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Errico Malatesta

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Errico Malatesta
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 78 ans)
RomeVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nationalité
italienne(à partir du)Voir et modifier les données sur Wikidata
Formation
Activités
Autres informations
Idéologie
Membre de
Œuvres principales
L'anarchie(d),Le Programme anarchiste(d),L'Autobiographie jamais écrite(d),Entre paysansVoir et modifier les données sur Wikidata
signature d'Errico Malatesta
Signature.

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Errico Malatesta, né le àSanta Maria Capua Vetere dans laprovince de Caserte (Campanie), et mort le àRome, est unécrivain,propagandiste etrévolutionnaireanarchisteitalien.

Étudiant en médecine à Naples et déjà républicain, il adhère à l’anarchisme à la suite de laCommune de Paris. Au congrès de Berne de l'Association internationale des travailleurs (1876), il préconise la « propagande par le fait » comme moyen d'action. Il est condamné à seize mois de prison pour sa participation à une insurrection dans laprovince de Bénévent (avril 1877). Rentré en Italie en 1914, il est considéré comme le principal responsable de la « Semaine rouge » d’Ancône (7-)[1]. Il occupe une place importante dans lemouvement libertaire international du fait de sa capacité critique et pratique.

Il est avecPierre Kropotkine l'un des principaux théoriciens ducommunisme libertaire[2] et élabore le concept de « gradualisme révolutionnaire » qui postule que l'anarchie ne peut être réalisée que par un processus cumulatif d'étapes.

Biographie

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Malatesta naît le àSanta Maria Capua Vetere dans une famille de propriétaires terriens. Le père Federico et son épouse Lazzarina Rastoin (originaire deMarseille) possèdent aussi la fabrique de tannage de cuir la plus florissante de la région. Errico fait ses études dans un collège tenu par lespères piaristes (padri scolopi). Très jeune, il se range aux idées républicaines deGiuseppe Mazzini. À l'âge de quatorze ans, il écrit une lettre au roiVictor-EmmanuelII, se plaignant de l'injustice locale, il est inquiété par la police. En raison de son âge, il est laissé libre. En mars 1870, il est arrêté une première fois, pour une réunion organisée dans un cercle d'étudiants républicains. Il est alors inscrit à l'université de Naples, où il fait des études de médecine pendant trois années sans obtenir de diplôme. En effet, il est expulsé de l'université parce qu'en 1871, il adhère à laPremière Internationale. Il devient le secrétaire de la section italienne. Entretemps, après lacommune de Paris, il abandonne les idées républicaines pour adopter les idées anarchistes. La même année, il apprend la mécanique et l'électricité.

En 1872, durant lecongrès de Saint-Imier, pour la création de l'Internationale antiautoritaire, il rencontre le révolutionnaire libertaireMichel Bakounine. De cette période « bakouniniste », il écrira plus tard :

« Nous voulions, par une action consciente, imprimer au mouvement ouvrier la direction qui nous semble la meilleure, contre ceux qui croient au miracle de l'automatisme et aux vertus de la masse travailleuse... Nous qui dans l'Internationale, étions désignés sous le nom de bakouninistes, et étions membres de l'Alliance, nous criions très fort contre Marx et les marxistes parce qu'ils tentaient de faire triompher dans l'Internationale leur programme particulier ; mais à part la loyauté des moyens employés et sur lesquels il est maintenant inutile d'insister, nous faisions comme eux, c'est-à-dire que nous cherchions à nous servir de l'Internationale pour atteindre nos buts de parti. »

— Volontà, 1914

Durant les quatre années suivantes, il participe à la propagande internationaliste en Italie, il est emprisonné deux fois pour ses activités. Après le congrès, il commence une intense période de subversion. En 1873, il est arrêté àBologne. En 1874, il participe avec un petit groupe à une tentative infructueuse d'insurrection àCastel del Monte ; il est arrêté peu après àPesaro. Le procès se termine par l'acquittement de tous les inculpés, résultat d'une grande popularité pour les insurgés et en particulier pour Malatesta.

Le, Malatesta entre dans lafranc-maçonnerie afin de tenter de diffuser l'idéalsocialiste et en sort définitivement le, indigné de la décision de sa loge d'organiser une réception d'honneur pourGiovanni Nicotera, élu depuis peu ministre de l'intérieur.

