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Enzyme

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Pour les critères administratifs, voirMaladie professionnelle provoquée par des enzymes.

(en) Représentation d'uneα-glucosidase (PDB 1OBB[1]) avec à sa droite lesubstrat — ici, lemaltose — au-dessus des produits de réaction — deux molécules deglucose.
Diagramme d'une réaction catalysée montrant l'énergieE requise à différentes étapes suivant l'axe du tempst. Les substrats A et B en conditions normales requièrent une quantité d'énergieE1 pour atteindre l'état de transitionAB, à la suite duquel le produit de réaction AB peut se former. L'enzymeE crée un microenvironnement dans lequel A et B peuvent atteindre l'état de transitionAEB moyennant une énergie d'activationE2 plus faible. Ceci accroît considérablement lavitesse de réaction.
Action d'une enzyme sur l'énergie d'activation d'uneréaction chimique.

Uneenzyme est uneprotéine dotée de propriétéscatalytiques. Presque toutes lesbiomolécules capables de catalyser desréactions chimiques dans lescellules sont des enzymes ; certaines biomolécules catalytiques sont cependant constituées d'ARN et sont donc distinctes des enzymes : ce sont lesribozymes.

Une enzyme agit en abaissant l'énergie d'activation d'une réaction chimique, ce qui accroît lavitesse de réaction. L'enzyme n'est pas modifiée au cours de la réaction. Les molécules initiales sont lessubstrats de l'enzyme, et les molécules formées à partir de ces substrats sont les produits de la réaction. Presque tous lesprocessus métaboliques de lacellule ont besoin d'enzymes pour se dérouler à une vitesse suffisante pour maintenir la vie. Les enzymes catalysent plus de 5 000 réactions chimiques différentes[2]. L'ensemble des enzymes d'une cellule détermine lesvoies métaboliques possibles dans cette cellule. L'étude des enzymes est appeléeenzymologie.

Les enzymes permettent à des réactions de se produire des millions de fois plus vite qu'en leur absence. Un exemple extrême est ladécarboxylase d'orotidine-5'-phosphate, qui catalyse en quelquesmillisecondes une réaction qui prendrait, en son absence, plusieurs millions d'années[3],[4]. Comme tous les catalyseurs, les enzymes ne sont pas modifiées au cours des réactions qu'elles catalysent, et ne modifient pas l'équilibre chimique entre substrats et produits. Les enzymes diffèrent en revanche de la plupart des autres types de catalyseurs par leur très grandespécificité. Cette spécificité découle de leurstructure tridimensionnelle. De plus, l'activité d'une enzyme est modulée par diverses autres molécules : uninhibiteur enzymatique est une molécule qui ralentit l'activité d'une enzyme, tandis qu'un activateur de cette enzyme l'accélère ; de nombreuxmédicaments etpoisons sont des inhibiteurs enzymatiques. Par ailleurs, l'activité d'une enzyme décroît rapidement en dehors de sa température et de sonpH optimums. De plus, une enzyme a la caractéristique d'être réutilisable.

Structure

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Les enzymes sont généralement desprotéinesglobulaires qui agissent seules, comme lelysozyme, ou en complexes de plusieurs enzymes ousous-unités, à l'instar ducomplexeα-cétoglutarate-déshydrogénase. Comme toutes les protéines, les enzymes sont constituées d'une ou plusieurschaînes polypeptidiquesrepliées pour former une structure tridimensionnelle correspondant à leurétat natif. Laséquence enacides aminés de l'enzyme détermine la structure de cette dernière, structure qui, à son tour, détermine les propriétéscatalytiques de l'enzyme[5]. Bien que ce soit la structure d'une enzyme qui détermine sa fonction, il n'est pas encore possibleà ce jour[Quand ?] de prédire l'activité d'une nouvelle enzyme en ne connaissant que sa structure[6]. La structure des enzymes est altérée (dénaturée) lorsqu'elles sont chauffées ou mises en contact avec des dénaturants chimiques, ce qui a généralement pour effet de les inactiver.

Les enzymes sont des molécules bien plus grandes que leurssubstrats. Leur taille varie de 62 résidus pour lemonomère de4-oxalocrotonate tautomérase[7] à plus de 2 000 résidus pour lasynthase d'acide grasanimale[8]. Seule une toute petite partie de l'enzyme — entre deux et quatre résidus le plus souvent — est directement impliquée dans la catalyse, ce qu'on appelle le site catalytique. Ce dernier est situé à proximité d'un ou plusieurs sites de liaison, au niveau desquels les substrats sont liés et orientés afin de permettre la catalyse de la réaction chimique. Le site catalytique et les sites de liaison forment lesite actif de l'enzyme. Le reste de la protéine sert à maintenir la configuration du site actif et à y générer les conditions optimales pour le déroulement de la réaction.

Dans certains cas, la catalyse ne fait intervenir aucun des résidus d'acides aminés de l'enzyme mais plutôt uncofacteur lié à cette enzyme. La structure des enzymes peut également contenir un site de liaison pour uneffecteur allostérique qui provoque unchangement conformationnel activant ou inhibant l'activité enzymatique.

Mécanisme

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Liaison au substrat

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Article détaillé :site actif.

Les enzymes doivent tout d'abord se lier à leurssubstrats avant de pouvoircatalyser touteréaction chimique. Les enzymes sont plus ou moins spécifiques en ce qui concerne à la fois les substrats auxquels elles peuvent se lier et les réactions qu'elles sont susceptibles de catalyser. Cette spécificité résulte de la configuration de leurs sites de liaison, qui sont des poches présentant une complémentarité de forme ainsi que de distribution spatiale des charges électriques et des propriétéshydrophile/hydrophobe par rapport à celles du substrat. Les enzymes peuvent ainsi faire la différence entre des molécules très semblables, ce qui assure leurchimiosélectivité, leurrégiosélectivité et leurstéréospécificité[9].

Lesite actif des enzymes change de forme en se liant à leurssubstrats. Ainsi, l'hexokinase présente un fort ajustement induit qui enferme l'adénosine triphosphate et lexylose dans son site actif. Les sites de liaison sont représentés en bleu, les substrats en noir et lecofacteurMg2+ en jaune (PDB 2E2N,2E2Q).

