L'origine du termedrag queen est incertaine[1]. La première utilisation connue du motdrag pour faire référence à des acteurs habillés avec des habits féminins date de1870[2] et ferait référence au termegrand rag, qui désignait à l'époque unbal masqué[3].
Les termesbioqueens etfaux queens sont parfois utilisés pour désigner les drag queens qui sont des femmes cisgenres[5],[6],[7]. Toutefois, ces termes sont critiqués : en effet, l'expression « faux queen » sous-entendrait que la performance drag serait moins authentique venant d'une femme, et « bio queen » crée une distinction entre femmes cis, vues comme naturelles (et donc « bio »), et femmes trans, vues comme artificielles[8]. Le terme anglais « tranny »[note 1], autrefois grandement utilisé dans le milieu drag queen, est maintenant abandonné en raison de ses fortes connotations transphobes[9],[10].
La première personne connue à se définir comme une « drag queen » estWilliam Dorsey Swann, néesclave àHancock, dans leMaryland, qui, dans lesannées 1880, commence à organiser des bals àWashington avec d'autres anciens esclaves travestis[11]. En 1896, William Dorsey Swann est condamné à dix mois de prison pour comportement désordonné et se voit refuser l'amnistie par leprésidentGrover Cleveland[11].
Le développement des drag queens auxÉtats-Unis est influencé par l'essor desminstrel shows, des spectacles américainsracistes créés pour rire de lacommunauté afro-américaine et plus particulièrement de leur vision desrôles de genre à travers dessketchs, des danses et des chansons de « wenches », mot anglais pour désigner une jeune fille de basse classe sociale[12],[13],[14].
Du début au milieu des années 1900, le transformisme, du fait de sa connexion à lacommunauté LGBT et à lacriminalité, perd son statut de divertissement dominant et devient un divertissement nocturne dans des quartiers peu fréquentés de grandes villes commeSan Francisco, formant le style de spectacle vivant de drag queens qui perdure jusqu'auXXIe siècle[12],[15],[16]. Les drag queens prédominantes de cette période sont José Sarria[17], Aleshia Brevard[18] etArthur Blake, l'une des seules drag queens à devenir grandement célèbre à l'époque, connue pour ses imitations deBette Davis,Carmen Miranda ou encoreEleanor Roosevelt[19],[20], qu'elle finira par imiter devant cette dernière à laMaison-Blanche.
Les drag queens jouent également un rôle important dans lesémeutes de Stonewall, une série de manifestations violentes organisées par des membres de la communauté LGBT en réponse à unraid de la police injustifié le dans leStonewall Inn, dans le quartier deGreenwich Village, àManhattan. Ces émeutes sont considérées comme le déclencheur du mouvement de libération homosexuelle et du combat moderne pour lesdroits LGBT aux États-Unis[23],[24].
Le drag quitte alors la scène strictement gay pour figurer au sein de la scène de la nuit de luxe[25]. Des drag queens, telles que Billy Beyond, Connie Girl,Lypsinka(en) foulent les défilés de mode, notamment pour le créateurThierry Mugler[25].
Les années 1990 correspondent à une internationalisation du terme « drag queen » concomitant avec le développement de clubs et boîtes de nuit gays ; cette diffusion s'accompagne à la fois d'une hybridation locale du drag avec des pratiques de travestissement existantes, mais aussi souvent à l'abandon du vocabulaire local spécifique tel que « transformistas » au Brésil ou « tunten » à Berlin[26].
En 2009,RuPaul lance un concours américain de télé réalité consacré aux drag queen,RuPaul's Drag Race. La popularité de l'émission, dont des déclinaisons locales essaiment dans de nombreux pays d'Amérique latine, d'Europe et d'Asie, relance la popularité de la pratique drag en général et en particulier des drag queen et influence grandement sa perception[27].
Julian Eltinge photographié dans le studio de Luther S. White en 1912.
L'auteurSimon Doonan définit la queenglamour, qu'il compare au mythe de laMéduse, comme une représentation idéalisée de la « nature féminine » permettant à la fois d'en célébrer le pouvoir tout en évacuant l'angoisse de la castration chez le public masculin[25]. Il pense aussi que le drag glamour correspond à l'assouvissement d'un fantasme d'hommes gays, celui d'être un objet de désir pour les hommes hétérosexuels[25].
Il fait remonter le drag glamour àJulian Eltinge, qui en drag ressemble fortement au public féminin bourgeois qui assiste à ses spectacles : il lance d'ailleursEltinge Magazine, un magazine dispensant des conseils de beauté à ses admiratrices[25]. Parmi les autres précurseuses du drag glamour, il citeFrancis Renault(en),Karyl Norman(en),Barbette etBert Savoy(en) ; lesrépliques cultes de Savoy, telles que « you slay me » et « you don't know the half of it », passent dans l'argot drag et queer[25].
