centimes.
Le présent article est divisé en deux, une première partie économique et historique et une seconde partie reprenant la description des pièces et billets (voirPièces de monnaie en franc belge).
Selon l'article 112 de laConstitution Belge, leRoi a ledroit de battre monnaie, en exécution de la loi. Cette loi précise que la monnaie légale repose sur deux principes juridiques. Le premier confie le droit de frapper monnaie aupouvoir exécutif, le second charge lepouvoir législatif de fixer le statut monétaire.
Par la loi monétaire du, la Belgique se dota d'uneunité monétaire semblable à celle de laFrance :« cinq grammes d'argent au titre de neuf dixièmes de fin constituent l'unité monétaire au nom de franc ». Le franc était donc défini en poids d'argent.
Joseph-Pierre Braemt (1796-1864) fut désigné graveur général de l'Hôtel des Monnaies de Bruxelles et c'est lui qui réalisa les premières pièces belges en argent en s'inspirant des pièces françaises à l'effigie deLouis-Philippe. Dès 1832 apparaissent ainsi les premières pièces en francs d'argent avec la tête du roiLéopoldIer, ceinte d'une couronne de chêne, et les premières pièces en centimes de cuivre avec le lion belge et la devise nationale, en français,« l'union fait la force ». Les premiers billets de banque sont émis par des banques privées, mais ils restent marginaux.
La loi monétaire du fixa laparité or-argent. Une nouvelle série de pièces en or et en argent, dessinées parLéopold Wiener est frappée à partir de 1848 avec la tête nue (sans couronne) du roi LéopoldIer.
Le ministre des financesHubert Frère-Orban (1812-1896), par une loi de, crée laBanque nationale de Belgique. Une première série de billets de banque (de 20 francs à 1 000 francs) est émise en. L'impression est de faible qualité et tous les billets sont signés à la main par le gouverneur de la Banque nationale. Cependant la circulation des billets de banque va s'intensifier progressivement dans tout le pays et particulièrement au sein du milieu des affaires.
La loi monétaire du mit fin à la frappe des monnaies en or, ceci dans le but (sic) de juguler la spéculation. Quelques pièces commémoratives en or furent cependant frappées (100 francs 1853 « mariage du Duc de Brabant », 40 francs 1856 « 25e anniversaire de la Belgique »). Lecours légal des pièces étrangères et des anciennes monnaies fut également supprimé.
La loi monétaire du rétablit à nouveau laparité or-argent :« 1 gramme d'or pour 15,5 grammes d'argent ». Des pièces en or (90 %) furent à nouveau émises tandis que l'Hôtel des Monnaies de Bruxelles frappait les premières pièces en cupronickel (20 centimes).
5 francs belges de l'époque de l'Union monétaire latine, 1869
Malheureusement la spéculation sur l'argent réapparait, avec pour conséquence un réajustement de la valeur des monnaies. C'est pourquoi plusieurs pays d'Europe, la France, la Suisse, l'Italie et la Belgique concluent une convention le en vue debattre leurs monnaies sur un étalon monétaire identique, c'est la naissance de l'Union monétaire latine le. LaGrèce y adhéra en1868. Les pièces en or et en argent de ces pays avaient une seule et même valeur. La pièce de 5 francs conserva son alliage de 90 % tandis que les valeurs divisionnaires en argent furent frappées avec un titre à 83,5 %.
Les premières pièces et les premiers billets avec les mentions en néerlandais sont imprimés en1886 et1887.
Pendant laPremière Guerre mondiale (1914-1918), l'émission de billets par la Banque nationale est suspendue par les Allemands. Des émissions privées sont confiées à la Société Générale et lemark allemand devient un moyen de paiement légal. Des pièces en zinc sont frappées de 1915 à 1918. À la fin de la guerre, l'économie belge est en ruine et l'inflation se développe.
Pour améliorer laconvertibilité de la monnaie belge par rapport à celle de la France,Henri Jaspar (1870-1939), ministre des finances, créa une deuxième unité monétaire, lebelga, d'après les dessins de Devreese et Everaerts. À ce moment le franc a perdu jusqu'à un septième de sa valeur. C'est ainsi qu'à partir de1926 apparurent les premiers billets et pièces avec la mention en belga en plus de celle exprimée en francs.1 belga = 5 francs.
La convention du (Union économique belgo-luxembourgeoise) entre le Royaume de Belgique et le Grand-duché de Luxembourg a défini une association monétaire entre les deux pays, officialisant une situation de fait depuis le traité d'union économique de1921 : uneparité de un pour un entre les deux monnaies et une libre circulation du franc belge au Luxembourg, lefranc luxembourgeois devenant unemonnaie d'appoint[1]. Pendant laSeconde Guerre mondiale (1940-1945), l'occupant allemand impose à nouveau l'utilisation dumark allemand parallèlement à la monnaie belge. Il suspend le privilège d'émission de billets de la Banque nationale au profit d'une nouvelle Banque d'émission à Bruxelles tandis que les pièces de monnaie en zinc réapparaissent à partir de1941 (type Rau, type Jespers).
