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552/555–624
| Statut | Province possible de l'exarchat de Carthage -Empire romain d'Orient |
|---|---|
| Capitale | Carthagène ouMalaga |
| (1er)- | Libérius |
|---|---|
| Fin des années 580 | Comentiolus (peut-être le généralComentiolus) |
| Vers 600 | Comitiolus (peut-être le même que le précédent) |
| Dans les années 610 | Césaire |
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L’Espagne byzantine, appelée aussiHispania voireSpania, est uneprovince de l'empire romain d'Orient qui a existé entre 552 et 624 au sud de lapéninsule hispanique. Les spécialistes évoquent aussi la « périodebyzantine » de laBétique. Issue de la reconquête de l'empereurJustinien et de son généralBélisaire, elle recouvre approximativement le quart sud-est de la péninsule Ibérique : ses limites géographiques ayant varié, il n'est pas aisé de les définir précisément. Dans un premier temps, les Romains d'Orient profitent des dissensions dans la péninsule, notamment entre l'aristocratie wisigothe qui professe l'arianisme et lespopulations romanes qui adhèrent auchristianisme nicéen[N 1], mais la province s'avère difficile à défendre pour les successeurs de Justinien, occupés en Orient et dans les Balkans : les Romains d'Orient se retrouvent sur la défensive. Progressivement, sous l'impulsion du roi wisigothLéovigild, les Romains d'Hispanie perdent du terrain et le renoncement du roiRécarèdeIer à l'arianisme diminue la motivation de leur présence. Trop éloignée du cœur de l'empire, réduite à une mince bande côtière au début duVIIe siècle, elle est totalement reconquise par les Wisigoths avant 624 ; les Byzantins, grâce à laflotte impériale, se maintiennent dans lesîles Baléares jusqu'à leurconquête par les Arabes d'Espagne en902.
La présence byzantine en Espagne reste mal connue en raison de la rareté des sources, qu'elles soientarchéologiques ou textuelles. La superficie de la province, variable, inclut les deux bastions deMalaga et deCarthagène. La réalité de la domination byzantine sur l'arrière-pays et l'existence d'une frontière militaire sont toujours en débat. Selon les historiens, les Byzantins ont pu s'avancer jusqu'àCordoue et dans l'Algarve, et il apparaît relativement acquis que la province était dirigée par unmaître des milices. Enfin, les interactions entre Wisigoths et Byzantins se manifestent dans l'influence des pratiques et de la culture byzantines auprès des souverains et du clergéorthodoxe d'Hispanie, même pendant la période où les dirigeants wisigoths furentariens.
Les sources qui permettent d'appréhender l'Espagne byzantine sont rares et parcellaires. L'archéologie n'a conservé que peu de vestiges de cette époque (principalement àCarthagène) et lanumismatique ainsi que lasigillographie n'apportent que des informations ponctuelles sur ce territoire[1]. Les sources écrites sont, elles aussi, avares en renseignements. Les auteurs byzantins mentionnent peu cette région de leur lointain occident, et les chroniqueurs de Justinien commeProcope de Césarée ouAgathias ne mentionnent même pas la conquête hispanique de leur empereur : seulJordanès s'attarde quelque peu sur le sujet. Par conséquent, il faut se tourner vers les auteurs hispaniques, qui livrent un peu plus de détails sur l'Espagne byzantine, notammentIsidore de Séville ouJean de Biclar, même si leurs récits manquent parfois de précision[2]. Cete pénurie de sources explique le peu de certitudes des chercheurs et fonde l'affirmation d'Edward A. Thompson selon laquelle« la conquête de l'Espagne est le dernier et le plus obscur des épisodes de l'effort grandiose de Justinien de rétablir l'Empire romain dans ses frontières »[3].