Le communisme anarchiste est proclamé pour la première fois à la Fédération italienne de l'AIT anti-autoritaire aucongrès de Florence de 1876 par Costa, Malatesta,Cafiero et Covelli. Cette prise de position suscite l'opposition aucollectivisme qui est la position officielle de l'AIT anti-autoritaire (l'influence deMichel Bakounine) de cette époque.

En avril 1877, Malatesta, Cafiero, le RusseSergueï Stepniak et une trentaine d'autres commencent une insurrection dans leBénévent, prenant les villages deLetino etGallo sans un combat. Les révolutionnaires brûlent les registres communaux sur les propriétés et déclarent la fin du règne du roi. Ils sont accueillis par la population avec enthousiasme, même un prêtre montre son soutien. Après avoir quitté Gallo, ils sont arrêtés par les troupes gouvernementales et mis en prison pendant seize mois avant d'être acquittés.

À la suite de l'attentat deGiovanni Passannante sur le roiHumbertIer, la police commence à garder sous une surveillance constante les radicaux et révolutionnaires. Bien que les anarchistes clament n'avoir aucun lien avec Passannante, Malatesta, en tant que militant pour la révolution sociale, fait partie des éléments sous surveillance. Après son retour deNaples, il est obligé de quitter l'Italie et commence une longue période d'exil.

Départ de l'Italie

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En 1878, Malatesta commence une longue période de pérégrinations : il fait un bref passage enÉgypte où il visite quelques amis italiens avant d'être expulsé par le consul italien, à cause de son implication dans les révoltes anticoloniales survenues dans le pays. Après avoir travaillé sur un bateau français et s'être vu refuser son entrée en Syrie, en Turquie et en Italie, il débarque àMarseille, d'où il part pour laSuisse, àGenève (à ce moment-là un haut lieu de l'anarchisme). Il y fait la connaissance d'Élisée Reclus et dePierre Kropotkine, dont il devient un grand ami et avec qui il publieLe Révolté. Il est expulsé de Suisse et part pourLondres en 1880, en passant par laRoumanie, parParis et par laBelgique où il organise avec Kropotkine leCongrès international socialiste révolutionnaire.

En 1882, il prend connaissance de la révolte d'Arabi Pacha et retourne en Égypte pour essayer de transformer le mouvementnationaliste en révolte sociale. Il est arrêté par les soldats anglais et rentre en Italie clandestinement en débarquant àLivourne. Peu de temps après, il est arrêté pour conspiration avec son amiFrancesco Merlino et d'autres révolutionnaires. Profitant de sa liberté provisoire, il se rend àFlorence où il entreprend la publication deLa Questione sociale.

Malgré une condamnation à trois années de réclusion, en 1884, il se rend à Naples, pour aider la population touchée par une épidémie decholéra, puis quitte la ville précipitamment pour l'Amérique du Sud afin d'éviter l'emprisonnement.

Exil en Argentine

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Article connexe :anarchisme en Argentine.

Il s'installe àBuenos Aires, où il entre en contact avec leCercle communiste Anárquico et reprend la publication - en langue italienne - deLa Questione sociale. En 1886, il tente l'expérience qui se révéla désastreuse, de chercheur d'or enPatagonie et en 1887, il participe à la naissance du premiersyndicat argentin, le syndicat des ouvriers boulangers (laSociedad Cosmopolita de Resistencia y Colocación de Obreros Panaderos), dont il écrit les statuts.

En 1888, il est accusé d'avoir falsifié de la monnaie, cela se révélera faux. Il prend la décision de partir et après un court séjour àMontevideo, il rentre enEurope en 1889.

Retour en Europe

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Errico Malatesta.

Il s'établit d'abord àNice, où il publie le quotidien clandestinL'avvenire. La police française se met rapidement sur ses traces, l'obligeant à se réfugier de nouveau àLondres.

Entre 1891 et 1892 il tient une série de meetings enEspagne avec son amiPedro Esteve et il participe à une révolte populaire àJerez de la Frontera. Recherché par la police, il retourne à Londres où en 1896, il assiste auCongrès socialiste international. À Paris, il aurait eu des contacts avecMarie Sophie de Bourbon, surnommé romantiquement laReine des Anarchistes, rapports probablement seulement de connaissance compte tenu du peu de sympathie politique que montre l'aristocratie à l'égard des « subversifs. »

En 1897, il contribue aussi au journal Les Temps Nouveaux.

