En 1999, leTime nomme Emmeline Pankhurst comme étant l'une descent personnalités les plus influentes duXXe siècle, affirmant qu'« elle a façonné la vision des femmes de notre époque » et qu'« elle a changé les structures de notre société sans possibilité de retour en arrière »[1].
Emmeline Goulden naît le dans le quartier deMoss Side à Manchester, dans une famille dont les parents sont des militants engagés dans la vie politique. Sa mère est une lectrice régulière duWomen's Suffrage Journal, et Emmeline se prend d'intérêt pour son éditriceLydia Becker. À l'âge de 14 ans, elle assiste avec sa mère à une réunion publique sur le droit de vote des femmes à laquelle participe Lydia Becker.
En 1878, Emmeline Goulden se marie avecRichard Pankhurst, un avocat de 23 ans de plus qu'elle, connu pour soutenir les revendications dedroit de vote féministes. Ils ont cinq enfants lors des dix ans qui suivent.Le couple est installé à Londres, où Richard tente sans succès de se faire éliremembre du Parlement, tandis qu'Emmeline ouvre un petit magasin de tissus (Emerson and Company) avec sa sœur Mary Jane[3].Leur maison deRussell Square devient un lieu de rencontre pour intellectuels et militants politiques : socialistes, protestataires, anarchistes, suffragistes, libre-penseurs, radicaux et humanitaires[4].
Richard soutient aussi les activités d'Emmeline à l'extérieur de la maison et elle s'implique rapidement au sein de laNational Society for Women's Suffrage. À la suite d'une scission de cette organisation, elle participe en 1889 avec son mari à la création de laWomen's Franchise League[5], qui recommande le droit de vote pour les femmes. L'activité principale de l'organisation, outre le fait de faire campagne pour ses membres, consiste à protéger le vote pour les femmes au cours des élections locales.
La WFL revendique également l'égalité des droits en matière de divorce et de succession, et cherche à se rapprocher des organisations socialistes ; ce radicalisme finit par entraîner sa dissolution un an plus tard[6].
En 1893, les Pankhurst ferment leur magasin et retournent à Manchester. Emmeline participe aux activités de plusieurs organisations politiques, en particulier laWomen's Liberal Federation (WLF), affiliée auLiberal Party ; elle est cependant rapidement déçue par les positions modérées du groupe[7].
Ayant sympathisé avec le socialisteKeir Hardie, créateur de l'Independent Labour Party (ILP), elle tente alors de rejoindre ce mouvement, enthousiasmée par son programme ; mais, étant une femme, elle est rejetée par les membres locaux du parti (elle rejoindra plus tard l'ILP au niveau national). En, elle est éluePoor Law Guardian. C'est alors qu'elle est confrontée aux conditions de vie très rudes endurées par les internés desworkhouses de Manchester[8]. Pankhurst est choquée par cette expérience et se met immédiatement en devoir d'améliorer leur situation.
Richard Pankhurst meurt le[9]. Son décès confronte Emmeline à de nouvelles responsabilités, ainsi qu'à une dette importante.
Elle installe sa famille dans une maison plus petite et prend un emploi à l'état civil de la ville deChorlton. Cette activité lui procure un nouvel aperçu de la condition pathétique des femmes dans la région, qui renforce sa conviction que seul le droit de vote permettra aux femmes d'améliorer leur sort.
En 1900, elle est élue auConseil d'administration de l'école de Manchester, où elle peut observer de nouveaux exemples du traitement inégalitaire des femmes[10].
En 1903, faisant le constat que des années de discours modérés et de promesses desparlementaires n'avaient apporté aucun progrès, Emmeline Pankhurst fonde leWomen's Social and Political Union (WSPU), organisation de défense du droit de vote des femmes dont la devise est :« deeds, not words » (« des actes, pas des mots »)[11]. Rapidement ses trois filles se joignent au mouvement, dont l'ainéeChristabel qui est arrêtée pour avoir craché sur un policier lors d'une réunion du Liberal Party en octobre 1905[12].
Emmeline Pankhurst s'adressant à la foule.
Le groupe, réservé aux femmes, prend initialement des formesnon violentes : discours, pétitions, rassemblements, publication d'un journal,Votes for Women, organisation d'une série de « Parlements des femmes » coïncidant avec les sessions gouvernementales officielles. Il se détache des partis politiques, puis se montre souvent opposé à ces derniers.
Pankhurst est arrêtée pour la première fois en, alors qu'elle tente de pénétrer au Parlement afin de remettre une protestation au Premier ministreH. H. Asquith ; elle est accusée de délit d'entrave et condamnée à six semaines de prison[13], qu'elle met à profit pour médiatiser l'urgence du vote des femmes (elle sera arrêtée à sept reprises avant que le suffrage des femmes ne soit institué).