Depuis les « invasions barbares », l'Espagne est occupée par leroyaume wisigoth établi progressivement dans le courant duVe siècle et converti auchristianisme arien. Dans le même temps, l'Empire romain d'Occident a définitivement laissé, en476, place auxroyaumes germaniques. Toutefois, l'Empire romain d'Orient subsiste et l'un de ses empereurs,Justinien, décide de reconquérir les anciennes terres de l'Empire romain. Dans la perspective plus ou moins affirmée de reconstituer cet empire, ses arméesdébarquent en Afrique du Nord puisen Italie. Déjà, dans le cadre de ces guerres, le royaume wisigoth est indirectement concerné. Si le roiTheudis reste neutre et ne répond pas aux demandes d'aide des Vandales en Afrique, il profite de l'occasion pour s'emparer deSeptem, sur la côte sud dudétroit de Gibraltar, avant d'en être délogé par le général romainBélisaire[4]. Peu après, c'est laGuerre des Goths (535-553) en Italie qui agit comme un nouveau catalyseur. En540, lesOstrogoths proclament comme roiHildebad, le neveu de Theudis mais encore une fois, le souverain wisigoth reste à l'écart du conflit. Néanmoins, en547, il profite de la mobilisationbyzantine en Italie pour reprendre Septem. C'est le gouverneur d'Afrique,Jean Troglita, qui doit intervenir et envoyer trois unités de cavalerie reprendre la forteresse[5]. Enfin, si les Wisigoths contrôlent une part notable de la péninsule Ibérique, leur emprise reste contestée, au nord-ouest par leroyaume suève, au nord par lesVascons et, au sud, par les descendants des citoyens romains, restés dans l'obédience nicéenne et opposés à l'arianisme auquel adhèrent les souverains wisigoths deTolède.

L'arrivée au pouvoir d'AgilaIer entraîne des troubles au sein du royaume wisigoth. Les Hispano-Romains lui sont opposés et, rapidement, une révolte éclate, conduite parAthanagildeIer au sud de la péninsule. Ce dernier affirme son attachement auchristianisme nicéen, ce qui plaît à Justinien, fervent défenseur de la foi nicéenne issue despremiers conciles de l'Église et opposé à l'arianisme d'Agila. Justinien est alors encore aux prises avec les Ostrogoths en Italie mais vient de signer une trêve avec lesPerses et peut donc intervenir en Hispanie.
Pour soutenir Athanagilde, il envoie en552 uneflotte expéditionnaire sous le commandement dupatriceLibérius, alors âgé de plus de80 ans[6]. SelonPierre Maraval, l'âge particulièrement avancé de ce général pourrait impliquer que Justinien ne souhaite pas soumettre l'ensemble de la péninsule ibérique, mais seulement profiter du contexte troublé pour y établir une sorte de tête de pont[7].Georges Tate estime que ce choix s'explique par la connaissance approfondie qu'a Libérius des affaires occidentales, étant donné qu'il a servi sousThéodoric en Italie et a étépréfet du prétoire des Gaules[8].
Dans le cadre de la guerre entre Athanagilde et Agila, les Romains d'Orient parviennent à s'emparer de la partie sud-est de la péninsule, correspondantgrosso modo au sud de l'actuelleAndalousie, comprenant des cités commeCarthagène,Malaga voireCordoue. Ces prises de possession s'établissent entre 552 et 555, avec peut-être une première expédition en 552 et une deuxième en 555. Toutefois, rapidement, les relations entre Athanagilde, qui s'est emparé du trône, et ses alliés byzantins se dégradent. Dans les années qui suivent l'établissement des Romains d'Orient dans la péninsule, ces derniers tentent de poursuivre leur progression vers le nord, dans la région de laSierra Morena, mais Athanagilde parvient à les repousser[9]. Néanmoins, la prise du sud de l'Espagne constitue la dernière et la plus occidentale des entreprises militaires de Justinien, d'autant plus réussie qu'elle n'a demandé qu'un investissement limité en hommes, navires et autres moyens. SiWarren Treadgold estime que l'ambition de Justinien est de reprendre l'ensemble de la péninsule, d'autres historiens commeRoger Collins en doutent, car rien n'indique que les troupes byzantines aient cherché à conquérir toute l'Espagne. Collins estime plutôt que la prise de la Bétique permet de sécuriser l'Afrique byzantine tout juste reprise et de consolider l'emprise impériale sur lamer Méditerranée[10],[11].
