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Empire mongol

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Cet article traite de l'Empire Mongol selon l'historiographie classique, majoritaire et consensuelle. Pour les travaux issus de l'historiographie alternative récente, voirHistoriographie alternative de l'empire Mongol

Empire mongol
(mn) ᠶᠡᠬᠡ
ᠮᠣᠩᠭᠣᠯ
ᠤᠶᠯᠤᠰ

12061243/1294

Drapeau
Süld (ou tug süld)
Blason
Sceau (1246)
Description de cette image, également commentée ci-après
L'Empire mongol à son extension maximale
(hors Sibérie et Grand Nord russe).
Informations générales
StatutEmpire nomade
CapitaleAvarga(-)
Karakorum(-)
Cambaluc(-)
Langue(s)Langues mongoliques
ReligionTengrisme,chamanisme, puisislam,bouddhisme etnestorianisme
MonnaieBalych(d)

Démographie
Population 
• 1237env. 60 000 000 habitants
• 1263env. 110 000 000 habitants

Superficie
Superficie 
• 12064 000 000 km2[1]
• 122713 500 000 km2[1]
• 127024 000 000 km2[2]
• 1279entre 28 775 500 km2 et 36 500 000 km2[1]
• 129423 500 000 km2[1]
Histoire et événements
Années 1190Temüdjin est proclamékhan
1206Il soumet l'ensemble du territoire mongol et est proclamékhagan
1209Ralliement desOuïghours
1218Soumission du khanat desKara-Khitans
1227Soumission définitive duroyaume des Xia occidentaux
1231Soumission de l'Empire khwarezmien
1234Fin de ladynastie Jin : soumission de la Chine du Nord
1241Soumission desCoumans
1258Disparition ducalifatabbasside deBagdad
1260Avènement deKubilai Khan et divisionde facto de l'empire
1279Fin de ladynastie Song : soumission de la Chine du Sud
1294Mort de Kubilai Khan
Khagans
-Gengis Khan
-Ögödei
-Töregene (régence)
-Güyük
-Oghul Qaïmich (régence)
-Möngke
-Kubilai Khan

Entités précédentes :

Entités suivantes :

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L’Empire mongol (ᠶᠡᠬᠡ
ᠮᠣᠩᠭᠣᠯ
ᠤᠶᠯᠤᠰ
,ikh mongol ulus,litt. « Grand État mongol ») est le nom donné à l'empire fondé et dirigé au début duXIIIe siècle par le souverainGengis Khan, puis par ses descendants. Ces conquêtes n'abolissent d'ailleurs pas toujours les formes antérieures d'administration mises en place par les États vaincus de part et d'autre de l'Eurasie, ce qui pose la question de la nature originale de l'Empire mongol sur le plan de son unité politique, linguistique, religieuse et économique. De plus, sa géographie, mêlant vastes territoires désertiques peu peuplés (steppes d'Asie centrale) et zones de peuplement denses (littoraux chinois et confins occidentaux), son rapide éclatement, ainsi que l'impossible gestion d'une telle superficie avec les moyens techniques et humains de l'époque soulèvent des questions de définition sur la nature précise de l'État mongol médiéval.

À la fin duXIIIe siècle, il s'étend de la rive orientale de laMéditerranée à l'océanPacifique sur une large bande incluant l'Europe extrême orientale, leProche-Orient, le Moyen-Orient, l'Asie centrale, les steppes russes et une partie de laSibérie jusqu'à lamer Baltique, le nord de l'Inde, la Mongolie, toute la Chine.

À partir de 1260, il se divise en quatre régions, gérées par quatre dynasties issues des descendants directs de Genghis Khan. Ces régions sont appeléesulus (mongolbitchig :ᠤᠯᠤᠰ, translittération :ulus oumongol cyrillique :улс ; translittération :uls, littéralement : pays, région) :

L'Empire mongol voit rapidement son unité voler en éclats sous le règne deKubilai Khan, petit-fils de Gengis Khan, dont le pouvoir se concentre sur la Chine — dont il a été fait empereur — tandis que les trois autres dynasties principales créent des États indépendants, chacune sur sonulus respectif. Après la disparition de l'empire unifié sous l'égide d'un même chef, le rêve de tous les dirigeants centre-asiatiques fut régulièrement de tenter de reconstituer l'empire mongol, sans jamais cependant pouvoir le réaliser, à l'image de la tentative deTamerlan à la tête de l'Empire timouride. D'autres souverains asiatiques reprirent par la suite le nom même d'Empire mongol et revendiquèrent une ascendance mongole, comme les grandsMoghols qui règnent sur l'Inde du nord de 1526 à 1857, d'origine turcique (turcs d’Asie centrale) et non mongole. Certaines principautés (khanats) maintinrent une continuité dynastique jusque dans les années 1920.

Nom

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L'Empire mongol fut appelé de son tempsᠶᠡᠬᠡ
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(ikh mongol ulus, « Grand État mongol »).

Histoire

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Article connexe :Historiographie alternative de l'empire Mongol.

Contexte et origine de l'Empire mongol

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Asie vers 800.

Le contexte historique de l'Empire mongol doit s'observer au travers du prisme desEmpires nomades[a 1]. LesMongols sont un peupleturco-mongol descendant desXianbei, pour les ChinoisHu de l'Est[a 2]. Cesproto-mongols parlent lekhitan[a 3], langue associée au mongol. Ce sont des pasteurs nomades qui chassent auIIe siècle lesXiongnu, établis dans l'actuelleMongolie orientale depuis leIIe siècle av. J.-C. PremierEmpire des steppes, ces Huns d'Asie aux origines peu connues sont en effet les premiers nomades à dominer un ensemble territorial et y installent une capitale : Long Cheng. AuIVe siècle, c'est au tour duKaghanat Rouran de contrôler une région qui s'étend duXinjiang à laSibérie. Peuple de métallurgistes, ils sont les premiers à appeler leur chefKhagan, (aussi écrit sous la forme Khaan), un titre qui se différencie duKhan, comme lui étant supérieur, pouvant être compris comme « Grand Khan », et qui serait l'équivalent de ladignité impériale en Europe[a 4]. Plusieurs empires se succèdent comme lesGöktürks en 552, lesOuïgours en 743 ou lesKirghiz en 840.

Eurasie vers 1200.

AuXIIe siècle, le territoire mongol est partagé entre plusieurs populations nomades comme lesTatars, lesKéraït, lesNaïmans et les Mongols. Ces peuples se subdivisent en une quarantaine de clans ou maisons dynastiques caractérisés par des relations politiques fluides qui permettent des transformations territoriales rapides. C'est dans ce contexte queKhaboul Khan, ancêtre deGengis Khan, parvient à unifier les différentes maisons duKhamag Mongol et initier les premiers mouvements expansionnistes. Il est interrompu par une coalition entre Tatars etJin vers 1150[3].

Ascension de Gengis Khan

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Article détaillé :Gengis Khan.
Carte de la Mongolie (907-1125).

Temüdjin, qui allait devenir Gengis Khan était un arrière-petit-fils deQabul Khan, fils d’un chef du clan desBordjiguines. Il est donc de bonne famille mais sa naissance ne le place pas d’emblée dans la classe des hauts dirigeants de la société mongole. On ne sait pas en quelle année se situe sa naissance : ce peut être1155,1162 ou1167.

À la suite de l’assassinat de son père pour des raisons politiques, sa famille est exclue du clan et condamnée à mener une existence errante.

Temüdjin se rend auprès du puissant khan desKereit,Toghril, ami de son père, et devient son vassal.

