Graffiti contre le féminicide auMexique (« Plus jamais de féminicides » en espagnol).
Leféminicide (oufémicide,gynécide ougynocide) est lemeurtre d’une ou plusieurs femmes ou filles pour la raison qu’elles sont desfemmes. Les définitions peuvent varier selon le contexte culturel. La prise en compte juridique des féminicides varie largement de pays à pays, de même que les modes de lutte contre ceux-ci.
Dans le texte d'unecomédie théâtrale dePaul Scarron, écrite en 1652, le mot « femmicide » apparaît pour la première fois. Employé dans l'expression « faire femmicide » ; il traduit le désir exprimé par un homme de brutaliser une femme[1]. L'ethnologue Christine Gamita la relève dans un ouvrage en français datant de 1853 et écrit parAlphonse Toussenel, undisciple de Fourier -La graphiefeminicide apparut comme terme caricatural — anecdotique — anglais en 1801, puis en 1848, il devient un terme juridique :« meurtre d'une femme parce qu'elle est une femme », consigné dansLaw Lexicon de Wharton. Sous la forme d'un adjectif, elle renvoie auxviolences faites aux femmes[2].
Dans un article de l'hebdomadaireLe Monde illustré, publié en 1863,Jules Lecomte forge la locution « lacet féminicide ». Par cenéologisme, le journaliste laisse entendre que les femmes disposeraient d'un instrument pour attraper les hommes et les maintenir sous leur emprise[1]. En 1887, dans une édition du journalLe Rappel, le substantif « féminicide » est employé pour désigner le meurtre d'une femme par une autre, suivi dusuicide de la meurtrière, lors d'une dispute conjugale[1]. Lasuffragette françaiseHubertine Auclert l'utilise en 1902 dans le quotidienLe Radical, à propos d'une loi portant sur ledivorce et qu'elle qualifie de « féminicide »[1],[3]. Au fil des siècles, le mot « féminicide » apparaît et disparaît sous divers sens et sans se fixer commenotion[4],[5].
Le terme est calqué surhomicide avec la racinefēmĭna, æ, f., « femme, femelle »[6] enlatin, et le suffixe « -cide » issu du latincædo, cĕcīdī, cæsum, cædĕre, « frapper, battre, abattre, tuer, massacrer »[7],[8].
Il peut donc être interprété comme une sous-catégorie de l'homicide (le terme latinhŏmo, ĭnis, m. signifiant en latin « homme » en général, « humain », sans distinction de sexe ni de genre[9]), au même titre que leparricide ou l'infanticide. À l'origine, toutefois, le concept contemporain de féminicide témoignait de la volonté de spécifier les violences subies par des femmes, parce que femmes, du fait de l'asymétrie de genre des rapports de pouvoirs[10]. Les deux usages coexistent, soit meurtre de femme à l'égal d'androcide[11], soit meurtre sexiste de femme. Les violences féminicides ou féminicidaires parfois contractées en féminicides, comme le viol ou l'excision féminicide, considérés alors en destruction partielle d'une personne de sexe féminin.
Le terme de « femicide » est popularisé en anglais dans les années 1980 par la BritanniqueJill Radford et la Sud-AfricaineDiana E. H. Russell, reprenant l'Américaine Carol Orlock (1974)[12]. Elles en proposent comme définition[13],[14] le« meurtre de femmes commis par des hommes parce qu'elles sont des femmes. » Diana Russell l'utilise publiquement pour la première fois en 1976 lors duTribunal international des crimes contre les femmes qui se tient àBruxelles[15],[16]. Bien que le terme soit déjà connu dans le monde anglophone, Russell y ajoute un sens politique critique et le contextualise dans le cadre d'une pensée politique féministe[17],[18]. Elle affine ensuite la définition du concept qui devient le « meurtre misogyne de femmes par des hommes »[19]. Cette définition se retrouve dans l'ouvrage de 1992 de Radford et Russell,Femicide : The Politics of Woman Killing (Fémicide : la politique du meurtre de la femme)[20],[21]. La BritanniqueLiz Kelly rajoute ensuite l'idée qu'il s'agit d'une manifestation extrême deviolence sexuelle, mettant en évidence la nature genrée de certaines formes de violence envers les femmes, et se focalisant sur ce qu'elle voit comme un désir de l'homme pour le pouvoir, la domination et le contrôle[18].
Inspirée par le livre de Russell et Radford, l'anthropologue et militante féministe mexicaineMarcela Lagarde propose au début des années 1990 le concept similaire de « feminicidio », traduction en espagnol de l'anglaisfemicide. Le concept est développé de manière plus contextuelle pour apporter un cadre théorique à la très forte hausse de violences extrêmes et de meurtres de femmes au Mexique,en particulier à Ciudad Juarez. Un de ses éléments centraux est l'impunité, en l'occurrence l'incapacité des autorités à poursuivre et punir les auteurs de ces crimes[18].
Le concept est ainsi proposé par lemouvement féministe afin de politiser et de remettre en question la violence des hommes envers les femmes. Dès le départ, il comprenait diverses formes spécifiques de violences mortelles commises contre des femmes, telles que les meurtresd'honneur et les meurtres de prostituées. Avec le temps, la définition devient plus floue et générale, élargie par certains auteurs à toute forme d'homicide de femmes et ainsi débarrassée de sa connotation politique[22].
Au contraire des définitions basées sur celle de Russell, la définition donnée par l'OMS en 2012 inclut de manière implicite leshomicides commis par une femme sur une autre femme ou sur une fille, en raison de la condition féminine de la victime[23].
En France, laCommission générale de terminologie et de néologie, qui travaille en lien avec l'Académie française, en a préconisé l'usage dans le domaine du droit en 2014, avec le sens d'« homicide d’une femme, d’une jeune fille ou d’une enfant en raison de son sexe »[24],[25] — ce qui en fait donc un crime sexiste, à l'image du crime raciste (crime de haine commis en raison de la perception raciale de la victime par le meurtrier). Il fait son entrée audictionnaireLe Robert en 2015 :« meurtre d'une femme, d'une fille, en raison de son sexe »[26]. En 2019, le dictionnaireLe Petit Robert fait du mot « féminicide » son mot de l'année[27]. Il demeure cependant absent en 2019 de la plupart des dictionnaires, notamment duTrésor de la langue française, et n'est pas reconnu par l'Académie française[28]. Fin 2025, on le trouve dans la version en ligne du Larousse[29], mais pas sur le site du CNRTL[30].
Pour être qualifié de féminicide, l’assassinat d'une femme doit donc nécessairement être associé à des motifs liés à son identité de femme[31]. Tuer une femme pour un mobile crapuleux ou l'homicide involontaire d'une femme ne constituent donc pas des féminicides selon les dictionnaires et référents terminologiques francophones.
Une définition plus englobante, issue semble-t-il de l'usage du mot dans le monde anglophone, consiste à envisager le féminicide comme« le point d’aboutissement ultime d’un continuum de violence et de terreur incluant une large variété d’abus verbaux et physiques, et s’exerçant spécifiquement à l’endroit des femmes ». Cette définition englobe les situations où leviol, l’esclavage sexuel, l’inceste, l’hétérosexualité forcée, lesmutilations génitales voire celles effectuées au nom de normes sociales de beauté comme lachirurgie esthétique, provoquent la mort d'une femme[20].
En 2020, un rapport parlementaire portant sur l’inscription de ce terme dans la loi[32] en a rejeté l’opportunité.
