Joint de dilatation d'un pont routier, utilisé pour éviter les dommages dus à la dilatation thermique.
Ladilatation thermique est l'expansion àpression constante duvolume d'un corps occasionné par son réchauffement, généralement imperceptible. Dans le cas d'ungaz, il y a dilatation à pression constante ou maintien du volume et augmentation de la pression lorsque latempérature augmente. À l'opposé de la dilatation, un refroidissement provoque unecontraction thermique.
Dans unsolide, les atomes possèdent uneénergie thermique et vibrent autour de leur position moyenne. Cette vibration dépend de la température mais aussi du voisinage des atomes, plus précisément dupotentiel interatomique créé par les atomes environnants.
À basse température, les potentiels interatomiques peuvent être décrits de façonharmonique : pour des températures proches de T = 0 K, les atomes restent centrés sur leur position moyenner0. Ce n'est plus le cas pour des températures élevées : l'anharmonicité des potentiels interatomiques introduit une dépendance de la position moyenne des atomes avec la température, ce qui cause le phénomène de dilatation thermique.
Lorsqu'ungaz est soumis à un réchauffement, laquantité de mouvement des particules qui le composent augmente. À volume constant, cela se traduit par une augmentation de la pression, car le nombre de chocs entre particules par unité de surface et de temps augmente. Si la pression doit rester constante, le volume du gaz doit alors augmenter, selon la loi desgaz parfaits. Pour les gaz non parfaits, les forces d'attraction entre les particules du gaz peuvent réduire l'expansion thermique.
La dilatation thermique desliquides a en principe les mêmes causes que celle des gaz, mais l'effet des forces d'attraction entre les particules sur la dilatation est nettement augmenté, car elles sont plus proches les unes des autres.
Comme ces trois variables sont reliées par l'équation d'état du système, il est possible par exemple d'exprimer une variation infinitésimale de l'énergie interne d'un système en fonction des variations infinitésimales du volume et de la température :
.
Le premier terme de la somme contient le changement de l'énergie interne en fonction de la température à volume constant, lacapacité thermique isochore. Si le changement de température a lieu à pression constante, on obtient :
.
Le terme est le coefficient de dilatation thermique isobare du système (coefficient de dilatation volumique), il décrit le changement de volume à pression constante en fonction de la température :
.
Notons que pour un gaz parfait, on a :
Le coefficient de dilatation volumique est relié dans les matériauxisotropes de façon simple au coefficient de dilatation linéaire :
En effet, une variation de longueur infinitésimale d'un cube dans les trois directions de l'espace conduit à une variation de volume
où les deux derniers termes sont négligeables. On obtient ainsi.
Dans la pratique, les coefficients de dilatation thermique et sont souvent exprimés en fonction d'une valeur de référence pour une température déterminée :
et.
Cette formule est valable dans les cas où la variation de la longueur dépend linéairement de la variation de la température, mais pas pour de grands intervalles de température ou si le matériau subit unetransition de phase dans l'intervalle considéré. De manière générale, la dépendance en température du coefficient de dilatation thermique volumique est exprimée par la relation de Grüneisen
où est lacompressibilité isotherme du matériau, sa capacité thermique isochore, sadensité et leparamètre de Grüneisen. Comme et sont en première approximation indépendants de la température, les variations thermiques de compensent celles de.
Remarque : puisqu'on utilise une variation (une différence de température) la différence d'origine entre kelvin et degré Celsius s'annule, la distinction n'est donc pas nécessaire.
On peut aussi directement calculer la longueur en fonction de la température :
avec :
la longueur en mètres (m) en fonction de la température ;
la température considérée en kelvins (K) ou en degrés Celsius (°C) ;
la température initiale en kelvins (K) ou en degrés Celsius (°C).
Les matériauxcristallins noncubiques présentent une dilatation thermiqueanisotrope : on n'observe pas le même coefficient de dilatation α dans toutes les directions. Pour cette raison, on utilise untenseur symétrique d'ordre 2 pour décrire la dilatation dans les matériaux anisotropes[1] :
Ainsi, dans le cas général d'un matériautriclinique, six coefficients de dilatation thermique sont nécessaires. Ces coefficients se rapportant à un repère orthogonal, les coefficients de dilatation n'ont pas forcément de rapport direct avec les axes cristallographiques du matériau. En effet, lesvaleurs propres et vecteurs propres d'un tenseur d'ordre 2 forment toujours (dans le cas où les valeurs propres sont positives) une ellipsoïde de révolution, dont les axes sont perpendiculaires les uns aux autres : on dit qu'un tenseur d'ordre 2 possède toujoursau moins lasymétrie ponctuelle orthorhombique maximale 2/m 2/m 2/m.