Carte de l’Empire mongol (c. 1207).

Entre1187 et1196, Gengis Khan est proclamékhan (c'est-à-dire roi). Il défait lesTayitchi'out, qui vivent au sud de l'actuelleBouriatie, enSibérie, puis lesTatars, ce qui lui permet de contrôler la Mongolie orientale. En1203, il rompt avec Toghril, qui est tué. LesKereit se rallient. L'année suivante, il soumet lesMerkit et lesNaïmans, à l'ouest de l'actuelle Mongolie[4]. Dès lors, Gengis Khan contrôle presque tout le territoire mongol. En1205, il commence la conquête du royaumeTangout desXixia[5], qui résistent dans leurs villes fortifiées jusqu'en1209. Une grande assemblée en1206 (qurultay) le nommekhan universel (TchingisQaghan). L'année suivante, son fils aînéDjötchi soumet lesKirghiz tandis que lesOngüt de l’Ordos et lesKarlouks de l’Ili se rallient spontanément à l’empire[6].

L'ascension personnelle de Gengis Khan constitue l'aboutissement de l'histoire de l'unification sociale et politique de la steppe eurasienne dont le processus lent se poursuit depuis plusieurs siècles. L'expansion impériale de l'Empire mongol s'inscrit dans la lignée des précédentsempires nomades. Ce projet politique contient les éléments d'unetranslatio imperii nomade réinvestie et revendiquée par Gengis Khan en tant que personnage providenciel[7].

Conquêtes

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Sous Gengis Khan

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Évolution de l'empire mongol hors Sibérie et Grand Nord russe
  • Empire mongol

  • De1243 à1294, l'empire a été scindé en :
  • Horde d'or

  • Khanat de Djaghataï

  • Ilkhanat

  • Dynastie Yuan
  • Extension maximale de l'empire mongol en incluant la Sibérie et leGrand Nord russe.
    Les campagnes de Gengis Khan.


    Le nouvel Empire mongol se trouve entouré de plusieurs territoires avec lesquels Gengis Khan négocie diverses relations diplomatiques et commerciales à son avantage[8]. LesOuïgours se rallient en1209[4] aux côtés desKarlouks[8]. Ils sont à l'origine de l'écriture mongole.

    À l'inverse, l'empire doit faire face auxTangoutes et auxJin qui s'opposent à la montée en puissance mongole. C'est en 1210 que Gengis Khan achève sa première campagne militaire et soumet leroyaume des Xia Occidentaux[9],[8], tremplin contre laChine. Au printemps1211, il lance l'assaut contre lesJin, une dynastie fondée en1115 par les Jürchen, peuple apparenté auxMandchous[10]. La ville dePékin, capitale des Jin, est prise et pillée en1215, mais le souverain Jin se réfugie àKaifeng[8]. Cette dynastie ne s'effondre définitivement qu'en1234, sous l'action conjuguée des Mongols et des Chinois du Sud, qui se sont alors alliés.

    Sur la frontière occidentale, l'empire est menacé en 1216 par la montée sur le trône desKara-Khitans d'un chefNaïmans. Fermement opposés à la soumission aux mongols, ils hébergent les différentes maisons en fuites. En 1217, une partie de l'armée mongole menée par le généralDjebé prend possession duKara Khitaï[8],[11]. Leur chef est décapité et l'empire Kara Khitaï cesse d'exister en 1219 sous la pression de l'expansion mongole[8].

    En1218, Gengis Khan se tourne vers l'ouest : lechah du KhwarezmAla ad-Din Muhammad, arrivé au sommet de sa puissance, en porte la responsabilité. Soucieux d'étendre ses possessions vers l'ouest, il avait conclu en 1218 un accord avec Gengis Khan : Ala al-Din Muhammad serait maître de l'Occident, Gengis Khan maître de l'Orient. Or, en cette même année 1218, l'accord à peine conclu, une immense caravane venant de Mongolie est arrêtée àOtrar aux frontières du Khwarezm et ses hommes sont massacrés. Gengis Khan envoie trois ambassadeurs pour demander réparation : l'un est mis à mort, les deux autres renvoyés avec le crâne rasé. Gengis Khan ne peut supporter ni ce défi ni cette humiliation et rassemble une immense armée de cavaliers[12].

    En septembre1219, Gengis Khanenvahit l'Empire khwarezmien, centré sur l'actuelOuzbékistan[4]. Sa campagne, ponctuée par de terribles massacres, le conduit jusqu'au nord-ouest de l'Inde en1222, mais ses troupes se retirent, gênées par le climat[13]. Un détachement de 10 000 hommes, conduit parSubötai etDjebé, s'aventure jusqu'enRussie (1221-1223). La conquête duKhwarezm s'achève en 1224 et Gengis Khan rentre en Mongolie au printemps 1225[4].

    En 1226, les armées de Gengis Khan pénètrent à nouveau en Chine centrale afin de réprimer une révolte des Xia. Il meurt en1227 à Qingshui dans l'actuelGansu, mais sa mort est tenue secrète jusqu'à la fin du siège. L'ensemble des campagnes militaires engagées cessent également à l'annonce de sa mort et ce jusqu'à la nomination d'un nouveau Khan. L'empire mongol contrôle alors une bande de terre de 2 500 km (distance nord-sud) qui s’étend de lamer Caspienne à lamer de Chine méridionale[14].

    Gengis Khan met en place un service postal, leOrtoo ou yam, qui sera sans aucun doute un des facteurs décisifs des victoires foudroyantes de ses armées[15].

    Sous les successeurs de Gengis Khan

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    Les Mongols assiégeant une ville,XIIIe siècle.

    Durant les30 années qui suivent, les trois successeurs de Gengis Khan sont des diplomates et des guerriers habiles. Ils complètent les conquêtes de laChine, de l’Iran, de l’Irak, de laSyrie, de l’Anatolie et de l’Europe orientale.

    Deux ans après la mort de Gengis Khan, en1227, son troisième filsÖgödei lui succède[16]. C'est sous son règne que se déroule la grande campagne d'Europe, entre1236 et1242. Les armées des principautés russes, puispolonaises ethongroises sont balayées, et les Mongols poussent jusqu'aux rives de l'Adriatique. À l'annonce de la mort d'Ögödei, les troupes mongoles se retirent, ce qui sauva vraisemblablement l'Europe[17]. Mais leurs armées ne cessent pas de razzier l'Europe centrale. En1259, après avoir dévasté laLituanie, 20 000 Mongols attaquent de nouveau la Pologne et la pillent ; le papeAlexandreIV projette une croisade contre eux. En1265, attaque contre laGrèce ; laThrace est dévastée ; l'empereur byzantin envoie des cadeaux et marie deux de ses filles à des khans. En1271 et1274, des raids sont lancés contre la Bulgarie. En1275 et1277, nouveau raid contre la Lituanie. En1284, nouvelle invasion de la Hongrie, les villes de Transylvanie sont ravagées. En1287, pillage de la Pologne, Cracovie est de nouveau dévastée. En1293, attaque contre la Serbie, qui doit reconnaître lasuzeraineté mongole. LaRussie ne sera libérée du joug de laHorde d'or qu'en1480 parIvan III de Russie lors de laGrande halte sur la rivièreOugra.

    Gengis Khan avait en1203 prisKarakorum, la capitale du khan des Kereit, située à 320 km à l'ouest d'Oulan-Bator,Ögödei la fortifie en1235 et elle reste la capitale mongole jusqu'en1260, à l'avènement deKubilaï qui déplace le centre de l'empire mongol au sud-est, en Mongolie intérieure, àShangdu (près de l'actuelleChao-naimen-sumu, 42°22-116°11).