« Féminicide » a été retenu de préférence à « uxoricide » (uxor signifiant« épouse » en latin) pour désigner ce qui a été perçu en 1976 comme unfait de société, et parce que l'uxoricide a très longtemps désigné un type très particulier de féminicide, le meurtre d'une femme convaincue d'adultère et excusé par la loi dans ledroit romain[15]. L'uxoricide ne concernerait que les féminicides "conjugaux" et l'assassinat de la conjointe mais certains usages modernes l'emploie également dans le cas du meurtre du conjoint. L'utilisation du mot féminicide est particulièrement encouragée par lesassociations féministes[33]. Selon elles, parler de féminicide, c’est transformer unfait divers enfait social[33], et mettre en lumière le caractère systémique des violences dont sont victimes les femmes dans le monde entier, jusqu'à l'homicide. L’Association des journalistes professionnels a recommandé aux journalistes d'utiliser ce terme[33], ce que font par exempleLe Monde[34],[35] ouSlate[36].
Selon Vinciane Votron, chef de rédaction à laRTBF, le mot féminicide est lourd de sens et ne devrait être employé qu'en présence de tous les éléments permettant de caractériser un meurtre de femme « parce que c'est une femme »[33]. En France, le terme est généralement utilisé dans les médias dans une acception spécifique, lorsqu'une femme est tuée par son conjoint ou son ex-conjoint[37], et rarement dans d'autres cas. En 2019, sur 173 personnes tuées par leur conjoint en France, 146 sont des femmes (dont une dans le cadre d'un couple homosexuel) et 27 sont des hommes (dont 7 dans des couples gays)[38]. Dans l'actualité, le terme féminicide, devenant presque synonyme decrime conjugal, englobe de ce fait très rarement les meurtres d'unetravailleuse du sexe par un homme[39] ou d'autres formes de féminicides non intimes.
Le terme est utilisé pour servir de base à des recherches visant à quantifier le nombre de meurtres de femmes qu'on peut qualifier de violence de genre[40] ou de violence masculine[41],[42].
Franceinfo diffuse depuis décembre 2019 une courte vidéo sur le terme de féminicide et la définition donnée par différents organismes comme lePetit Robert, l'OMS ou Franceinfo[43].
le féminicide« intime » lorsqu'il s'agit du conjoint actuel ou ancien (ce qui en fait un synonyme decrime conjugal) ;
lecrime d'honneur est pratiqué par un homme ou une femme, membre de la famille ou duclan de la victime, afin d'en protéger sa réputation. Il est commis lorsque la femme a transgressé des lois morales telles qu'unadultère, la fréquentation d'un garçon sans l'accord de sa famille, ou même après avoir subi un viol ;
le féminicide lié à ladot correspond à l'homicide d'une femme par sa belle-famille, lors du mariage dû à une dot insuffisante, particulièrement enInde ;
le féminicide« non intime » est un crime commis en dehors d'une relation intime avec la victime, donc unhomicide commis sur une femme par un ou plusieurs hommes.
C'est en Amérique latine dans les années 1960 que s'est engagée la réflexion sur la spécificité des violences faites aux femmes, à la suite notamment du triple meurtre dessœurs Mirabal (Patria Mercedes, María Argentina Minerva et Antonia María Teresa) dites les « Mariposas », engagées dans le mouvement clandestin de lutte contre la dictature deRafael Trujillo enRépublique dominicaine, et qui a par la suite mené à l'utilisation institutionnelle du terme de féminicide[47],[48]. À la suite de l'assassinat des sœurs Mirabal en République dominicaine, uneJournée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes est instituée d'abord dans différents pays d'Amérique latine avant d'être adoptée par l'Assemblée générale de l'ONU en 1983[3].
AuCosta Rica et auMexique, des féministes (Ana Carcedo et Montserrat Sagot au Costa Rica, Marcela Lagarde et Julia Monárrez au Mexique) conceptualisent les notions de respectivement fémicide (femicidio) et féminicide (feminicidio) pour mettre en lumière les rapports de pouvoir de sexe qu'elles décèlent dans les meurtres de femmes, rapports jusque-là invisibilisés. Ces deux mots sont par la suite introduits dans les législations nationales et utilisés de façon interchangeable[17], mais avec des définitions évacuant en grande partie l'analyse des rapports sociaux de sexe[10].
Les très nombreuxmeurtres de femmes à Ciudad Juarez, au Mexique, sont désormais qualifiés de féminicides dans la presse, à la suite de la législation mexicaine intervenue en 2007[49],[50].
Selon Charlotte Vanneste, maître de recherches à l’Institut national de criminalistique et de criminologie et chargée de cours à l’Université de Liège, une lecturegenrée d'un meurtre est simplificatrice et écrase d’autres réalités, par exemple les facteurs declasse sociale ou encore de culture. Une telle lecture élude également les violences conjugales contre les hommes ou dans les couples homosexuels[33].
Pour l'associationLes Antigones, l'utilisation du terme féminicide relève d'une démarche politique etessentialiste figeant« les hommes dans la position de persécuteurs et les femmes dans celle de victimes »[51],[52]. Sur son compteTwitter,Alain Jakubowicz, ancien président de laLigue contre le racisme et l'antisémitisme, réagit au mot « féminicide » en déclarant :« Les violences faites aux femmes sont un sujet trop grave pour être confiées aux feministes »[53],[54].
Les détracteurs estiment également que le terme est trop « fourre-tout ». Les partisans de l'utilisation du terme, dont l'écrivaineDiana E.H. Russell, y incluent les avortements sélectifs de fœtus féminins (comme en Chine ou en Arménie), les assassinats systématiques de femmes dans un contexte de guerre, les meurtres commis par un membre de la parenté ou un conjoint, les « crimes d’honneur », les crimes liés à la dot (comme en Inde, Pakistan, Bangladesh), les femmes décédées à l’issue de mutilations génitales ou lors d’avortements clandestins[31],[55],[53],[51]. Le regroupement de ces meurtres de femmes dans une catégorie générale reviendrait donc à simplifier à outrance les innombrables problématiques individuelles[56].
Le terme féminicide ou fémicide est défini lors d'un symposium tenu en 2012 par l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC)[45] ou encore par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), dans une acception plus large que celle qui prévaut par exemple en France[31]. L'OMS emploie le terme « fémicide » en français[33] en 2012 dans ses brochures d'informations et le définit comme étant l'homicide volontaire d'une femme[57] ; l'UNODC emploie quant à lui les deux termes.
Selon l'Office des Nations unies contre les drogues et le crime (UNODC), sur l'ensemble des 87 000 meurtres de femmes répertoriés en 2017, 50 000 femmes (58 %) ont été tuées par leur partenaire ou par un membre de la famille, dont 30 000 (35 %) par leur précédent ou actuel partenaire sexuel[58],[note 1].
Selon le chef de ce même UNODC,« l'endroit le plus dangereux pour une femme » est celui où elle habite ; de plus, il y a des différences marquées entre hommes et femmes par rapport aux meurtres par des proches, liées à des différences de rapports de pouvoir[59]. L'UNODC note également qu'à l'échelle mondiale, le taux de femmes victimes d'homicide est de 13 pour un million, l'Afrique ayant le taux par continent le plus élevé, et l'Asie et l'Europe le plus faible[59].
Le continent africain est fortement touché par les meurtres et assassinats de femmes dans la sphère conjugale ou familiale, avec 19 000 décès (dont 10 000 dus au partenaire intime), et un taux de3,1 féminicides de ce type pour 100 000 femmes. Plus des deux tiers (69 %) des femmes tuées en 2017 l'ont été par leur partenaire ou par un membre de la famille. C'est donc au sein de son environnement familial qu'une Africaine a la plus forte probabilité d'être tuée[60].
De façon plus marginale, l'Afrique connaît tout comme l'Asie et les îles du Pacifique des féminicides dus à des accusations de sorcellerie, bien que les statistiques incomplètes ou non fiables ne permettent pas d'en délimiter l'importance. Même si de jeunes filles peuvent être accusées de sorcellerie, le risque augmente avec l'âge et en milieu rural, et les veuves y sont le plus fortement exposées[61].