Entre paysans, publié en 1897 parLes Temps nouveaux (dessin deGeorges Willaume).

En 1897, il voyage clandestinement jusqu'àAncône, où il participe à la création deL'agitazione. L'année suivante, à l'occasion duMouvement pour le pain, il est arrêté et condamné à sept mois de réclusion. Il effectue le voyage jusqu'à Ancône avec Enrico Defendi, âgé de quatorze ans, fils d'Eugenio Defendi et d'Emilia Zanardelli. En effet, lorsqu'il séjourne à Londres, Malatesta habite avec le couple enunion-libre et est probablement le père d'Enrico. Celui-ci est également condamné à une peine de prison de quelques mois pour insubordination et propagande subversive puis rentre à Londres à sa libération[3].

À peine Malatesta a-t-il fini sa peine qu'il est condamné à cinq ans de résidence forcée àUstica, puis àLampedusa d'où il s'évade en 1899 pour se rendre enTunisie. En1900, après deux bref séjours àNew York et àCuba, il s'installe à Londres où il reste douze années à l'exception d'un voyage àAmsterdam en1907 pendant lequel il participe auCongrès Anarchiste International.

À Londres

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Pendant le séjour dans la capitale britannique, Malatesta gagne sa vie comme électricien et mécanicien. Cette période montre le ralentissement de son activité subversive. Il fréquente le cercle anarchiste de Charlott Street, dans le quartier de Soho. Son entourage comporte plusieurs espions comme Federico Lauria, alias Calvo, qui renseigne l'ambassade d'Italie à Londres, Bruno Bertiboni à la solde du gouvernement britannique et Ennio Belelli, alias Virgilio spécialement chargé de la surveillance de Malatesta et de son entourage. Lorsqu'un quatrième espion,Gennaro Rubino, est démasqué, Malatesta organise un procès pour le confondre le 11 mai 1902, au cercle de Charlott Street[4]. L'anarchisteSante Ferrini est lui aussi convoqué, à ses dépens, pour expliquer les liens qu'il entretient avec Rubino, son patron.

Rapidement, Malatesta gagne l'estime des travailleurs anglais qui tiendront d'importantes manifestations de protestation lorsqu'il rencontre des problèmes judiciaires. L'épisode du est emblématique : quand la cour deBow Street le condamne à trois mois de réclusion à la suite de la plainte pour diffamation de la part de l'espion italienEnnio Belelli, alias Virgilio, la condamnation est accompagnée d'un décret d'expulsion qui est annulé à la suite de la manifestation populaire du12 juin.

Il laisse le Royaume-Uni en 1913 pour rentrer en Italie où il commence la publication d'un hebdomadaireVolontà. En1914, il est le principal artisan de laSemaine rouge (settimana rossa) ; recherché de nouveau par la police, il est obligé de revenir une nouvelle fois dans la capitale britannique.

À la veille de laPremière Guerre mondiale il se sépare douloureusement de son ami Kropotkine, après un âpre débat sur l'attitude que les anarchistes doivent adopter au sujet de l'interventionnisme. Malatesta soutient les idées de l'antimilitarisme et de l'internationalisme. Cette position est encore plus évidente en 1916, au travers de sa réponse auManifeste des Seize publiée en avril parFreedom.

Le retour en Italie

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Errico Malatesta vers 1920.

En 1919, après plusieurs tentatives vaines, Malatesta obtient unpasseport duconsul italien à Londres, il s'embarque pourTaranto le24 décembre. En Italie, il utilise immédiatement sa popularité pour mener une intense activité de propagande et de subversion qui en fait l'un des acteurs principaux de la périodebiennio rosso. Il prend contact avec lesArditi del Popolo.

Entre 1919 et décembre 1921, il participe avecGabriele D'Annunzio au coup de force sur la ville deFiume. Son influence se fait sentir dans lacharte du Carnaro écrite par le syndicaliste révolutionnaireAlceste de Ambris, et finalisée par D'annunzio sous la forme d'unerégence pirate autonome et littéraire.

