Auteur prolifique, il met un point d'honneur à rapprocher les jeunes de la philosophie et à étudier l'éducation et la pédagogie. Il s'engage également contre leterrorisme dans lePays basque : à ce titre, l'association¡Basta Ya!, dont il est porte-parole, reçoit en2000 leprix Sakharov.
Fils d'un notaire deSaint-Sébastien, Fernando Savater est élevé chez lesmarianistes[2] et se montre très porté sur la lecture. Il s'intéresse particulièrement à la lecture, notamment auxbandes dessinées, qu'il continue à apprécier à l'âge adulte, le reflétant dans ses œuvres.
Il est collaborateur habituel d'El País depuis sa fondation en1976, et en1990, avecJavier Pradera(es), il lance le magazineClaves de Razón Práctica[5].
Il s'intéresse très tôt à la politique,« appartenant à une génération qui est née contre la dictature et le franquisme », et a participé à beaucoup de mouvements civiques au Pays basque : il déclare que s'engager pour la politique est un devoir citoyen.
Il s'oppose à tout parti se construisant autour de l'exaltation patriotique. D'abordlibertaire puislibéral, il s'affirme dans cette position avec la polémique suscitée avec le philosophe basqueJavier Sádaba(es), quand ils écrivent en1987Euskadi : pensar el conflicto, où ils analysent l'identité et la question du séparatisme basque, la véritable portée d'Herri Batasuna et remettent en question la possibilité de gouverner de façon autonome, tout en soutenant officiellement la légalisation de l'organisation basque[3]. Il prendra des positions ouvertement antinationalistes, défendant ainsi lesBasques opprimés par le nationalisme basque[7]. Il considère que la politique duParti nationaliste basque est discriminatoire, démodée et complaisante avec le terrorisme basque. Il s'affirme antinationaliste et rejette le « vasquismo(es) », sans jamais renoncer à son identité ni à sa condition basque.
Ainsi, il bondit lorsqueJosé Luis Rodríguez Zapatero, alorschef du gouvernement espagnol, souhaite que laréforme du statut de la Catalogne, visant à raffermir l'autonomie de la région, aboutisse ; pour lui, il s'agit de laisser les nationalistes radicaux gagner du terrain :« Bien sûr que nous voulons la paix ! Mais on ne peut pas appeler paix n'importe quoi ; pour avoir connu la paix franquiste, nous le savons bien[8]. »
Il demande leboycott des élections basques de 2007 de la part duPSOE et duPP, les accusant de ne pas être« propres ni réellement démocratiques »[9]
Savater défend à de nombreuses occasions laConstitution espagnole comme étant le seul« véhicule de paix »[10],[11],[12] et leStatut d'autonomie du Pays basque,« vecteur d'union »[13] : son opposition à tout type de nationalisme a pour but d'atteindre un« idéal d'humanité universel »[14] partagé par tous et qui se traduirait par un organisme gouvernemental d'autorité mondiale au-dessus des gouvernements et états nationaux qui servirait à résoudre les disputes et réaliser des tâches administratives d'intérêt commun[3],[15].
En2008, une polémique surgit en Espagne à la suite d'un manifeste publié notamment parMario Vargas Llosa,Miguel Delibes et Fernando Savater[17],[18] — qui est à l'origine du manifeste —, souhaitant que lecastillan soit officialisé dans laconstitution espagnole, voyant l'avancée deslangues régionalistes menaçante pour la seule langue commune du pays, et potentiellement source de« discrimination ou de marginalisation à l'égard de ceux qui parlent seulement castillan » :« Une chose est d'encourager la connaissance des langues régionales et une autre est de les imposer au détriment de la langue commune. », déclare-t-il[19].
En2010, alors queBaltasar Garzón, magistrat espagnol de l'Audience nationale, essaie d'enquêter sur les exactions des troupes et milices franquistes — qui n'ont jamais fait l'objet d'enquête en Espagne, alors que celles des Républicains l'ont été avec laCausa General(es) —, Savater se positionne contre une telle enquête en déclarant que« Les guerres ne se gagnent pas soixante-dix ans plus tard »[20].
Proche de la pensée deNietzsche à ses débuts, notamment avecPanfleto contra el todo, il traduit et divulgue en espagnol l'œuvre de l'un des plus importants penseurs contemporains dunihilisme,Emil Cioran. Celui-ci publie par ailleursEntretiens[23], en1995, dans lequel il s'entretient avec Savater[24].On ne le situe dans aucune école philosophique. Il s'inspire assez desLumières, notamment deVoltaire[25], et d'Hannah Arendt.