    Lesiège de Bagdad par les Mongols en 1258.

    Möngke est le dernier des Grands Khans à conserver la tradition nomade. Après lui, son successeur,Kubilai Khan, est absorbé par la civilisationchinoise, et lesIlkhans du Moyen-Orient par la civilisationperse. Seule laHorde d'or sur la Volga, et les apanages sur le Turkestan (Qaidu) restent attachés aux traditions de la steppe, mais se sédentarisent également, en partie du moins. Pendant son règne, la féodalisation connaît un vif essor tant en Mongolie que sur les territoires conquis, où les chefs mongols succèdent aux seigneurs locaux qui deviennent leurs vassaux.

    À la mort d'Ögödei en1241, le pouvoir est détenu par son épouse, la régenteTöregene.Güyük, fils de l'empereur défunt, accède au trône en1246, mais meurt deux ans plus tard, sans doute empoisonné par un complot qui met au pouvoir la branche du plus jeune fils de Gengis Khan. EnMöngke devient Grand Khan des Mongols. Sous son règne la conquête mongole reprend en direction de l'Iran et de l'Irak, puis duSichuan et du Tibet. Elle échoue cependant contre la Chine du Sud desSong. Son frèreHülegü est nommé vice-roi d'Iran (Il-khan) en1253 et prendBagdad le, mettant un terme auCalifatabbasside que les TürksSeljoukides maintenaient. Le califeAl-Musta'sim est exécuté.

    En 1259, à la mort deMöngke, l’empire se scinde en quatre parties : laChine des Yuan à l’est, leDjaghataï au centre, l’Ilkhan au sud-ouest (Iran,Irak etSyrie) et laHorde d'or au nord-ouest (Russie et Europe orientale). L'année suivante, l’empire mongol perd sa première bataille àAïn Djalout, lorsque l’Égyptemamelouk s’empare de laSyrie devant une petite armée mongole de 15 000 hommes, le gros des troupes ayant été rappelé parHülegü en vue de la succession deMöngke. Les quatre parties de l’empire ne coopèrent plus et entrent en conflit entre elles… Les seigneurs mongols s’assimilent aux sociétés locales, s’appuyant sur les seigneurs féodaux, le clergé musulman et les riches commerçants.

    Apogée de l'empire

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    L'empire mongol à son apogée en1300. L'empire timuride en1405.

    Kubilaï, un frère deMöngke, lui succède le, à l'issue d'un coup de force : les souverains se faisaient normalement élire lors d'une assemblée, lequrultay, mais Khubilaï ne convoque pratiquement aucun parent et se fait élire àShangdu, et prend pour capitale temporaireKhanbalik (Pékin), et non plus Karakorum, contrôlé parAriq Boqa. Sa légitimité contestée mène à laguerre civile toluid qui permet de confirmer le découpage géopolitique entre les différentsulus (territoires etkhanat) dirigés par les différentes maisons dynastiques. Au terme de cette répartition, Karakorum redevient la capitale impériale durant l'été etPékin sa capitale d'hiver[18]. La pacification des territoires mongols mène à laPax Mongolica qui sécurisent les voies de communication et laroute de la soie qu'emprunte notammentMarco Polo.

    Cet équilibre intérieur au sein de l'Empire permet aux politiques d'expansion des territoires de reprendre. Un projet d'expansion vers l'Égypte est avorté à cause des tensions entre laHorde d'Or et lesIkhanides, cependant les projets d'expansion en Chine se confirment. Kubilai achève la conquête des territoires en 1279 après une victoire durant labataille de Yamen contre lesSong. Il obtient leur reddition inconditionnelle et la Chine méridionale est intégrée à l'Empire mongol[18].

    Kubilai Khan lors d'une partie de chasse

    Ces conquêtes font suite aux prétentions territoriales qui découlent de la fondation, en 1271, de ladynastie Yuan par Kubilai. Ce n'est qu'après la reddition des Song du Sud, en février 1276, que Kubilai obtient le sceau impérial. La reddition en 1279 des derniers territoires chinois confirme son statut impérial. Quoique les Mongols restent toujours un corps étranger aux yeux des Chinois, pratiquant une politique de discrimination comme leurs prédécesseursKhitans etJurchen, Khubilaï fait de nombreuses avances aux Chinois et est considéré comme unFils du Ciel[19].

    En parallèleKhubilaï envoie ses armées tenter de conquérir le sud-est asiatique, et dans l'océan Indien jusqu'àMadagascar[réf. nécessaire]. Cependant, les campagnes maritimes lancées parKubilaï contre leJapon et contreJava sont des échecs. L'expédition maritime vers leJapon de 1281 connait une déroute à la suite d'un typhon qui met à mal la flotte mongole[20].

    Sous son règne, l'empire mongol atteint son apogée et les frontières de l'empire se stabilisent à la fin duXIIIe siècle[18]. De la Turquie à la Corée en passant par l'Irak, le Koweït, les Émirats arabes, l'Iran et l'Afghanistan ; et du Vietnam jusqu'à l'Ukraine et à Moscou en passant par tous les Turkestan et toute la Sibérie, même jusqu'en Serbie, partout les peuples sont tributaires, paient l'impôt pour éviter les ravages de la guerre.

    Morcellement et chute progressive

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    Lesinvasions mongoles du Japon (1274 et 1281).

    Bientôt les peuples du sud-est asiatique secouent le joug : ainsi les Vietnamiens et les Birmans, tandis que lessultans de Delhi résistent à toutes les tentatives contre le Penjab, contre leBengale, et en direction duTamil Nadu.

    Samouraïs

    D'autre part l'unité de l'empire se lézarde. Quoique formellement suzeraine, ladynastie Yuan qui règne en Chine voit les apanages mongols s'émanciper et bientôt s'affirmer indépendants : ainsi lekhanat de Djaghataï (1227-1338) en Asie centrale, celui desIlkhans (1259-1411) enIran et enAfghanistan et celui de laHorde d'or (1243-1502) enRussie.Vers 1360, après la perte de l'Iran, de laTransoxiane et de laChine, les Mongols ne contrôlent en Asie que laMongolie et leMogholistan.

    La fragmentation conflictuelle s'opère particulièrement à partir des années 1350 lorsque les Toluides sont secoués par une série de crises politiques qui mènent à la chute des Ikhanides, dont le déclin est amorcé dès 1335, ainsi que des Yuan face à l'ascension de ladynastie Ming en 1368. Après cela, l'Empire mongol est replié sur l'actuelle Mongolie durant trois siècles tandis que la Horde d'or et les Chagatayides leurs survivent et deviennent indépendants[21].

    D'après plusieurs études récentes, un lien existe entre la pression environnementale et l'expansion et la chute de l'Empire mongol. En effet, celui-ci émerge lors de l'optimum climatique médiéval qui favorise la croissance des pâturages et la prospérité des chevaux. Cependant, auXIVe siècle, les changements climatiques font chuter les températures privant les armées mongoles des ressources nécessaires au maintien de l'Empire. En Chine, dans les années 1260, une vague de froid suivie d'une sécheresse provoqués par lepetit âge glaciaire soumettent le cœur de l'empire à une importante pression environnementale[22].