Il semble qu'un traité a été signé entre Athanagilde et Justinien, formalisant la conquête byzantine sur une partie de la péninsule. Ce traité est mentionné par lepapeGrégoire le Grand quelques décennies plus tard. Le roiRécarède cherche donc à s'en procurer une copie, alors qu'il tente de définir une stratégie dans ses relations avec l'Empire d'Orient. Apparemment, aucune copie de cet accord n'a subsisté plus de quelques années. Selon Margarita Vallejo Girves, il aurait été conclu vers 555, au moment où les relations entre Justinien et Athanagilde se dégradent. Pour Justinien, il aurait eu pour objectif de sécuriser les territoires acquis et pour Athanagilde de stopper les velléités expansionnistes des Byzantins. Sans qu'il soit possible de connaître les clauses de ce traité, il atteste de tensions entre Wisigoths et Byzantins[12].

La province byzantine d'Hispanie est restée limitée à la côte sud et sud-est de la péninsule Ibérique, et a reçu peu d'attention de la part du gouvernement impérial deConstantinople, en raison de son éloignement[13]. Elle couvre certains des territoires des anciennes provinces romaines de laCarthaginoise et de laBétique. La capitale de la province a pu se situer àMalaga ou àCarthagène[14]. Des découvertes archéologiques récentes ont mis au jour des bâtiments byzantins à Carthagène, où étaient frappées des pièces de monnaie byzantines[15]. C'est un port important qui favorise un bon contrôle de la Méditerranée occidentale et, si l'on en croit laDiscriptio Hispaniae (document géographique peut-être élaboré à la demande des Byzantins) elle serait bien la capitale de la province[16].
Les deux cités portuaires sont les principaux points d'appui de la présence byzantine, tandis que l'arrière-pays reste en grande partie aux mains des Wisigoths. Parmi les villes certainement tenues par les Byzantins, on peut citerMedina-Sidonia jusqu'en 572,Basti, qui contrôle la route entre Malaga et Carthagène, ou encoreSagonte jusque vers 603-610[17],[N 2], ainsi queDianium etIlici[18]. La cité fortifiée deBicastrum est parfois citée comme byzantine, sans certitude.Paul Goubert s'appuie sur l'absence de certains évêques à des conciles wisigoths pour en déduire que les villes où ils résident sont byzantines, mais cela reste hypothétique[19],[N 3] car il est possible qu'ils aient été absents pour raison purement religieuse, parce qu'ils étaientnicéens et nonariens. Toutefois si l'hypothèse de Goubert se vérifiait, la domination byzantine se serait étendue au moins de Carthagène à l'embouchure duGuadalquivir et peut-être au-delà. Ainsi, les villes d'Ossonoba (aujourd'huiFaro auPortugal) et deLagos sont régulièrement incluses dans la province byzantine d'Espagne[20]. Selon cette hypothèse, l'Algarve semble même avoir été le dernier réduit de la présence byzantine dans la péninsule[21]. L'appartenance de la ville deCordoue est plus discutée, mais il est possible qu'elle ait été byzantine jusqu'à sa reconquête parLéovigild en 572, auquel cas, elle a même pu être la capitale[22]. D'autres historiens estiment qu'elle a vécu une période d'autonomie au milieu duVIe siècle et considèrent généralement qu'elle n'a pas connu de souveraineté byzantine directe[23],[24]. En l'état actuel des connaissances, il est impossible de trancher[25]. La ville deSéville (Hispalis) a parfois été considérée comme brièvement sous le contrôle des armées de Justinien, mais c'est une thèse de moins en moins admise. La cité n'en reste pas moins relativement autonome, puisqu'elle devient ensuite le cœur de la révolte d'Herménégilde[15].
L'idée d'unlimes ou d'une série de fortifications protégeant la province a parfois été émise ; elle n'est pas, auXXIe siècle, solidement attestée par les sources ni par l'archéologie selon Gisela Ripoll Lopez[26] qui estime qu'il est malavisé de parler de « frontière » car selon elle, l'Espagne byzantine se réduit à quelques enclaves autour de cités qui agissent comme points d'appui et qui sont en partie séparées du reste de la péninsule par les chaînes de montagnes de l'arrière-pays[27],[N 4].