À partir des années 1940 et 1950, avec la libération des mœurs aux États-Unis, le drag glamour devient aussi sexy, et de nombreuses drag queens font aussi dutravail du sexe ; cette évolution s'accompagne d'un changement de registre pour les drag queen incarnées par des hommes hétérosexuels, qui se tournent alors vers la comédie[25]. Cette époque correspond aussi au développement de lavaginoplastie et à l'émergence de l'identité defemme trans : ces femmes, telles queBambi ouCoccinelle, réalisent unetransition de genre, vivant en femme au quotidien et plus uniquement sur scène, sans toutefois arrêter de se produire[25].
Dans les années 1960 se développent les concours de beauté drag, visibles dans le film documentaire de 1968La Reine[25]. Le racisme subi parCrystal LaBeija lors de ces concours l'inspire à créer ses propres évènements pour valoriser lacommunauté LGBT afro-américaine ; ceux-ci sont les ancêtres de laculture Ballroom[28].
Le drag présent en ligne est souvent un drag occidental venant des Etats-Unis ou du Royaume-Uni, cependant on trouve une grande variété de style à travers les cultures.
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Le Brésil est l'un des pays comportant le plus de personnes transgenres[29] et manifestant un des plus hauts taux de violence contre les personnes LGBTQIA+ à travers le monde[30]. La dragqueen la plus connue au Brésil estPabllo Vittar, une chanteuse suivie par presque 10 millions de personnes sur Instagram (plus que RuPaul)[31].
L'art drag est très national au Brésil. Il prend racine dans lesfemale impersonation datant de la période coloniale et des hommes jouant des rôles de femmes au théâtre[31].
Il est proche de lutte des revendications de justice sociale aux Etats-Unis dans les années 1960[32] qui coïncide avec les protestations contre ladictature des années 1967-1968. Contre la censure, le manque de libertés démocratiques et la réaction antiautoritariste naît la culture gay urbaine tournée autour du chant et du lip-sync. Jusqu'en 1941, la population est soumise à la loi de vagabondage empêchant de travailler toute personne ne se conformant pas aux codes normatifs de la société comme le fait pour un homme de manifester des comportements féminins, porter des vêtements de femmes ou se maquiller qui pouvaient être des motifs d'arrestation[33]. Le fort développement de la culture drag urbain en fait un incontournale de la vie nocturne des grandes villes, construite notamment autour des spectacles transformistes[34]. Des émissions de télévision en vont également leur sujet central[31].
Dans les années 1970-1980 avec la crise du VIH et la méfiance qu'elle apporte, les artistes drag sont relégués et le monde musical prend son tournant vers la danse électronique et les DJs[35].
Dans les années 1990, la culture drag brésilienne est rattrapée par le mouvement de globalisation portée par la culture américaine, qui lui permet de retrouver une place dans la culture brésilienne joyeuse et satirique, d'icônes poulaires, moins stigmatisées. Les dragqueensNany People etLeo Aquila travaillent alors comme journalistes reporteurs à la télévision d'Etat[31].
L'arrivée d'internet modifie la scène drag brésilienne, jusque-là présentée sporadiquement dans des émissions télévisées comme exotique. Internet permet la création d'une culture commune sur Youtube notamment. Deux chaînes Youtube notables sontPara Tudo deLorelay Fox etDrag-se[31].
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La Namibie est l'un des deux seuls pays d'Afrique du Sud-Ouest à proposer un concours de Mr Gay. En 2011, Wendelinus Hamutenya, une drag queen de concours de beautéovambo, devient le premier homme homosexuel noir à être élu Mr Gay Namibia[37].
Drag queens à la marche des fiertés de Chicago 1985
L'anthropologueEsther Newton(en) analyse dans les années 1970 la posture de la drag queen ; partant du point de vue que legenre est un système cherchant notamment à maintenir l'hégémonie de l'hétérosexualité et à stigmatiser leshomosexuels, elle analyse le travestissement des hommes gays en drag queen comme une manière pour eux de maintenir une forme de contre-pouvoir en, d'une part, seréappropriant le stigmate de l'homosexuel efféminé et, d'autre part, montrer le caractère arbitraire et absurde du genre, qui n'est pas une essence mais une construction culturelle pouvant être atteinte par des techniques de maquillage, habillement et coiffure[38].
Des mouvements conservateurs, notamment aux États-Unis, auCanada, en Suède et en France se sont offusqués que des drag queens fassent des ateliers de lecture aux enfants[39],[40],[41].
Des discours réactionnaires tentent de démontrer que les drag queens, en brouillant les normes de genre et de sexualité, chercheraient à détruire la famille traditionnelle[42].
De1975 à1977, la drag queen Lori Shannon[43] apparaît dans trois épisodes de lasitcomCBSAll in the Family. Le rôle est reconnu pour sa représentation étonnamment respectueuse et sympathique de la drag queen[44],[45].
Dans les années 90, enEspagne, l'artisteShangay Lily devient l'une des personnalités de référence, à la télévision, des thèmes du militantismequeer,gay etféministe[48].
En2022, enFrance, la chaine de télévisionFrance 3 diffuse le documentaireMinima et les drags, portant sur le personnage deMinima Gesté et son engagement pour leSidaction[53].
↑Witt, Lynn, Sherry Thomas and Eric Marcus (eds.) (1995).Out in All Directions: The Almanac of Gay and Lesbian America, p. 210. New York, Warner Books(ISBN0-446-67237-8).