Unfjord oufiord[note 1] (prononcé :/fjɔʁd/ ou/fjɔʁ/[4]) est unevallée unique érodée par unglacier avançant de la montagne à lamer qui a été envahie par la mer depuis le retrait de laglace.
L'aspect typique d'un fjord est celui d'unbras de mer étroit, plus ou moins ramifié, aux côtés très escarpés, à labathymétrie élevée et qui s'avance dans les terres sur plusieurs kilomètres, parfois jusqu'à plusieurs dizaines de kilomètres.
Un fjord se forme lorsque leglacier ayant formé unevallée glaciaire se retire de cette vallée dont le fond est situé sous leniveau de la mer, laissant le champ libre aux eauxmaritimes d'avancer à l'intérieur des terres. L'embouchure d'un fjord peut être marquée par une plus faible profondeur d'eau que dans le reste du fjord. Ceseuil sous-marin donne la position de l'ancienfront glaciaire. En effet, l'érosion glaciaire étant la plus faible au front glaciaire, là où la glace est la plus mince, c'est à cet endroit que le fond de la vallée a été le moins surcreusé. En revanche, la profondeur maximale du fjord est atteinte en amont de ce seuil, là où l'érosion glaciaire était maximale.
Les eaux d'un fjord sont généralementsaumâtres car correspondant à un mélange entre de l'eau de mer salée et de l'eau douce provenant desrivières qui s'y jettent, cours d'eau souvent alimentés par la fonte des neiges, desglaciers ou encore issus de lacs. Lasalinité et la température de ces deux eaux étant très différentes, elles se mélangent peu, l'eau douce restant en surface car moins dense que l'eau salée.
Les fjords se rencontrent généralement auxlatitudes élevées bien que certains d'entre eux se trouvent à des latitudes plus faibles car formés au cours desglaciations dont lescalottes glaciaires s'étendaient jusqu'auxzones tempérées actuelles.
Le long des côtes occidentales de laNorvège, des centaines de ces vallées marines, souvent étroites et encaissées, s'enfoncent à l'intérieur des terres. C'est dans leSognefjord que l'on trouve les paysages les plus remarquables d'Europe du Nord. Le « roi des fjords » est en effet le plus long (204 km) et le plus profond (1 308 m) du pays.Naeroyfjord, le plus étroit de tous, est réputé pour abriter l'un des plus beaux paysages d'Europe. Les eaux bleutées contrastent avec le vert sombre des pins, tandis qu'au loin se dressent les sommets enneigés des montagnes.
EnÉcosse, les fjords sont désignés par le termegaélique écossaisloch mais qui désigne aussi deslacs glaciaires. On rencontre alors le termesea-loch pour désigner plus spécifiquement les lochs maritimes. Dans cette même région,firth est aussi employé pour désigner un fjord mais également une grandeembouchure d'un cours d'eau.
AuDanemark, certainesbaies appelées fjord sont en réalité des étangs et des lagunes, notamment le long de la côte occidentale du Jutland tel que lefjord Ringkøbing. LeLimfjord qui se trouve dans le Nord du pays et qui sépare l'île deVendsyssel-Thy du Jutland est une combinaison d'une lagune et d'un bras de mer du type de fœrde (förde).
Dans le Nord de l'Allemagne et sur la côte orientale duJutland, il y a des bras de mer qui sont appelésFörde enallemand etfjord endanois. Ces formations sont caractérisées par leurs côtes basses et leur faible profondeur. Leur histoire géologique diffère de celle de l'origine des fjords véritables. Lesfördes ont été érodés par les langues d'unecalotte glaciaire avançant de la mer sur une côte de collines mineures, durant ladernière glaciation[7].
EnSuède, les bras de lamer Baltique sont appelésfjärds. Tout comme enFinlande, ils présentent là aussi des côtes basses en raison de leur mode de formation : la vallée glaciaire inondée n'est pas née de l'érosion d'un seul glacier mais de la base d'unecalotte glaciaire ou d'uninlandsis. Cette masse de glace a créé des ondulations sans lien avec un relief montagneux et qui ont été partiellement noyées par la mer[8],[9],[10].
En revanche, aux latitudes méridionales, les fjords sont absents ou rares. Lesbouches de Kotor, auMonténégro, sont parfois présentées comme le fjord le plus méridional de l'hémisphère nord mais il s'agit en réalité d'uncanyon immergé dont la formation n'est pas liée à la présence de glaciers.
En 2006, R.H. Smittenberget al. ont montré que les sédiments d’un fjord du Canada (Saanich Inlet, sur l'île de Vancouver, enColombie-Britannique) s’enrichissaient en carbone de manière régulière depuis 11 000 ans et de manière régulière et continue sous forme d’alcanes à longues chaînes (n-alcanes)[11]. Ces résultats invitaient à penser que les fjords sont des puits de carbone significatifs et que le temps de turnover de ce carbone est très lent (de 10 000 à 100 000 ans voire bien plus) et non pas de 1 000 à 10 000 ans comme le proposent la plupart des modèles de carbone du sol[11].
Près de dix ans plus tard, en 2015, Richard Smith (de la société de conseilGlobal Aquatic Research, à New York)et al. ont publié une étude dans la revueNature Geoscience le. Elle se base sur les résultats d’analyse de 573 échantillons superficiels et 124 carottes de sédiments prélevés dans presque tous les types de fjords au monde et conclut que bien que les fjords ne couvrent que 0,1 % de la surface des océans, ils constituent 11 % (18 Mt) du carbone annuellement séquestré par les sédiments marins. Les fjords joueraient donc un rôle significatif dans lecycle biogéochmique du carbone, et selon les auteurs dans la régulation du climat à l'échelle des périodesglaciaires/interglaciaires.« Par unité de surface, le taux d'absorption de carbone organique est deux fois plus élevé dans les fjords que dans l'océan dans son ensemble ». Richard Keil, de l'université de Washington fait remarquer à la suite de cette étude, que d'autres sédiments riches en carbone ont été identifiés[12] le long des marges duplateau continental, et qu’il conviendrait d’aussi les étudier.