L’exégèse (engrec ancienἐξήγησις /exếgêsis, « explication »[1]) est, enphilologie, une étude approfondie et critique d'un texte. Son but est de déterminer ce que l’auteur voulait dire à ses destinataires. Les intentions, le contenu et les caractéristiques structurelles d’un texte doivent être clarifiés et rendus accessibles au lecteur.
Les exégèses les plus connues sont celles des auteurs de l'Antiquité, telsHomère,Platon,Origène ouAristote. Toutefois, dans le langage courant, le mot s'emploie dans le domaine religieux car les textes sacrés, tels laBible et leCoran, font plus débat que les autres. L'exégèse peut également s'appliquer à l’interprétation de textes juridiques.
Parallèlement à cette signification, le mathématicienFrançois Viète développe l'idée d'une exégèse numéreuse et d'une exégèse géométrique destinée à compléter, vérifier, amplifier et appliquer les découvertes de sanouvelle algèbre. Ce type de travail passe immédiatement dans l'édition profane.Michel de Montaigne fait ce travail pour la publication des poésies et de l'essai de son amiLa Boétie, leDiscours de la servitude volontaire. Ultérieurement, les essais deMontaigne sont édités par sa « fille d'élection »Marie de Gournay qui en réalise uneédition critique.
D'une façon générale, les œuvres complexes ou composées defragments n'existeraient pas sans le travail des exégètes.
Depuis l'invention de l'imprimerie, l'établissement d'un texte à partir d'un manuscrit en vue de le préparer pour l'impression nécessite diverses étapes grossièrement regroupées sous deux étiquettes. La première est la critique interne, qui s'intéresse au texte lui-même, à lagrammaire, auvocabulaire et à la datation de la langue utilisée, ainsi qu'au support du document (manuscrit, peau comme le vélin, etc.,papyrus, composition physico-chimique et origine du papier, etc.). La deuxième est la critique externe, qui cherche à savoir si les contemporains parlent de l'œuvre, du texte, du manuscrit, etc.
En ce qui concerne lesauteurs anciens, modernes et contemporains, lesmanuscrits ou lestapuscrits sont conservés dans les musées ou aux Archives départementales ou nationales où les chercheurs universitaires peuvent en pratiquer ledépouillement puis l'édition.
De par sa méthodologie et sa dissection des grands textes, cette exégèse« n'a pas bonne presse. Dans bien des milieux, elle est tolérée, parfois acceptée, tout au plus admise, mais rarement appréciée »[3].
En ce qui concerne lesauteurs contemporains, l'Institut mémoires de l'édition contemporaine (IMEC), installé dans l'abbaye d'Ardenne, lieu fondé par lesprémontrés près deCaen, fournit un bon exemple de ce qu'est ce travail. On y conserve les manuscrits des auteurs qui souhaitent déposer leurs fonds ou les manuscrits des auteurs défunts à la suite de legs. L'exégèse du fondMarguerite Duras a déjà donné lieu à diverses publications.
L'essentiel du travail d'exégèse des manuscrits contemporains (depuis laPremière Guerre mondiale) demeure fait par les éditeurs, c'est-à-dire des entreprises privées, le plus souvent quand elles tentent de faire une édition savante ou définitive de l'œuvre complète d'un auteur.
L’exégèse allégorique a souvent été associée au nom d’Origène,théologien alexandrin, qui considérait que les textes bibliques possèdent deux méthodes d’interprétation : « Quand le sens littéral pose problème, s’y tenir devient un obstacle à la compréhension ; le sens spirituel devient alors nécessaire pour lever la difficulté de la surface »[4].
L'exégèse traditionnelle duCoran (Tafsir) est couramment faite à partir du Coran lui-même et deshadiths du prophèteMahomet. Le tafsir du Coran se réfère la plupart du temps à la lecture exotérique du Coran et est à distinguer de l'exégèseésotérique, le ta'wil.
C'est durant la dynastie chiite desBouyides que l'on remet pour la première fois en cause la composition des recueils dehadiths, introduisant un certain rationalisme et amorçant une exégèse des textes saints. Le triomphe desSeldjoukides et le retour dessunnites au pouvoir ramènera un enfermement dans une approche beaucoup plus littérale et initiatique du texte[5].
La plupart des écoles coraniques proposent un travail fondé sur une ou plusieurs exégèses du Coran, faites par des grammairiens reconnus ou des juristes islamiques. La plupart des différentes sensibilités musulmanes (cf.islam) ont des exégèses pouvant varier sensiblement (par exemple à propos de la filiation explicite au prophète).
En ce qui concerne l'exégèse scientifique du Coran, elle n'est pratiquée et publiée qu'en pays européens (Allemagne, France)[réf. nécessaire].
Elle s'applique essentiellement aux textes idéologiques, dont les textes religieux ; elle a pour caractéristique de s'appuyer sur un corpus défini par une autorité, celui-ci étant considéré comme un tout dont les parties sont susceptibles de s'expliquer les unes par les autres.
Un groupe ou une personne donne son interprétation et par là, l'exégèse canonique se rapproche del'eiségèse, qui signifie lire pour sa propre interprétation un texte donné.
En général,l'exégèse suppose une tentative de regarder le texte de façon objective, alors quel'eiségèse consiste en une lecture plus subjective.
↑MikhaïlXifaras,L'École de l'Exégèse était-elle historique ? Le cas de Raymond-Théodore Troplong (1796-1869), lecteur de Friedrich Carl von Savigny,, 177 p.(lire en ligne)
Philippe Abadie (dir.),Aujourd'hui, lire la Bible. Exégèses contemporaines et recherches universitaires. Lyon, Profac, 2008.
François-Paul Dreyfus,Exégèse en Sorbonne, exégèse en Église : Esquisse d'une théologie de la Parole de Dieu (Sagesse et cultures). Les Plans: Parole et silence, 2006.
Bertrand de Margerie, s.j.,Introduction à l'histoire de l'exégèse, t. I : Les Pères grecs et orientaux, Paris 1980 ; t. II: Les Premiers Grands Exégètes latins, Paris 1983 ; t. III :Saint Augustin, Paris 1983 ; t. IV: L’Occident latin, Cerf 1990