LesN’fan ouFang forment ungroupe ethniquebantou que l’on trouve aujourd’hui enAfrique centrale, essentiellement enGuinée équatoriale, et auGabon -woleu-Ntem, Estuaire,...(provinces du Gabon), mais aussi auCameroun, auCongo et àSao Tomé-et-Principe. Le groupe des langues m'fan/fang est composé de plusieursdialectes etcréoles, dont lefang. Les M'fan/Fang parlent tous des appelées languesbantoues mêmes si la parentée reste encore à démontrer, et, malgré quelques spécificités régionales, ils n'ont aucun mal à se comprendre entre eux[3].
L’appellation « m’fan » n'est pas acceptée par les natifs qui affirment ne pas s'appeler ainsi[4]. Par ailleurs, l'orthographe « fang » est contestée par les « M’fan », le mot approprié seraitm'fan couramment utilisé dans l'expressionm'fan mote.
À tort ou à raison, le terme « pahouin » est parfois considéré comme péjoratif.
Ils sont majoritaires enGuinée équatoriale où ils représentent 85% de la population, et auGabon représentant 40 % de la population. Certains d'entre eux vivent également àSão Tomé-et-Príncipe.
Quoique les statistiques officielles sur la population soient un sujet tabou au Gabon, l'ethnie m'fan est numériquement la plus importante de la cinquantaine qui compose le pays[5],[6]. Son aire géographique s'étend de la partie nord du Gabon (province duWoleu-Ntem) au centre (province duMoyen-Ogooué), en passant par le nord-est (province de l'Ogooué-Ivindo) et le Nord-ouest (province de l'Estuaire) et les régions duCentre etSud duCameroun.
Le peuple m’fan/fang est composé de tribus et de clans, ce sont différents niveaux de parenté désignés par le terme "ayong" qui est polysémique en langue m’fan (peuple, tribu et clan). Le termesous-groupes est inapproprié car il ne revêt aucun lien de parenté. Le peuple m’fan est composé de plusieurs tribus : Okak, Mvai, Nzaman, Ntumu, Méké.Les tribus du peuple m’fan regroupent plusieurs clans qui sont la parenté directe chez les m’fan, les familles dans une acception large avec une impossibilité de mariage entre deux personnes du même clan (Agonavèign, Ebah, Angonavele, Yendjü, Ebifil, Esabock, Nkodjeign, Efak, Essamengone (Yemoñ,Yenoo, Essatouk, Essamekoas), Essamekouk, Essakora, Essanang, Essabang,Essesen, Essimvè, Essinzik, Esokè, Esibikang (Esabezang, Yemetone, Esindua), Esissong ou Esatua, Esisis, Esabègne, Mebum, Essangui, Essimvous, Ngamou, Yendjü, Yemendzime, Yenkwakh, Esobam, Essakora, Nguè, Esametok, Bekwe, Essambira, Esakonan, Yembivè, Yendzok,Omvang, Yengol, Yemesom, Yiveng, Oyek, Odzip, Mebane, Yéfa'a, Nkodjè, Yégui, Effak, Essadone, Yemefak, Essasim, Ngoe, Essamvam, Yetyang, Essobam, Yekombo, Yemedjit, Yemveng , Ebaa, Essambwak, Essambe, Ebinen…) les lignées du clan sont nommées Mvok et regroupent les descendants directs d’une personne.
Au Gabon, les m’fan sont présents dans plusieurs provinces : l’Estuaire, le Moyen-Ogooué, l’Ogooué-Ivindo et le Woleu-Ntem.
Apparu en1819, le premier mot utilisé[7] pour désigner un groupe établi à l'intérieur du pays estPamouay, et aurait été transmis aux Européens par lepeuple Myènè[8]. LesEspagnols le transforment enPamue et lesAllemands enPangwe. Les Français nasalisent lephonème final et optent pourPahouin[9].
Le nom d'origine viendrait deMpangwe, donné par lesMpongwè – des habitants des rives de l’estuaire du fleuve – signifiant en langue vernaculaire « je ne sais pas ».
« Chasseurs pahouins venus auGabon pour vendre de l’ivoire » (1875)
De nombreuses versions sur l'origine du groupe fang ont été élaborées ces dernières années. Deux hypothèses peuvent être relevées.