En 1920 il fonde àMilan le quotidien anarchisteUmanità Nova[5] ; la même année il est arrêté et enfermé dans la prison de San Vittore. Il commence avec d'autres détenus une grève de la faim qui le mène presque à la mort. La grève est arrêtée à la suite d'un attentat perpétré par quelques anarchistes du courantindividuel, le dans un hôtel situé à proximité du ThéâtreDiana.

Le fascisme et la fin de l'activité subversive

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La même année Malatesta est libéré. Il continue à dirigerUmanità Nova jusqu'en 1922, année au cours de laquelle lesfascistes prennent le pouvoir et interdisent le journal, qui rouvrira en 1945 sous la forme d'un hebdomadaire. Malatesta, fuyant les contrôles fascistes, se rend clandestinement enSuisse pour assister au cinquantième congrès de Saint-Imier, puis s'installe définitivement àRome avec sa compagneElena Melli et sa fille Gemma.

Pendant les premières années du gouvernement fasciste, il poursuit son activité de propagande, de 1924 à 1926, malgré le rigide contrôle de la censure, il publie le journal clandestinPensiero e Volontà. Les années suivantes, le régime fasciste impose à Malatesta le contrôle continu d'un groupe de gardiens, le condamnant ainsi à un isolement qui l'éloigne des mouvements anarchistes. Il continue cependant de correspondre avec certains de ses compagnons, commeGigi Damiani qui, en 1931, prépare en secret un plan d'évasion pour faire venir le leader anarchiste en Espagne où la République vient d'être proclamée.

Il passe les dernières années de sa vie reclus dans sa maison avec sa famille, subissant une détérioration progressive de son état de santé. En mars 1932, il survit à une grave infection pulmonaire, et meurt le 22 juillet d'une crise respiratoire.

Dans son testament, il choisit comme héritiers les enfants du coupleDefendi-Zanardelli, avec qui il vivait lors de ses séjours à Londres. Cela renforce les soupçons qu'il soit le père de plusieurs des enfants du couple[3].

Principes politiques

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Errico Malatesta tente une synthèse de la concession anarchiste, sans pourtant l'emprisonner dans un système. Pour atteindre ce but, il distingue l'anarchie de l'anarchisme. Le premier est la finalité, il a une valeur mi-historique et universelle : il représente le vouloir être et comme tel n'est déductible d'aucune situation historique. L'anarchisme est la traduction de cette fin dans la concrétisation d'une situation historique. La division correspond à celle entre jugements de valeur et jugements de fait.

Les valeurs fondamentales de l'anarchie –liberté, égalité, solidarité- sont des expressions rationnelles d'une aspiration universelle et comme telles ne sont liées à aucune doctrine. Malatesta refuse autant ledroit naturel que lepositivisme. Le premier, car l'idée d'une société naturelle serait le résultat de la paresse de ceux qui rêvent que les aspirations humaines se réalisent spontanément, sans lutte ; le second, parce que l'exaltation de la science amène à un nouveau dogme, comme cela arrive àPierre Kropotkine.

Malatesta développe dans ses différents écrits des principes révolutionnaires anarchistes, tels levolontarisme.

Il expérimente divers principes révolutionnaires dont l'insurrectionalisme dans leBénévent, mais aussi dans d'autres pays, où il dut s'exiler.

« Une chose est de comprendre, une autre de pardonner certains faits, les revendiquer, en être solidaires. Nous ne pouvons accepter, encourager et imiter de tels actes. Nous devons être résolus et énergiques, mais nous devons également nous efforcer de ne jamais dépasser les limites nécessaires. »

— Errico Malatesta, Un peu de théorie (1892), dans Articles politiques (10/18).

Il met en garde contre les tendances à la bureaucratisation dans les organisations anarchistes :

« Évidemment si, dans une organisation, on laisse à quelques-uns tout le travail et toutes les responsabilités, si on subit ce que font certains sans mettre la main à la pâte et chercher à faire mieux, cesquelques-uns finiront, même s'ils ne le veulent pas, par substituer leur propre volonté à celle de la collectivité. Si dans une organisation tous les membres ne se préoccupent pas d'exercer sur tout et sur tous leurs facultés critiques et laissent à quelques-uns la responsabilité de penser pour tous, ces « quelques-uns » seront les chefs, les têtes pensantes et dirigeantes. »

— Errico Malatesta, L'Agitation à Ancône (1897) dans Articles politiques (10/18).

