Pour les articles homonymes, voirMounier.
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Emmanuel Mounier, né le àGrenoble, mort le àChâtenay-Malabry (département desHauts-de-Seine)[1], est unphilosophecatholiquefrançais, fondateur de la revueEsprit et à l'origine du courantpersonnaliste en France.
Emmanuel Mounier est né à Grenoble d'un père pharmacien et d'une mère au foyer. Il étudie la philosophie à l’université de Grenoble de 1924 à 1927, où il suit les cours deJacques Chevalier. Il acquiert auprès de celui-ci une« impulsion »[2] et une méthode de recherche qui est, selon lui,« le sentiment qu'il y a toujours quelque chose à chercher »[3] - le rôle joué par Chevalier auprès dugouvernement de Vichy ne devant pas faire oublier le professeur de philosophie qu'il a su être[4].
Outre Chevalier,Henri Bergson etCharles Péguy ont eu également une profonde influence sur Emmanuel Mounier[5].
Il est secrétaire aprèsJean Guitton du « groupe de travail en commun créé par Chevalier » et subventionné par le lyonnaisVictor Carlhian.
À 22 ans, il présente le 23 juin 1927, avec succès, son diplôme d'études supérieures sur « Le conflit del'anthropocentrisme et duthéocentrisme dans la philosophie de Descartes ». Ce travail du disciple de Chevalier constitue la première œuvre philosophique d'Emmanuel Mounier[6]. Il vient à Paris pour passer l’agrégation en 1927-1928, à laSorbonne ; il reste imperméable à l’idéalisme deLéon Brunschvicg, fréquente lePère Pouget qu'il est allé voir sur la recommandation de Jacques Chevalier en novembre 1927, et rencontreJacques Maritain qui, détaché de l’Action française, cherche la voie d’un engagement civique démocratique. Il est reçu second à l’agrégation derrièreRaymond Aron[7].
Au début desannées 1930, l'engagement de Mounier et de la revueEsprit pour faire face à la « crise de l'homme auXXe siècle », prend place — à côté de celui du mouvement l'Ordre nouveau (Robert Aron,Alexandre Marc,Denis de Rougemont) — dans le courant de réflexion et de recherche d'orientationpersonnaliste regroupant ceux que l'historiographie désigne aujourd'hui sous l'expression denon-conformistes des années 30. Jusqu'à la guerre, Mounier s'attache à approfondir les orientations de la révolution « personnaliste et communautaire » qu'il souhaite voir se réaliser pour remédier au « désordre établi », sans tomber dans les impasses totalitaires dufascisme ou dustalinisme.
Il est pacifiste jusqu'auxaccords de Munich, qu'il déplore. Il écrit à cette occasion une phrase passée à la postérité pour critiquer les opposants auFront populaire : « PlutôtHitler queBlum », dans un article paru le 1er octobre 1938 dans la revueEsprit[8],[9]. Intéressé par certaines des premières orientations durégime de Vichy (politique de la jeunesse, à laquelle il inspire l'idée deJeune France), il fait reparaîtreEsprit, mais la revue est interdite en août 1941. Arrêté, il est libéré, aucune accusation n'ayant été retenue contre lui, après une éprouvante grève de la faim. Il se replie alors dans laDrôme où se poursuit son activité intellectuelle. Invité à l'école des cadres d'Uriage par le directeur, le capitainePierre Dunoyer de Segonzac, qui lui laisse une entière liberté de parole et le soutient quand le gouvernement demande son renvoi, Emmanuel Mounier fait partie des conférenciers réguliers. Il marque l'école de sa philosophie.
Dans la revueEsprit, on reproduisait en 1958 une citation d'Emmanuel Mounier qui qualifia de « trahison française » lesaccords de Munich abandonnant laTchécoslovaquie à la merci des assauts duIIIe Reich, et mettait en garde l'opinion sur les risques de trahison sur le sol de France. Professeur aulycée du Parc àLyon, il enseigne durant laSeconde Guerre mondiale au lycée Robin àVienne.
D’aprèsGiovanni Maria Vian (it), il aurait été le premier à évoquer le « silence » dePie XII (en l’occurrence concernant l’invasion italienne de l'Albanie[10]) et aurait ainsi contribué à la « légende noire » de ce pape.
Après la guerre, il multiplie les voyages et les contacts. Il participe à la réconciliation franco-allemande, le vrai point de départ de la re-création de l’Europe. En 1948, il crée le Comité français d’échanges avec l’Allemagne nouvelle.
« Avec le recul », témoigneAlfred Grosser, alors jeune secrétaire général de ce comité, « on s’aperçoit que c’est ce travail d’échanges qui a créé une sorte d’infrastructure humaine permanente pour les rapports franco-allemands et qui a contribué dans une large mesure à leur donner la spécificité sans laquelle la politique européenne desannées 1950 comme celle desannées 1960 ne saurait être expliquée. »
Emmanuel Mounier meurt à 44 ans, terrassé par une crise cardiaque (infarctus du myocarde), le[11].
Le personnalisme, nommé aussipersonnalisme communautaire, de Mounier n’est ni unsystème ni unedoctrine. C’est une « matrice philosophique », suggèreJean-Marie Domenach, ancien directeur d’Esprit. C’est, proposeGuy Coq,« un espace de rencontres autour de quelques points d’appui, oùchrétiens,musulmans,agnostiques,juifs etincroyants peuvent se retrouver dans une réflexion sur le monde que nous avons à construire. »
Même si c’est bien safoi chrétienne qui l’inspire, il n’entend pas faire œuvre confessionnelle.Esprit ne sera donc pas une revuecatholique, mais une revue où descroyants et des incroyants se fréquentent, discutent, s’expriment. Mounier veut créer une fraternité fondée sur un socle de valeurs communes et sur une méthode qui privilégie la discussion et la pluralité des points de vue[12].
Grâce à la revue et à ses livres traduits en plusieurs langues, l’influence du personnalisme se répand dans l’Europe entière.Esprit continue, une nouvelle génération de philosophes (Étienne Borne,Jean Lacroix,Gabriel Madinier,Joseph Vialatoux…) assure le relais, prolonge et élargit la réflexion. L’affirmation de la dignité inaliénable de la personne humaine gagne du terrain dans le courant personnaliste, et permet de fonder la pensée desdroits de l'homme[13].
Des lycées portent son nom àGrenoble[15],Angers[16] et àChâtenay-Malabry[17].
L'avenue principale du campusUCLouvain Bruxelles Woluwe porte son nom à Woluwe-Saint-Lambert, commune bruxelloise où Emmanuel Mounier a résidé.
« Je suis toujours sous votre signe et sous votre impulsion. L'esprit que vous m'avez insufflé creuse en moi et grandit. »
— Lettre à Jacques Chevalier, du 16 mai 1929,Œuvres, tome IV,p. 446
« Comment n'avez-vous pas gardé ce beau rôle d’éveilleur d’âmes qui eut suffi à votre gloire, et à votre joie ? »
— InŒuvres, T. IV,p. 804
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