Selon l'Observatoire canadien du fémicide pour la justice et la responsabilisation (OCFJR), qui produit une carte annuelle du féminicide[62] ainsi que divers rapports[63],[64], on dénombrait 148 femmes et filles victimes de meurtres en 2018[65]. SelonStatistique Canada, le nombre d'homicides de femmes a baissé de 1980 à 2015, tout en augmentant pour les femmesautochtones[66]. En 2018, parmi les cas résolus, 164 femmes ont été victimes d'un homicide, soit un quart du total. Parmi celles-ci 67 ont été tuées dans un cadre conjugal, soit les trois quarts du total des homicides commis dans ce cadre[67].
La question desdisparitions et meurtres de femmes dans les communautés autochtones, qui ont lieu à un degré significativement plus élevé que dans les autres communautés du pays, fait l'objet de nombreux débats et d'une mobilisation soutenue depuis plusieurs décennies. En 2016, l'Association des femmes autochtones tente d'en faire un recensement et identifie 500 cas, indiquant que son tableau est partiel[68]. Un rapport de la gendarmerie royale parle de 1 181 femmes entre 1980 et 2012[69]. En 2019, une enquête nationale ouverte par le gouvernement fédéral indique avoir recensé plus de 3 000 cas, mais n'avoir pas les moyens de dresser une liste exhaustive. Elle met en cause le caractère systémique de l’incapacité des institutions gouvernementales canadiennes à protéger les femmes autochtones contre les violences, en particulier les violences sexuelles[70].
Lors de laTuerie de l'École polytechnique de Montréal, le, quatorze femmes sont abattues pour le simple fait qu’elles sont des femmes. L'homme responsable de ces meurtres se suicide. En, la ville de Montréal déclare l'attentat comme antiféministe, ce qui en fait un événement emblématique au Canada[71].
En 2021, leFBI avait estimé à près de 1 700 le nombre de victimes de féminicides cette année-là[72], soit environ une américaine tuée toutes les cinq heures[73].
D'après la revue médicaleThe BMJ, le féminicide y est la première cause de décès lors d'une grossesse[74].
Depuis lesannées 1990,Ciudad Juárez, ville frontière du nord du Mexique, auChihuahua, connaît unesérie de meurtres de femmes qui lui vaut d'être appelée la « Cité des mortes ». Ainsi,« dans le reste du Mexique, sur dix victimes de meurtres, une seule est une femme. À Ciudad Juárez, dans lesannées 1990 et2000, sur dix personnes assassinées, quatre sont des femmes »[76].
Les féminicides sont si nombreux au Mexique qu'en 2016Maria Salguero Bañuelos crée une carte interactive des féminicides pour les recenser et les géolocaliser, mais aussi pour identifier les victimes et les nommer[77],[78].
Féminicides pour 100 000 femmes en Europe en 2017.
Partenaires intimes
Membres de la famille
En Europe, des agences ont d'abord financé des initiatives relatives aux violences de genre, non spécifiquement axées sur les féminicides. La recherche sur ces sujets débute et est encore mal organisée en 2019. Une initiative nomméeCOST (Cooperation on Science and Technology) Action IS1206 a fondé le premier groupe pan-européen avec des chercheurs et chercheuses qui travaillaient déjà sur ces thématiques au niveau national. L'objectif est d'avancer sur la question des définitions, de l'efficacité des mesures prises pour prévenir les féminicides, et de publier des lignes directrices destinées aux politiques nationales[79].
Les données disponibles sont limitées :Eurostat ne couvre que vingt pays et les données ne sont pas collectées de manière homogène. Citant les données disponibles pour l'Europe occidentale en 2015[80], leEuropean Data Journalism Network calcule un taux moyen annuel de féminicides de 0,4 victimes pour 100 000 femmes[81][source insuffisante]. Les variations d’une année sur l’autre sont importantes ; par exemple, entre 2011 et 2018 le taux a varié entre 2,7 et 4,1 en Allemagne, entre 2,5 à 7,7 en Finlande et entre 0,9 et 4,7 en Lettonie[82].
À l’échelle européenne des 20 pays dont les données sont fournies par Eurostat, on constate que si le nombre d’homicides baisse globalement entre 2012 et 2015, ce n’est pas le cas pour les féminicides.
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En 1997, le témoignage d'Ana Orantes (1937-1997) est présenté dans l'émissionDe tarde en tarde d'Irma Soriano, diffusé surCanal Sur, où elle évoque sa condition de victime deviolence conjugale[84]. Elle est assassinée par son mari treize jours après son passage à la télévision, ce qui a de grandes répercussions dans la société espagnole, notamment l'évolution du code pénal[85].
En France, il n'existe pas d'observatoire officiel des féminicides. Le ministère de l'Intérieur comptabilise cependant les « morts violentes au sein du couple »[31]. Selon un commentaire relevé et partagé par l'AFP, il semblerait que la police française ne considère comme féminicides que les féminicides intimes perpétrés par un partenaire ou ancien partenaire[87].
On estime à un minimum de 219 000 (soit 1 % de la population totale) le nombre de femmes victimes deviolences conjugales de type physique ou sexuel[88] (dont 94 000 victimes de viol ou de tentatives de viol chaque année[89]) tous les ans en France. Dans 19 % des cas, ces violences sexuelles ou physiques sont suivies d'un dépôt de plainte. Les violences contre les femmes n'épargnent aucune génération ou nationalité, c'est d'ailleurs l'une des formes de violation desdroits humains[90] les plus présentes[91].
En 2006, l'Institut médico-légal de Paris publie une enquête qui montre que les meurtres de femmes sont réalisés dans 85 % des cas par leur mari, proche ou partenaire. Cette étude soulève le caractère pathogène du modèle familial encore dominant dans nos sociétés[92].
80 % des homicides conjugaux sont commis par des hommes. Dans sept cas sur dix, l’auteur est sans emploi au moment des faits. L'âge ne semble pas jouer de rôle déterminant. En 2018, 20 % des auteurs avaient été suivis par un service de psychiatrie ou psychologie avant le passage à l’acte. Toujours en 2018, dans plus de la moitié des cas, l'auteur avait consommé de l'alcool, des drogues ou médicaments avant le crime[95].
En 2018, un tiers des 120 femmes tuées avait auparavant déposé une plainte ou une main courante[96].
En 2019, selon l’étude nationale relative aux morts violentes au sein du couple, le nombre de féminicides (selon l'acception restreinte de ce terme) a augmenté de 21 % en France avec 146 femmes tuées par leur partenaire ou ex-partenaire[97]. 84 % des victimes de mort violente au sein d’un couple sont des femmes. Le collectif Féminicides par compagnon ou ex compte lui 152 cas[98]. La fréquence estimée est d'un féminicide en France toutes les48 heures[86].
En 2021,122 féminicides ont été recensés, un chiffre en hausse de 20 % par rapport à 2020[99]. De plus,684 victimes ont tenté de se suicider ou se sont suicidées à la suite du harcèlement de leur conjoint ou ex-conjoint[100].
En 2022,118 féminicides sont décomptés par le ministère de la Justice[101].
En 2023,94 féminicides sont recensés en France (-20 % par rapport à 2022), selon le ministère de la Justice[101]. Plusieurs associations, dont le collectifNous Toutes, réalisent un comptage différent et pointent134 féminicides en 2023. Selon ce collectif, 72 % des féminicides commis en 2023 sont des féminicides conjugaux.
Depuis le, un recensement des femmes présumées victimes de crimes conjugaux est effectué par le Collectif militant « Féminicides par compagnons ou ex », aussi bien pour laFrance métropolitaine que pour laFrance d'outre-mer[102]. Le Collectif, qui scrute quotidiennement les médias présents sur Internet, a recensé 128 féminicides conjugaux présumés en 2016 ; 138 pour l'année 2017 ; 120 pour l'année 2018 et 152 pour l'année 2019[103]. Au,98 femmes sont présumées avoir été tuées, en 2020, par leur compagnon ou ex. En 2021, l'organisme NousToutes.org, décompte113 féminicides au cours de l'année.