Certaines des enzymes parmi les plus spécifiques interviennent dans laréplication de l'ADN et l'expression génique. Certaines de ces enzymes sont pourvues d'un mécanisme de « correction d'épreuve » : c'est le cas desADN-polymérases, qui sont capables de corriger leurs erreurs de réplication — paires de bases incorrectes — avant de passer aunucléotide suivant[10]. Ce processus en deux étapes permet d'atteindre une fidélité particulièrement élevée, avec moins d'une erreur sur 100 millions de réactions chez lesmammifères. Des mécanismes semblables existent également dans lesARN-polymérases[11], lesaminoacyl-ARNt-synthétases[12] et lesribosomes[13].A contrario, certaines enzymes présentent une ou plusieurs activités dites « depromiscuité », c'est-à-dire qu'elles peuvent catalyser un ensemble de réactions apparentées sur un ensemble de substrats ayant des implications physiologiques diverses. De nombreuses enzymes possèdent des activités catalytiques mineures qui peuvent se manifester fortuitement et être le point de départ pour la sélection de nouvelles fonctionnalités au cours de l'évolution[14],[15].

Modèle de la serrure et de la clef (obsolète)

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Afin d'expliquer la spécificité des enzymes dans la sélection des réactions chimiques qu'elles sont susceptibles de catalyser, le chimiste allemandEmil Fischer proposa en 1894 que l'enzyme et le substrat d'une réaction possèdent une géométrie complémentaire permettant au substrat de s'emboîter exactement dans l'enzyme[16]. Cette représentation est souvent appelée « modèle de la serrure et de la clef ». Ce modèle rend compte de la spécificité des enzymes mais ne permet pas d'expliquer comment les enzymes parviennent à stabiliser l'état de transition au cours des réactions.

Ce modèle est aujourd'hui considéré comme obsolète[17],[18], car il simplifie beaucoup trop la réalité. En effet, il ne serait pas possible que les enzymes aient la même conformation lorsqu'elles sont liées à leur substrat que lorsqu'elles n'y sont pas liées.

Modèle de l'ajustement induit

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Le biochimiste américainDaniel Koshland proposa en 1958 le modèle dit de l'ajustement induit (induced fit en anglais) comme adaptation du modèle de la serrure et de la clef pour tenir compte du fait que les enzymes sont des molécules flexibles : plutôt qu'imaginer l'emboîtement d'un substrat dans une enzyme rigide, Koshland considérait que l'interaction entre le substrat et l'enzyme remodelait en permanence le site actif, et ce tout au long de l'établissement de la liaison[19].

Dans certains cas, comme lesglycosides-hydrolases, le substrat lui-même change légèrement de forme lorsqu'il se lie au site actif de l'enzyme[20].

Le site actif continue de changer de configuration jusqu'à ce que le substrat soit entièrement lié, et ce n'est qu'alors que la distribution des charges et la géométrie finale peuvent être déterminées.

Catalyse

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Article détaillé :catalyse enzymatique.

Les enzymes peuvent accélérer des réactions chimiques de plusieurs façons, mais toutes passent par l'abaissement de l'énergie d'activation, notéeEa :

  1. En stabilisant l'état de transition :
    • l'enzyme génère un environnement dans lequel la distribution de charges est complémentaire de celles de l'état de transition afin de le stabiliser, donc d'abaisser sonenthalpie libre[21], notéeG ;
  2. En ouvrant un chemin réactionnel alternatif :
    • l'enzyme peut réagir temporairement avec le substrat et former un intermédiaire covalent ayant un état de transition de plus basse énergie,
    • l'enzyme peut permettre l'utilisation d'un autre chemin réactionnel, comportant la formation de plus d'états de transitions, mais avec des énergies d'activation plus basses ;
  3. En déstabilisant l'état fondamental du substrat :
    • par déformation du substrat lié dans leur état de transition afin de réduire l'énergie nécessaire pour atteindre cet état[22],
    • par une orientation du substrat dans une configuration qui réduit la variation d'entropie de la réaction ; la contribution de ce mécanisme à la catalyse est assez faible[23].

Une enzyme peut recourir à plusieurs de ces mécanismes simultanément. Ainsi, lespeptidases telles que latrypsine mettent en œuvre une catalyse covalente partriade catalytique, stabilisent la distribution des charges électriques de l'état de transition à l'aide d'untrou oxyanion, et terminent l'hydrolyse en orientant spécifiquement unemolécule d'eau.

Dynamique

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Les enzymes ne sont pas des structures rigides et statiques. Elles sont au contraire le siège de tout un ensemble de mouvements internes, qu'il s'agisse du mouvement de résidus d'acides aminés individuels, d'un groupe de résidus formant un élément de la structure secondaire, voire d'un domaine entier de la protéine. Ces mouvements donnent naissance à un ensemble de structures légèrement différentes les unes des autres qui sont à l'équilibre en perpétuelle interconversion les unes avec les autres. Différents états conformationnels de l'enzyme peuvent par exemple être associés à différentes phases de son activité chimique. Ainsi, différentes conformations de ladihydrofolate réductase sont associées au cours ducycle catalytique respectivement à la liaison avec le substrat, à la catalyse, à la libération du cofacteur, et enfin à la libération du produit[24].

Régulation allostérique

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Pour un article plus général, voirAllostérie.

Les sites de régulation allostérique sont des sites de liaison distincts du site actif qui peuvent interagir avec des molécules de l'environnement cellulaire, appelées dans ce cas effecteurs allostériques. La liaison de ces molécules avec ce site induit unchangement conformationnel ou une modification de la dynamique interne de l'enzyme, qui altèrent les propriétés du site actif et modifient par conséquent la vitesse de réaction de l'enzyme[25]. Ces changements peuvent activer ou inhiber des enzymes. Les interactions allostériques avec desmétabolites en amont ou en aval d'unevoie métabolique à laquelle participe l'enzyme provoquent des boucles de rétrorégulation permettant de moduler l'activité de l'enzyme en fonction de l'intensité du flux de métabolites[26].

Cofacteurs

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Définitions

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Structure de latranscétolase, une enzyme de lavoie des pentoses phosphates, représentée avec soncofacteurthiamine pyrophosphate (TPP) en jaune et sonsubstratxylulose-5-phosphate en noir (PDB 4KXV[27]).
Articles détaillés :cofacteur (biochimie),coenzyme etgroupement prosthétique.