    Ces importants bouleversements environnementaux facilitent l'apparition de la deuxième épidémie de peste,yersinia pestis, qui atteint ensuite l'Europe et est surnommée lapeste noire. Il est probable que la chute de la dynastie de l'Ilkhanat soit provoquée par la peste. Les foyers épidémiques, le long des anciennes routes de la Soie et au Levant, accélèrent la dislocation de l'Ilkhanat et du Khanat de Djaghataï. Ces éléments sont des facteurs aggravant qui mènent également à la fin du pouvoir en Chine en provoquant des soulèvements[23].

    La Chine et la Mongolie

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    La Chine desYuan en1294.
    Article détaillé :Dynastie Yuan.

    LaChine était un pays vassal de l'Empire mongol, tout comme laMandchourie, laCorée, une partie duXinjiang et maints États d'Asie du Sud-Est. En ce qui concerne leTibet, le degré devassalité par rapport à l'empire mongol reste très discuté : dans cette partie du monde, il existait une relationMaître spirituel-Protecteur pouvant s'appliquer entre individus mais aussi comme base de relation diplomatique entre États. Les documents d'époque, pris objectivement, montrent que la relation diplomatique entre leTibet et l'empire mongol fut officiellement de ce type là (d'où l'instauration dubouddhisme tibétain commereligion d'État dans l'empire mongol après la visite du3e dalaï-lama,Sonam Gyatso). Il y eut quelques contingents de l'armée mongole stationnés auTibet mais dans un but de protection dugouvernement tibétain Page d'aide sur l'homonymie desdalaï-lamas[24].

    En tout état de cause, laChine n'est pas assimilable à l'empire mongol, elle n'en fut qu'une partie soumise. L'empire mongol n'est pas non plus assimilable à laChine.

    Après la mort deKubilaï en1294, les Yuan s'affaiblissent progressivement. Des révoltes se produisent et les Chinois finissent par chasser les Mongols. Le Grand KhanToghan Temür, arrivé au pouvoir en1333, doit quitter Pékin dans la nuit du et meurt sur la terre de ses ancêtres quatre ans plus tard.

    Il est remplacé parMing Hongwu, fondateur de ladynastie Ming. Ses tentatives pour restaurer ladynastie Yuan sont infructueuses, les Mongols retournèrent dans leur patrie etKarakorum redevint le centre politique de laMongolie, qui était alors dans un état pitoyable. Les meilleurs de ses fils étaient partis à la conquête du monde et ce pays n'en avait que peu profité. Plus encore, il avait souffert des conflits entre princes rivaux.

    L'empire des Ilkhans

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    L'empire des Ilkhans (Iran, Irak et Syrie)
    Articles détaillés :Houlagides etJami al-tawarikh.

    Après 1282, la pressionmusulmane est très forte dans l’État, les véritables mongols n'étant plus représentatifs des cercles du pouvoir et demeurant une véritable minorité comparé aux musulmans. LevizirperseRashid al-Din écritJami al-tawarikh ouHistoire universelle qui constitue la source historique encyclopédique la plus importante en ce qui concerne la périodeilkhanide et l’empire mongol dans son ensemble[25].

    À partir de 1317, l’État est plus musulman que mongol, au sens où malgré la présence de dirigeants mongols (ceux-ci demeurentpaïens), le véritable pouvoir est aux mains de dirigeants musulmans.

    SousAbu Saïd le musulman (1317-1336), le roi fainéant, la société et l’État se décomposent. Lorsqu’il meurt en 1336 sans héritier direct, le pays sombre dans l’anarchie.

    Le Djaghataï et l’Empire timuride

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    Articles détaillés :Khanat de Djaghataï etEmpire timouride.

    Cet État est aussi dominé par les musulmans. Il est difficile à gouverner car instable : le nord est majoritairementnomade,païen et pauvre alors que le sud est surtout musulman,sédentaire et riche.

    En 1334, laSogdiane (aujourd’hui l’Ouzbékistan) fait sécession. Pour la reconquérir,Tughluk Timur (en) se fait musulman et la reconquiert en 1360.

    Durant cette seconde moitié duXIVe siècle, la scission interne des Chagatayides se confirme. Le successeur de Tughluk Timur,Tamerlan, reprend l'héritage impérial desGöktürk et des Mongols et mène des conquêtes expansionnistes afin de constituer un nouvel empire au cœur de l'Asie centrale : l’Empire timuride[26].

    Il survit jusqu’en 1500 à l'arrivée des Ouzbeks qui le scindent en trois khanats :Kokand,Khiva,Boukhara. Les derniers descendants de Gengis Khan, lesDjanides, règnent sur lekhanat de Boukhara, toléré par les puissances régionales voisines jusqu’en 1920 parce qu’il constitue une zone tampon bienvenue entre l’Inde, laRussie et l’Iran. En 1920, ce territoire est finalement conquis par l'Armée Rouge et le dernier descendant de Gengis Khan s retire.

    La Horde d'or (Russie et Europe orientale)

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    Article détaillé :Horde d'or.
    Le territoire de la Horde d'Or à son apogée territoriale

    La Horde d'Or échoit à la branche des Djöchides, issue du premier fils de Genghis Khan, Djöchi. Son territoire s'étend au début du Kazakhstan à l'actuelle Moldavie. Son pouvoir reste nomade jusqu'à sa fin[27],[28].

    Les Russes remportent une première victoire contre les Mongols en 1380 à labataille de Koulikovo.

    À partir de 1430, la Horde d’or commence à se morceler, avec la création dukhanat de Crimée.

    Ils parviennent toutefois à maintenir le contrôle des territoires et de leurs sujets jusqu'à ce qu'Ivan le Terrible ne parvienne à conquérir les terres centrales de la Horde d'Or au milieu duXVIe siècle. La branche de la lignée jochide qui règne sur le Khanat de Crimée préserve toutefois le prestige de son statut deKhan sous la tutelle desOttomans jusqu'en 1783[26].

    Chronologie de la Mongolie après l’empire

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    Société Mongole

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    Structure

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    Avant l'Empire

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    AuXIIe siècle, avant l'avènement de l'Empire mongol, lesMongols côtoient plusieurs autres communautés nomades pour certaines plus influentes comme lesTatars, lesKéraït et lesNaïmans. Ces peuples sont subdivisés en clans (oboq) se réclamant d'un ancêtre commun, légendaire ou non, qui arborent le même noms. Ces clans vivent principalement d'une économie basée sur l'élevage et lepastoralisme. Contrairement aux idées reçues, ces clans sont particulièrement perméables et permettent de faciliter les mutations sociales. De plus, ils adoptent des systèmes d'alliances politiques fluides facilitant la transformation rapide de leurs territoires ainsi que les processus d'unification[3].

    Une quarantaine de clans, organisés en fonction de leurs lignages paternels ou maternels, n'est pas égalitaire mais hiérarchiques. Seuls ceux qui appartiennent à un lignage prestigieux peuvent prétendre à un titre de chef. À partir duXIIIe siècle, lesKiyad-Bordjigid, descendants de Gengis Khan, monopolisent le statut deKhan. Les autres lignages sont considérés comme inférieurs[3].

    Administration de l'Empire

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    Dans la dernière décennie du règne de Gengis Khan, il établit les lois (yassa) qui encourage la tolérance religieuse et met sur pied un corps de fonctionnaires multiculturels. Les juges chargés de faire respecter ces lois sont lesjarghuchi sous la tutelle duyeke jarghuchi (juge suprême). Une autre fonction est celle dudarugachi comparable à un administrateur civil d'une région dont il doit percevoir l'impôt. Les fonctions les plus importantes restent généralement détenues par des membres de sa dynastie ou des mongols de confiance, cependant les postes exerçant dans les territoires contrôlés sont généralement détenus par des administrateurs locaux. En plus du binômejarghuchi etdarugachi existaient plusieurs fonctions hiérarchiquement inférieures. Lekelemachi (interprète) permet notamment de servir d'intermédiaire entre les dirigeants nomades et les sujets sédentaires. Ces premiers éléments sont les prémices du système administratif mixte qui prédomine dans l'Empire par la suite[29].