Dès 23 ans, il cherche à révolutionner la philosophie européenne avecNihilismo y acción, puis avecLa filosofía tachada ; influencé parNietzsche etCioran, il repose les bases de la méthodologie de la réflexion dans le journalisme, la philosophie ou la pédagogie[3].
Il donne une importance spéciale au rapprochement de la philosophie et des jeunes, notamment avecÉtica para Amador (1991, en fr.Éthique à l'usage de mon fils, 1994[26]), l'un des livres les plus lus de la philosophie espagnole[2],Política para Amador(es) (1992, en fr. :Politique à l'usage de mon fils[27]) ou encoreLas preguntas de la vida (1999, en fr. :Penser sa vie : une introduction à la philosophie[28]). Il défend par ailleurs laculture populaire, car elle exprime la vitalité juvénile, des romans d'aventure aux contes fantastiques, en passant par les nouvelles de terreur, les bandes dessinées et les jeux de rôle.
AvecÉthique à l'usage de mon fils, Fernando Savater souhaite rendre accessible la philosophie à tous et en particulier aux plus jeunes. Il précise bien cependant que ce« n'est pas un manuel d'éthique » ni un« catalogue de réponses moralisatrices aux problèmes que nous rencontrons tous les jours », mais un« livre personnel et subjectif » portant sur des thèmes« universels », dans le but de« stimuler une pensée libre », comme il l'écrit lui-même pour présenter son livre[29]. Malgré son souhait de ne pas voir son livre utilisé dans les lycées et universités, ce livre sera beaucoup utilisé par les professeurs d'éthique en Espagne[30].
Fernando Savater s'engage aussi beaucoup pour l'éducation : dansEl valor de educar (publié en France sous le titrePour l'éducation[31]). Ce livre, tout particulièrement adressé aux maîtres d'éducation basique et moyenne du Mexique, est une commande du professeur Elba Esther Gordillo, afin de motiver les professeurs à« faire de l'enfant une usine de connaissance et pas seulement un dépôt de déchets »[32]. Il présente, en plus d'une analyse de l'auteur sur l'éducation et des différentes approches de celle-ci au Mexique, une compilation de textes écrits par des penseurs de toutes les époques sur l'éducation.D'un point de vue philosophique, Savater défend dans ce livre l'idée d'influencekantienne que l'éducation est basée sur l'intersubjectivité. Elle consiste à humaniser et socialiser l'enfant qui vient de naître dans un monde qui lui préexiste. Cette humanisation est mise en relation avec le savoir et l'expérience des autres hommes qui sont des sujets pensants capables d'interagir.
Las preguntas de la vida (1999) — Prix Euskadi d'Argent. Trad. fr.Penser sa vie : une introduction à la philosophie[28].
Diccionario del ciudadano sin miedo a saber (2000)
A rienda suelta (2000)
Perdonen las molestias (2001)
A caballo entre milenios (2001)
Pensamientos arriesgados (2002) — essai faisant partie deLa Esfera de los Libros in Madrid, une anthologie de José Sánchez Tortosa.
Jorge Luis Borges (2002)
Ética y ciudadanía (2002)
Etnomanía contra ciudadanía (2002)
Palabras cruzadas : Una invitación a la filosofía (coécrit avec José Luis Pardo, 2003)
Mira por dónde. Autobiografía razonada (2003) —autobiographie.
Los caminos para la libertad : Ética y educación (2003) — essai pour le compte de conférences de la Cátedra Alfonso Reyes avec leFondo de Cultura Económica.
El valor de elegir (2003) — trad. fr.Choisir, la liberté[35].
El gran fraude : sobre terrorismo, nacionalismo y ¿progresismo? (2004)
Los diez mandamientos en el siglo XXI : tradiciòn y actualidad del legado de Moisés (2004) — trad. fr.Les Dix Commandements auXXIe siècle[36].
La libertad como destino (2004)
El Gran Laberinto (2005)
Los siete pecados capitales (2005)
La vida eterna (2007) — trad. fr.La vie éternelle : Éloge des incrédules[37].
Saliendo al paso (2008) — compilation d'articles de presse écrite.
La hermandad de la buena suerte (2008) — roman,Prix Planeta.
La aventura de pensar (2008)
Misterio, emoción y riesgo, textos sobre las novelas y películas de aventuras (2008)
Borges : la ironía metafísica (2008)
Historia de la filosofía. Sin temor ni temblor (2009)
Tauroética (2010) — trad. fr.Tauroética : pour une éthique de la corrida[38].
La música de las letras (2010)
Los invitados de la princesa (2012) — roman, Prix Primavera de Novela.
Ética de urgencia (2012).
El traspié. Una tarde con Schopenhauer (2013) — publication de la comédie qu'il a écrit pour la télévision en 1988,Un paso en falso.