Certaines enzymes n'ont besoin d'aucun composant supplémentaire pour être pleinement actives. D'autres ont au contraire besoin d'interagir avec desespèces chimiques nonprotéiques, appeléescofacteurs, pour être actives. Ces cofacteurs peuvent être inorganiques tels que desionsmétalliques ouclusterfer-soufre, ou bien descomposés organiques tels qu'uneflavine ou unhème. Les cofacteurs organiques peuvent être descoenzymes, qui sont libérées dusite actif de l'enzyme au cours de la réaction, ou desgroupements prosthétiques, qui demeurent étroitement liés à l'enzyme. Certains groupes prosthétiques organiques sont liés à leur enzyme parcovalence, comme c'est le cas de labiotine pour des enzymes telles que lapyruvate-carboxylase[28].

L'anhydrase carbonique est un exemple d'enzyme à cofacteur dezinc lié à son site actif[29]. Ces ions ou molécules étroitement liées à l'enzyme se trouvent généralement dans le site actif et interviennent dans lacatalyse. Ainsi, on trouve fréquemment une flavine ou un hème dans lesréactions d'oxydoréduction

Les enzymes dépourvues du cofacteur qui les rend actives sont appeléesapoenzymes, ouapoprotéines. Une enzyme liée à son ou ses cofacteurs est appeléeholoenzyme. On appelle également holoenzymes les complexes enzymatiques formés de plusieurssous-unités pour lesquels toutes les sous-unités requises pour l'activité enzymatique sont présentes ; on emploie souvent ce terme pour lesADN-polymérases.

Coenzymes

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Les coenzymes sont depetites moléculesorganiques qui peuvent être liées à l'enzyme de façon assez lâche ou, au contraire, très étroite. Elles transportent desgroupes fonctionnels ou desrésidus d'une enzyme à une autre. LeNAD+, leNADPH et l'ATP sont des coenzymes. Certaines coenzymes telles que lariboflavine, lathiamine et l'acide folique sont desvitamines, c'est-à-dire des composés qui ne peuvent être synthétisés par l'organisme et doivent être absorbés tels quels par l'alimentation. Parmi les groupes chimiques transportés par des coenzymes, on trouve l'anion hydrure H transporté par le NADH et le NADPH, le groupephosphate –OPO32− transporté par l'ATP, le groupeacétyle –COCH3 transporté par lacoenzyme A, les groupesaldéhyde –CHO, méthényle –CH= ouméthyle –CH3 portés par l'acide folique, ou encore le groupe méthyle porté par laS-adénosylméthionine (SAM).

Dans la mesure où les coenzymes sont modifiées au cours des réactions chimiques catalysées par les enzymes, il peut être utile de les considérer comme des substrats particuliers partagés par de nombreux types d'enzymes. Ainsi, on connaît plus de 1 000 enzymes utilisant le NAD+ comme coenzyme.

Les coenzymes sont régénérées continuellement et leur concentration est maintenue à un niveau constant dans la cellule. Par exemple, le NADPH est régénéré par lavoie des pentoses phosphates et laS-adénosylméthionine est régénérée par laméthionine-adénosyltransférase. Cette régénération permanente signifie que de petites quantités de coenzymes peuvent être utilisées très intensivement. Par exemple, lecorps humain utilise et régénère son propre poids en ATP chaque jour[30].

Thermodynamique

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Articles détaillés :énergie d'activation,équilibre thermodynamique etéquilibre chimique.
(en) Évolution de l'énergie des réactifs au cours d'une réaction chimique.
En l'absence de catalyseur (pointillés), les substrats ont besoin d'une
énergie d'activation élevée pour atteindre l'état de transition, qui évolue ensuite vers des produits de plus faible énergie.
En présence d'une enzyme (ligne pleine), les substrats se lient à l'enzyme (ES), qui stabilise l'état de transition (ES) en réduisant la quantité d'énergie nécessaire pour le former, et le complexe enzyme-produits (EP) est dissocié.

Comme c'est le cas pour tous lescatalyseurs, les enzymes ne modifient pas la position de l'équilibre chimique d'une réaction. La présence d'une enzyme a simplement pour conséquence d'accélérer la réaction, qui se déroule dans le même sens. Ainsi, l'anhydrase carbonique, qui catalyse une réaction réversible, agit dans l'un et l'autre sens en fonction de la concentration relative de ses réactifs :

La vitesse de réaction dépend de l'énergie d'activation nécessaire pour atteindre, à partir dessubstrats, l'état de transition, qui évolue ensuite vers la formation des produits de réaction. Les enzymes accélèrent la vitesse de réaction en abaissant l'énergie d'activation de l'état de transition. Elles commencent par établir une liaison enzyme-substrat (ES) de faible énergie, stabilisent par la suite l'état de transition (ES) de sorte qu'il requiert moins d'énergie pour se former, et font évoluer cet état de transition vers un complexe enzyme-produit (EP) qui se dissocie spontanément.

De plus, les enzymes peuvent coupler deux ou plusieurs réactions afin de permettre à une réaction thermodynamiquement défavorisée de se produire à l'aide d'une réaction thermodynamiquement favorisée de telle sorte que l'énergie combinée des produits de deux réactions soit inférieur à l'énergie combinée de leurs substrats. C'est très souvent le cas de l'hydrolyse de l'ATP, qui est généralement couplée à d'autres réactions chimiques, notamment de l'anabolisme (biosynthèses).

Cinétique enzymatique

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Article détaillé :cinétique enzymatique.

Lacinétique enzymatique étudie la façon dont les enzymes se lient à leurssubstrats et les convertissent en produits de réaction. Les données quantitifant lacinétique d'une enzyme sont généralement obtenues à partir dedosages enzymatiques (en). En 1913, l'AllemandLeonor Michaelis et la CanadienneMaud Menten proposèrent une théorie quantitative de la cinétique enzymatique, appelée depuiséquation de Michaelis-Menten[31]. Leur principale contribution a été de concevoir les réactions enzymatiques en deux étapes. Tout d'abord, les substrats se lient réversiblement à l'enzyme, formant un complexe enzyme-substrat. Puis l'enzyme catalyse la réaction chimique et libère les produits de réaction. Ces travaux ont ensuite été poursuivis par les BritanniquesGeorge Edward Briggs etJohn B. S. Haldane, qui en dérivèrent les équations cinétiques encore largement utilisées de nos jours[32].

(en)Courbe de saturation donnant la vitesse de réaction en fonction de la concentration en substrat et illustrant la signification de lavitesse maximumVmax et de laconstante de MichaelisKM.

