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Archives conservées par | Bibliothèque nationale autrichienne (ÖLA 233/04: Teilnachlass Egon Friedell)[1] ![]() |
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Cultural History of the Modern Age(d) ![]() |
Egon Friedell, néEgon Friedmann le àVienne et mort le dans cette même ville, est unjournaliste etécrivainautrichien passé à la postérité commedramaturge,critique de théâtre etphilosophe. Il a également étéacteur, artiste demusic-hall etconférencier.
Friedell était le fils benjamin d'un tisserand juif, Moriz Friedmann, et de Karoline Friedmann, née Eisenberger. Sa mère abandonna le foyer alors que Friedell n'avait qu'un an, et le divorce fut prononcé en 1887[2]. À la mort de son père, en 1891, on le confia à une tante deFrancfort-sur-le-Main. C'est là qu'il fréquenta l'école, malgré une interruption au bout de deux années faute d'argent. Déjà il passait pour un trublion et un original. Il alla plus tard d'école en école, entre l'Autriche et l'Allemagne ; puis en 1897 il se convertit auprotestantisme et au mois de septembre 1899 il obtint à la quatrième reprise le baccalauréat dans le lycée deKonrad Duden àBad Hersfeld.
Encore lycéen, il s'inscrivit en 1897 comme auditeur libre à l'Université Frédéric-Guillaume de Berlin enGermanistique,sciences naturelles etphilosophie. Devenu bachelier, il s'inscrivit finalement à l'Université de Heidelberg pour y suivre les cours d'histoire de la philosophie de l'HégélienKuno Fischer.
En 1899, il gagna finalement le procès qui l'opposait à ses parents sur l'héritage de son père, ce qui lui permit de s'établir à Vienne pour s'y consacrer en toute indépendance aux études les plus éclectiques. Il occupait déjà le logement du n°18 de la Gentzgasse 7, où il habita jusqu'à sa mort.
À partir de 1900 Friedell étudia pendant 9 semestres la philosophie. C'était un habitué du cercle littéraire duCafé Central, qui fut bientôt l'un des proches dePeter Altenberg. Friedell composait des essais pour les journaux et les revues telles laSchaubühne ouMärz. En 1904 il soutint sathèse, consacrée àNovalis philosophe.
Dans un article intitulé « Préjugés », il écrit par exemple en 1905 :« Le pire des préjugés que nous traînons depuis notre adolescence, c’est l’idée du sérieux de la vie. Les enfants ont une intuition correcte : ils savent que la vie n’est pas une chose sérieuse, et la prennent comme un jeu[3] […]. » Plus tard, il résumera ainsi sa carrière :« Né le 21 janvier 1878 à Vienne, a passé le bac deux fois en Autriche, et deux fois en Prusse, et a été reçu brillamment à sa quatrième tentative ; a été reçu docteur en philosophie à Vienne en relativement peu de temps, ce qui lui a donné une préparation utile à la direction artistique du cabaretLa Chauve-Souris[4]. »
À partir de 1906 il commence une carrière d'artiste de music-hall et deMonsieur Loyal aux cabarets « Nachtlicht », « L’Enfer » (Hölle) et « La Chauve-souris » (Cabaret Fledermaus), dont il est le directeur artistique entre 1908 et 1910.Felix Salten rapporte de cette époque :« Là officiait le Dr.Egon Friedell, bouffon pour son public mais, comme cela arrive le plus souvent, un bouffon bien plus subtil que ses spectateurs[5]. »
En collaboration avecAlfred Polgar, Friedell compose à partir de 1908 ses premièresœuvres parodiques comme l’opérette « Le Roi du pétrole, ou le Sorcier du Danube » (Der Petroleumkönig oder Donauzauberer), la comédie militaire « La vie de caserne » (Soldatenleben im Frieden) « approuvée par la censure » (où il est dit que « toute fille d'officier doit obéir à son père sans arrière-pensée ») et surtout sa satire mordante de l'école, « Goethe passe ses examens » (Goethe im Examen), où il interprète lui-même le rôle de Goethe, et qui font sa renommée à travers tous les pays germanophones. En 1910, l'éditeur Samuel Fischer lui commande une biographie de Peter Altenberg ; il ne s'attend pas à la somme critique, bourrée d'analyses littéraires que lui propose Friedell, et qu'il fera, malgré sa longueur, publier sous le titre d’Ecce poeta. Friedell ne sera désormais plus consulté par les éditeurs ; mais ce livre marque ses débuts decritique littéraire.
Friedell monte pour la première fois sur les planches en 1905, à la demande deKarl Kraus, dans une représentation à huis clos deLa Boîte de Pandore deFrank Wedekind. Avec l'aide du journalisteFelix Fischer, il ouvre une nouvelle salle de théâtre,Intime Theater, en 1910. Elle accueillera les premières viennoises des pièces d’August Strindberg, deFrank Wedekind et deMaurice Maeterlinck, trop longues pour les grands théâtres de la capitale, mais qui feront le succès de cette salle ; Friedell y était tout à la fois metteur en scène, décorateur, éclairagiste et acteur. En 1912 l'écrivain est invité à se produire àBerlin; en 1913,Max Reinhardt l'emploie épisodiquement comme comédien.