Durant son procès le, elle déclare à la cour« Nous sommes ici non pas parce que nous avons violé la loi ; nous sommes ici de par notre volonté de faire la loi »[14].
Le,500 000 militants et militantes se rassemblent àHyde Park pour exiger le droit de vote pour les femmes ; Asquith et les principaux parlementaires leur opposent leur indifférence. Rendues furieuses par cette intransigeance et par les violences policières à leur égard, des membres du WSPU durcissent leurs actions. En 1909, elles ajoutent à leurs modes d'action lagrève de la faim.
Emmeline Pankhurst arrêtée par la police en près dupalais de Buckingham alors qu'elle voulait présenter une pétition au roiGeorge V.
Le,Marion Wallace Dunlop est arrêtée pour avoir écrit un extrait de laDéclaration des droits sur un mur de laChambre des communes. En colère contre ses conditions de détention, elle déclenche avec succès unegrève de la faim. Rapidement les membres du WSPU se font connaître par leur usage prolongé de la grève de la faim, qui oblige les autorités à les alimenter de force au moyen de tubes insérés par le nez ou par la bouche. L'utilisation de ces techniques douloureuses entraîne une condamnation de la part des suffragistes ainsi que du corps médical[15].
Ces tactiques créent des tensions entre le WSPU et les organisations modérées, et reçoivent une appréciation mitigée dans la presse[16]. En 1906, le journaliste duDaily Mail Charles Hands désigne les militantes féministes sous le sobriquet de « suffragettes » (plutôt que l'usuel « suffragistes »); Pankhurst et ses alliées se saisissent de ce qualificatif, dont elles se servent dorénavant pour se différencier des groupes modérés[17].
En 1910, le journaliste et membre de l'ILP Henry Brailsford tente sans succès de faire voter un projet de loi de conciliation[18]. En signe de protestation, Pankhurst conduit le 18 novembre une marche de300 femmes versParliament Square ; elles subissent pour toute réponse des brutalités policières ordonnées par lesecrétaire d'État à l'IntérieurWinston Churchill (incident connu sous le nom deBlack Friday)[19].
En Pankhurst participe à une opération de bris de vitres, pour laquelle elle est condamnée et incarcérée à laprison de Holloway. Christabel Pankhurst, devenue coordinatrice en chef de l'organisation, est également recherchée par la police. Emmeline Pankhurst déclenche une grève de la faim pour obtenir une amélioration des conditions de détention des autres suffragettes. Son autobiographie contient une description des traumas provoqués par les séances d'alimentation forcée, les médecins allant de cellule en cellule pour remplir leur « hideux office »[20].
Pankhurst échappe à ce tourment en menaçant de se défendre violemment[21], mais elle continue à violer la loi et est arrêtée à de nombreuses reprises, bien que fréquemment relâchée pour raisons médicales après plusieurs jours de privation de nourriture. En effet, les responsables de la prison sont conscients de l'image désastreuse que provoquerait l'alimentation forcée de la populaire leader du WSPU. Cependant, les policiers continuent à l'arrêter pendant ses discours et ses marches de protestation ; elle tente d'abord d'échapper au harcèlement policier en portant des déguisements, puis le WSPU lui procure des gardes du corps[22].
En 1912, certaines membres du WSPU décident d'adopter unenouvelle tactique en se livrant à des incendies volontaires. Pendant une visite du Premier ministre au théâtre Royal àDublin, plusieurs suffragettes tentent de provoquer une explosion à l'aide de poudre à canon et de benzine, sans créer de réels dommages. Durant les deux années suivantes, des femmes mettent le feu à une buvette deRegent's Park, à une serre à orchidées desKew Gardens et à un wagon de chemin de fer ; des incidents similaires ont lieu dans tout le pays avec le soutien public de Pankhurst[23].
Cette radicalisation du mouvement entraîne des tensions au sein du WSPU et le départ de plusieurs membres importants.
En, l'hebdomadaire du WSPU annonce la dissolution du mouvement et la création duWomen's Party(en), à l'existence éphémère[24].
Au déclenchement de la guerre en, considérant que le gouvernement a besoin du soutien de tous les Britanniques, Emmeline et Christabel persuadent le WSPU de cesser toute activité militante jusqu'à la fin du conflit[25]. Une trêve est établie avec le gouvernement, en vertu de laquelle toutes les prisonnières du WSPU sont relâchées.
Cependant certains membres du WSPU (dontSylvia etAdela, les deux autres filles d'Emmeline, pacifistes engagées), opposées à ce qu'elles considèrent comme une dévotion rigide au gouvernement et un abandon des efforts en faveur du droit de vote des femmes, quittent le WSPU pour créer deux nouveaux partis : le Suffragettes of the Women's Social and Political Union (SWSPU) et l'Independent Women's Social and Political Union(en) (IWSPU)[26].