La vitesse d'une enzyme dépend des conditions de la solution et de laconcentration en substrats. Lavitesse maximumVmax d'une réaction enzymatique peut être déterminée en augmentant la concentration [S] en substrats jusqu'à ce que la vitesse de formation des produits de réaction présente un plateau, comme représenté ci-contre. Cette saturation s'explique par le fait que plus la concentration en substrats augmente, plus ce substrat se lie aux enzymes, de sorte que la concentration en complexes enzyme-substrats augmente et la concentration en enzyme libre diminue ; la vitesse maximum de réaction correspond à la situation où toutes les enzymes sont liées à leurs substrats de sorte qu'il ne reste plus d'enzyme libre ayant des sites de liaison à occuper.

Outre la vitesse maximumVmax d'une enzyme, la quantité de substrat nécessaire pour atteindre une vitesse de réaction donnée est une autre grandeur importante caractérisant l'activité d'une enzyme. Cette quantité est mesurée par laconstante de MichaelisKM, qui représente la concentration de substrat nécessaire pour que l'enzyme atteigne la moitié deVmax. Chaque enzyme possède généralement uneKm donnée pour chacun de ses substrats. La vitessev de réaction à concentration [S] de substrat, correspondant à l'augmentation de la concentration [P] en produit, est alors donnée par l'équation :

v=ddt[P]=[S]KM+[S]Vmax{\displaystyle v={\frac {d}{dt}}[P]={\frac {[S]}{K_{\mathrm {M} }+[S]}}V_{\max }}.

Laconstante catalytique, notéekcat, également appeléeturnover number (TON), représente le nombre de molécules de substrat converties en produits par site actif et par seconde. Elle est liée à la vitesse maximumVmax et à la concentration [E] de l'enzyme par l'équationVmax =kcat [E].

L'activité enzymatique est mesurée enkatals,unité SI définie par1 kat = 1 mol s−1, ou, plus fréquemment, enunités enzymatiques, définies par1 U =1 µmol·min-1 : ces grandeurs représentent la quantité d'enzyme nécessaire pour traiter une quantité unitaire desubstrat par unité de temps, dans des conditions opératoires qui doivent être précisées avec la mesure. On peut en déduire l'activité spécifique de l'enzyme, qui représente son activité par unité de masse, exprimée par exemple en U·mg-1.

L'efficacité d'une enzyme peut être exprimée en termes dekcat /KM, qui représente la constante de spécificité. Dans la mesure où elle reflète à la fois l'affinité pour les substrats et l'efficacité de la catalyse, elle est utile pour comparer des enzymes entre elles ou pour comparer la même enzyme par rapport à différents substrats.

La cinétique de Michaelis-Menten repose sur laloi d'action de masse, qui dérive de l'hypothèse que ladiffusion de la matière est libre et que les collisions entre particules sont aléatoires et décrites par lathermodynamique. Cependant, de nombreux processus biochimiques ou cellulaires s'écartent significativement de ces conditions en raison de la concentration très élevée des espèces chimiques dans lecytosol qui restreignent leur liberté de mouvement[34]. La cinétique de Michaelis-Menten a fait l'objet d'extensions récentes qui tentent de tenir compte de ces effets[35].

Inhibition enzymatique

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Article détaillé :inhibiteur enzymatique.

Uninhibiteur enzymatique est unepetite molécule qui réduit la vitesse de réaction d'une enzyme.

Types d'inhibition enzymatique

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On range habituellement les types d'inhibition enzymatique dans les catégories suivantes.

Inhibition compétitive

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Ladihydrofolate-réductase se lie normalement à l'acide folique (en noir), mais peut également se lier auméthotrexate (en vert), qui lui est structurellement très semblable, dans lesite actif, représenté ici en bleu (PDB 4QI9).
Effet cinétique d'uneinhibition compétitive.

Uninhibiteur compétitif peut se lier à l'enzyme en empêchant ses substrats de le faire[36]. Il s'agit souvent d'une molécule qui ressemble à l'un des substrats et prend sa place sur l'un des sites de liaison mais sans que l'enzyme puisse catalyser la réaction chimique avec cet inhibiteur. Ainsi, leméthotrexate, unanticancéreux, est un inhibiteur compétitif de ladihydrofolate-réductase, qui catalyse la réduction dudihydrofolate entétrahydrofolate. Ce type d'inhibition peut être contourné par une concentration élevée en substrat. Il peut également s'agir d'une molécule qui se lie sur un autre site de l'enzyme et induit deschangements conformationnels qui modifient les propriétés du site de liaison au substrat pareffet allostérique. En conséquence, l'affinité de l'enzyme pour ses substrats diminue et saconstante de MichaelisKM augmente, tandis que savitesse maximumVmax demeure inchangée.

L'acide folique (à gauche, unecoenzyme) et leméthotrexate (à droite, unanticancéreux) présentent une structure moléculaire très semblable (les différences sont représentées en vert). Cette similitude structurelle fait du second un inhibiteur compétitif du premier.

Inhibition non compétitive

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Effet cinétique d'uneinhibition non compétitive.

Uninhibiteur non compétitif se lie à l'enzyme sur un site indépendant des sites de liaison aux substrats. Ceux-ci se lient donc à l'enzyme avec une affinité inchangée, de sorte que laconstante de MichaelisKM demeure inchangée. Cependant, l'inhibiteur réduit l'efficacité de l'enzyme, c'est-à-dire saconstante catalytiquekcat, et, par conséquent, savitesse maximumVmax. Contrairement à l'inhibition compétitive, l'inhibition non compétitive n'est pas réduite par l'augmentation de la concentration du substrat.

Inhibition incompétitive

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Uninhibiteur incompétitif ne peut se lier qu'au complexe enzyme-substrat et non à l'enzyme seule. Ce type d'inhibiteurs est par conséquent d'autant plus efficace que la concentration en substrats est élevée. Le complexe enzyme-substrat-inhibiteur est inactif et ne peut catalyser la conversion des substrats en produits. Ce type d'inhibition demeure rare[37].

Inhibition mixte

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Uninhibiteur mixte se lie à un siteallostérique distinct du site de liaison des substrats sur l'enzyme, et ces deux liaisons interagissent l'une sur l'autre. La fonctionnalité de l'enzyme est réduite mais pas supprimée lorsqu'elle est liée à l'inhibiteur. Ce type d'inhibiteur ne suit pas l'équation de Michaelis-Menten.

Inhibition irréversible

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Un inhibiteur irréversible, également appelé inhibiteur suicide, se lie à l'enzyme pour l'inhiber de façon permanente, généralement à travers uneliaison covalente. Lapénicilline[38] et l'aspirine[39] agissent de cette façon respectivement sur lestranspeptidases et lescyclooxygénases.