    Les chefs militaires et les élites locales, également mixtes, s'ajoutent aux fonctionnaires et ont pour charge de fournir la main-d'œuvre, les ressources et impôts liés aux fonctions militaires. Là aussi, des fonctionnaires locaux sont désignés au titre deyuanshuai (maréchal),wanhu (commandant de brigade),hakim (gouverneur), etc. Ils agissent comme adjoints de leurs homologues mongols qui, eux, occupent des fonctions relative au contrôle de l'armée. Des otages sont également recrutés au sein des grandes familles locales pour former lekheshig (garde impériale) et surtout afin de garantir une loyauté personnelle envers le Khan et les princes tout en permettant à ces familles locales d'intégrer le fonctionnement administratif impérial. L'équilibre du pouvoir établi est fondamental à cette première structure administrative[30].

    Sous Ögödei, les lois sont améliorées notamment en ce qui concerne le cérémonial impérial. Il établit des lois relatives auxapanages pour chaque branche des descendants de Gengis Khan, formant la structure légale de base de la division enulus. Il engage un processus de transformation des institutions et en instaure de nouvelles. En 1234, il instaure la fonction desyamchi (fonctionnaire de relai) au sein de chaqueminggan (unité de mille soldats) et ordonne la construction de relais de poste le long des principales routes, formant l'örtöö. Ce système est étendu dans l'ensemble des territoires mongols au cours desXIIIe et XIVe siècles. Les messagers, commandants et marchandsortaq (partenaires) reçoivent alors unpaiza ougerege (sauf-conduit et passeport) leur permettant d'utiliser les services de relais sur leur trajet[31].

    Le recensement et l'enregistrement des populations sédentaires se systématise également. D'abord dans le nord de la Chine, puis étendu à l'ensemble des territoires de l'Empire. Grâce à ces registres, le gouvernement mongol calcule efficacement les impôts dans les différentes régions et établit une organisation appropriée des fiefs[31]. Dans les territoires conquis, les forces de garnison sont réorganisées en système administratif adapté aux traditions vernaculaires et prennent en charge l'administration des découpages territoriaux[32].

    En 1251, Möngke entreprend une nouvelle réforme de l'administration afin de centraliser l'autorité du Grand Khan. Le kheshig devient un organe administratif impérial plus important. Il restructure les fonctionnaires civils en trois branches régionales formant chacun un gouvernement régional subordonné au gouvernement central du Grand Khan. Après cette réforme, le système administratif mongol arrive à maturité avec à son sommet le kheshig[32]. Ce modèle administratif mixte et multiethnique continue de se développer au sein desulus autonomes après 1260, permettant aux différentes maisons dynastiques de maintenir leur autorité[33].

    Division enulus

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    De son vivant, Gengis Khan partage son empire entre ses quatre fils,Djötchi,Djaghataï,Ögödei etTolui, qui administraient leurs provinces (oulous) en tant que gouverneurs du pouvoir central. Les grandes villes situées sur le territoire desoulous, commeBoukhara etSamarkand, sont gouvernées, par l’intermédiaire de gouverneurs spéciaux, directement par le grand khan. Lesoulous sont administrés par des commandants de place (darougatchi) et leurs subordonnés (tamagatchi). Plus tard, ils assureront le pouvoir avec l'aide de l'aristocratie locale et des dignitaires religieux musulmans. Ils succéderont aux anciens propriétaires en partie chassés, en adoptant les rapports féodaux et en s’assimilant à la société des territoires conquis. Ils envoient régulièrement letribut (ladîme des produits) à la cour du grand khan et veillent à l’unité de l’empire[4].

    Les conquêtes amènent le dépeuplement de laMongolie et ralentissent son évolution intérieure. Si l’activité des artisans ramenés d’Asie centrale contribue à l’essor de l’artisanat, le manque d’hommes, utilisés pour la guerre, ralentit le développement de la société. Dans les pays sédentaires conquis, les Mongols massacrent les populations et détruisent les canaux d’irrigation des cultures, dans le but de transformer en pâturages les terres cultivées duTurkestan et deChine du Nord[4].

    L'Empire est divisé enulus (territoires) gouvernant sur les populations et ayant plusieurs prérogatives administratives et judiciaires. Après les années 1260, les délimitations sont confirmées au terme d'un conflit dynastique qui établit les maisons dynastiques chargées de ces différentsulus. Une forme d'unité politique perdure entre les descendants de Gengis Khan. Les dirigeants de cesulus prennent le titre deKhan ou Ikhan en région iranienne tandis que l'Empereur conserve le titre deKhagan. En contre-partie de l'allégeance des Khans au Khagan, ce dernier renonce à toute ingérence directe dans les affaires des autresulus[18].

    Assimilation culturelle et religieuse

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    Religions

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    Peinture d'un bâtiment stylisé, montrant Ghazan agenouillé et acceptant la conversion
    Miniature persane représentant la conversion deGhazan du bouddhisme à l'Islam.

    À l'époque de Gengis Khan, pratiquement toutes les religions avaient des fidèles mongols, dubouddhisme auchristianisme, dumanichéisme à l'islam. Pour éviter les conflits, Gengis Khan a créé une institution qui garantissait une totale liberté religieuse, bien qu'il soit lui-même unchamaniste. Sous son administration, tous les chefs religieux étaient exonérés d'impôts et de service public.[34]

    La période qui suit les conquêtes provoque une conjoncture particulièrement florissante pour l'expansion des différentes religions : que ce soit l'islamisme, le christianisme d'Asie (nestoriens etorthodoxes) ainsi que pour les communautéstaoïste etbouddhiste[35].

    Au départ, il y avait peu de lieux de culte formels en raison du mode de vie nomade. Cependant, sous Ögedei (1186-1241), plusieurs projets de construction furent entrepris dans la capitale mongole. En plus des palais, Ögedei a construit des lieux de culte pour les adeptes bouddhistes, musulmans, chrétiens etTaoïste. Les religions dominantes à cette époque étaient leTengrisme et le bouddhisme, bien que la femme d'Ögedei soit une chrétienne nestorienne.[36]

    Finalement, chacun des États successeurs a adopté la religion dominante des populations locales : la dynastie chinoise Yuan dirigée par les Mongols à l'Est (à l'origine le domaine du Grand Khan) a embrassé le bouddhisme et le chamanisme, tandis que les trois khanats occidentaux ont adopté l'islam.

    Assimilation culturelle

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    La rencontre et les interactions entre nomades et sédentaires transforme cependant bien l'exercice du pouvoir et la perception du monde par les Mongols. Elle contribue également à métamorphoser les sociétés conquises. L'historiographie précédente suppose que la culture mongole se dillue dans les cultures sédentaires alors qu'il s'agit d'un phénomène inverse dans lequel la société mongole parvient à absorber les cultures environnantes dans un processus d'assimilation[37]. L'ensemble des territoires vaincus militairement se soumettent au nouvel ordre politique mongol et adaptent profondément leurs institutions économiques et sociales, leur manière de vivre et leur conception de l'art[38].