Il est très critique vis-à-vis du syndicalisme révolutionnaire que défendaitPierre Monatte, il exprime son point de vue sur cette question aucongrès international anarchiste d'Amsterdam en 1907.

Il critique également leplateformisme du russePiotr Archinov et de l'ukrainienMakhno théorisée dans un texte de 1926 intitulé « Plate-forme organisationnelle de l’union générale des anarchistes ». Le plateformisme propose une nouvelle approche de l'anarchisme, centrée sur trois points : l'importance du fédéralisme, conciliant plusieurs "unités" (unité tactique, unité théorique, reponsabilité collective), la mise en place et la gestion du nouveau système qui suit la révolution ainsi qu'une partie générale, prenant une grille de lecture matérialiste, sur le rôle des masse et des anarchistes dans la lutte des classes. Malatesta remarque dans le plateformisme, des principes peulibertaires dans le fond, sur laresponsabilité collective par exemple, et quant au fonctionnement, sur les prises de décisions peu claires, laissant le champ vide à de possibles prises de pouvoir, l'accusation principale ce cette plateforme est alors une tentative de "bolchevisation" de l'anarchisme.

La révolution, un acte de volonté

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La volonté est l'élément décisif pour la transformation sociale. La sociétélibertaire dépend uniquement de la volonté des hommes. L'histoire échappe à toute philosophie et à toute tentative de prévisions. Pour cela, il n'est pas possible de savoir quand la période est faste pour la révolution et il faut profiter de toutes les occasions. La révolution n'est pas un fait économique et social mais un acte de volonté. La révolution doit rassembler les masses, mais les masses ne deviendront pas anarchistes avant que la révolution ait commencé ; les anarchistes doivent alors se joindre aux masses et les accepter comme elles sont, sans projets pédagogiques inévitablement autoritaires et en adaptant plutôt l'idéologie à leur ressentir. L'action révolutionnaire a deux objectifs : la destruction violente des obstacles à la liberté, et la diffusion graduelle de la pratique de la liberté, privée de toutes coercitions.

La violence, triste mais nécessaire

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La violence est ennemie de la liberté. Elle est une triste nécessité de l'anarchisme, non seulement dans la phase négative de la destruction des formes oppressives. Malatesta est opposé à toute terreur révolutionnaire qui conduit nécessairement à la dictature, ainsi il repousse l'idée communiste de la dictature du prolétariat et juge très sévèrement les résultats de la révolution bolchévique qui a arrêté l'expérimentation des soviets et a instauré un état autoritaire.

Il critique la violence comme fin en soi :

« Nous comprenons que cela puisse arriver, dans la fièvre de la bataille, chez des natures généreuses mais manquant de préparation morale – fort difficile à acquérir actuellement – qui peuvent perdre de vue le but à atteindre et prennent la violence comme une fin en soi et se laissent entraîner à des actes sauvages. »

L'intérêt, toujours conservateur

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« Le danger le plus grand qui menace le mouvement ouvrier est la tendance du leader à considérer la propagande et l'organisation comme un métier. »

— cité dansL'Espresso,, p. 118

Pour Malatesta, il n'est pas possible de réaliser la révolution en poursuivant des intérêts économiques, puisque l'intérêt est toujours conservateur : seul l'idéal est révolutionnaire. De là, la suprématie du politique – qui poursuit l'idéal universel – sur l'économique, qui poursuit toujours des objectifs réformistes et conservateurs. Pour cela, même les syndicats sont considérés réformistes, jamais réellement révolutionnaires (aussi pour leur caractère inévitablement corporatif).

L'organisation sociale préférable est celle communiste, mais cela doit être un communisme non imposé, librement choisi et voulu. Le communisme de Malatesta n'est pas tant une concession économique, qu'un principe de justice sociale, une tension semi-économique. Les problèmes économiques doivent être traités en mode empirique, en choisissant l'organisation économique appropriée aux idéaux politiques anarchistes.