Rôle biochimique

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Chez de nombreux êtres vivants, lesinhibiteurs enzymatiques interviennent dans le cadre d'un mécanisme général derétroactionmétabolique. Lorsqu'une molécule est produite en excès, elle peut agir comme inhibiteur de l'enzyme qui engage lavoie métabolique produisant cette molécule, ce qui a pour effet d'en réduire la production et d'en maintenir la concentration physiologique à un niveau convenable. Il s'agit d'une forme de rétraction négative. Des voies métaboliques majeures telles que lecycle de Krebs utilisent des mécanismes de ce type.

Dans la mesure où les inhibiteurs modulent l'activité de certaines enzymes, ils sont fréquemment employés commemédicaments. De nombreux médicaments sont des inhibiteurs compétitifs réversibles qui ressemblent au substrat naturel de ces enzymes. Outre leméthotrexate présenté plus haut, de tels inhibiteurs compétitifs sont par exemple lesstatines utilisée pour traiter l'hypercholestérolémie[40] en inhibant l'HMG-CoA-réductase et lesinhibiteurs de protéase utilisés pour traiter les infections àrétrovirus tels que leVIH[41]. Un exemple classique d'inhibition irréversible est celui de l'aspirine, qui inhibe lescyclooxygénasesCOX-1 etCOX-2 produisant lesmessagers de l'inflammation que sont lesprostaglandines[39].

D'autres inhibiteurs enzymatiques sont despoisons. C'est par exemple le cas ducyanure CN, qui se lie aucuivre et aufer dusite actif de laoxydase de cytochromec[42] et bloque larespiration cellulaire.

Fonctions biologiques

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Les enzymes remplissent un grand nombre de fonctions au sein des êtres vivants. Elles sont indispensables aux mécanismes detransduction de signal et de régulation des processus cellulaires, souvent à travers l'activité dekinases et dephosphatases[43]. Elles interviennent également dans la génération de mouvements, comme lamyosine quihydrolyse l'ATP lors de lacontraction musculaire et permet le transport de molécules à travers lacellule en agissant sur lecytosquelette[44]. Lespompes à ions desmembranes cellulaires sont d'autresATPases qui interviennent dans letransport actif transmembranaire. Des enzymes interviennent également dans des processus plus exotiques tels que labioluminescence produite par exemple par laluciférase chez leslucioles, ou encore par certainesbactéries[45]. Lesvirus contiennent quant à eux des enzymes leur permettant d'infecter des cellules, comme l'intégrase et latranscriptase inverse duVIH, ou de sortir des cellules infectées comme laneuraminidase duvirus de lagrippe[46].

Digestion

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Article détaillé :digestion.

Les enzymes jouent un rôle important dans l'appareil digestif humain, où des enzymes telles que lesamylases et lespeptidases interviennent endégradant desbiopolymères comme l'amidon et lesprotéines enpetites molécules susceptibles d'être absorbées au niveau desintestins — respectivement enmaltose (puis englucose) et enacidesα-aminés dans notre exemple. Lesmacromolécules biologiques sont en effet trop grosses pour être absorbées directement, et ce sont leursmonomères qui sont absorbés. Ladigestion recouvre précisément ce processus declivage des macromolécules en petites molécules. Des enzymes différentes sont nécessaires pour digérer des substances différentes. Chez lesruminants, qui sontherbivores, desmicroorganismes de l'intestin produisent une enzyme particulière, lacellulase, capable de cliver lacellulose de laparoi cellulaire des cellules végétales[47].

Métabolisme

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Représentation schématique de laglycolyse, qui convertit une molécule deglucose en deux molécules depyruvate. Chaque modification chimique, soulignée par une ombre rouge, est réalisée par une enzyme spécifique, représentée par une flèche grise :hexokinase,isomérase de glucose-6-phosphate,phosphofructokinase-1,aldolase,isomérase de triose-phosphate ,déshydrogénase de glycéraldéhyde-3-phosphate,phosphoglycérate-kinase,phosphoglycérate-mutase,énolase etpyruvate-kinase. Ce sont ces enzymes déterminent cettevoie métabolique.
Articles détaillés :métabolisme etvoie métabolique.

Plusieurs enzymes peuvent travailler ensemble dans un ordre défini pour former desvoies métaboliques : dans une telle configuration, un produit d'une enzyme devient unsubstrat de l'enzyme suivante. Il est possible que plusieurs enzymes catalysent parallèlement la même réaction ; ceci permet des modes de régulation plus complexes avec, par exemple, une faible constante d'activité pour une enzyme mais une seconde enzyme pouvant atteindre un niveau d'activité élevé lorsqu'elle est activée[48].

Les enzymes déterminent les étapes des voies métaboliques. En l'absence d'enzymes, le métabolisme n'emprunterait pas les mêmes chemins et ne pourrait pas être régulé afin d'être en cohérence avec les besoins de la cellule. La plupart des voies métaboliques principales du métabolisme sont régulées au niveau de quelques étapes clés, généralement au niveau d'enzymes qui requièrent l'hydrolyse de l'ATP. Cette réaction étant fortementexothermique (c'est-à-dire qu'elle s'accompagne d'unevariation d'enthalpie libre élevée), elle peut être couplée à uneréaction endothermique (c'est-à-dire s'accompagnant d'une variation d'enthalpie libre négative) afin de la rendre thermodynamiquement favorable.

Contrôle de l'activité enzymatique

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Il existe essentiellement cinq moyens de contrôler l'activité des enzymes dans les cellules.

Régulation

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Les enzymes peuvent être activées ou inhibées par d'autres molécules. Le ou les produits finaux d'unevoie métabolique sont souvent desinhibiteurs de l'une des premières enzymes de cette voie, généralement la première enzyme qui catalyse une étape irréversible, ce qui régule la quantité de produit final ; il s'agit d'un mécanisme de rétroaction, dans la mesure où la quantité de produit final est régulée par la propre concentration de ce produit. La rétroaction permet d'ajuster efficacement le niveau debiosynthèse d'un ensemble demétabolites intermédiaires en fonction des besoins de la cellule, en évitant de produire un excès de molécules qui serait perdu et réduirait l'efficacité globale du métabolisme cellulaire.

Modification post-traductionnelle

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Laphosphorylation, lamyristoylation et laglycosylation sont des exemples demodifications post-traductionnelles. Ainsi, la phosphorylation, induite par l'insuline, de nombreuses enzymes, dont laglycogène-synthase, permet de contrôler l'anabolisme et lecatabolisme duglycogène et permet à la cellule de s'adapter aux variations de laglycémie[49].