L'hypothèse historique relève un mouvement migratoire qui se serait poursuivi jusqu'au début duXXe siècle. Dès 1840, les traitants (qui pratiquaient latraite des esclaves)Mpongwè disséminés sur la côte gabonaise, signalent leur présence dans l'arrière-pays. Les Fang seraient parvenus dans leMoyen-Ogooué au début duXIXe siècle, et leur arrivée dans l'estuaire duKomo se situerait vers 1850. Toutes ces populations étaient en marche vers la côte à une vitesse moyenne estimée à 10 km par an[11]. Plusieurs sources nous indiquent une origine migratoire qui débuterait sur les rives dulac Victoria alors nommé lac Tanganyika[12]. Les dates sont incertaines mais le récit du Mvet , épopée m’fan, relate ces origines de nomadisme avec multiples variantes[13].
D'autres groupes auraient été poussés par ce courant, comme lesNgoumba. Enfin, une longue trajectoire en boucle, en allant vers l'Ogooué, et ensuite, en remontant vers le Nord-ouest et la côte atlantique au Nord Gabon et au Rio Muni : lesNzaman, lesNtumu, le petit groupe desMvaï et lesOkak.
L'hypothèse tirée de la mythologie traditionnelle fang parle, quant à elle, d'une zone vers l'Est, dans une région élevée, où se trouvaient des lacs entourés d'une faune tout à fait différente de celle du Gabon. Cette hypothèse fait référence à un mythe appeléLa marche des enfants d'Afiri-Kara, qui relate la marche périlleuse d'un peuple dans son avancée migratoire. Fuyant les guerres et les conflits avec les autres peuples, ce groupe va s'enfoncer progressivement dans la forêt en direction donc, si on l'assimile au groupe Fang producteur du mythe, de l'Afrique équatoriale.
En1875, ces peuples, qui vivaient plus de la cueillette que de l'agriculture et qui ne pratiquaient pas l'esclavage, sont arrivés dans les régions côtières duGabon, cela entraîna une augmentation du commerce mais provoqua des frictions avec les populations locales et des actes de violences entraînent des interventions punitives de la petite garnison de l'armée française stationné àLibreville à partir de 1876[14]. Cité parGeorges Balandier, l'explorateurAlfred Fourneau estime alors leurs populations à environ deux ou trois millions d'individus[15].
« Un beau village pahouin dans la sylve équatoriale »[16] (1914)
Des textes anciens décrivent parfois les Pahouins commeanthropophages. L'explorateurPaul Belloni Du Chaillu qui resta dans ces contrées pendant trois ans, à partir de 1855, apporte des témoignages en ce sens[17],[18],[19]. En1875, le marquisVictor de Compiègne, après avoir intitulé l'un de ses chapitres « Les Pahouins cannibales » et donné force détails, constate néanmoins que ceux qu'il a rencontrés semblent avoir « à peu près renoncé à cette coutume barbare »[20]. Les Pahouins du Gabon se livraient à deslibations rituelles avec descoupes crâniennes[21].
Une habitation était faite d'une structure en bois, fixée au sol, et de parement d'écorces. Le pisé, qui tend à fixer l'habitant, sera imposé par l'administration coloniale. Toiture à deux pans et auvent étaient recouverts de longues feuilles d'amome ou de palmes deraphia. Ces habitations étaient petites, sombres et enfumées, elles possédaient des cuisines aménagées à l'arrière des cases-chambres. Elles étaient parfois décorées de scènes peintes ayant une force magique. Les habitations collectives portaient un décor, tout aussi symbolique, en rapport avec les croyances et les mythes. Les parois étaient ornées de motifs géométriques peints. Les figurations symboliques, sculptées, étaient surtout rassemblées sur le pilier central et sur les bancs : images des ancêtres et animaux mythiques, comme levaran et la tortue.
« Le mot « Mvet » désigne à la fois l'instrument utilisé, le joueur et les épopées racontées desquelles se dégage toute une littérature. »[24]. LeMvet (avec majuscule, ensemble de récits guerriers formant la culture Ekang, qui se joue accompagné d'un instrument de musique à cordes du même nom) fut révélé à un homme durant la migration, du nom d'Oyone Ada Ngone[25].