La démocratie comme mal inacceptable

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Comme l'anarchie est fondée sur l'éthique (et sur uneéthique de la conviction, en termesweberiens), elle ne peut pas accepter la démocratie comme un mal mineur. De là, la sous-évaluation du fascisme de la part de Malatesta. Le système démocratique fait appel à l'autorité de la majorité, celui anarchiste à l'entente volontaire (bien que dans certains cas, on soit obligé de recourir au vote). La volonté de la majorité ne peut prétendre à la possession de la vérité absolue puisqu'une telle vérité n'existe pas. Le principe de liberté interdit de reconnaitre une seule vérité : chacun possède sa propre vérité et aussi sa propre anarchie. En société, la liberté ne peut être absolue mais doit être limitée par le principe de la solidarité et de l'amour envers les autres.

L'amour libre

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Article détaillé :Anarchisme et liberté sexuelle.

Dans le dialogue imaginaire « Au café » (1920), Errico Malatesta explicite sa conception de l'amour libre : « Croyez-vous qu'il peut exister un amour esclave ? [...] l'amour vrai ne peut exister, ne se conçoit pas sinon parfaitement libre [...] L'adultère, les mensonges de toutes sortes, les haines longuement couvées, les maris qui tuent leurs femmes, les femmes qui empoisonnent leurs maris, les infanticides, les enfants qui grandissent parmi les scandales, les querelles familiales [...] aujourd'hui [...] le monde est un lupanar, parce que les femmes sont fréquemment obligées de se prostituer pour vivre ; parce que le mariage souvent contracté par pur calcul d'intérêt, est toujours pour toute sa durée une union dans laquelle l'amour n'entre pas du tout ou n'entre que comme un accessoire [...] Nous voulons la liberté. Jusqu'à présent, les unions sexuelles ont tellement subi la pression de la violence brutale, de la nécessité économique, des préjugés religieux et des prescriptions légales qu'il n'est pas possible de déduire quel sera le mode de relations sexuelles qui répondra le mieux au bien physique et moral de l'individu et de l'espèce. [...] la propriété commune admise et le principe de la solidarité sociale établi sur de solides bases morales et matérielles, l'entretien des enfants appartiendra à la communauté et leur éducation sera le soin et l'intérêt de tous. Il est probable que tous les hommes et toutes les femmes aimeront tous les enfants : et si, comme je le crois certainement, les parents ont une affection spéciale pour ceux qui sont nés d'eux, ils n'auront qu'à se réjouir en sachant que l'avenir de leurs enfants est assuré et qu'ils ont pour leur entretien et leur éducation le concours de toute la société. »

Pour lui : « Éliminons l’oppression de l’homme sur l’homme, combattons la prétention brutale du mâle de se croire le maître de la femme, combattons les préjugés religieux, sociaux et sexuels ; assurons à tous, hommes, femmes, adultes, enfants, le bien-être et la liberté ; répandons l’instruction, et nous trouverons maintes occasions d’être satisfaits s’il ne reste sur terre, d’autres maux que ceux que crée l’amour. Dans tous les cas, les malheureux en amour pourront trouver une revanche en d’autres plaisirs — tandis qu’aujourd’hui l’amour mélangé d’alcool est l’unique consolation de la plus grande partie de l’humanité. »[6]

Le gradualisme révolutionnaire

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Errico Malatesta définit le concept de gradualisme révolutionnaire dans un article publié, le1er octobre 1925, par la revuePensiero e Volontà[7] Selon lui : « L'anarchisme, doit être nécessairementgradualiste. On peut concevoir l'anarchisme comme la perfection et c'est un bien que cette conception reste toujours présente à notre esprit tel un phare idéal qui guide nos pas. Mais il est évident que cet idéal ne peut être atteint d'un seul bond, en passant d'un seul coup de l'enfer actuel au paradis rêvé. »[8]

Pour Malatesta, le gradualisme révolutionnaire postule que l'anarchie peut être réalisée par un processus cumulatif d'étapes additionnées. Entre la réalité d'aujourd'hui et la réalisation de l'idéal, il existe une démarche volontariste et constructive de progressivité : « il ne s'agit pas de faire l'anarchie aujourd'hui, demain, ou dans dix siècles, mais d'avancer vers l'anarchie aujourd'hui, demain, toujours. »[9].