Le clivage d'unechaîne polypeptidique est un autre exemple de modification post-traductionnelle. Lachymotrypsine, unepeptidase digestive, est produite dans lepancréas sous une forme inactive appeléechymotrypsinogène et transportée sous cette forme jusque dans l'estomac, où elle est activée. Ceci permet d'éviter que la chymotrypsine active ne digère d'autrestissus avant de parvenir dans l'estomac. Ce type de précurseur inactif d'une enzyme est unzymogène.

Quantité

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Laproduction des enzymes peut être accrue ou réduite par la cellule en réponse à des modifications dans son environnement. Cette forme de régulation de l'expression génique est appelée induction enzymatique. C'est par exemple le cas desbactéries qui deviennentrésistantes à desantibiotiques, par exemple à lapénicilline par induction d'enzymes appeléesβ-lactamases, lesquelleshydrolysent le noyauβ-lactame[50] qui est précisément lepharmacophore de ce type d'antibiotiques. Lesoxydases decytochrome P450 sont un autre exemple d'induction enzymatique. Ces enzymes jouent un rôle important dans lamétabolisation de nombreuxmédicaments, et leur induction ou leur inhibition peuvent conduire à desinteractions médicamenteuses.

La quantité d'enzymes présente dans une cellule peut également être modulée par leurdégradation.

Distribution subcellulaire

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La distribution intracellulaire des enzymes peut être compartimentée, différentesvoies métaboliques se déroulant dans différentscompartiments cellulaires. Ainsi, lesacides gras sontproduits par un ensemble d'enzymes distribuées dans lecytosol, leréticulum endoplasmique et l'appareil de Golgi, et sontdégradés pour en libérer l'énergie chimique parβ-oxydation sous l'effet d'un autre ensemble d'enzymes situées dans lesmitochondries[51]. De plus, les différents compartiments d'une cellule connaissent des niveaux deprotonation différents (par exemple, leslysosomes sontacides quand lecytoplasme est neutre) ou des niveaux d'oxydation différents (par exemple, lepériplasme est plusoxydant que lecytoplasme), ce qui module également le niveau d'activité des enzymes qui s'y trouvent.

Spécialisation par organes

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Chez lesorganismes multicellulaires, lescellules de différentsorganes ou de différentstissus présentent différents modes d'expression génique et produisent par conséquent différentes variantes, appelésisoenzymes, d'un même ensemble d'enzymes,catalysant différentes réactions métaboliques. Ceci offre un mécanisme de régulation dumétabolisme global de l'organisme. Ainsi, l'hexokinase, première enzyme de laglycolyse, possède une forme spécialisée, laglucokinase, exprimée dans lefoie et dans lepancréas, dont l'affinité pour leglucose est plus faible mais qui est plus sensible aux variations deconcentration de glucose[52]. Ceci permet à cette enzyme de réguler la production d'insuline en fonction des variations de laglycémie[53].

Pathologies

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Article détaillé :maladie génétique.

Dans la mesure où un contrôle très étroit de l'activité enzymatique est essentiel pour l'homéostasie de l'organisme, tout dysfonctionnement (mutation, surproduction, sousproduction ou absence) d'une seule enzyme critique peut provoquer unemaladie génétique. Le dysfonctionnement d'un seul type d'enzyme parmi les milliers ducorps humain peut être mortel : c'est par exemple le cas d'une déficience enhexosaminidase, responsable de lamaladie de Tay-Sachs[54].

La forme la plus courante dephénylcétonurie est un autre exemple de maladie résultant d'une déficience enzymatique. De nombreusesmutations n'affectant chaque fois qu'un seulrésidu d'acide aminé de laphénylalanine-hydroxylase, quicatalyse la première étape de ladégradation de laphénylalanine, conduit à l'accumulation de cet acide aminé et de produits apparentés. Certaines de ces mutations affectent lesite actif, altérant directement la liaison dessubstrats et la catalyse, mais de nombreuses autres mutations touchent des résidus éloignés du site actif et réduisent l'activité enzymatique par altération durepliement de l'enzyme (structure tertiaire) ou affectant sonoligomérisation (structure quaternaire)[55],[56]. Ceci peut conduire auhandicap mental si la maladie n'est pas prise en charge. L'administration orale d'enzymes peut traiter certaines déficiences enzymatiques fonctionnelles telles que l'insuffisance pancréatique exocrine (en)[57] et l'intolérance au lactose[58].

Des maladies peuvent résulter d'autres types de dysfonctionnements enzymatiques lorsque ces derniers affectent les enzymes assurant laréparation de l'ADN, ce qui provoque des mutations dans lescellules germinales. De tels défauts enzymatiques sont davantage susceptibles de provoquer descancers parce que les cellules deviennent alors plus sensibles aux mutations affectant leurgénome. La lente accumulation de telles mutations peut alors conduire à l'apparition de cancers. Un exemple de tels syndromes cancéreux héréditaires est lexeroderma pigmentosum, qui conduit à l'apparition d'uncancer de la peau à la suite d'une exposition même minime à la lumièreultraviolette[59].

Utilisations industrielles

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Certaines enzymes sont utilisées dans l'industrie chimique et pour d'autres applications industrielles lorsque descatalyseurs très spécifiques sont nécessaires. Les enzymes naturelles sont cependant assez limitées du point de vue des réactions qu'elles sont capables de catalyser, car il s'agit de réactions spécifiques aumétabolisme des êtres vivants, et non de l'industrie chimique en général ; les enzymes sont également actives dans les conditionsphysico-chimiques physiologiques des organismes dont elles sont issus, conditions qui diffèrent souvent de celles mises en œuvre dans le cadre de procédés industriels. Par conséquent, legénie protéique (en) est un domaine de recherche actif qui vise à développer de nouvelles enzymes dotées de propriétés innovantes, que ce soit par conception rationnelle ou par évolutionin vitro[60],[61]. Depuis le début du siècle, des enzymes ont ainsi pu être conçues de manière entièrement artificielle afin de catalyser des réactions chimiques qui ne se produisent pas naturellement[62].Bien que les procédés industriels catalysés par des enzymes soient très efficaces, certaines enzymes dépendent de cofacteurs nicotinamides (NADH/NAD+, NADP/NAPH). En raison du prix élevé de ces cofacteurs, ces procédés ne seraient pas économiquement compétitifs. Dans un passé récent, certains composés synthétiques ont été identifiés comme des homologues biomimétiques très prometteurs des cofacteurs naturels[63].