    Armée

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    Soldats mongols, miniature de l’Histoire du monde, deRashid al-Din,1305.
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    Article détaillé :Armée mongole.

    Quand Temüjin impose son autorité à l’ensemble des Mongols, il prend le commandement d'une puissante machine de guerre. Il fonde l’ordre desdarkhans (forgerons), chevaliers exemptés d’impôts et jouissant de l’impunité pour leurs neuf premiers délits. Il organise sa garde personnelle (kechiktens) dont il porte l'effectif à 10 000 hommes.

    L’armée de Gengis Khan, bien qu’elle ne soit pas particulièrement grande pour l’époque (95 chiliarchies, soit 95 000 hommes), se distingue par ses formidables cavaliers, ses habiles archers et cavaliers archers mais aussi par le contrôle et la discipline de ses chefs, et par la stratégie et la tactique militaires du khan lui-même.

    À partir de1211, devant les places fortes chinoises, les Mongols utilisent avant tout laguerre de siège. Après 1219, les victoires face aux armées organisées duKhârezm s’expliquent par le démembrement féodal de ce dernier, ainsi que par la terreur qu’inspirent les envahisseurs auprès des populations. Pour prendre les villes, les Mongols utilisent les prisonniers. Ils contraignent les populations soumises à démolir les murs et à combler les fossés des forteresses. Ils les utilisent pour combler les fossés et les pièges creusés par les défenseurs ; ils les chassent devant les armes des Khârezmiens, jusqu’à ce que les corps tombés aient rempli les fossés. Un autre stratagème consiste à habiller les prisonniers en vêtements mongols et de les contraindre à participer au siège des villes et des forteresses. Enfin, depuis les campagnes contre la Chine, l’armée mongole dispose de béliers et de catapultes[39].

    Commerce

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    Les Mongols stimulent le commerce à longue distance et créent des institutions d'échange et des conventions qui participent au développement d'un nouvel ordre économique mondial. Malgré les tensions et les conflits entre les différents territoires mongols, la revendication des descendants de Gengis Khan à un même empire permet de préserver une certaine unité qui soutient les activités commerciales dont leur peuple dépendait pour prospérer[18]. Dès le début des conquêtes, les Mongols positionnent leurs campements militaires temporaires à des embranchements et carrefours commerciaux des routes de la soie afin d'en assurer le contrôle. Se faisant, ils incitent également les marchands de tout horizon à visiter les cours mongoles afin de se faire par exemple rembourser les coûts du fret des produits. Les circulations et les relations entre les personnes et les méthodes commerciales se transforment par la volonté des élites nomades de détourner les échanges à leur profit[40].

    L'une des principales conséquence de ce grand échange mongol est le désenclavement économique des régions périphériques d'eurasie comme les principautés russes qui accèdent dès lors aux routes commerciales de longue distance. De nouvelles voies sont également crées dans le nord de l'Empire afin de relier la Chine septentrionale à l'Ukraine sans passer par les routes traditionnelles de la soie[40].

    La gouvernance mongole force également à revoir de nombreuses organisations administratives existantes, forçant les autorités locales à revoir leurs règles commerciales afin de favoriser et mieux contrôler les échanges. Un système d'imposition à taux très faible (3% du prix des ventes) est également établi en remplacement d'autres systèmes plus lourds afin de ne pas freiner la circulation des produits[40].

    Place de la femme

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    Dans la tradition mongole, les femmes peuvent en principe effectuer les mêmes activités que les hommes. Elles possèdent également des droits matériels et immatériels pratiquement égaux. En conséquence, les femmes peuvent détenir leur propre richesse et pouvoir ainsi que des statuts élevés. En cas de besoin, elles peuvent également prendre la direction d'un campement, d'un clan, d'une dynastie, d'un khanat ou de l'Empire. Les épouses des Khans sont dès lors des femmes éduquées et sélectionnées pour leurs compétences puisqu'elles participent à la gestion politique interne[41].

    Ayant les mêmes droits matériels et à la propriété, les femmes possèdent leur propre domaine générant des revenus. Elles contribuent majoritairement au cycle économique des sociétés pastorales. Les aristocrates obtiennent quant à elles des positions importantes, pouvant devenir conseillères et atteindre les plus hautes sphères de la société mongole. Dans le cas desKhatan, elles prennent activement part aux affaires politiques, peuvent mener des guerres et légiférer[42].

    Les plus basses classes sociales sont constituées d'esclaves et de prostituées, bien souvent prisonnières de guerre ou offertes en tribut. Les enfants de ces femmes sont considérés illégitimes et n'ont aucun droit légal. L'explosion économique de l'empire mongol provoque la création de maisons de prostituées dans les périphéries des principales villes impériales. De nombreuses jeunes filles, coupées de leurs liens familiaux à la suite des guerres, s'y retrouvent[43].

    Succession et maisons dynastiques

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    Grands Khans

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    1. Gengis Khan, premier dirigeant (Khan)mongol et empereur (Khagan) de l'Empire mongol de1205 à1227,
    2. Ögödei, troisième fils de Gengis Khan devient le2e Khan de 1227 à1241,
      sa veuveTöregene assume la régence jusqu’en1246 et l'élection de leur filsGüyük.
    3. Güyük, fils d’Ögödei,3e Khan de 1246 à1248,
      sa veuveOghul Qaïmich assume larégence jusqu'en1251 et l'élection deMöngke.
    4. Möngke (ouMangu Khan), fils aîné deTolui,4e Khan de 1251 à1259,
    5. Kubilai Khan, quatrième fils de Tolui,5e Khan de 1260 à1279, il conquiert la Chine dont il devient empereur, instituant laDynastie Yuan de1279 à1294[44].

    Ulus et succession

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    Gengis Khan assigne à chacun de ses fils unulus (ensemble de peuple et de territoires, comparable à une région ou un royaume). Au terme des conquêtes, les membres de lalignée d'or s'attendent à gouverner ou se partager ces différents territoires. Ces premiersulus donnent naissance auulus deDjötchi (devenant la Horde d'Or de la maison des Jochides vers 1240) et auulus deDjaghataï (donnant la maison desChagatayides vers 1242). Cependant, ce partage évolue sousTolui qui concentre la répartition des territoires au sein des membres de sa maison dynastique, rejetant les prétentions d'autres descendants de Gengis Khan. Ainsi, les territoires du Moyen-Orient sont placés sous la responsabilité d'Houlagou Khan et ceux de Chine sousKubilai Khan[45].

    À la suite de cette modification du partage des territoires, de nouveaux désaccords apparaissent concernant les succession et opposent les différents descendants de Gengis Khan. La question de la répartition des nouvelles conquêtes provoque de profondes dissensions entre les princes mongoles qui reprochent aux Toluides de confisquer le pouvoir. La question de la répartition équitable des territoires est résolue lors de laguerre civile toluide en établissant unstatu quo permettant aux précédentes familles dynastiques déjà établies dans les autresulus de préserver ceux-ci tout en acceptant la création de deux nouveauxulus dirigés par les toluides. Houlagou est confirmé au sein de l'Ilkhanat de Perse et fonde la maison dynastique des Ikhanides vers 1265 tandis que Qubilai fonde laDynastie Yuan en 1271[46]. C'est durant ce conflit que la maison affaiblie des descendants d'Ögedeï parvient à se réaffirmer et à s'imposer comme acteur essentiel de la politique mongole sousQaïdu, dirigeant une partie des territories d'Asie centrale jusqu'auXIVe siècle[18].