Et il précise : « L'esclavage apprend aux hommes à être serviles, et pour se libérer de l'esclavage, il faut des hommes aspirant à la liberté »[10]. Un système autoritaire ne devient paslibertaire du jour au lendemain : la lutte est un processus d'apprentissage volontariste[11] où l'autonomie et la liberté se construisent par étapes, chacune d'entre elles permettant la réalisation de la suivante et n'ayant pour seul but que l'accomplissement de l'objectif final[10]. Ainsi, « la possibilité du progrès existe. Mais non pas la possibilité de porter, au moyen de la seule propagande, tous les hommes au niveau nécessaire pour que nous puissions réaliser l'anarchie, sans une transformation graduelle préalable du milieu »[12].

Ainsi, Malatesta préconise-t-il l'emploi de tous les moyens répondant aux aspirations populaires immédiates en éliminant progressivement l'influence de la hiérarchie et de l'autorité au sein de la société par « la pratique de la liberté, privée de toutes coercitions »[13]. Il rejette en cela, l'idée d'unGrand Soir révolutionnaire[14] qui amènerait aussitôt naturellement à une société libertaire. Malatesta préconise également aux anarchistes de s'associer à toutes les forces révolutionnaires, en ce qu'elles portent de projet émancipateur, sans pour autant abdiquer leur autonomie.

Malatesta « définit une stratégie orientée vers la conquête progressive (graduelle mais non nécessairement linéaire) par les mouvements sociaux [...] d'espaces d'autonomie et de contre-pouvoir. Elle comporte deux dimensions étroitement liées. L'une, démocratique, vise au maintien et à l'élargissement des pouvoirs de la société civile face à l'État et, plus généralement, aux instances de commandement, par l'apprentissage de l'autogestion sociale à tous les niveaux de la société. L'autre, graduelle, définit un cadre d'objectifs anticapitalistes. Sa mise en œuvre suppose l'élaboration d'un programme de réformes contradictoires à la logique du système, bien que réalisables en son sein. »[15]

Concret, Malatesta aborde cette méthode dans une situation révolutionnaire : « Commençons par dire que la révolution, nous ne pouvons pas la faire seuls et que, le pourrions-nous matériellement, il ne serait pas désirable que nous la fassions seuls. […] il nous (faudra) donc agir de concert avec toutes les forces de progrès existantes, avec tous les partis d'avant-garde et attirer dans le mouvement, soulever, intéresser les grandes masses, laissant la révolution, dont nous serions un facteur parmi d'autres, produire ce qu'elle pourra produire […] Si malgré nos efforts, de nouveaux pouvoirs prêts à faire obstacle à la volonté populaire et à imposer la leur propre réussissaient à se constituer […] Dans tous les cas, réclamer et exiger, même par la force, notre pleine autonomie et le droit et les moyens de nous organiser à notre manière pour expérimenter nos méthodes. »[16]

Réaliste et presque pragmatique, il pense qu' « Il ne faut pas proposer de tout détruire en croyant qu’ensuite les choses s’arrangeront d’elles-mêmes. [...] Intransigeants envers toute tyrannie et toute exploitation capitaliste, nous devrons être tolérants pour toutes les conceptions sociales qui prévalent dans les divers groupements humains, pourvu qu’ils ne lèsent pas la liberté et le droit d’autrui. Nous devrons nous contenter d’avancer graduellement à mesure que s’élève le niveau moral des hommes et que s’accroissent les moyens matériels et intellectuels dont dispose l’humanité, tout en faisant, bien entendu, tout ce que nous pouvons par l’étude, le travail et la propagande pour hâter l’évolution vers un idéal toujours plus haut. »[17]

Œuvres en français

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Sur les autres projets Wikimedia :

1897
  • Majorité et minorité, dansL'Agitazione, 14 mars
  • Pour la libertté, dansL'Agitazione, 2 juillet
1899
  • Vers l'anarchie, dansLa questione sociale, 9 décembre
1913
  • Pour la liberté, dansVolontà, 27 septembre
  • Science et réforme sociale, dansVolontà, 27 décembre
1920
  • Nos propositions, dansUmanità Nova, 27 février
  • Encore sur la république, dansUmanità Nova, 21 mai
  • Tant pis, tant mieux, dansUmanità Nova, 26 juin
  • Les deux vies. Réforme ou révolution? Liberté ou dictature ?, dansUmanità Nova, 12 août
  • Réforme et révolution, dansUmanità Nova, 10 septembre
  • Majorité et minorité, dansUmanità Nova, 11 septembre
  • La révolution en pratique, dansUmanità Nova, 7 octobre
1921
1922
1924
1925
1929
Recueil de textes

Postérité

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En 1936 en Espagne, à Barcelone, un groupe « Malatesta » est formé dans lacolonne Durruti qui réunit desantifascistes italiens dontFrancesco Barbieri etCamillo Berneri[19].