Pour un cristalorthorhombique par exemple, où α12 = α13 = α23 = 0, le tenseur de dilatation est diagonal et α11, α22 et α33 décrivent la dilatation le long des trois directions cristallographiquesa,b etc du matériau. Par contre, dans le systèmemonoclinique, α13 est non nul : alors que α22 représente la dilatation thermique le long deb, la relation entre α11, α33, α13 et les paramètres demaillea,c,β n'est pas aussi triviale. Par convention, le repère orthogonal (e1,e2,e3) choisi pour décrire la dilatation thermique dans les matériaux monocliniques est tel quee2 est parallèle au vecteurb, axe de symétrie du cristal,e3 est parallèle àc ete1 est parallèle au vecteur duréseau réciproquea*, qui forme par définition untrièdre direct avecb etc : α33 représente la dilatation thermique le long dec, alors que α11 représente la dilatation le long du vecteur réciproquea* qui est différent dea.
Dans le cas général triclinique, il est possible de calculer les coefficients du tenseur de dilatation thermique à partir des variations en température des paramètres de maille[2]. Dans le repère conventionnel orthogonal (e1,e2,e3), défini pare3 parallèle àc,e2 parallèle àb* ete1 étant leproduit vectoriel dee2 ete3, on obtient :
où,,,,, sont les paramètres de maille du cristal dans le réseau direct et est l'angle entre les vecteursa* etb* du réseau réciproque.
Lesvaleurs propres du tenseur de dilatation thermique, ou coefficients de dilatation linéaires principaux, et, permettent aussi d'obtenir le coefficient de dilatation volumique vu plus haut,trace du tenseur :, puisque latrace d'une matrice carrée est invariante par changement debase. Pour les matériaux isotropes, on retrouve ainsi le résultat.
Un dilatomètre permettant de mesurer la dilatation d'un liquide ou d'un solide selon la température.
Une méthode établie de mesure des coefficients de dilatation thermique est celle de ladilatométrie.
Dans le cas des matériaux cristallins, la dilatation thermique peut se mesurer de façon précise pardiffraction des rayons X. Une méthode couramment utilisée consiste à mesurer les paramètres de maille du cristal pour différentes températures et d'en déduire les coefficients de dilatation linéaires. Cependant, le calcul intermédiaire des paramètres de maille introduit des erreurs supplémentaires dans le calcul des coefficients et il est préférable de les obtenir à partir de la variation en température de l'angle de diffraction θ. Plusieurs programmes fournissent les composantes du tenseur de dilatation à partir des variations de θ[3].
Coefficients de dilatation linéaires pour les principaux matériaux
la variation avec la température du coefficient volumique (le triple du coefficient linéaire) d'un polypropylène semi-cristallin pour plusieurs pressions ; le pic correspond à la fusion ;
la variation avec la température du coefficient linéaire à pression atmosphérique pour plusieurs nuances d'acier.
Ainsi, plusieurs causes peuvent être à l'origine d'un coefficient de dilatation thermique négatif. Une application potentielle des matériaux à coefficient de dilatation thermique négatif eningénierie est la mise au point de matériaux composites, mélanges de matériaux à coefficients α positifs et négatifs, qui auraient une dilatation thermique totale nulle.
Structure cristalline de ZrW2O8. Octaèdres ZrO6 en vert, tétraèdres WO4 en rouge.
La dilatation dessolides est compensée sur certaines structures par desjoints de dilatation. Par exemple dans le cas desponts, des « rainures » appeléesjoints de chaussée (ou par abus de langage simplement joints de dilatation) permettent de compenser les effets dus aux différences d'exposition ausoleil et d'échauffement de l'atmosphère, pouvant allonger de quelques centimètres un solide long de plusieurs dizaines de mètres. Sans l'espace laissé par ces joints de dilatation, le pont subirait des contraintes internes supplémentaires.
La dilatation d'unliquide est souvent négligeable par rapport à sonébullition, mais peut expliquer certains phénomènes, notamment avec des récipients rigides. Elle n'est pas la cause du débordement dulait que l'on chauffe trop, qui est un phénomène propre aux protéines bouillies.
La casse du verre chauffé ou refroidi brusquement s'explique par la dilatation. On parle dans ce cas dechoc thermique, dû à la différence de température entre les zones superficielles et le cœur de la pièce. La surface ayant refroidi plus vite, elle tente de se rétracter, mais le cœur, encore chaud et dilaté l'en empêche. Descontraintes de traction apparaissent alors, et occasionnent unerupturefragile.
Blocage de roue : si une roue est d'une matière différente de celle de son axe, elle pourra se bloquer à certaines températures si les tolérances mécaniques ont été mal calculées.