    Mariages dynastiques

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    Le rôle des mariages dynastiques et, par extension, desKhatan est essentiel dans les dynamiques dynastiques. Chez les Mongols desXIe et XIIe siècles, les lois et coutumes font état d'une culture matrimoniale particulière dans laquelle il est interdit de prendre pour épouse une femme issue d'une même maison dynastiquepatrilinéaire. Les fils et princes ont l'obligation de pratiquer l'exogamie. Ces lois permettent tout d'abord d'éviter les unions à forteconsanguinité, mais également d'établir des liens et des alliances avec des clans et maisons dynastiques plus éloignés. Cette mécanique représente la racine de la dynamique aristocratique mongole avant l'émergence de l'Empire mongol[47]. D'après l'Histoire secrète des Mongols,Ambagai khan prend le risque de fiancer sa fille avec un princetatar et il se fait capturer par celle-ci lorsqu'il vient la chercher, provoquant la chute d'une première confédération mongole. Pour cette raison, la tradition mongole exige depuis que les pères ne conduisent plus eux-mêmes leur fille à leur belle-famille[48].

    Après la formation de l'Empire mongol, les pratiques mongoles s'institutionnalisent et les mariages s'effectuent soit au travers d'une demande officielle, soit de combats, soit d'enlèvement. Les unions matrimoniales permettent aux clans de s'allier entre eux et les filles et fils des deux clans se marient entre eux afin de renforcer l'alliance. Pour cette raison, les khans choisissent une femme parmi leurs sujets nomades les plus importants. Les princesses mongoles sont quant à elles des représentantes politiques envoyées au sein des cours étrangères et tributaires afin d'y épouser un prince. Ces unions en font des émissaires de Gengis Khan qui reçoivent ses instructions[49]. Après la fondation de l'Empire, Gengis Khan ordonne à chaque maison dynastique de marier au moins une personne par an afin d'accroitre le renom et le nombre de ses héritiers[50].

    La conversion à l'islam provoque des tensions dans ces pratiques matrimoniales, cependant de nombreux exemples démontrent une continuité dans la pratique et ce malgré les incompatibilités avec lacharia. Mais lorsque l'islam devient dominant chez lesIlkhanides, la pratique de ladot se répand parmi les élites mongoles[51].

    Conséquences de l'Empire mongol

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    Conséquences des conquêtes

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    La carte politique du monde médiéval est entièrement bouleversée après les conquêtes de l'Empire mongol depuis l'extrême Orient coréen aux terres centrales de l'Islam jusqu'au monde slave désormais uni sous la tutelle politique de laHorde d'or. En effet, avant leXIIIe siècle, ces territoires sont particulièrement morcelés et après cela ils forment trois grands ensembles eux-mêmes subdivisés en États aux frontières clairement délimitées[38].

    Les sources médiévales décrivent ces grands bouleversements en témoignant tout d'abord des répercussions immédiates des conquêtes. Celles-ci provoquent de nombreux pillages, destructions, combats meurtriers et déplacements de populations ainsi que des scènes de massacres. Ces témoignages véhiculent l'image de terreur et la réputation de barbares sanguinaires des Mongols, inscrivant une notion de traumatisme sur laquelle s'appuie les historiens ultérieurs[38].

    Ces conquêtes provoquent également une plus grande importance de l'intérêt pour la connaissance des mondes lointains. Le monde médiéval européen cherche d'abord à comprendre d'où viennent les mongols et découvrent progressivement l'histoire d'autres royaumes lointains. L'une des conséquences les plus durable des conquêtes sont d'alimenter et d'accompagner une grande effervescence intellectuelle et exploratrice qui se déploie dès les années 1250 et jusqu'auXVe siècle. Cette production de nouveaux savoirs historiques, ethnographiques, astronomiques et cartographiques qui mènent, après la chute deConstantinople, au mouvement intellectuel de laRenaissance[38].

    Héritage impérial

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    Selon lesinologue canadienTimothy Brook, l'expression de « Grand État » désigne une conception du pouvoir que l'Empire mongol diffuse à partir duXIIIe siècle dans l'ensemble de l'Asie. Au départ traduction duYeke Ulus des Mongols, on retrouve symptomatiquement des expressions similaires dans d'autres langues asiatiques et notammentDa Guo en chinois : ladynastie mongole des Yuan est ainsi la première à se désigner commeDa Yuan, le « Grand État Yuan » et les dynasties suivantes ne manquent pas de se faire appelerDa Ming, puisDa Qing. Au cœur du Grand État se trouve l'idée de pouvoir absolu, universel : il a vocation à s'étendre sans limite sur les territoires avoisinants, et son dirigeant à recevoir l'allégeance des puissants du monde entier. C'est cette conception du pouvoir, héritée des Mongols, qui détermine la conquête des actuellesMongolie-Intérieure etMongolie extérieure par les Qing, et qui, aujourd'hui encore, déterminerait les ambitions hégémoniques de laChine dans le monde, ainsi que son refus de laisser ses minorités nationales s'émanciper du Grand État chinois[52],[53]. Cette thèse, exposée en 2019 par Timothy Brook dans son ouvrageGreat State. China and the World, traduit en français la même année sous le titre Le léopard de Kubilai Khan. Une histoire mondiale de la Chine a été discutée notamment parEdward Luttwak[54],Isabel Hilton (en)[55], Tanner Greer[56],Henrietta Harrison[57], Zachary A. Scarlett[58],Stephen R. Platt (en)[59].On[Qui ?] lui objecte notamment que 13 occurrences sur 7 siècles ne sont pas significatives.

    Le premier héritage de l'Empire mongol est dès lors d'ordre politique puisque la plupart des dynasties qui lui succèdent établissent leur légitimité sur des liens dynastiques, véritables ou imaginaires, entre leur fondateur et Gengis Khan et ses descendants. La dynastie desGengiskhanides reste le point de référence central de tout nouvel impérialisme au sein de ses territoires. L'héritage mongol n'est pas seulement revendiqué par des pouvoirs centrasiatiques comme lesKazakhs ou lesTimourides, mais aussi par lesMoghols, lesRusses et lesOttomans. AuXVIIe siècle, les empires Eurasien se positionnent politiquement vis-à-vis des précurseurs mongols que ce soit pour en réactualiser la mémoire et les pratiques ou s'en démarquer[26].

    Révolution économique et sociale

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    Les historiens qualifient de« grand échange mongol » la période située entre 1260 et 1360 et qui correspond à d'importants bouleversements économiques et sociaux. Cette période est également appeléePax Mongolica sous le prisme exclusivement européen[60]. De nouveaux accords commerciaux et monétaires provoquent l'intensification des échanges transcontinentaux notamment par les voies terrestres de laroute de la soie, mais surtout par un réseau commercial plus étendu que ces dernières voies, reliant cette fois les différents territoires de l'Empire mongol[35]. En sécurisant et en entretenant la route de la Soie et la nouvelle route de la Steppe, ils permettent à l'ancien monde d'échanger à une échelle sans précédent avec l'ensemble des territoires eurasiens. Ce phénomène est perçu comme un ancêtre de lamondialisation[61].

    La cohabitation et l'assimilation culturelle au sein de chaque subdivisions territoriales accentuent ces révolutions. De nouveaux liens se forgent au sein des cultures chinoises et persanes ainsi qu'au sein des peuples slaves jusqu'alors fortement fragmentés. L'introduction de nouvelles religions, comme l’islamisation d'une partie de la Russie, de l'Europe de l'Est, du Caucase et de l'Asie centrale représente l'un des principaux héritages de l'empire mongol. Ces différents éléments provoquent une conjoncture particulièrement favorable à l'expansion de nombreux autres cultes[35].