Vers 1914, son addiction à l'alcool et son obésité compromettent sa carrière, et il entreprend une cure de désintoxication dans unsanatorium des environs de Munich. Lorsqu’éclate laGrande guerre, Friedell partage d'abord l'enthousiasme de ses compatriotes. Il multiplie lespamphlets chauvins contre les pacifistes et se signale par son bellicisme, mais il est réformé pour inaptitude physique. En 1916 il fait changer par décision de justice son nom de « Friedmann » en « Friedel », après avoir longtemps porté « Friedländer » comme nom de scène. En 1916 il compose la « Tragédie de Judas » (Judastragödie).
Après l'armistice, l'héritage de Friedell est anéanti par lacrise inflationniste. De 1919 à 1924 il travaille comme journaliste et critique de théâtre pour divers journaux dont leNeues Wiener Journal. En 1922 , ses articles sont publiés en volume sous le titreSteinbruch – Vermischte Meinungen und Sprüche.
En parallèle, il accepte en 1927 la proposition de Max Reinhardt de travailler commedramaturge,metteur en scène et acteur auDeutsches Theater de Berlin. Entre 1924 et 1929 il fait également partie de la troupe duTheater in der Josefstadt à Vienne, où il collabore à la première viennoise deL’Homme difficile de Hofmannsthal (1924).
À partir de 1927 sa santé ne lui permet plus de prendre d'engagements fixes ; il s’attelle désormais à Vienne à sa tâche d'essayiste et de traducteur, en se consacrant particulièrement à sonHistoire de la Culture Moderne, dont les trois premiers volumes paraissent entre 1925 et 1931.
Avec la prise de pouvoir par lesNazis en Allemagne en 1933, tous les éditeurs allemands et autrichiens refusent de publier les écrits de Friedell. En 1935 il qualifie le nouveau régime de« règne de l'Antéchrist. Toute manifestation de noblesse, de piété, de culture ou de Raison est balayée de la façon la plus abjecte et la plus impitoyable par une horde de valets dévoyés[6]. » Fin 1937, les œuvres de Friedell sont saisies, car elles contredisent les thèses historiques des Nazis. Finalement au mois de février 1938, sonHistoire de la Culture Moderne est censurée en Allemagne.
Après l’annexion de l'Autriche auReich allemand, Friedell écrit le 11 mars 1938 àÖdön von Horváth:« De toute façon je suis toujours prêt à partir[7]. » Mais c'est en vain que ses amis l'appellent à quitter le pays ; cette idée désespérait Friedell au point qu'il les suppliait à genoux de lui donner plutôt du poison ou un pistolet[8].
Le 16 mars 1938, deuxSA se présentent à son domicile vers 22 heures. À sa concierge, ils réclament le numéro d’appartement du « juif Friedel.» Selon certaines sources, ils n'étaient pas cette fois encore, chargés de l'arrêter mais l'écrivain redoutait déjà le pire. Tandis qu'ils s'entretenaient avec la concierge, ilse jeta par la fenêtre de son appartement du3e étage et mourut. Selon les rapports écrits, il n'aurait pas manqué d'alerter les passants, leur criant« Écartez-vous ! »
Friedell fut enterré dans le secteur protestant ducimetière central de Vienne, porte 3. Une stèle neuve a été apposée à l'occasion des 125 ans en 2005[9].
Hilde Spiel a dit de Friedell :« Il pouvait encore incarner à nos yeux la fiction brumeuse de l'homme universel. » En 1954, une rue du quartierFloridsdorf de Vienne (21e arrondissement) a été rebaptiséeEgon-Friedell-Gasse. En 1978 pour le centenaire, un timbre à son effigie a été émis par les postes autrichiennes[10].
Friedell dressa dès la fin des années 1920 un programme de travail détaillé pour la composition de son grand œuvre,Kulturgeschichte der Neuzeit, où il se proposait d'exposer l'évolution culturelle duMoyen Âge à l'ère coloniale d'une façon à la fois originale, synthétique et même à l'occasionanecdotique. Friedell fait débuter l'Époque moderne avec laPeste noire et analyse son développement comme celui d'une maladie, qui culmine avec « un gigantesquecomplexe d'Œdipe. »
Le premier tome paraît en 1925 aux éditionsUllstein-Verlag ; mais leur propriétaire,Hermann Ullstein, était suspect aux yeux de l'homme de théâtre qu'était Friedell. Après cinq réponses négatives, l'éditeur munichoisHeinrich Beck accepte en 1927 de publier la série complète. Cette histoire culturelle a été un énorme succès de librairie et elle a été traduite dans sept langues. Friedell put ainsi vivre de sa plume.
En 1936 , la première partie de son « Histoire culturelle de l'Antiquité » (« L’Égypte et l’Orient ancien ») paraît aux éditions suissesHelikon-Verlag. La seconde partie, « Histoire culturelle de la Grèce », inachevée, ne paraîtra que de façon posthume. L'auteur avait prévu de poursuivre par Rome et les débuts de la Chrétienté.
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