Erik H. Erikson nait en Allemagne d'un père inconnu danois et d'une mère allemande, Karla Abrahamsen, qui l'élève seule durant ses trois premières années. Lorsqu'elle se marie avec Theodor Homburger, pédiatre allemand de Karlsruhe, Erikson prend le nom de Homburger de son beau-père, qu'il modifie lors de sanaturalisation américaine pour s'appeler Erik H. Erikson.
Il commence une analyse avecAnna Freud en 1927, et devient analyste d'enfants et membre de laSociété psychanalytique de Vienne en 1923[1]. Il travaille à l'école d'Hietzing (quartier de Vienne) fondée par Anna Freud avecEva Rosenfeld puisDorothy Burlingham, école inspirée à la fois par la psychanalyse et par la pédagogie nouvelle[2], notamment la pédagogie par les projets[3].
D'origine juive, Erik H. Erikson émigre en 1932 lors de la montée dunazisme en Europe. Il s'installe à Boston, où il exerce comme psychanalyste d'enfants[1]. Il devint associé à la Harvard Psychological Clinic, tout en poursuivant des recherches à Yale. Il s'installe ensuite à Berkeley, où il fonde la Société psychanalytique de San Francisco.
Pendant la guerre, proche deRoosevelt, il fait partie duComité sur le sentiment national créé en 1940 pour infléchir la communication gouvernementale en matière d'information de guerre[4].
En 1960, il est nommé professeur auHarvard College, qu'il quitte au début des années 1970 pour retourner en Californie, puis revient à Cambridge en 1987 et enfin s'installe à Harwich auCap Cod[1].
À chaque stade du développementpsychosocial survient une crise qui doit se résoudre par l'atteinte d'un équilibre entre des forces qui s'opposent, faute de quoi le développement duMoi risque d'être compromis. Deux crises se produisent au cours des trois premières années de vie de l'enfant. Erikson donne au motcrise le sens detournant majeur, et non de catastrophe. À chaque crise il y a 2 pôles qui mènent à la création d'une identité positive. Un pôle bénéfique et l'autre néfaste. La résolution plus ou moins positive de ces crises amène donc à la création d'une identité plus ou moins positive selon la résolution des stades. Il ne faut cependant pas chercher à ne prendre que le positif. Dans le développement de l'identité, c'est l'équilibre entre les deux pôles qui est important. La résolution d'un stade selon Erikson, nous permet d'affronter plus facilement la résolution du stade suivant. L'équilibre possible entre les deux pôles est atteint grâce à l'acquisition d'une vertu, ce pour chacun des stades.
Première crise : confiance contre méfiance fondamentale (0 - 18 mois)
Le premier stade coïncide avec le stade oral chez Freud. Le moyen de contact avec l'extérieur est donc la bouche. L'enfant doit pouvoir faire suffisamment confiance pour s'ouvrir au monde et recevoir ce qu'on lui donne par la bouche. Le comportement de la personne qui s'occupe du bébé est un point critique dans l'acquisition par l'enfant de cette confiance de base. L'attachement que la mère a avec le nouveau-né doit être inconditionnel pour que le bébé puisse explorer le monde avec confiance. Cependant, tout n'est pas blanc ou noir, car il faut un équilibre entre les deux pôles. L'ouverture au monde est certainement nécessaire, mais une certaine méfiance est plus que souhaitable pour la protection du bébé.
Deuxième crise : autonomie contre la honte et le doute (18 mois - 3 ans)
Le deuxième stade coïncide avec le stade anal chez Freud. L'enjeu de ce stade est de savoir si l'enfant va pouvoir devenir une personne autonome ou non. L'autonomie est au centre de ce stade, car c'est la période où l'enfant apprend la propreté. Il apprend aussi à maîtriser son sphincter. Il a donc le contrôle de quelque chose qu'il peut maîtriser indépendamment du désir parental. Il va pouvoir décider tout seul. Pour Erikson, cette première volonté d'être soi-même est un prérequis du sentiment de libre arbitre. Cette période est en adéquation avec le moment où l'enfant expérimente et joue avec son autonomie. Il se rend compte qu'il est susceptible de provoquer la désapprobation du contexte social (parents). Cependant si l'équilibre penche trop vers le doute ou la honte, l'enfant hérite d'un sentiment de ne pas être assez bon. L'équilibre est ici aussi souhaitable.