    Urbanisation de la steppe

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    Les vastes territoires de la steppe, réputés hostiles, sont dénués de villes et de savoir-faire architectural. La vie urbaine y est culturellement inconnue, voire méprisée. Les fouilles archéologiques récentes mettent au sein des villes anciennes de Mongolie mettent en lumière un important changement alliant l'implantation d'architectures permanentes au mode de vie nomade. Par le passé, de précédentsEmpires nomades fondent des villes éphémères répondant à une centralisation temporaire d'un pouvoir. Les Khans mongols fondent quant à eux près de cinquante établissements permanents entre l'Altaï et leGrand Khingan, dont deux villes majeures :Karakorum etKhar Khul Khaany Balgas[62].

    L'héritage des Mongols est également riche en constructions urbaines et religieuses. De nouvelles villes apparaissent au cœur des steppes et allient des bâtiments multiculturels et de différents cultes. Les monastères, églises, mosquées et synagogues se côtoient sous l'effet de la tolérance mongole. Cette urbanisation constitue le point de départ d'agglomérations permanentes qui entament le processus de colonisation de plusieurs régions en Mongolie, en Russie et en Sibérie[26].

    Diffusion des connaissances

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    Avant l'unification de l'Empire mongol, les Européens et les Asiatiques ont une connaissance limitée du monde. Les conquêtes puis la Pax Mongolica renforcent la circulation des connaissances par l'intermédiaire d'un« grand mélange des peuples ». Cette période provoque une grande diffusion des langues ainsi que de nombreuses transformations linguistiques, avec notamment l'implantation du premier système de transcription multilingue au monde parDrogön Chögyal Phagpa. Des guides et lexiques sont élaborés à destination des marchands et religieux qui circulent le long des routes de la Soie[63].

    Sur le plan cartographique, l'Empire mongol est un vecteur de diffusion de connaissance majeur. Grâce au rapprochement avec l'Asie, les cartographes européens se tournent vers les textes deClaude Ptolémée et dessinent cette fois des cartes distribuers sur un axe reprenant des concepts similaires aux longitudes et latitudes. Les nouvelles connaissances permet aux Européens et aux Chinois d'étendre la projection cartographique sur toute l'Eurasie[64].

    Postérité

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    L'héritage de l'Empire mongol constitue un phénomène complexe où la violence de leur domination n'est qu'un de ses multiples visages véhiculé durant plusieurs siècles par l'historiographie nationaliste et occidentale. Cette perception biaisée occulte les différents apports qui découlent des conquêtes mongoles ainsi que durant la période pacifique sous domination mongole qui s'étend jusqu'en 1360. Sous les mongols, les régions du nord de l'eurasie deviennent un moteur de changements technologiques et sociaux qui permettent aux expéditions européennes de circuler en Asie, en Inde, en Afrique et de soutenir l'intérêt des expéditions maritimes menant à la découverte des Amériques[35].

    Conséquences de la chute de l'Empire mongol

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    La pluralité des religions qui caractérise la société mongole du début de l'Empire mongol prend progressivement fin. L'aspect multiconfessionnel durant laPax Mongolica s'estompe au profit de religion qui parviennent à s'imposer au sein des pouvoirs mongols tels que l'Islam dans les différents Ulus mongols ou le bouddhisme dans la Mongolie Intérieure[65].

    L'effondrement de l'Empire mongol provoque également un bouleversement dans le commerce eurasien. Il devient particulièrement difficile de se procurer de laporcelaine chinoise, permettant à de nouvelles productions céramiques d'émerger dans les territoires perses, italiens puis hollandais, focalisés à la reproduction des motifs bleu et blanc caractéristiques. Il faut attendre leXVIIe siècle pour que le commerce de porcelaine de Chine en Europe reprenne. La chute de l'Empire mongol est un facteur important dans l'établissement de nouvelles routes commerciales entre l'Europe et l'Extrême-Orient, par voie maritime notamment[66].

    Sur le plan linguistique, la fin de l'Empire mongol provoque diverses fixations linguistiques et réduit le flux de traductions. Les Européens s'adonnent à des écritures pseudo-orientales dans l'art, notamment dans l'ornement des auréoles des saints comme on peut l'observer sur laporte de Filarète[67]. Sur le plan cartographique, les géographes chinois rejettent les précédentes connaissances après la chute de l'Empire et se concentrent uniquement sur la Chine et sa périphérie. La Chine entre dans une phase de repli fermant progressivement ses frontières au monde extérieure et rejetant par méfiance les connaissances et le savoir provenant de la période mongole[68].

    Perception biaisée

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    L'histoire de l'Empire Mongol et son héritage ne constitue un enjeu nationaliste que depuis le début duXXe siècle sous l'impulsion de travaux d'historiens russes, iraniens, chinois et d'Europe de l'Est. Ces travaux offrent une perception particulièrement biaisée de l'Empire Mongol et de ses campagnes militaires, mettant l'accent sur les aspects dévastateurs, les récits truffés de clichés ainsi que des éléments issus d'erreurs historiographiques passées telle que laTartarie[35].

    Ces différentes historiographies diminuent les succès initiaux de Gengis Khan et tronquent la chronologie, présentant un effondrement de l'Empire en 1260 avec la création de quatre nouvelles dynasties mongoles distinctes : les Yuan de Chines, les Ikhanides en Iran, la Horde d'Or en Russie et les Chagatayides en Asie centrale. Cependant, les réévaluations historiographiques ultérieures démontrent que les années 1260 correspondent plutôt à une nouvelle phase politique et économique qui permet aux descendants de Gengis Khan de maintenir leur domination. La fragmentation impériale se produira un siècle plus tard[37].

    Une autre historiographie vieillie, et toujours active, prétend que les conquêtes sont l'affaire desnomades tandis que l'administration est celle des sédentaires. Cette théorie erronée estime que l'empire mongol n'est pas le fruit des mongols et de leurs cultures, mais de civilisations sédentaires plus avancées. Des travaux récents présentent unehistoriographie révisée qui démontre que les Mongols ne se sédentarisent pas et exploitent le pastoralisme dans leur mode de gouvernance, leur permettant de s'implanter durablement grâce à une administration mobile capable de centraliser indirectement l'exercice du pouvoir[37].

    Au cliché du guerrier vainqueur, brutal et sans pitié encore véhiculé dans l'industrie du cinéma, les jeux et la publicité, coexiste un autre cliché qui est celui de nomades pastoraux dépourvus d'histoire et menant une vie en harmonie avec la nature. Ce cliché dubon sauvage reste très soutenu par le secteur touristique. Les historiens s'efforcent de redéfinir l'image des Mongols, de l'Empire mongol et de l'héritage de celui-ci[61].

    Notes et références

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    Notes

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    1. Définition de l'Empire des steppes ; Encyclopédie Universalis
    2. GaëlleLacaze,Mongolie: Pays d'ombres et de lumières, Editions Olizane,(ISBN 978-2-88086-405-7,lire en ligne)
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    Voir aussi

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    Bibliographie

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    Sources primaires

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    Fiction

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    • Yasushi Inoue,Le Loup Bleu, Picquier Poche, 1960, 1990-1994 pour la traduction française et 2002 pour la dernière édition

    Filmographie

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    Voir la catégorie :Film se déroulant dans l'Empire mongol.

    Articles connexes

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    Liens externes

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    Période ancienne
    Période médiévale et moderne
    Période contemporaine
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