SelonAnthropen, dictionnaire d’anthropologie contemporaine, le féminicide est « le point d’aboutissement ultime d’un continuum de violence[s] […] s’exerçant spécifiquement à l’endroit des femmes. En d’autres termes, on peut parler de [féminicide] lorsque leviol, l’esclavage sexuel, l’inceste, l’hétérosexualité forcée, lesmutilations génitales ou celles effectuées au nom de la beauté comme lachirurgie esthétique, provoquent la mort d’une femme »[105].
PourFrançoise Héritier, anthropologue, il faut rajouter aux caractéristiques typiques du genre humain telles labipédie, lesmains préhensiles et laconscience, le fait que « l’Homme est la seule espèce où les mâles tuent les femelles de leur espèce ». Pour Héritier, les espèces animales connaissent la violence, mais celle-ci s'exerce uniquement intra-sexe, mâles entre eux ou femelles entre elles : mâles et femelles ne cohabitent pas. Chez l'Homme en revanche, l'existence du couple et de la famille est fondée sur la reconnaissance de lapaternité. Pour le sexologuePhilippe Brenot, cette reconnaissance de la paternité« ne peut être préservée que par l’enfermement des femelles (femmes) dans ce que l’on a appelé le mariage, essentiellement destiné à empêcher la rencontre avec tout autre mâle. C’est ainsi que ce huis clos « protecteur » de la pureté de la filiation va devenir le lieu de tous les drames voire des meurtres. La machine de la domination masculine est maintenant en place : le mariage comme cadre juridique, la jalousie comme outil de vigilance ». Il synthétise que« cette terrible violence est née au début de l’humanité, pire : elle en est l’origine ! »[106],[107].
L’analyse de l’ancienne députée, anthropologue et militante féministeMarcela Lagarde se fonde en grande partie sur le cas de la ville deCiudad Juárez au Mexique, où entre 1990 et 2006 plus de300 meurtres de femmes ont été commis[20]. Les meurtres à Ciudad Juárez avait comme particularité que les cadavres furent retrouvés sur des terrains vagues ou dans le désert, de plus les victimes avaient été violées et torturées, mutilées. Dans ce contexte, Marcela Lagarde explique que trois facteurs sont à l’œuvre et se combinent pour rendre possible le féminicide (2010 : xxiii[108]) :
Le manque de respect des droits humains des femmes, concernant par exemple leur sécurité.
L’impunité dont bénéficient les meurtriers.
L’irresponsabilité des autorités et surtout de l’État (le féminicide étant considéré par elle comme uncrime d'État).
Dans la mesure où laviolence structurelle est tolérée ou même provoquée et entretenue par l’État, des chercheuses tel que Marcela Lagarde ou Marie France Labrecque affirment que celui-ci porte la responsabilité des meurtres de femmes, qu’ils se produisent dans des lieux publics ou au sein de leur foyer[20].
Selon l'anthropologue Patricia Ravelo Blancas, alors que le Mexique a compté 1 006 féminicides en 2019, il faut« changer les structures mentales qui conçoivent les femmes comme des objets ou des sources de plaisir » et« Il faut générer une culture d'inclusion, de respect et d'égalité »[109].
Liens entre féminicide, âge, origine ethnique et grossesse
En 2003, dans ce pays, lecertificats de décès d'une femme doit préciser si elle était enceinte au moment de la mort, ou si la mort a eu lieu dans les42 jours ou l'année suivant la fin d'unegrossesse[110]. Il a fallu attendre 2018 pour que tous les50 États appliquent cette règle. En 2021, une premièreétude épidémiologique et statistique, a porté sur deux ans de ces données, montrant qu'il existe dans ce pays un lien significatif entre le risque de féminicide et la grossesse[110]. L’examen des certificats de décès des 50 États américains en 2018 et 2019, montre que273 femmes ont été tuées durant leur grossesse ou dans l'année suivant la fin de la grossesse, au domicile dans deux tiers des cas[111]. En outre, ces données montrent que :
« les femmes américaines qui sont enceintes ou qui étaient enceintes au cours des42 derniers jours (période post-partum) meurent par homicide à plus de deux fois le taux de décès par saignement ou troubles placentaires - les principales causes de décès généralement considérés comme liées à la grossesse ;
De plus, devenir enceinte augmente le risque de décès par homicide : entre 10 et44 ans, les femmes enceintes ou dont la grossesse a pris fin au cours de l'année précédente ont une probabilité d’être tuées plus élevée de 16 % que les femmes non enceintes ». Le risque est accru chez les jeunes femmes noires. Ces femmes ont souvent été tuées par un partenaire intime violent (actuels et/ou anciens)[110]. Rem : Le CDC n'inclue pas les homicides, les accidents ni les suicides dans les statistiques de causes de « mortalité maternelle », mais cette étude montre qu'être enceinte augmente le risque d'être tué par un proche. Il est probable que les femmes déjà prises dans des relations abusives ont un risque accru d'homicide si elles tombent enceintes[110] ;
Une femme noire enceinte, déjà exposée à un risque accru de mort par causesobstétricales, risque en outre presque trois fois plus de mourir par homicide que si elle n'était pas enceinte, et ce risque est plus élevé pour une femme noire que pour les femmeshispaniques (le risque pour les femmes d'origineasiatique ouamérindiennes n'a pas pu être calculé en raison d'un échantillon trop petit).In fine, le groupe des femmes noires enceintes ou récemment enceintes a un risque global de mourir 2,5 fois plus élevé de causes liées à la grossesse que les femmes blanches non hispaniques, selon le CDC[110] ;
Les filles et femmes de 10 à24 ans ont un risque plus élevé d'homicide pendant la grossesse que celles qui sont plus âgées[110].
AuCanada, le terme de féminicide est de plus en plus utilisé de pair avec l’intersection des facteurs derace et de classe, notamment. Dans ce pays, les statistiques nationales révèlent que le taux d’homicides chez les femmes autochtones est sept fois plus élevé que chez les femmes non-autochtones.« L’État canadien est certes un État de droit, il n’en comporte pas moins certaines caractéristiques patriarcales et coloniales héritées des siècles antérieurs »[20].
Les causes menant un homme à tuer sa compagne sont multifactorielles. L'une des raisons, appliquée à une psychologiepathologique, vient de l'incapacité à supporter la rupture du couple, soit car cette rupture renvoie à untraumatisme antérieur, soit parce que ces hommes ont comme seul modèle interne lesstéréotypes de lavirilité[112]. Un rapport de l’inspection générale de la justice d’octobre 2019 en France constate que 74 % des meurtres sont motivés par la séparation (43 %) ou lajalousie (31 %)[112].
Selon la socio-démographe Maryse Jaspard, qui coordonne l’enquête nationale sur les violences envers les femmes en France,« le moteur, c’est la perte de domination sur l’autre, le refus que l’autre soit libre et existe sans eux. Selon les groupes sociaux auxquels appartiennent les auteurs et leur façon de s’exprimer, ils seront perçus tantôt comme des “grosses brutes”, tantôt comme des hommes “nobles et pleins de passion”. Mais le motif reste le même : la dépossession »[112].
Une autre cause constatée aussi bien en France qu'aux États-Unis, est« le poids des modèles sociaux de relations privées entre hommes et femmes, et en particulier la persistance du modèle inégalitaire, [qui] comptent pour beaucoup dans le processus qui conduit au meurtre du conjoint »[92].
Des chercheurs ont mis en exergue l'existence de rapports entre la figure maternelle et celle de la compagne, justifiant que cette dernière soit exposée à des sévices qui n'ont pu être infligées à la mère haïe[92].