Le tableau ci-dessous résume quelques applications industrielles de certaines enzymes courantes.

Application industrielleEnzymes employéesUtilisations
Industrie des biocarburantsCellulasesDégradation de lacellulose englucides simples qui peuvent êtrefermentés pour produire de l'éthanol cellulosique[64].
LigninasesPrétraitement de labiomasse pour la production de biocarburants[64].
Lessive biologiquePeptidases,amylases,lipasesÉlimine lesprotéines, l'amidon, les taches degraisse ou d'huile de lavaisselle ou du linge[65].
β-MannosidasesHomogénéisation des préparations à base degomme de guar[65].
BrassageAmylase,glucanases,peptidasesClivage despolysaccharides et despolypeptides dumalt[66]:150–9.
β-GlucanasesAmélioration des propriétés de filtration dumoût et de labière[66]:545.
Amylases etpullulanasesProduction de bières basse calories et ajustement des caractéristiques de fermentation[66]:575.
Acétolactate-décarboxylase (ALDC)Amélioration de l'efficacité de la fermentation en réduisant la formation dediacétyle[67].
Cuisson des alimentsPapaïneUtilisation commeattendrisseur pour favoriser latendreté de laviande en cuisine[68].
Industrie laitièreRennineHydrolyse desprotéines lors de la production defromages[69].
LipasesProduction descamemberts et desbleus tels que leroquefort[70].
Processus agroalimentairesAmylasesProduction de sucres à partir d'amidon, par exemple pour produire dusirop de maïs à haute teneur en fructose[71].
PeptidasesRéduction de la teneur enprotéines de lafarine, par exemple lors de la fabrication debiscuits[72].
TrypsineProduction de nourriturehypoallergénique (en) pour bébés[72].
Cellulases,pectinasesAmélioration de la clarté desjus de fruits[73].
Biologie moléculaireNucléases,ADN-ligase etADN-polymérasesUtilisation d'enzymes de restriction etréaction en chaîne par polymérase afin de créer desADN recombinants[74]:6.2.
Industrie papetièreXylanases,hémicellulases etlignines-peroxydasesÉlimination de lalignine dupapier kraft[75].
HygiènePeptidasesNettoyage desprotéines deslentilles de contact afin de prévenir lesinfections[76].
Traitement de l'amidonAmylasesConversion de l'amidon englucose et diverssirops àsucre inverti[77].

Histoire et nomenclature

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Découverte de la diastase

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Anselme Payen etJean-François Persoz isolèrent ladiastase à partir d'unesolution aqueuse demalt en 1833.

La première enzyme, ladiastase, a été isolée en 1833 parAnselme Payen etJean-François Persoz[78]. Après avoir traité un extrait aqueux demalt à l'éthanol, ils précipitèrent une substance sensible à la chaleur et capable d'hydrolyser l'amidon, d'où son nom dediastase forgé à partir dugrec ancienδιάστασις /diástasis désignant l'action de cliver. Il s'agissait en réalité d'uneamylase.

Le biologiste et chimisteÉmile Duclaux (1840-1904) préconisa à la fin duXIXe siècle de nommer les substances actives semblables à la diastase à l'aide du suffixe-ase en référence à cette dernière[79].

Notions deferments et dezymases

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Louis Pasteur introduisit l'idée qu'un « ferment » était responsable de lafermentation alcoolique de lalevure.
Eduard Buchner,prix Nobel de chimie 1907, démontra que les « zymases » pouvaient agir en l'absence de toute cellule vivante.

Quelques décennies plus tard, alors qu'il étudiait lafermentation alcoolique du sucre par unelevure,Louis Pasteur conclut qu'un principe actif — qu'il appelaferment — contenu dans la levure était responsable de cette fermentation. Il considérait que cette substance n'était active qu'au sein d'une cellule vivante. Pasteur écrivit[80],[81] :

« la fermentation alcoolique est un acte en corrélation avec la vie et l'organisation des cellules de levure, et non avec la mort ou la putréfaction ; que ce n'est pas non plus un phénomène de contact, cas dans lequel la transformation du sucre s'accomplirait sans rien lui abandonner ni rien lui prendre. »

En 1877, le physiologiste allemandWilhelm Kühne (1837–1900) introduisit le termeenzyme en référence à ce processus, dugrec ancienἔνζυμον /énzumon forgé à partir de la prépositionἐν /en, « dans » et deζύμη /zúmê, « levain ». Le motenzyme désigna par la suite les substances actives non vivantes telles que lapepsine, tandis que le motferment était utilisé en référence à l'activité chimique produite par des êtres vivants.

En 1883, le biologiste et chimiste françaisAntoine Béchamp publiaLes microzymas, ouvrage dans lequel il théorisait son concept de « microzymes (en) » comme constituants ultimes de toute matière vivante ; il y employait à cette occasion le termezymase.

Le chimiste allemandEduard Buchner publia son premier article sur l'étude des extraits de levure en 1897. Au cours d'une série d'expériences à l'université Humboldt de Berlin, il découvrit que le sucre pouvait être fermenté par des extraits de levure même en l'absence de toute cellule de levure dans le mélange, et reçut en 1907 leprix Nobel de chimie pour sa découverte de la fermentation sans cellule vivante[82]. Il appelazymase l'enzyme responsable de la fermentation, reprenant la construction du nom des enzymes en se référant au processus qu'elles catalysent auquel est adjoint le suffixe-ase, suivant en cela les recommandations d'Émile Duclaux quelques années plus tôt.

Caractérisation biochimique

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La nature biochimique des enzymes demeurait cependant encore inconnue au début duXXe siècle. De nombreux scientifiques avaient observé que l'activité enzymatique était associée auxprotéines, tandis que d'autres (dontRichard Willstätter, prix Nobel de chimie 1915 pour ses travaux sur lachlorophylle) considéraient que les protéines étaient de simples véhicules de l'activité enzymatique, étant par elles-mêmes incapables de catalyser des réactions chimiques[83],[84]. En 1926,James B. Sumner montra que l'uréase était une enzyme de nature purement protéique et lacristallisa ; il fit de même en 1937 avec lacatalase.John Howard Northrop etWendell Meredith Stanley achevèrent d'établir la nature protéique des enzymes en travaillant sur lapepsine (1930), latrypsine et lachymotrypsine. Ces trois chercheurs partagèrent le prix Nobel de chimie de 1946[85].