Mais le Mvet tel qu'il est pratiqué de nos jours a été révélé à Ebang Ely Mintem. En effet, d'après le grand maître du Mvet Eyi Mone Ndong, il y avait deux grandes écoles, l'école du Ngwéza inventée par Ebang Ely Mintem (clan Oyeck) et l'école de Meye Me Nguini de Effandène Mve (clan essandone). L'école de Ebang Ely Mintem et de Menguire M'Edang (Essokè), dont le style majeur est Angonemane Ekome (cousine de Ebang et Grande Maîtresse du Mvet), s'est imposée. Cette migration est souvent qualifiée deMbil ayong en langue fang (« la course », « la fuite » de la tribu).
Le Mvet est avant tout une cosmogonie, puisqu'il explique la formation de l'univers à partir d'une explosion initiale ; il est ensuite un récit merveilleux d'aventures épiques de personnages imaginaires mais constants : les mortels aux prises avec les immortels pour tenter de leur ravir le secret de l'immortalité, sinon de rivaliser en bravoure, force, courage et intelligence, sagesse et prospérité. Par son contenu, le Mvet est donc une mythologie qui explique le cosmos et règle aussi les rapports entre vivants, entre vivants et morts et entre l'homme et Dieu. Les Fang sont monothéistes : le créateur suprême estEYO ou « Le Nommant », c'est-à-dire « Celui qui, en parlant, crée »
Ondzabogha signifieA bôk adzap, « creuser l'adzap »,adzap étant le nom d'un arbre particulièrement immense ; ce mot résumerait la détermination du peuple fang à franchir les obstacles dressés sur sa route pour trouver sa « terre promise », l'Afrique centrale.
Les m’fan du grand groupe Ekang se sont aussi dotés d'armes de jet forgées de formes singulières (quoique très proches de celles desKota, par exemple) dont une importante collection existe aumusée d'histoire naturelle de Lille (non présentée au public), issue de l'ancienmusée ethnographique Alphonse-Moillet (aujourd’hui fermé, mais dont les collections font l'objet d'un inventaire et de restaurations depuis les années 1990[27]).
Dans le domaine de l'art africain traditionnel, les Fang ont réalisé, entre autres, des statuettes debyeri, reliquaires[28] et desmasques, recherchés par les musées et les collectionneurs[29]. Mais, indépendamment de la colonisation, au sein des cultures de la région, la renommée de certains sculpteurs, plus habiles et plus recherchés que d'autres, a conduit à la dissémination, de proche en proche, de certaines particularités de la sculpture Fang[30].
Afin de distinguer les principaux styles, l'étude conduite parLouis Perrois[31] propose deux ensembles « centraux » et des formes « périphériques », ainsi que de nombreuses formes « de transition » que l'on peut constater dans les statues d'ancêtres, gardiens de reliquaires. Au « centre », un groupe « Fang du Nord » (Ntumu et groupes apparentés), volumes étirés et forte stylisation ; groupe « Fang du Sud » (Nzaman, Mvaï et Okak), plutôt trapus et tendance au réalisme idéalisé. En « périphérie » : Nord desMabea (Mabi)[32], à patine claire, et Nord des Ngumba (Ngoumba), tronc étiré et incrustations métalliques.
Statue d'ancêtre, gardien de reliquaire. Fang « du Nord », Ntumu. République gabonaise, 19e s. Bois (alstonia), H. 57 cm[33],[34].
Statue d'ancêtre, gardien de reliquaire. Fang « du Sud », Mvaï. Attribuée aux « maîtres du Ntem ». Vallée du Ntem, République gabonaise. C14: v. 1750-1860. Bois, fer, H. 58,4 cm[35]
Statue d'ancêtre, gardien de reliquaire. Fang « du Sud », Mvaï. République gabonaise. 19e s. Bois, patine suintante. H. 37 cm[33],[36].
Statue d'ancêtre féminineeyema byeri, gardien de reliquaire. Fang « du Sud », Okak. République gabonaise ou Guinée équatoriale, 19e-début 20e. Bois, métal, H. 64 cm[37]
Figure d'ancêtre masculin, gardien de reliquaire.Peuple Ngumba. Il porte une corne de substances magiques. Bois, métaux[38]
Masque heaumengontang. M’fan. République gabonaise, 19e s. Bois, pigments dont kaolin, laiton, fragment de miroir. H. 31 cm[41]
Figure de reliquaire,eyema byeri. Fang. République gabonaise. Bois, pigment et métal. H. 70 cm, détail[42]
Tête d'ancêtre, gardien de reliquairenlo byeri. Fang. République gabonaise. 19e s. Bois, cuivre, patine suintante. 41,5 × 14 × 11 cm[41],[43].