Emmeline Pankhurst met au service de l'effort de guerre la même énergie qu'elle avait déployée en faveur des droits des femmes, organisant des rassemblements, prononçant des discours, et faisant pression sur le gouvernement pour qu'il aide les femmes à entrer sur le marché du travail tandis que les hommes se battent sur le continent.
En 1916, elle se rend auxÉtats-Unis pour récolter de l'argent et inciter le gouvernement américain à soutenir l'effort de guerre du Royaume-Uni, du Canada et des autresAlliés.Deux ans plus tard, après l'entrée en guerre des États-Unis, elle y retourne et incite les suffragettes locales à suspendre leurs activités militantes pour supporter l'effort de guerre. Elle rend publique sa crainte de larévolution communiste en Russie, qu'elle considère comme une grave menace à la démocratie[27].
LaLoi de 1918 sur la représentation populaire accorde enfin le droit de vote aux femmes âgées de plus de 30 ans (assorti de quelques restrictions), tandis que les hommes pouvaient voter dès l'âge de 21 ans[28]. Il faut alors faire face à un nouveau questionnement : les organisations politiques féministes doivent-elle joindre leurs forces à celles créées par les hommes ? Beaucoup de socialistes et de modérés militent pour l'unité des genres en politique, mais Emmeline et Christabel Pankhurst estiment préférable de conserver la séparation existante[29]. Elles transforment alors le WSPU enWomen's Party(en), toujours réservé aux femmes. Ce parti encourage l'égalité juridique dans le mariage, l'égalité salariale, et l'égalité des chances dans le domaine de l'emploi.
Après l'Armistice de 1918, tout en continuant à soutenir la promotion des femmes, Pankhurst maintient sa vision nationaliste de l'unité britannique. Elle voyage en Angleterre et en Amérique du Nord pour gagner des soutiens à l'Empire britannique et alerter le public du dangerbolchevique[30].
Après le vote d'une loi autorisant les femmes à se présenter aux élections de la Chambre des Communes, elle s'investit sans relâche pour soutenir la candidature de Christabel. Celle-ci perd l'élection de justesse (par 775 voix), ce qu'un biographe décrira comme« La déception la plus amère de la vie d'Emmeline »[31]. Le Women's Party disparaît peu après[32].
De ses nombreux voyages en Amérique du Nord, elle retire un attachement pour le Canada où« Il me semble qu'il y a plus d'égalité entre les hommes et les femmes que dans tout autre pays que je connaisse »[33]. En 1922, elle s'installe àToronto et milite avec le Canadian National Council for Combating Venereal Diseases (CNCCVD). Elle finit cependant par se lasser des longs hivers canadiens et regagne l'Angleterre en 1925[34].
À ceux qui s'étonnent de voir la fougueuse militante radicale se transformer en membre officiel du Parti conservateur, elle réplique :« Mon expérience de la guerre et de l'autre rive de l'Atlantique ont considérablement changé mon point de vue »[36]. Ses biographes estimeront que sa transformation fut plus complexe qu'il n'y paraît ; aussi bien le Parti Libéral que le Labour lui tenaient rancune de ses activités dans le WSPU, alors que le Parti conservateur bénéficiait après la guerre d'une excellente image et d'une majorité significative. Il se peut que Pankhurst ait rejoint ce parti autant pour garantir le droit de vote des femmes que par affinité idéologique[37].
Après des années passées à voyager, donner des conférences, être emprisonnée et faire des grèves de la faim, Emmeline Pankhurst est fatiguée et malade. Sa santé se détériorant, elle entre dans unemaison de retraite àHampstead.
Le droit de vote pour les femmes à 21 ans (au même âge que les hommes) est obtenu un mois après sa mort, le, grâce auRepresentation of the People (Equal Franchise) Act 1928(en). Les femmes avaient obtenu le droit de vote en Grande-Bretagne en 1918 mais à 30 ans et sous plusieurs autres conditions.
Elle est largement critiquée pour sa tactique militante et les historiens sont en désaccord sur leur efficacité, mais son action est reconnue comme un élément crucial pour l'obtention du droit de vote pour les femmes[40].Il est généralement admis que son action au sein du WSPU a ouvert la voie aux féministes et permis d'éveiller les consciences de façon primordiale[41].
Dans la troisième saison de la seconde sérieDoctor Who, le Docteur, joué parDavid Tennant, indique que sa clef à molette laser lui a été volée par Emmeline Pankhurst.
↑Purvis 2002, p. 193; E. Pankhurst 1914, pp. 270–271; Purvis 2002, p. 209; Bartley, p. 146; Davies, Christie. "Velazquez in London."New Criterion. Volume: 25. Issue: 5, January 2007. p. 53.