Bibliographie

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• Charles Frigerio,Une belle figure de l'anarchisme
Sébastien Faure,L'adieu d'un compagnon
• Maurice Colombo,La Première Internationale en Italie
• Michèle Martini,Par-delà les frontières
Eduardo Colombo,Argentine, naissance d'un mouvement
Heiner Becker,Malatesta et l'internationalisme
• Israël Renov,Ancône, la semaine rouge
Contre la guerre (manifeste de l'internationale anarchiste)
• Clara Germani,Révolution russe, du mythe à la réalité
André Bernard,Quelle organisation ?
• Paolo Finzi,1919-1920, les années révolutionnaires
• Giorgo Sacchetti,Face au fascisme
• Nico Berti,Volonté, révolution et liberté
Entre syndicat et parti
Le cours d'une vie (chronologie détaillée)

Filmographie

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Iconographie

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Notes et références

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  1. La GrandeEncyclopédie Larousse en ligne :notice biographique.
  2. « il prône avec Kropotkine un « communisme libertaire » », Paul Claudel, « Enrico Malatesta »,Encyclopædia Universalis,texte intégral.
  3. a etbEric Coulaud, Rolf Dupuy, « DEFENDI, Eugenio dit Giovanni ou Giuseppe [Dictionnaire des anarchistes] », surmaitron.fr,(consulté le)
  4. Pascal Dupuy,Folgorite, parcours de Sante Ferrini, anarchiste, typographe et poète (1874-1939), Lyon, Atelier de création libertaire,, 348 p.(ISBN 978-2-35104-138-3),p. 94-107
  5. Giovanni Stiffoni,Camillo Berneri (1897-1937) Mythes, racines et réalités d’un intellectuel anarchiste, thèse de doctorat en études méditerranéennes sous la direction de Sandro Landi,université Bordeaux Montaigne, 2012,texte intégral.
  6. Errico Malatesta,Le problème de l’amour,L'Unique (1945-1956), n°5, novembre 1945,texte intégral.
  7. Davide Turcato, Making Sense of Anarchism : Errico Malatesta's Experiments with Revolution, 1889-1900, Palgrave Macmillan, 2012,page 215.
  8. Gaetano Manfredonia,La lutte humaine : Luigi Fabbri, le mouvement anarchiste italien et la lutte contre le fascisme,Éditions du Monde libertaire, 1994,page 98.
  9. Philippe Pelletier,L'anarchisme, Éditions du Cavalier bleu, 2010, page 116.
  10. a etbErrico Malatesta,Le Programme anarchiste, 1899-1920, Wikisource,texte intégral.
  11. Vincent Dubois,Le Contrepoint Européen, Edifree, 2011,page 38.
  12. Errico Malatesta,Le Programme anarchiste, 1899-1920, Le Rayon des Humanités, 2008,page 22.
  13. Errico Malatesta,Résistance, 2009.
  14. Philippe Pelletier,L'anarchisme, Éditions du Cavalier bleu, 2010, page 121.
  15. Pierre Quiroul,Tradition et modernité du projet libertaire, Confrontations, n°15, octobre-décembre 1991,texte intégral.
  16. Christophe Patillon, « L'anarchisme d’État, La Commune de Barcelone », surClub de Mediapart,.
  17. Xavier Bekaert,Anarchisme, violence et non-violence : Petite anthologie de la révolution non-violente chez les principaux précurseurs et théoriciens de l’anarchisme, Bruxelles-Paris,Le Monde libertaire -Alternative libertaire (Belgique),, 76 p.(ISBN 978-2-903013-93-6 et2-903013-93-4,lire en ligne).
  18. René Bianco,Répertoire des périodiques anarchistes de langue française : un siècle de presse anarchiste d’expression française, 1880-1983, thèse de doctorat, université d’Aix-Marseille, 1987, 3503 pages,L’Encyclopédie anarchiste.
  19. Les Giménologues, « Les Italiens - Charla sur les volontaires internationaux », surgimenologues.org,.
  20. Malatesta (1970) (TV).

Articles connexes

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