Le féminicide, dans un nombre important de cas — 30 % selon l'étude menée en 2011 parAlexia Delbreil, psychiatre et médecin légiste — se caractérise par un acharnement sur le corps des victimes, en raison du nombre démesuré de coups assénés, et de la multiplicité des modes opératoires[113]. Ce modus operandi caractérise aussi certains féminicides non-conjugaux. Dans son enquêteLaëtitia ou la Fin des hommes publiée en 2016, auchapitre 50 intitulé « Féminicide », l'historienIvan Jablonka écrit que la jeune fille a été « surtuée » (traduction possible de l'anglaisoverkill). En effet, elle a été simultanément frappée, poignardée et étranglée avant d'être démembrée, ce qui manifeste un « acharnement à tuer »[114],[115].
L'analyse conjointe de psychiatres explique ce comportement d'overkill par le décalage entre les faits et la perception qu’en a l’auteur :« il y a, dans la phase précriminelle, une tension psychique tellement intense que lorsqu’un élément précipitant déclenche le passage à l’acte ces hommes sont pris par l’émotion : une fois que le premier geste est donné tous les autres s’enchaînent, sans qu’il y ait de réelle conscience de ce qu’ils sont en train de commettre »[113]. Cependant, l’idée stéréotypée du « coup de folie » est trompeuse, car en France dans de telles affaires l’abolition du discernement n’est presque jamais retenue par les tribunaux, et l’altération rarement, l'auteur du crime étant retenuresponsable pénalement après expertise psychiatrique[95]. De même, la notion decrime passionnel, qui s'est développée en raison d'une méconnaissance de la réalité des homicides conjugaux, en prétextant que le meurtre serait un acte isolé découlant d’un amour fou, a pu être instrumentalisée par les avocats. Cependant, elle n'est ni une réalité juridique, ni une réalité sociologique ou psychologique[116]. Sa généalogie remonte aux journalistes duXIXe siècle, et prend fin, en France, lors de l'affaireCantat[116].
En 2018 en France,60 féminicides ont été commis alors que les enfants étaient présents[113]. Traumatisés, ils sont cependant très rarement pris en charge de façon systématique[117].
Le même rapport indique qu'en 2018, 40,3 % des auteurs de féminicide font, après le crime, une tentative de suicide[112]. Pour le psychiatreDaniel Zagury, ce mode opératoire tendrait à conjurer la perte de l’autre, alors qu'elle tente de s’échapper :« la séparation ne concerne que les vivants, si on meurt ensemble, on ne se sépare pas, on est ensemble pour l’éternité. Le lien n’est pas rompu : c’est un suicide de non-séparation »[95].
En Chine la préférence des garçons par rapport aux filles remonte auconfucianisme. La tradition veut que le couple de jeunes mariés s'installe chez la famille de l'époux pour subvenir à ses besoins. De plus, donner naissance à un garçon signifie obtenir une garantie de retraite pour les parents. La fille serait ainsi perçue surtout comme une charge économique. Dans ce contexte et vu la démographie grandissante du pays, c'est en 1979 que la politique de l'enfant unique est instaurée. Pour des raisons de tradition les familles désirant un garçon en viennent donc à commettre des infanticides sur leurs filles nouvelles-nées[120].
En Inde certaines castes considèreraient le garçon comme la « lumière de la maison » du fait qu'il est amené à perpétrer le nom de la famille. Donner naissance à une fille serait considéré comme une forme de malédiction[120].
Les femmes peuvent également être assassinées pour des motifs politiques, notamment parce qu'elles défendent les droits des femmes, des personnes LGBT+ ou sont engagées dans la défense de l'environnement. Une enquête internationale de mars 2023 réalisée par Youpress étudie les meurtres de287 femmes activistes dans58 pays, perpétrés entre 2010 et 2022[121]. Un tiers de ces assassinats sont classifiés comme des féminicides politiques.« les militantes des droits des femmes sont, de loin, la catégorie de militantes la plus ciblée par des assassinats sur la dernière décennie »[121]. Ces femmes sont majoritairement politiciennes, journalistes ou leader communautaires, tandis que d'autres exercent un métier en plus de leur engagement militant. Elles sont souvent victimes de campagnes de harcèlement et de dénigrement sur les réseaux sociaux (avec des allégations sur leur sexualité ou bien accusées d'être des mauvaises mères), ce qui a pour but de les couper de leur communauté et saper leur crédibilité[121]. Lorsqu'elles portent plainte pour les menaces reçues, elle ne sont souvent pas crues par la police et ne bénéficient pas de protection[121].
Les femmes victimes de féminicides politiques subissent souvent un acharnement sur leur cadavre (mutilations, destruction par le feu, défiguration à l'acide, etc). L'historienne Lydie Bodiou y voit une volonté des assassins de s'approprier le corps des femmes, qu'ils traitent comme une propriété. Cetoverkill vise également à semer la terreur parmi les populations et décourager les autres activistes[121].
La majorité de ces féminicides ne donnent pas lieu à une enquête ; seulement 15% mènent à un procès. La rapporteure spéciale auprès des Nations unies Mary Lawlor dénonce cette impunité dont bénéficient les meurtriers, et l'explique par le manque de considération envers les femmes de la part des gouvernements et des forces de l'ordre. Les femmes assassinées sont également victimes de stéréotypes de genre dans le traitement de leurs meurtres, qui sont parfois déguisés en suicides ou en féminicides intimes : cela a pour objectif de dépolitiser leur action en renvoyant leur meurtre à une affaire conjugale, et de« salir l’image de la militante pour éviter qu’elle devienne une martyre de sa cause »[121].
Certains féminicides politiques peuvent renforcer la cause défendue, en choquant l'opinion publique, voire en entraînant des changements législatifs. C'est le cas des féminicides deMarielle Franco, tuée au Brésil en 2018, deJuana Quispe, conseillère municipale bolivienne tuée en 2012 ou deZara Alvarez, militante tuée aux Philippines en 2020[121]. Toutefois, de nombreuses femmes sont assassinées avant d'avoir pu avoir un impact dans la sphère publique[121].
Les féminicides commis par des femmes qui agiraient avec un mobile de type patriarcal : crimes liés à la dot, infanticides féminins, décès conséquents à des mutilations génitales. Ainsi, en Asie certaines mères seraient contraintes par leur belle-famille à tuer elles-mêmes leur fille à la naissance[123]. D'autres seraient contraintes à avorter dès que le sexe de l'enfant à naître est connu[120].
Les féminicides commis par des femmes agissant sous l'emprise ou comme complices d'un ou plusieurs hommes : activité au sein de gangs, féminicides d'honneur, dot.
Les féminicides dont le mobile est personnel : sentimental (féminicide d'une conjointe, d'une rivale), crapuleux, criminel, idéologique[123].
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Dans le cas des féminicides intimes, en France, les enfants peuvent aussi être des victimes directes (33 enfants tués en 2013 dans le cadre de violences conjugales) ou être témoins des assassinats. D'autres enfin deviennent orphelins, sans bénéficier jusqu'à il y a peu de temps d'une prise en charge, la première expérimentation remontant à 2016[124]. Un protocole pilote de prise en charge des enfants témoins est testé en 2022[125].
Manifestantes du mouvementNi una menos rappelant l'identité de femmes assassinées,Buenos Aires, 2017.Promulgation de la loi contre le féminicide auChili, 2010.
Dans plusieurs pays d’Amérique latine, le féminicide est la circonstance aggravante du meurtre, lorsqu’il est commis sur une femme par sonmari ou son ancien compagnon. Le féminicide est reconnu comme un crime spécifique par plusieurs pays d’Amérique latine[28].
Le suivi des chiffres officiels des féminicides en Belgique se limite aux données administratives du parquet et de la police belge. Tout comme aux Pays-Bas, cela se traduit également par des données limitées en Belgique : les données collectées contiennent principalement des informations sur le type de crime tel que le meurtre ou l'homicide involontaire et l'auteur. Il n'y a que peu ou pas d'informations sur les victimes[129]. En raison de diverses limites de ces données, la plateforme Stop Feminicide a été créée en 2017 afin de pouvoir également surveiller les féminicides de manière non officielle[129],[130]. L'Institut européen pour l'égalité entre les hommes et les femmes (EIGE) conseille donc à la Belgique d'établir une définition claire du féminicide et une vaste collecte de données comprenant également des informations sur la relation entre victimes et agresseurs. Ils recommandent également de séparer ces chiffres par sexe[129].