Les têtes d'ancêtres, gardiens de reliquaires des Fang, sont souvent caractérisées par une patine suintante[44], quand elle n'a pas été soigneusement retirée par les Occidentaux, collectionneurs ou marchands[45].
Ces têtes seules auraient été utilisées par les Fang, dans le même ensemble que les statuettes et le reliquaire. Ces sculptures à la patine noire et surmontées de plumes d'aigle pêcheur ou detouraco, au sommet d'un long cou ont une taille souvent imposante (H. 30-70 cm). Elles semblaient surgir du reliquaire cylindrique, leurs yeux delaiton (plus rarement de verre ou de mica) brillants dans l'ombre de la case, et effrayant ceux auxquels était interdit l'accès aux reliques des ancêtres[46]. Leur qualité sculpturale tient au traitement singulier du volume de la tête, avec un front ample, en quart de sphère, de grands yeux aujourd'hui ternis, et la patine noire qui semble « pleurer » sur le visage aux lèvres projetées en avant, en une moue triste. La masse des cheveux est parfois traitée avec recherche, selon les supposés « ateliers » ou en fonction de modes régionales, en une coiffe à trois ensembles nattés, de nattes « à crans » ou à degrés, ou bien à « chignon transverse » voire, plus simplement, à tresses raides, profondément dégagées à l'arrière du crâne. Leur usure, au centre du visage, correspond à de délicats prélèvements commandés pour la réalisation d'objets de protection spirituelle.
↑« Ce nom de Pahouins a été adopté par les Français, mais je ne lui vois pas de raison d’être. Comme je l’ai dit, Fan est le nom que ces peuples se donnent à eux-mêmes, les indigènes les appellent Mpangwen, et c’est le terme sous lequel les désignent habituellement les Anglais et les Allemands », Marquis de Compiègne,L'Afrique équatoriale,p. 154
↑F. Touchard, « Notice sur le Gabon »,Revue maritime et coloniale, octobre 1861, p. 1-17 ; p. 14
↑Laurence Doremus,L'objet porteur de sens. Les représentations symboliques de la culture matérielle, Université de Paris Sorbonne Cité,, 150 p.(présentation en ligne),p. 85,113,115-116
↑Commentaire de l'image dans l'article : « Il est à remarquer qu'au lieu de construire des cases rondes et pointues, en forme de meules, comme les autres noirs africains, les Pahouins ont adopté une toiture plate et débordante, formant véranda, qui rappelle celle des maisons européennes aux colonies », dans « Comment nous avons délimité la frontière entre la France et l'Allemagne dans l'Afrique équatoriale »,Le Miroir, 3 mai 1914
↑X. Cadet,Inventaire des armes fang du musée d'histoire naturelle de Lille (mémoire de DEA Histoire-Sociétés-Cultures), université de Lille III,.
↑Le terme « byeri » désigne à la fois les restes sacrés d'un ancêtre dans un conteneur particulier, la statuette qui les protège, et le rituel associé ainsi qu'une plante. La pratique propre aux Fang est associée au terme propre à la culture occidentale, le « reliquaire », et par extension appliqué à d'autres cultures, comme le bouddhisme, dans(en) Alisa Lagamma (éditeur scientifique)et al.,Eternal ancestors : the art of the Central African reliquary, Metropolitan Museum of Art, Yale University Press,, 355 p.(ISBN978-1-58839-228-2 et978-0-300-12409-5).
↑Figure de reliquaire Fang :Musée Dapper. L'effigie féminine d'ancêtre, appelée localementeyema byeri, correspond à l'« image (eyema) de l'ancêtre familial » : Louis Perrois, inYves Le Fur (dir.), 2017,p. 66
↑Selon la collection du musée[2] : « Tête au crâne bombé, le visage légèrement en creux en forme de cœur, bouche prognate aux lèvres serrées. Les yeux, dont seule l'orbite est creusée, sont figurés par deux clous en laiton. Le nez et la bouche sont érodés. La coiffure forme sur le crâne une crête, prolongée sur les tempes par deux longues tresses. À l'arrière, cinq tresses égales. L'enduit épais et collant ordinairement obtenu à l'aide de copal, de poudre de charbon de bois et d'huile de palme fait ressortir l'éclat métallique des yeux »
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