Troisième crise : initiative contre culpabilité (3 - 5 ans)
Période de la rentrée à l'école obligatoire. Après avoir acquis la conviction d'être une personne autonome, l'enfant est amené à définir ses ambitions et les rôles qu'il souhaite assumer. L'enjeu de ce stade serait de pouvoir poursuivre des objectifs valables sans se laisser inhiber par la culpabilité ni par la crainte paralysante de la punition. Cette capacité à oser entreprendre et à avoir des initiatives constitue la base de la curiosité et de l'ambition. La culpabilité découle de l'inertie quant à la peur d'être puni. L'équilibre se trouve dans la capacité à planifier ses actions avec la conscience que l'énergie mal canalisée peut avoir des conséquences fâcheuses.
Quatrième crise : travail contre infériorité (5 - 12 ans)
Cinquième crise : identité contre confusion ou diffusion des rôles (12 - 18 ans)
L'adolescent cherche à acquérir un sens cohérent de son identité, surtout de son identité sexuelle, et du rôle qu'il désire jouer dans la société. Il ne s'agit pas là de la «crise d'adolescence», qui est plutôt un phénomène culturel : c'est d'abord une importante période de questionnements existentiels, concernant surtout les «qui suis-je?» et les «que veux-je?». Le défi psychosocial est alors l'acquisition d'une identité personnelle, sexuelle, et professionnelle, ce afin que l'adolescent puisse établir son schème de valeurs. La vertu à acquérir ici est donc la fidélité, car c'est lorsque l'adolescent reste fidèle à son ou ses modèles choisis qu'il ne tendra pas vers la confusion du rôle qu'il entreprend de jouer.
Explications : Vers le milieu de l'adolescence, l'individu se reconnaît comme un être en devenir. À ce moment, l'adolescent est impliqué dans un processus important de remises en question. Pour résoudre positivement cette crise, l'adolescent doit parvenir à se définir: être bien dans son identité, assumer ce qu'il est, savoir où il va dans la vie et reconnaître les modèles et relations qui sont importants pour lui. Pour cela, il a besoin d'encouragements mais aussi d'une certaine marge de manœuvre pour faire différents essais l'aidant à nourrir son identité. Ceux qui sont trop protégés ou trop laissés libres auront tendance à entretenir plus longtemps une certaine confusion dans leur identité et leurs rôles personnels, professionnels, sexuels, affectifs et/ou sociaux. Les engagements touchant les relations avec les autres seront absents ou superficiels et les relations trop brèves. Diverses raisons peuvent expliquer un adolescent confus : des parents qui ont trop favorisé la dépendance de leur jeune; des mesures disciplinaires trop sévères, incohérentes ou absentes; des parents qui rejettent l'enfant; des modèles parentaux trop changeants; des parents trop laxistes ou qui poussent le jeune vers une autonomie trop prématurée. L'influence des parents, contrairement aux précédents stades, joue le rôle le moins important des cinq premiers stades psychosociaux puisque l'adolescent se retrouve davantage tourné vers lui-même qu'auparavant[6].
Les trois derniers stades concernent la vie adulte.
Sixième crise : intimité contre isolation (18 - 40 ans)
Septième crise : générativité contre stagnation (40 - 65 ans)
Dans cette crise, l'adulte d'âge mur tend à guider les générations montantes ou à les aider à s'établir. Cet engagement, la générativité, peut se vivre en famille (l'individu s'emploie au bien-être de sa progéniture) ou au travail (l'individu cherche à transmettre ses connaissances aux plus jeunes et à les faire profiter de son expérience). En contrepartie, de cet engagement envers les autres, l'adulte d'âge mûr éprouve parfois un sentiment d'ennui, de stagnation et de repli sur soi lorsqu'il évalue sa vie en songeant désormais au temps qu'il lui reste à vivre.
Huitième crise : intégrité contre désespoir (65 -...)
↑Blanchette, Luc [enseignant en psychologie au Cégep de Trois Rivières - Canada], «La théorie psychosociale d'Erikson», tiré de Synthèse des grandes théories du développement, Session Hiver 2013,p. 7.
Renée Houde,Les temps de la vie. Le développement psychosocial de l’adulte selon la perspective du cycle de vie., Gaétan Morin éditeur, Montréal, 1986.
Alfredo Zambrano Mora & Ramón León,Erik H. Erikson, un psychologue pour aujourd'hui. Clés pour une interprétation actuelle de la vie et de l'œuvre d'Erik H. Erikson., Universidad Ricardo Palma, Lima, 2020.