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Par un accord, Foulques le Réchin aidait Robert Courteheuse à mater la révolte desManceaux et Robert Courteheuse acceptait de rendre les terres deRaoul de Gacé († 1051) au neveu de ce dernierGuillaume d'Évreux, lequel accordait à Foulques le Réchin la main de sa pupille et nièce Bertrade, que ses contemporains considéraient d'une très grande beauté.
Foulques naît peu après de ce mariage, mais l'ambition de Bertrade ne s'arrête pas au seulcomté d'Anjou. Considérant que son mariage est nul puisque la précédente épouse de Foulques est encore en vie, Bertrade abandonne son mari et rejointPhilippe Ier,roi de France en emmenant son fils avec elle[3].
Foulques le Jeune vit à la cour royale à Paris pendant que son beau-père et sa mère encourent les foudres de l'église et sont excommuniés par le papeUrbain II, celui qui appelle en1095 la chrétienté à délivrer lesLieux saints.
Ce n'est qu'en 1104 que Bertrade, touchée par le prêche deRobert d'Arbrissel se soumet aux décisions de l'Église et se retire àFontevraud[4].
Il semble que Foulques le jeune reste encore à la cour du roi, mais en 1106, son demi-frèreGeoffroy Martel, héritier du comte d'Anjou, se révolte contre son père et est assassiné au siège deCandé. Foulques le Jeune, devenu héritier, quitte alors Paris pour rejoindre son père et est associé au gouvernement du comté. Il n'a que quinze ans, et son père Foulques le Réchin meurt trois ans plus tard, en 1109[5].
En rouge foncé, les fiefs de Foulques d'Anjou : Anjou, Touraine et Maine.
Bien qu’il se démarque de ses ancêtres par sa douceur, son affabilité et sa loyauté, il n’en reste pas moins un seigneur attaché à maintenir la puissance de ses États et passe sa vie à mater et réduire ses vassaux les plus turbulents, notamment ceux d'Amboise, à l’instar de son contemporain, le roi de FranceLouis VI le Gros.
Il prend ainsi les châteaux forts deDoué et del’Isle-Bouchard (1109), deBrissac (1112), deMontbazon (1118) et deMontreuil-Bellay (1124)[6]. Il réprime également les tentatives d’indépendance des bourgeois, freine les mouvements d’émancipation communale et se fait obéir de la féodalité ecclésiastique[7].
Foulques profite de cette paix pour effectuer un pèlerinage à Jérusalem qu’il atteint en mai 1120 et où il se fait apprécier par sa valeur, son courage et sa piété. Quand il rentre en Europe, il apprend que Guillaume Adelin est mort le dans le naufrage de laBlanche-Nef, et qu’Henri Beauclerc refuse de rendre la dot.
Foulques soutient de nouveau les prétentions de Guillaume Cliton, qu’il marie en 1123 à sa seconde filleSibylle et lui donne le Maine en dot, mais le pape intervient et annule le mariage le[7].
Foulques n’en continue pas moins à soutenir Guillaume Cliton, mais la situation change encore en 1127.
D’autre part,Mathilde, l’unique enfant légitime d’Henri Beauclerc, veuve de l’empereurHenri V depuis 1125, est reconnue héritière duroyaume d’Angleterre par son père qui propose sa main à Geoffroy, fils aîné de Foulques. L’accord est rapidement conclu et le mariage est célébré auMans le, jetant ainsi les bases de l’empire Plantagenêt.
Trois mois plus tôt, le31 mai1128, Foulques a pris la croix et, après une dernière visite àFontevrault où s’est retirée sa fille Mathilde, veuve de Guillaume Adelin, confie tous ses domaines à son fils.
En effet, de l’autre côté de la Méditerranée, le roiBaudouin II de Jérusalem, prend de l’âge, n’a pas de fils pour lui succéder et cherche un héritier à marier à sa fille aînéeMélisende.
De plus, Baudouin connait, par ses contacts en Occident, les qualités d’administrateur, de chef guerrier et sait également qu’il est veuf depuis 1126. Foulques aborde àSaint-Jean-d'Acre au milieu du printemps et épouseMélisende de Jérusalem le2 juin1129[9].
La première intervention de Foulques en tant qu'héritier du royaume est d'assister son beau-père qui tente de conquérirDamas.Tughtekin, le précédentatabeg, est mort le12 février1128 et son filsTaj el-Moluk Buri lui a succédé sans difficulté, mais lesNizarites s'implantent et contrôlent peu à peu son entourage.
Mais Alix de Jérusalem ne veut pas se contenter de la régence, mais veut diriger directement la principauté et, prévoyant l'opposition de son père et des principaux barons, envoie un messager àZengi,atabeg de Mossoul etd'Alep lui demandant sa protection. Heureusement, le messager est intercepté, et Baudouin et Foulques se rendent àAntioche pour y mettre de l'ordre. Alix est exilée àLaodicée[12],[13].