En revanche, la domination byzantine sur la côte sud dudétroit de Gibraltar et la forteresse de Septem (aujourd'huiCeuta), voire de Tingis (aujourd'huiTanger), n'est pas mise en doute[28],[29]. Lesîles Baléares étaient également byzantines depuis la chute du royaume des Vandales. Après l'année 600, la domination byzantine en Hispanie ne comprend plus que les deux villes de Malaga et de Carthagène et les Baléares jusqu'àleur conquête par lesArabes d'Espagne en902.



Si Justinien affirmait vouloir reconquérir les anciens territoires romains,Léovigild, successeur d'Athanagild, bien que se reconnaissant vassal deJustin II, successeur de Justinien en 565, ne tarde pas à vouloir lui aussi faire la reconquête wisigothe de la totalité de la péninsule ibérique, contre les Romains d'Orient au sud-Est, lesSuèves au nord-ouest et lesVascons au nord[30].
Pour les souverains wisigoths ariens, les Romains d'Orient nicéens continuent de représenter une menace dès lors que la moindre révolte de la populationromane locale est susceptible de se tourner vers eux à la recherche de soutien. Après avoir vaincu les Suèves, le roi des Wisigoths s'attaque donc aux Romains d'Hispanie qu'il bat près de Malaga et deBaza avant de piller la région. En 571, il prendMedina-Sidonia grâce au ralliement de l'un de ses habitants, et son grand succès intervient l'année suivante, avec la reconquête de Cordoue, peut-être capitale de la province byzantine[31]. Un traité de paix est alors conclu qui stabilise pour un temps les positions[32].
Dans le même temps, Léovigild accroît la persécution envers lesnicéens, ce qui provoque des troubles internes dans son royaume.Herménégilde, fils de Léovigild, prend la tête d'une rébellion pro-nicéenne à Séville en 582 et il est fort probable qu'il ait essayé d'attirer dans son camp les Byzantins, adversaires de longue date de l'arianisme.Saint Léandre se rend àConstantinople, probablement pour requérir l'aide impériale, mais, tout en soutenant formellement Herménégilde, les Byzantins se tiennent à l'écart des troubles de la péninsule[33] car ils sont alors en butte à des menaces extérieures pressantes, venant en Orient desSassanides, en Italie desLombards et dans lesBalkans desSlaves et desAvars[34],[35]. La cause d'Herménégilde est d'autant plus menacée que les Suèves conduits parAriamir sont vaincus. En 584,Séville, alors le bastion de la rébellion, tombe aux mains de Léovigild, qui s'empare ensuite de Cordoue, dernier refuge d'Herménégilde, qui est exécuté en 585 ; son épouseIngonde se réfugie chez les Byzantins mais périt en mer au cours du trajet vers Constantinople. Son fils Athanagild est élevé à la cour de l'empereur romain d'OrientMaurice[N 5].
En 586, la mort de Léovigild constitue un tournant puisque son successeur,Récarède, abandonne l'arianisme. Les Romains ne sont dès lors plus une menace pour les Wisigoths[36] et ont moins de raisons de s'opposer aux Wisigoths, d'autant que Récarède, qui vient d'incorporer leroyaume suève, se rapproche de lapapauté, ce qui le rend légitime aux yeux de la population ibéro-romane[37]. Ainsi, Récarède entretient des relations relativement cordiales avec Maurice et un traité de paix est signé entre les deux souverains, confirmant les possessions tant des Wisigoths que des Romains en Hispanie et prohibant toute conquête supplémentaire[38].
Cestatu quo ne survit pas àRécarède. À partir de l'an 600, les frontières byzantines sont assaillies de toutes parts tandis que la rébellion et la prise du pouvoir parPhocas en 602 àConstantinople entraînent des troubles internes qui fragilisent l'Empire. Les Wisigoths en profitent pour reprendre leur reconquête.Liuva II (601-603) confie àWittéric le commandement d'une armée pour chasser les Romains de la péninsule. Si le général se détourne de cet objectif pour se révolter et s'emparer du pouvoir, il reprend rapidement la lutte contre les Byzantins. Tandis que Phocas se débat avec les complots contre lui et l'invasion des Sassanides, Wittéric prend quelques possessions dontSagonte, sans parvenir à expulser les Byzantins[39]. Son successeurGundomar règne seulement deux ans, de 610 à 612. SelonIsidore de Séville, il combat les Romains et assiège une cité, mais sans préciser s'il reprend du terrain ou non[40].
