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Parallèlement à son œuvre dramatique abondante, il développe une vaste réflexion théorique et politique sur l'art du théâtre, qu'il met en pratique dans ses mises en scène et dans des ateliers d'acteurs. Pour lui, l'art réinvente plusieurs fois la mort, la fiction est soit une tombe, soit un ventre. Face à l'histoire qui nous donne une image si basse de l'humanité, le théâtre doit nous montrer ce que l'homme est capable de faire et ce qu'il est.
Edward Bond naît àGreat Wilbraham, un quartier populaire du nord deLondres, dans une famille ouvrière d'origine paysanne. Enfant, il connaît les bombardements, subit l'exclusion scolaire et commence à travailler à quinze ans. Il découvre le théâtre par le music-hall, où travaillait sa sœur, et avec une représentation deMacbeth qu'il voit adolescent. Il l'étudie en autodidacte et commence à écrire à la fin desannées 1950.
Il est remarqué par leRoyal Court Theatre qui créera ses premières pièces, et à qui il restera très attaché jusqu'auxannées 1970.
Sa première pièce publique,Sauvés, créée en 1965, provoque un énorme scandale, qui fondera sa notoriété, avant de devenir un succès international. Il a depuis écrit plus de quarante pièces, tant pour les grandes institutions théâtrales (Lear, La Mer, Le Fou...) que pour des troupes plus modestes, étudiantes ou militantes (Jackets, Les mondes...). Son œuvre comprend également des livrets d'opéra et de ballet pourHans Werner Henze, des adaptations, des traductions (deTchekhov etWedekind), des scénarios pour le cinéma (Blow-Up), des pièces radiophoniques (Chaise, Existence) ou télévisées (Mardi etMaison d'arrêt) et une abondante poésie.
Il développe par ailleurs une importante réflexion sur le théâtre, ses fondements anthropologiques et sa fonction culturelle, politique et morale, à partir de laquelle il crée de nouveaux moyens pratiques, expérimentés dans de fréquents ateliers d'acteurs ou d'étudiants.
Dans lesannées 1980, il rompt partiellement avec la scène institutionnelle britannique, mais autorise encore certaines de ses créations. Surtout, il se consacre à l'écriture de pièces pour les adolescents qui sont montées largement au Royaume-Uni ainsi qu'à l'étranger (Auprès de la mer intérieure,Les Enfants ouOnze débardeurs, Arcade...).
Son œuvre est avant tout diffusée à l'étranger, et en particulier en France, où elle connaît depuis lesannées 1990 un important écho.
L’écriture des pièces de théâtre d’Edward Bond répond de manière singulière et innovante à un enjeu à la fois poétique et politique.
Il réinvente un langage qui sollicite particulièrement l’imagination du spectateur. Son écriture mêle à la fois un parlé populaire, et un langagelyrique. Par un travail de distorsion de la langue, il utilise un langage très concret, très imagé, ce qui crée un aspect étrange à la langue, mais qui se démarque par une force d’évocation, qui « revivifie la langue » afin de saisir directement la conscience du spectateur.
Par l’écriture, Bond cherche à renouveler les moyens dramatiques du théâtre politique. Il tente de dépasser les modèles néo-brechtiens, qui lui servent massivement de fondements. Il substitue aux effets de distanciation deBrecht, une nouvelle forme qui puisse rendre compte de l’expérience humaine individuelle.
Bond considère que le théâtre est un lieu de formation de soi, qui clarifie ce que sont les êtres humains, et de cette façon, crée l’humain. Dans son théâtre, on trouve les questions qui nous définissent, par le traitement dramaturgique de situations extrêmes. Ce théâtre redonne la place à l’imagination dans le processus éducatif.
« L’œuvre dramatique qu’elle soit tragique ou comique, a deux finalités : "connais toi toi-même" et "deviens toi-même"[3]. »
Le théâtre est donc pour Edward Bond le lieu de la compréhension de l’humain, et c’est par lui que peut passer le changement de la réalité. Ce processus passe par la confrontation de la pseudo réalité des images à la réalité de la scène.
Le paradoxe de l'innocence radicale est l'un des axiomes de base du théâtre d'Edward Bond. Ce dernier pense que nous naissons tous radicalement innocents, vivants dans un monde mort. L'innocence ne se traduit pas dans nos comportements mais se trouve à la racine de notre être. L'enfant qui naît est ignorant de la loi qui existe. L'homme est corrompu par la société qui lui enseigne les notions de culpabilité, de haine et de peur qu'il ne devrait pas ressentir originellement.
« L'individu transfère à sa corruption toute la force de son innocence[4]. »
L'auteur nous explique ce procédé dans l'unité 2 de sa pièceRouge noir et ignorant, dans laquelle il présente un jeune garçon, Robinson, qui a craché involontairement sur le personnage du Monstre, il le lui indique, et l'aide à le nettoyer, cela ne dérange pas le Monstre outre mesure. Il se réfugie alors dans les toilettes pour penser mais le professeur l'y surprend et apprend ce qui vient de se passer. Il lui ordonne d'aller voir Robinson et de lui dire :
« C'est contre les règles de l'école de cracher à l'intérieur des bâtiments de l'école ou dans la cour de l'école. Cracher n'est ni hygiénique, ni bien élevé. Et davantage encore cela peut aboutir à des situations incontrôlables. Avec ce crachat tu aurais pu perdre mon amitié[5], »
et de lui cracher dessus à son tour. Cela engendre une bagarre entre les deux enfants. Le professeur a enseigné la culpabilité, faisant des amis des ennemis.
La violence n'est pas le fait de l'être humain, elle est le produit de la loi qui nous protège censément de la violence. Le mal est toujours réactionnel, il est dans le sentiment de l'injustice, dans la situation. Le mal est l'idée que nous avons de lui. La société fait de nous des monstres. Nous sommes donc radicalement innocents du mal qu'une société injuste nous inculque et d'autre part, ce mal et cette société créent notre humanité en la détruisant.
« Un langage pour le présent »[7],Périphéries, janvier 1998
« L’imagination, entre le gouffre et le salut »[8], propos recueillis parMona Chollet etLuz,Périphéries, version longue d’un entretien paru dansCharlie Hebdo du 31 mai 2000