Pour mieux comprendre le phénomène en Belgique, le Plan d'action national contre les violences basées sur le genre (PAN) 2021–2025 accorde davantage d'attention au fémicide[131],[132]. À la suite de ce PAN, une loi-cadre a été votée le à l'initiative de la secrétaire d’État à l’Égalité des genresSarah Schlitz pour mieux recenser les violences meurtrières à l'égard des femmes[130]. Cette loi-cadre envisage de définir le féminicide et de fournir des indicateurs clairs pour le mesurer. Aucun changement n'est prévu dans le code pénal, ce qui signifie que le féminicide ne deviendra pas un crime distinct[133],[134].
Le féminicide entre généralement dans l'infraction dumeurtre au premier degré parce que l'auteur d'un féminicide a uneintention spécifique de tuer une femme parce qu'elle est une femme[135], ce qui suggère unepréméditation. Lorsque les procureurs de la poursuite sont incapables de faire la preuve de la préméditation ou du fait que l'acte est de propos délibéré, mais qu'ils sont convaincus de l'intention spécifique de tuer ou de l'intention spécifique de causer des lésions corporelles de nature à causer la mort, l'infraction de meurtre au deuxième degré peut aussi être utilisée[136]. Lorsque le décès de la femme résulte d'un acte illégal où la mort n'est pas intentionnelle ou bien lorsqu'il résulte de la négligence criminelle, l'infraction utilisée sera plutôt l'homicide involontaire coupable[137]. Le meurtre au premier degré, le meurtre au deuxième degré et l'homicide involontaire coupable sont des homicides[138].
Le mot féminicide n'est pas explicitement utilisé dans le Code criminel, bien qu'il existe un mouvement qui vise à inscrire le mot au Code criminel[139]. Par contre, le Code criminel retient dans lescirconstances aggravantes le fait que l'infraction soit motivée par des considérations discriminatoires telles que le sexe, l'origine nationale et la race ou qu'elle constitue un mauvais traitement de son partenaire intime[140]. En outre, l'article 231 (5, 6 et 6.2) C.cr. énonce des cas de meurtres aggravés que le législateur assimile à des meurtres au premier degré, dont certains cas visent des féminicides, soit un meurtre pendant une agression sexuelle, un meurtre pendant une agression sexuelle grave, un meurtre pendant une agression sexuelle armée, un meurtre pendant un enlèvement et une séquestration, un meurtre au moment d'un harcèlement criminel, un meurtre au moment d'une intimidation d'une personne associée au système judiciaire (par ex. une juge, une gardienne de prison, une avocate, une greffière, une notaire)[141].
Certaines dispositions du droit pénal visent expressément ou implicitement des meurtres dont les femmes sont spécifiquement victimes. C'est notamment le cas quand il est fait mention d'une circonstance aggravante concernant le meurtre d'une personne dont la grossesse est apparente ou connue de son auteur. La peine encourue est la réclusion criminelle à perpétuité. La peine encourue est identique lorsque la victime homme ou femme est conjointe ou parente de la personne auteure des faits (article 221-4 du code pénal)[142],[28],[143].
Il est toutefois difficile d'établir la preuve de tels motifs, et il n'existe pas encore de statistiques sur le sujet[13].
De plus, selon laCommission nationale consultative des droits de l'homme en 2016, ces dispositions sont peu ou mal appliquées, et elle préconise que les circonstances aggravantes ne s'appliquent pas uniquement au caractère conjugal des violences, mais aussi à la dimension sexiste de la violence, car« dans le cas des violences contre les femmes, ce n'est pas seulement […] tel lien relationnel entre deux individus qui est en cause, mais bien lerapport de genre sous-jacent »[144].
En France, le législateur a fait le choix de mettre l'accent sur lesexisme, dont les hommes peuvent être aussi victimes, plutôt que sur le motif de féminicide. Cette alternative respecte le principe de neutralité du droit pénal[26]. Pour autant le meurtre à raison du genre n'est pas en soi une circonstance aggravante de l'homicide volontaire dans la loi française.
LaCommission nationale consultative des droits de l'homme estime que l'introduction du terme de féminicide dans le code pénal« comporterait le risque de porter atteinte à l'universalisme du droit et pourrait méconnaître le principe d'égalité de tous devant la loi pénale » puisque le motif concernerait« l'identité féminine de la victime » ; cette même commission encourage toutefois l'utilisation du terme dans le langage courant, car« en refusant de reconnaître la spécificité de certains homicides sexistes et en prétendant que le terme « d'homicide » parce qu'il serait universel, permet de désigner aussi bien les meurtres de femmes que ceux d'hommes, on contribue à invisibiliser certains rapports de sexe et une construction sociale fondée sur le genre qui est largement défavorable aux femmes »[144].
Pour la députéePascale Crozon, auteur d'un rapport sur le sujet, parler de féminicide n'implique pas de reconnaître que le meurtre d'une femme serait plus grave que celui d'un homme. Elle préconise que le mot soit utilisé sur la scène internationale, le vocabulaire administratif et les médias mais qu'il ne soit pas introduit dans le droit français. Des juristes partagent cet avis, estimant que les lois actuelles couvrent non seulement les cas de féminicides, mais aussi les autres délits à caractère sexiste[13]. Pour les féministes, la spécificité de ces violences se doit d'être prise en compte et ce, même si elle n'est pas intégrée dans le vocabulaire juridique.
Céline Parisot, présidente de l’Union syndicale des magistrats, estime que « Le principe d’égalité devant la loi s’oppose à ce que les crimes soient “genrés” »[145].
Lagrève des femmes du 14 juin 2019 en Suisse a porté dans ses revendications le thème desviolences domestiques et lesmeurtres de femmes par leur conjoint ou ex-conjoint, traités encore récemment comme des faits divers isolés[146]. La législation suisse s'appuie sur la Convention d'Istanbul, et publie des statistiques sur « la violence domestique selon les sexes »[147].
Le droit à la vie est considéré comme l'un des droits essentiels des êtres humains. La responsabilité de certains États a été reconnue par laCour européenne des droits de l'Homme en raison du manque de diligences mises en œuvre pour éviter des féminicides pourtant annoncés. C'est le cas de la Turquie, avec l'arrêt Opuz contre Turquie en 2009. La Cour a rappelé que l’État a non seulement« l’obligation d’empêcher les atteintes illégales au droit à la vie, mais également de prendre toutes les mesures appropriées pour préserver la vie sur son territoire », et particulièrement en fonction de ce que« les autorités savaient ou auraient dû savoir, à ce moment-là, de la réalité et de l’imminence du risque d’atteinte à la vie concernant une personne donnée ». Pour la juriste Gaëlle Breton-Le Goff, cet arrêt s’illustre par sa volonté de s’insérer un courant international qui tend à considérer la violence conjugale comme une violence spécifique au sexe et à obliger les États à prendre des mesures efficaces pour lutter contre elle[148],[144].
Sur le continent américain, laCour interaméricaine des droits de l'homme, saisie pour les cas de huit desmeurtres de Ciudad Juaez a posé les mêmes principes lorsqu'elle a condamné en 2009 le Mexique pour son manque de diligences dans les enquêtes, son impéritie dans la prévention des disparitions et son traitement discriminatoire à l'égard des femmes, en le reconnaissant coupable entre autres de violation du droit à la vie, à l'intégrité et à la liberté individuelle. La sanction s'est accompagnée d'une série d'obligations de natures diverses (éducation, révision des procédures d'enquête et de prise en charge des cas signalés, reprise des enquêtes sur d'autres cas non élucidés et enquêtes sur les défaillances, obligation de publication de résultats sur Internet, etc.[149],[150]).