Finalement, c'estSisebut, sacré roi en 612, qui termine l'unification wisigothe de la péninsule ibérique. L'Empire byzantin est alors profondément fragilisé puisqu'il sort du règne troublé dePhocas entre 602 et 610, tandis que la guerre contre les Sassanides a repris, focalisant toutes les forces de l'Empire en Orient. Le gouverneur de l'Espagne byzantine, Césarius, est battu à deux reprises et perd probablement Malaga vers 615[41]. Un accord est alors trouvé avant 617, qui ne laisse qu'un petit territoire sous le contrôle des Byzantins, avec l'accord d'Héraclius qui ne peut envoyer de renforts en Espagne[42].
La conquête wisigothe de la province byzantine s'achève sous le règne du roiSwinthila qui s'empare des dernières possessions impériales vers 624-625. L'Empire ne conserve dès lors que les Baléares. La date de la chute de Carthagène est imprécise et la cité semble avoir été largement détruite par les Wisigoths au moment de sa conquête[43], tandis que Paul Goubert estime que l'Algarve et les Baléares constituent les dernières possessions byzantines. Quoi qu'il en soit,Isidore de Séville célèbre alors Swinthila comme le premier souverain wisigoth à régner sur l'ensemble de la péninsule[44].
Aux alentours de l'année 700, une confrontation semble avoir lieu entre les Wisigoths et uneflotte byzantine, envoyée parJustinien II. Les détails manquent sur cette expédition, repoussée par un certainThéodemir sous le règne soit d'Égica (687-702), soit deWittiza (702-710) ou des deux simultanément puisque Wittiza est co-souverain de 698 à 702. Il est possible que cet affrontement soit lié à la tentative byzantine devenir en aide à Carthage, alors assaillie par les conquérants arabes[45]. En revanche, il est peu probable qu'il s'agisse d'une tentative impériale de reprendre pied dans la péninsule ibérique[46],[47].
Le sort deSeptem, souvent associé à l'Espagne byzantine, est flou. La forteresse est sûrement conservée par les Byzantins après 624, sans qu'il soit possible de dire jusqu'à quand. En 641, elle est encore byzantine puisque l'impératrice régenteMartine y exile lesacellaire Philagrius[48]. Un doute subsiste sur l'appartenance de Septem lorsque les Musulmans franchissent ledétroit de Gibraltar en 711. Selon les sources de l'époque, le gouverneur de la ville, un dénommécomte Julien, aurait fourni un appui décisif aux envahisseurs. L'identité exacte de ce personnage demeure mystérieuse et il est difficile de savoir si la ville est alors encore byzantine, ou bien wisigothe, ou bien encore complètement indépendante[49],[50].
Quant auxîles Baléares, c'est le territoire ibérique à être resté sous domination byzantine durant la plus longue période. En 533, après la victoire byzantine lors de laguerre des Vandales, le généralBélisaire envoie son subordonné, Apollonaire, rétablir l'autorité romaine sur l'archipel, alors possessionvandale depuis 113 ans, de même que laCorse et laSardaigne. Apollonaire devient à cette occasion gouverneur des Baléares, rattachées à la province deMaurétanie Seconde[51] qui inclut aussi l'Hispanie continentale byzantine et la région africaine deSeptem[52]. La fin de la domination byzantine en Espagne puis en Afrique avec la chute de Carthage en 698 aux mains des Arabes renforce l'isolement des Baléares, exposées aux raids maritimes musulmans. Les Byzantins ont peut-être détaché une flottille sur place pour défendre l'archipel, mais il apparaît que le contrôle impérial sur la région apparaît de plus en plus lâche et la souveraineté impériale de plus en plus nominale. Au début duIXe siècle, les insulaires font ainsi appel auxCarolingiens pour les défendre face aux incursions musulmanes[53].