À Laodicée, Alix de Jérusalem noue des alliances avec Guillaume, châtelain deSahyun, Josselin II etPons de Tripoli pour reprendre le pouvoir à Antioche. Les barons d'Antioche, apprenant le complot, appellent Foulques qui vient avec son armée, mais à qui le comte Pons de Tripoli refuse le passage dans ses États.
Afin d'éviter une effusion de sang qui profiterait à Zengi, Foulques embarque àBeyrouth pourSaint-Siméon, arrive à Antioche où il empêche les intrigues d'Alix. Puis il attaque Rugia, d'où le comte Pons espère envahir la principauté d'Antioche, et l'oblige à la reddition et à la soumission. Foulques reste ensuite quelque temps à Antioche pour régler les affaires de la principauté, dont il est régent, puis confie l'administration à Renaud Masoier, connétable d'Antioche[16].
Espérant profiter des troubles internes, des bandes turcomanes envahissent laprincipauté d'Antioche, d'où ils sont repoussés, puis lecomté de Tripoli où ils battent Pons et l'obligent à se réfugier dansMontferrand.
Avertie, son épouseCécile de France, demi-sœur de Foulques[17], se précipite àJérusalem pour demander secours à son frère. Foulques arrive à temps pour obliger les Turcomans à lever le siège de Montferrand, puis bat les troupes d'Alep à Qinnesrin[18].
Les années qui suivent sont militairement calmes, carZengi est occupé par les luttes entre lescalifesabbassides de Bagdad et les sultansseldjoukides, et n'intervient pas en Syrie jusqu'en1137. Les Francs en profitent pour construire des forts permettant d'assurer la sécurité des routes[19].
Parmi les principaux barons du royaume figureHugues II du Puiset,comte de Jaffa, un cousin et un ami d'enfance de la reine, avec laquelle des esprits malveillants le soupçonnent d'entretenir une liaison. Peu à peu se forment deux camps, les partisans du roi et ceux du comte de Jaffa.
Gautier de Grenier,seigneur de Césarée, beau-fils du comte de Jaffa hostile à son beau-père, l'accuse de trahison et lui lance un défi. Hugues l'accepte, mais ne se présente pas le jour fixé pour leduel judiciaire et est déclaré coupable.
Pris de peur, Hugues de Jaffa se réfugie à Ascalon sous la protection des Égyptiens, mais ses vassaux refusent l'alliance égyptienne et l'abandonnent. Hugues est alors obligé de se soumettre, et il est exilé pour une durée de trois ans. Au moment de s'embarquer, il est attaqué par un chevalier breton et grièvement blessé. Voulant couper court aux accusations d'avoir commandité le meurtre et aux risques d'émeutes, Foulques fait juger le coupable par la Haute Cour des barons et ordonne que l'exécution soit publique et qu'on ne lui coupe pas la langue pour lui permettre de parler jusqu'au bout, et la loyauté du roi dans cette affaire est reconnue par tous. Hugues du Puiset se rétablit, contre toute attente, et se rend en Sicile, où il meurt peu après. Mais le courroux de Mélisende de Jérusalem s'exerce longtemps sur les protagonistes, au point que certains craignent pour leur vie, avant qu'il ne finisse par s'apaiser[20],[21].
Mélisende profite de son ascendant sur son mari, qui cherche à se faire pardonner, pour lui faire autoriser le retour de sa sœur Alix à Antioche. Le nouveaupatriarche,Raoul de Domfront, en lutte contre son clergé, trouve en elle une alliée et ne s'oppose pas à son retour, mais Foulques contre ce retour et cette complaisance en négociant le mariage de la princesseConstance avecRaymond de Poitiers (1136)[22].
Zengi, ayant réglé les affaires irakiennes, reprend l'offensive contre les Francs qui sont acculés à la défensive, mais l'empêchent de s'emparer de Damas (février 1135) et de Homs (juillet1137). Il attaque ensuite Montferrand, bat Foulques qui conduit une armée de secours, l'oblige à se réfugier dans la forteresse et le pousse à livrer la place forte en échange de la vie sauve et de la liberté, malgré l'arrivée d'une autre armée de secours (août 1137)[23],[24].
C'est à cette époque queJean II Comnène,empereur byzantin, intervient en Cilicie, puis assiège Antioche. Ayant besoin de toute l'aide militaire contre Zengi, Foulques et Raymond acceptent de reconnaître la suzeraineté byzantine sur Antioche, concluent une alliance et envisagent une expédition de conquête d'Alep. Mais la mésentente franco-byzantine fait échouer le siège de Shaizar en mai1138 et Jean Comnène repart à Byzance[25],[26]. Pour compenser le départ de cet allié, Foulques conclut un pacte d'assistance avecMu'in ad-Din Unur, régent de Damas, également menacé par Zengi[27],[28].