L'Espagne, qui a vu son nombre de féminicides liés à des violences conjugales se réduire de71 femmes tuées en 2003 à 47 pour l’année 2018, est considérée comme étant en pointe en Europe dans la lutte contre ce phénomène, et un modèle à suivre[153]. Depuis 1999, après le choc provoqué par l'assassinat en 1997 d'Ana Orantes, une victime de violences conjugales brulée vive par son ex-mari trois jours après avoir témoigné à la télévision, elle a progressivement mis en place un arsenal de moyens variés et complémentaires pour lutter contre ces meurtres, dans un programme visant spécifiquement les violences de genre commises contre les femmes[153],[154]. Selonl'Express, l'Espagne apparait comme un « modèle à suivre » par les associations, les médias et des politiques, grâce à des « lois ambitieuses » et une « mobilisation de la société civile »[155]. PourFrance Info, l'Espagne est un « modèle européen »[156]. SelonLa Croix, « l’Espagne reste pionnière dans sa lutte contre les féminicides et constitue un exemple à suivre pour d’autres pays »[157].
En 1999 est créée une infraction spécifique si les violences sont habituelles[155].
En 2003, est mise en place la loi qui régit les ordonnances de protection pour les femmes victimes de violences[158], ainsi qu'un premier recensement systématique des femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint[154],[159]. Cesordonnances de protection sur lesquelles les juges ont72 heures pour statuer intègrent à la fois des mesures civiles et pénales, dont l'interdiction faite aux conjoints ou ex-conjoints violents d'entrer en contact avec leurs victimes. Conçues pour accorder« un statut de protection intégral »[160], avec un préambule rappelant« la nécessité d'une réponse intégrale, la coordination comme moyen absolu »[158], elles incluent en outre des mesures d'aides sociales[160]. 20 000 de ces ordonnances ont été accordées en 2018[155].
Laloi organique mise en place en 2004 sous le gouvernement socialiste deJosé Luis Zapatero est« un modèle dans la lutte contre les « violencesmachistes » » et une« volonté de solder une bonne fois pour toutes l'héritagefranquiste en matière sociétale » : sensibilisation, création de106 tribunaux spéciaux avec des procédures accélérées[155]. Cette loi en5 volets vise à couvrir l'ensemble des moyens d'actions contre les violences faites aux femmes dans le cadre de relations de couples, avec ou sans cohabitation :
un premier volet concerne l'éducation, avec des programmes scolaires visant à enseigner l'égalité de genre et la résolution pacifique des conflits ; et d'autres programmes de formation continue des professionnels de santé pour détecter les situations de risque et assister les femmes concernées ;
le second volet, orienté sur les droits des femmes, prévoit une aide judiciaire, des prestations sociales en cas de salaire inférieur à 75 % du salaire minimum si leurs difficultés à trouver un emploi résulte de leur âge, d'un manque de formation ou d'une situation personnelle particulière. Le droit à la mobilité géographique dans l'emploi est facilité tout comme la réorganisation du temps de travail ; les personnes âgées victimes de violences conjugales se voient affecter un droit de priorité pour l'accès aux maisons de retraites publiques ;
le troisième volet est de nature institutionnelle ; outre la création d'un observatoire des violences faites aux femmes, chargé d'analyser et suivre les cas rencontrés, ce volet instaure la mise en place d'un système de coordination de tous les acteurs concernés : justice, secteurs sanitaire et social, organismes chargés de l'égalité entre les sexes ;
le quatrième volet est d'ordre pénal, avec la création de circonstances aggravantes en cas d'agressions, menaces ou coercition exercées contre des personnes en situation de faiblesse vivant sous le même toit ou contre l'épouse ou compagne ; dans le même temps certains actes qui relevaient du délit sont criminalisés ;
le cinquième et dernier volet touche à l'organisation judiciaire, avec la création de tribunaux spécialisés, compétents aussi bien en matière civile que pénale[161].
En 2008, le pacte d'État contre la violence sexiste, visant à intégrer des composantes de laconvention d'Istanbul, et décliné en200 points d'action, est finalement autorisé grâce à une modification de loi de 2004[162].
Le coût global de ce programme est de220 millions d'euros en 2019[157].
En 2009 le gouvernement étend le port dubracelet électronique aux conjoints et ex-conjoints violents qui sont entre 1 200 et 1 500 à le porter en 2018. Il permet à la victime et aux autorités de savoir si ce dernier a franchi le périmètre de protection de 500 m défini par la justice[155]. Aucune femme protégée par ces bracelets électroniques n'a été victime d'agression depuis des années, les forces de l'ordre intervenant dans les dix minutes[157]. Les principales failles du modèle espagnol selon les chercheuses Emanuela Lombardo et María Bustelo sont le « champ étroit de violences qu'elle vise, lequel ne concerne que celles entre partenaires ou ex-partenaires ». En sont exclus « leharcèlement sexuel, leviol, letrafic de femmes, lesviolences sexuelles hors des relations de couple, l'usage d'un langagesexiste, etc. »[155].
Toutefois, malgré ces succès, le consensus national qui s'était créé risque d'être remis en cause avec l'arrivée auxCortes du parti d'extrême-droiteVox « dont un des chevaux de bataille est le combat contre les féministes » selonLa Croix. Selon lui, au nom de l'égalité entre les sexes, la législation mise en place par le socialisteJosé Luis Zapatero en 2004 doit être abolie, car elle bénéficierait aux femmes au détriment des hommes[157]. Ce parti milite pour le remplacement de la loi sur la violence de genre par une loi offrant la même protection pour les femmes, les hommes, les enfants et les personnes âgées victimes d'abus, ainsi que pour la suppression de toutes les subventions aux associations féministes[163].
Stèle commémorative à Sarah et toutes les femmes victimes de violence machiste à Toulouse (Haute-Garonne).
Le Collectif « Féminicides par compagnons ou ex », qui recense les femmes présumées victimes de crimes conjugaux en France Métropolitaine et dans la France d'outre-mer[164], communique systématiquement sur les évènements qu'il recense. Il affirme que son action a eu pour effet de favoriser l'utilisation par les médias du terme de « féminicide » et de faire reculer celle d'autres expressions comme « crime passionnel » ou « drame conjugal »[165].
En 2019, après le « Grenelle des violences conjugales », le gouvernement Philippe annonce une série de mesures, et un budget de360 millions d'euros à la réalité contestée, ne traduisant pas d'effort supplémentaire[170],[171] alors que les besoins sont estimés à plus1,1 milliard d'euros[172],[173]. Une rallonge de4 millions d'euros est annoncée pour 2020 dans le cadre de la loi de finance rectificative[174], le nombre de places d'hébergement d'urgence étant jugé encore en 2021 notoirement insuffisant[175].
Le quotidienLe Monde, revenant dans un dossier « Féminicides - Mécanique d'un crime annoncé » sur les120 féminicides recensés en 2018, constate que les mécanismes sont connus, et que dans un tiers des cas, les victimes avaient déposé au moins une plainte ou une main-courante, mais que 80 % de ces plaintes avaient été classées sans suite. Le journal en conclut que ces morts annoncées auraient pu être évitées et que la prévention se heurte à des failles dans la prise en charge[176]. Après l'assassinat prévisible deChahinez Daoud à Mérignac en 2021, une commission d'enquête conclut à « une suite de défaillances qui peuvent être reprochées à différents acteurs dans la communication et la coordination entre les services »[177], et six mesures présentées comme nouvelles sont annoncées, dont l'augmentation du nombre detéléphones grave danger, qui devrait être porté à 3 000 en 2022[178], ainsi que« la mise en place une « unité de protection de la famille » dans tous les commissariats de Gironde, où a eu lieu le féminicide »[177].