Finalement, les Baléares sont incorporées à l'Espagne musulmane au tout début duXe siècle, vers 902-903. La réalité de la souveraineté byzantine sur l'archipel lors des deux derniers siècles qui précèdent l'invasion musulmane a été contestée, malgré plusieurs sceaux duVIIIe siècle retrouvés àMajorque démontrant la continuité d'uneadministration impériale, avec l'exhumation de sceaux d'undux du nom de Serge, d'unhypatos et d'unspathaire du nom de Sergius ou encore d'unhypatos du nom de Théodotos, peut-être identifiable audux deSardaigne du même nom. Les positions des historiens modernes oscillent entre un abandon pur et simple de l'archipel par les Byzantins, une forme decondominium wisigoth-byzantin et une très large autonomie des Baléares, les commandants locaux reconnaissant l'autorité impériale. La rareté des vestiges archéologiques de cette période n'aide pas à trancher définitivement et le débat reste ouvert[53].

Les sources laissent apparaître que l'Espagne byzantine ne forme qu'une seule province, sous la direction d'unmagister militum (maître des milices). En revanche, le rattachement de celle-ci à l'exarchat de Carthage reste débattu[55]. Ce maître des milices agit comme un gouverneur aux pouvoirs civils et militaires, dans le cadre de la volonté affirmée de Justinien de favoriser le cumul des compétences dans la plupart des provinces de l'Empire[52].Isidore de Séville indique la présence de deuxpatrices lors des dernières années de présence byzantine en Espagne, sans que cela suffise à dire que l'Espagne byzantine est divisée en deux provinces. Par ailleurs, cette référence est très évasive et difficilement vérifiable[56]. Si la mention de l'office demagister militum intervient explicitement pour la première fois en 589, il existe probablement dès la conquête justinienne. Les gouverneurs connus sont les suivants[57] :
En dépit des incertitudes qui règnent sur l'identité des gouverneurs de l'Espagne byzantine, ils sont tous de rang élevé, généralement despatrices, ce qui atteste que malgré l'éloignement, la province avait une l'importance notable au sein de l'Empire[64].
D'autres personnages ont parfois été mentionnés, à tort, comme gouverneurs de l'Espagne byzantine. Il s'agit notamment deNarsès qui, après avoir achevé la conquête de l'Italie, aurait brièvement servi en Espagne, en 569-570, mais cette thèse est largement rejetée[65]. De même, des chroniques mentionnent un certain Romanus, un général vainqueur desSvanes (suani enlatin), peuple de laSvanétie duCaucase, confondu avec lesSuèves (suevi enlatin). Cette confusion a laissé croire, à tort, à une intervention byzantine contre ce peuple germanique qui occupe alors le nord duPortugal et le nord-ouest de l'Espagne actuelle[66],[67].

Même si la présence byzantine en Espagne a été chronologiquement et géographiquement limitée, et même siConstantinople n'a pas disposé de moyens importants pour développer cette province lointaine, son impact culturel en Hispanie n'est pas anodin.
L'influence byzantine a probablement joué sur les pratiques royales wisigothes, qui se rapprochent de celles qui ont cours au sein de l'Empire. Léovigild adopte ainsi la pourpre impériale et bat des monnaies qui imitent celles des Byzantins. De plus, certains religieuxnicéens éminents de la péninsule entretiennent des relations avec le monde byzantin, commeJean de Biclar qui passe plusieurs années à Constantinople, de même queLéandre de Séville[68].Isidore de Séville, le frère de Léandre, figure comme l'une des principales illustrations du renouveau culturel de l'époque, tandis que l'influence byzantine semble même s'étendre jusqu'au nord-ouest de la péninsule avec la présence deMartin de Braga, originaire de l'Empire, dans leroyaume suève[69]. Tous peuvent alors prétendre à une bonne maîtrise dugrec[70] ettransmettent des connaissances héritées de l'Antiquité[71]. De plus, l'architecture byzantine en Hispanie ne se limite pas à la province impériale mais se diffuse dans toute la péninsule, et sera ultérieurementadoptée et transformée par les Arabes[72].
Enfin, les échanges commerciaux sont restés relativement denses puisque l'Hispanie continue de voir arriver des produits de l'ensemble du bassin méditerranéen jusqu'au milieu duVIIe siècle, provenant donc principalement d'autres régions dominées par les Romains d'Orient comme l'Italie ou l'Afrique du Nord[73],[74].
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