Lors de la « libération » de la Belgique, en1944, les Alliés avaient imprimé des billets et frappé des pièces en acier galvanisé (2 francs) type « libération ». Le gouvernement belge en exil avait, quant à lui, pris les dispositions nécessaires pour éviter l'inflation telle que celle connue en1918 (loiGutt[2]). Pendant la régence duprince Charles, la moindre référence à la maison royale disparaît des pièces de monnaie : les pièces en cupronickel avec le buste deCérès commencent à circuler.
Le franc belge subit la dévaluation de février1982[3], perçue comme un «coup d'État», un putsch deWilfried Martens et de quelques proches, alors queJean Godeaux, déclare le 18 février 1982 qu'il "rejette toute dévaluation du franc", dans une interview accordée au quotidien économique belgeL'Echo[4].
Quatre hommes appelés les "quatre dugroupe de Poupehan"[3] car tous les quatre "conscients de l’état catastrophique de l’économie belge"[3], se mirent d'accord au cours du week-end du 22 février 1982 pour dévaluer le franc belge de 8,5 % par rapport au deutsche mark, "en dehors de tout cadre institutionnel" et surtout "contre l’avis du gouverneur de laBanque nationale de Belgique[3]. Tous les quatre ont "testé les mesures socio-économiques d'accompagnement"[5] en prévision d'un "un véritable choc" économique et politique etFons Verplaetse utilise secrètement des données de l'ordinateur de laBanque nationale de Belgique pour effectuer les simulations macroéconomiques[4]. Le journaliste journaliste d'investigationHugo De Ridder a révélé en 1991 l'existence de ces discussions secrètes àPoupehan[6].
Cettedévaluation du franc belge a pour inconvénient de renchérir l’inflation des importations libellées dans une devise étrangère, d'où la nécessité de contrôler les prix[3] et donc l'accompagner de l’application de mesures annexes, comme unblocage des prix et des salaires, pour "empêcher une poussée d’inflation"[3].
La situation économique belge est alors marquée par un taux de chômage proche des 10%, une balance des paiements largement dans le rouge et un déficit budgétaire approchant les 15%[7].
Les autorités luxembourgeoises sont alors "tenues à l’écart des discussions malgré la liaison des francs belge et luxembourgeois"[3].Fons Verplaetse, futur gouverneur de laBanque nationale (BNB), reçoitWilfried Martens, premier ministre depuis 1979, à la tête d'une coalition de sociaux-chrétiens et de libéraux, dans sa maison de vacances du village dePoupehan où il est surnommé le « banquier de là-haut »[8], pour ce qui sera perçu comme une "collusion secrète entreCSC etCVP", lesyndicat des salariés chrétiens et leparti flamand chrétien[9]. La presse parle du scandale des « quatre dudiscussions secrètes de Poupehan » quand elle révèle ces réunions secrètes tenues dès 1982 entreJef Houthuys, président de laConfédération belge des syndicats chrétiens (CSC), le Premier ministreWilfried Martens, son chef de cabinet adjointFons Verplaetse, et le banquierHubert Detremmerie, pour piloter l'imprévuedévaluation du franc belge[8],[10].Les "quatre dugroupe de Poupehan" seront ensuite perçus par l'historiographie comme un groupuscule qui a "pendant quelques années, décidé en secret du devenir de la Belgique"[4], pays qui dans les années 1980 connait une certaine instabilité, avec dix gouvernements se succédant, menant une politique libérale, au cours de la décennie, dont neuf présidés par Wilfried Martens en alternant partenaires socialistes et libéraux.
Par la suite, le franc belge se redresse et est lié, en tant que monnaie forte, au mark allemand en1990[11]. En1991, lesommet de Maastricht fixe les conditions d'accès à l'union monétaire européenne.
Le franc belge devient une subdivision de la nouvelle monnaie européenne, l'euro, dès le, à raison de1 EUR = 40,339 9 BEF. Les billets et les pièces en francs belges devaient perdre leurcours légal le[12] mais vu l'engouement de la population pour l'euro, le gouvernement décida d'avancer cette date au1er mars. À partir de cette date, l'euro devient la seule monnaie acceptée en Belgique.
Les billets belges étaient à la pointe du progrès pour lutter contre la contrefaçon (le relief de certaines zones, lefil de sécurité, lefiligrane, l'image cachée…) etont largement inspiré la conception technique desbillets en euro[réf. nécessaire]. De plus, sur chaque billet figurait un code en relief qui permettait d'identifier sa valeur au toucher. Depuis le, les billets sont échangeables contre des euros auprès de la Banque nationale de Belgique comme c'est d'ailleurs le cas pour les billets émis par la Banque nationale après1944 ainsi que pour quelques billets libellés en Franc-Belga de plus de 100 francs. La possibilité d'échanger les billets est illimitée dans le temps.
↑Voir laConvention relative aux questions financières et monétaires. Signée à Bruxelles, le 23 mai 1935, article C : « Nonobstant toute convention contraire, les billets de la Banque nationale de Belgique seront reçus dans le Grand-Duché de Luxembourg comme monnaie légale par les caisses publiques et les particuliers. […] »,Lire en ligne[PDF]
↑Article par Bénédicte Vaes et Jean-Pierre Stroobants, dansLe Soir le 25 mars 1991[5]
↑Jo Cottenier, Kris Hertogen,Le temps travaille pour nous: militant syndical dans les années 1990 : crise, nouvelles technologies, internationalisation, Éditions Aden, 1991(ISBN9782872620586) p. 258-259