En 2024, la France dote chaque tribunal et cour d'appel d'un pôle spécialisé dans les violences intrafamiliales, placé sous la responsabilité d'un magistrat « coordonnateur » spécialement formé sur le sujet[101]. Cette disposition fait suite aux critiques d'une prise en charge mitigée de ces questions par les autorités compétentes (magistrature, police, gendarmerie).
En mars 2025,Netflix diffuse une minisérie intituléeDe rockstar à tueur : le cas Cantat, en3 épisodes, coréalisée par Anne-Sophie Jahn, Nicolas Lartigue, Zoé de Bussierre et Karine Dusfour[179],[180]. La série, fruit d'une enquête ayant débuté en2016, revient sur les morts deMarie Trintignant et deKrisztina Rády, et connaît un grand succès de diffusion et médiatique[180]. Le documentaire témoigne d'un changement de regard surBertrand Cantat, lié aux évolutions sociétales depuis l'émergence dumouvement MeToo. La thèse du « crime passionnel », longtemps véhiculée par les médias et l'opinion publique, a progressivement fait place à celle d'un véritable féminicide[179],[181],[182].
Ces collages affichent des slogans qui ont pour but de sensibiliser et de dénoncer l'inaction despouvoirs publics à agir efficacement contre les violences faites aux femmes. Les messages rendent hommage aux victimes de féminicide[185]. Ils affichent des phrases courtes qui décrivent les circonstances des meurtres ou qui portent une visée générale, tout en essayant de heurter la sensibilité des lecteurs[183]. La plupart de ces collages sont composés de lettres capitales peintes en noir affichées une à une sur une feuille, de façon à limiter les dommages au mobilier urbain[186].
Des centaines de messages sont apposés sur des murs, dont des lieux jugés « symboliques » comme des institutions gouvernementales, ou très fréquentés comme des musées[187]. Le phénomène se développe dans un premier temps àParis, dans leXIVe arrondissement, puis se répand depuis via plusieurs collectifs présents dans des grandes villes de France ainsi qu'enBelgique[184]. Depuis, le phénomène commence à se mondialiser et interpelle d'autres militantsféministes[188].
On recense néanmoins des cas de verbalisations et d'arrestations de militantes par les forces de l'ordre durant des séances de collage[189],[190].
Rôle des médias sociaux dans la prise de conscience
Les réseaux sociaux contribuent à la prise de conscience du phénomène.
EnIran, le àAhvaz, Mona Heidari, mariée à12 ans est décapitée à17 ans par son mari et son beau-frère. La vidéo du mari, sourire aux lèvres, arborant en pleine rue son macabre trophée, suscite une vague d'indignation à travers le pays. Les deux hommes sont arrêtés[191].
EnÉgypte, le, Nayera Ashraf, une étudiante de21 ans, est assassinée devant son université pour avoir décliné une demande en mariage. La scène, filmée, a suscité une vague d'indignation. Son agresseur est condamné à la peine de mort, le tribunal demandant que l’exécution puisse être en partie retransmise[192].
En 1977, à Los Angeles aux États-Unis,Suzanne Lacy etLeslie Labowitz s'associent à d'autres femmes pour créer la performanceIn Mourning and in Rage. En deuil et en colère en réaction à une série de meurtres de femmes et à la façon dont les médias ont présenté les faits sous le nom d'Hillside Strangler, présentant uniquement les femmes en tant que victimes et alimentant le climat de peur. Les artistes ont volontairement choisi de médiatiser largement cette performance afin d'agir sur les prises de conscience et les actions politiques notamment en matière de soutien aux actions d'autodéfense pour les femmes.
L'UNODC développe depuis 2017 un prototype de « plateforme de surveillance féminicide ». Ce site met à disposition des informations clefs sur le féminicide : définitions, données officielles et documents de référence, les meilleures pratiques dans divers domaines d'action ainsi que la législation et les mesures de prévention du monde entier[193].
En mai 2023, l'Organisation internationale de police criminelle (Interpol) lance une campagne de résolution d'affaire de potentiels féminicides non élucidés en Europe baptiséeIdentify Me (identifiez-moi)[194]. Cet appel à témoins international est destiné à rendre leur nom à22 femmes, susceptibles d'avoir été assassinées et non identifiées jusqu'ici, dont les corps ont été retrouvés au cours des40 dernières années en Allemagne, Belgique et aux Pays-Bas.
Des éléments clés des dossiers des victimes (objets, tatouages, reconstitution faciale…) sont accessibles sur le site d'Interpol dans plusieurs langues en vue de permettre d’identifier les femmes décédées. Les éléments susceptibles de choquer un public non averti ne sont pas affichés[195].
L'appel à témoins de 2023 a permis de recueillir plus de 1 500 témoignages et d'identifier une victime, Rita Roberts, citoyenne britannique de31 ans dont le corps a été découvert àAnvers il y a plus de trente ans. Des proches de la victime reconnaissent son tatouage sur les documents mis en ligne par Interpol.
En octobre 2024, la campagne est relancée avec cette fois46 dossiers non résolus. L'appel à identification est étendu à trois autres pays : la France[195], l'Espagne et l'Italie.
En France,Marie-Josée Pérec, championne olympique d’athlétisme, etSarah Biasini, actrice et auteure, sont les deux ambassadrices de l’opérationIdentify me 2024[196].
Une carte indique les lieux de découverte des victimes[197]. En France,7 femmes dont les corps ont été retrouvés et non identifiés font l'objet d'un appel à témoins[198].
Des indices-clés permettant d'identifier les victimes sont mentionnés et permettent de lancer des appels à témoins au niveau local[199].
↑En raison de l’hétérogénéité des définitions du féminicide selon les pays, ou de leur absence, l'ONUDC retient la notion plus homogène de meurtre lié au genre. Elle utilise pour cela l'indicateur des homicides perpétrés au sein de la famille ou par un actuel ou ancien partenaire, qui recouvre la plupart des meurtres ou assassinats de femmes liés au genre. Elle recueille des données auprès des États membres sur les homicides commis par un partenaire intime ou un membre de la famille comme indicateur des meurtres de femmes liés au genre et du concept général qui évolue autour de la notion de « féminicide ». Elle utilise la « classification criminelle à visée statistique » (ICCS) pour définir les meurtres liés au genre et quantifier les homicides intimes. (« Gender-related killing of women and girls is analysed in this booklet using the indicator for intimate partner/family-related homicide. This provides a concept that covers most gender-related killings of women, is comparable and can be aggregated at the global level. Other existing national data labelled as “femicide” are not comparable, as countries use different legal definitions of this concept when collecting data. […] UNODC collects data from Member States on intimate partner/family-related homicide as a proxy for gender-related killings of women and the broad concept evolving around the notion of “femicide”. […] Using the framework of the International Classification of Crime for Statistical Purposes (ICCS), homicide data can be categorized and analysed to define gender-related killings and quantify intimate partner/family-related homicide. »)
↑Giacinti, Margot. « Nous sommes le cri de celles qui n’en ont plus » : historiciser et penser le féminicide »,Nouvelles Questions Féministes, vol. 39, no. 1, 2020, pp. 50-65,https://doi.org/10.3917/nqf.391.0050.
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↑Bureau fédéral de l'égalité entre femmes et hommes, « Feuilles d'information violence domestique. Publications mise en œuvre de la Convention d’Istanbul », surebg.admin.ch(consulté le). Voir en particulier les feuilles 9 (La violence domestique en chiffres au niveau national, 05.06.2019) et 16 (Occurrence et gravité de la violence domestique comparée selon les sexes – État actuel de la recherche, 02.10.2018). Aucun des termes « féminicide » ou « fémicide » n'apparaissent dans ces documents officiels.
Sophie Loubière, Une minute de silence, éditions Dark Side, avril 2025, 224 p. Ouvrage consacré à la vie deJean-Marie Demange et à la minute de silence observée à l'Assemblée nationale le 17 novembre 2008, à la suite de son féminicide-suicide[1].