Le fait que des enzymes puissent être cristallisées permit d'établir leur structure tridimensionnelle parcristallographie aux rayons X. Ceci fut réalisé pour la première fois avec lelysozyme, une enzyme présente dans leslarmes, lasalive et leblanc d'œuf quidigère l'enveloppe de certainesbactéries : sa structure fut résolue par une équipe dirigée parDavid Chilton Phillips et publiée en 1965[86]. L'établissement à haute résolution de la structure du lysozyme marqua les débuts de labiologie structurale et de l'étude du fonctionnement des enzymes à l'échelle atomique[87].

Dénomination et classement

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Le comité desnomenclatures de l'Union internationale de biochimie et de biologie moléculaire (NC-IUBMB) a développé lanomenclature EC (pourEnzyme Commission), fondée sur le type deréactions chimiquescatalysées[88]. Cette nomenclature est constituée de quatre nombres séparés par des points, associés à une dénomination systématique unique ; par exemple, l'α-amylase a pour numéroEC3.2.1.1 et pour dénomination systématique 4-α-D-glucane glucanohydrolase. La dénomination systématique est rarement employée : on lui préfère généralement des appellations d'usage, une enzyme pouvant avoir plusieurs appellations, certaines étant parfois ambiguës.

Les enzymes sont classées en six principaux groupes, en fonction du type de réaction qu'elles catalysent :

GroupeCodeType de réaction
OxydoréductasesEC 1Réaction d'oxydoréduction
TransférasesEC 2Transfert degroupes fonctionnels d'unsubstrat à un autre
HydrolasesEC 3Hydrolyses
LyasesEC 4Rupture de différentes liaisons chimiques par des moyens autres que l'hydrolyse ou l'oxydation
IsomérasesEC 5Isomérisations
Ligases ousynthétasesEC 6Formations de liaisons covalentes couplées à l'hydrolyse d'unnucléoside triphosphate (généralement l'ATP)
TranslocasesEC 7Transfert d'ions ou demolécules au niveau d'une interface membranaire

Unnuméro EC fait référence à uneréaction chimique donnée, mais pas à unemolécule donnée : un mêmenuméro EC peut ainsi correspondre à plusieursisoenzymes, c'est-à-dire à plusieursprotéinescatalysant la même réaction chimique mais ayant desséquences peptidiques différentes — c'est par exemple le cas de toutes lesADN-polymérases, qui partagent toutes le numéroEC2.7.7.7 — tandis qu'une même enzyme peut avoir plusieursnuméros EC lorsque la protéine qui la constitue porte plusieurssites actifs catalysant des réactions chimiques différentes — on parle par exemple d'enzyme bifonctionnelle lorsqu'une même protéine catalyse deux réactions chimiques, comme lasynthétase d'uridine monophosphate (UMPS) qui porte unesous-unitéorotate-phosphoribosyltransférase(EC2.4.2.10) et une sous-unitéorotidine-5'-phosphate-décarboxylase(EC4.1.1.23).

Le nom des enzymes fait le plus souvent référence à un ou plusieurs de sessubstrats, parfois au type de réaction chimique catalysée, et très souvent avec le suffixe-ase, parfois avec le suffixe-ine.
Lalactase, l'alcool-déshydrogénase, l'ADN-polymérase, l'isomérase de triose-phosphate , lapapaïne, lapepsine et latrypsine sont des exemples de noms d'enzymes.
Laglucose-oxydase est ainsi une enzyme catalysant l'oxydation duglucose, tandis que lasynthase d'amidon catalyse labiosynthèse de l'amidon. Plusieurs enzymes qui catalysent la même réaction chimique sont appeléesisoenzymes.

Concernant lespeptidases, il existe un classement complémentaire mis au point par lecentre Sanger, fondé sur leséquençage des protéines. Il regroupe par familles les enzymes faisant apparaitre des séquencesacidoaminés similaires. La première lettre de la classification correspond au type de peptidase : A pour lesprotéases aspartiques, S pour lesprotéases à cystéineetc.[89].

Le mot « enzyme » : masculin ou féminin ?

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Les noms d'enzymes sont presque tous du genre féminin ; lelysozyme et lesribozymes font exception, bien que le suffixe-zyme provienne dugrec ancienζύμη /zúmê, « levain », qui était du genre féminin.

Le motenzyme était originellement (en1897) lui-même employé au féminin, par exemple dans le Bulletin de la société chimique ou celui de l'Académie des sciences, etc.)[90]. Selon le Larousse, il est féminin ou, parfois masculin[91], ainsi que ses composés (par exemplecoenzyme[92], de même pour letrésor de la langue française, mais l'usage fait qu'il est de plus en plus utilisé au masculin. Il l'aurait été par écrit pour la première fois en 1900 par un néerlandais écrivant en français, puis par les chimistes français Bourquelot et Herissey, puis de plus en plus souvent entre 1925 et 1940. En 1957 alors que déjà les articles scientifiques n'utilisent presque plus que le masculin, les académiciens duComité du langage scientifique se penchent sur le sujet, décidant d'abord du féminin. Mais dans une pétition 257 signataires protestent contre ce choix, plaidant au contraire pour l'emploi du masculin[90]. La pétition a fait remettre en cause la décision de l'Académie, qui en 1968 continuait encore à débattre des arguments grammaticaux et de la tendance populaire à utiliser le genre masculin. Selon l'archiviste etpaléographeEugène-Humbert Guitard (en 1968)« sous l'influence de l'anglais, des scientifiques de plus en plus nombreux font et feront d'enzyme un masculin »[90].

Terminologie

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  • Enzyme de la transformation alimentaire : enzyme employé pour contrôler la texture, le goût, l’aspect ou la valeur nutritive des aliments. Les amylases dégradent les complexes polysaccharidiques en sucres plus simples ; et les protéases « attendrissent » les protéines de la viande. Un objectif important de la biotechnologie alimentaire est le développement de nouvelles enzymes alimentaires améliorant la qualité de la transformation des aliments.
  • Enzyme de restriction ouendonucléase de restriction : classe d’enzymes qui coupent l'ADN après avoir reconnu une séquence spécifique. Les trois types d’endonucléase de restriction sont :
    • enzyme répressible : enzyme dont l’activité peut être réduite par la présence d’une molécule régulatrice ;
    • enzyme limitante : enzyme dont l’activité contrôle le rendement du produit final d’unevoie métabolique multi-enzymatique… ;
    • enzyme constitutive : enzyme dont la concentration dans la cellule est constante et n'est pas influencée par une concentration en substrat.

Notes et références

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