En1886, Diego Rivera et son frère jumeau Carlos María Rivera naissent àGuanajuato. Carlos María décède à l'âge d'un an et demi en 1888. En 1893, la famille de Diego Rivera déménage à Mexico.
Il retourne brièvement auMexique en 1910 pour assister aux festivités du centenaire du début de la guerre d'indépendance. Le, jour du début de laRévolution mexicaine, Carmelita Díaz, épouse du président Díaz, inaugure une exposition d'œuvres de Diego Rivera dans son ancienne école de San Carlos. Elle lui achète six tableaux destinés à sa collection personnelle ; l'État mexicain en acquiert sept[7]. La révolte s'étend dans le pays, et après la prise deCiudad Juárez par les troupes deFrancisco Madero le président Diaz part en exil en mai 1911, espérant ainsi éviter une guerre civile au pays. Rivera, ayant gagné suffisamment d'argent grâce à la vente de ses tableaux, a quitté le pays pour Paris en avril 1911.
Le gouvernement maderiste renouvelle sa bourse en 1911, ce qui lui permet de passer l'été et l'hiver 1912 en Espagne. Accompagné d'Angelina Beloff, il voyage enCatalogne, visite Madrid etTolède, où il s'intéresse aux œuvres duGreco. Dans une toile de 1912,Vue de Tolède, il peint la ville sous le même angle que Le Greco dans le tableau du même nom[8].
En 1913, le régime de Madero est renversé parVictoriano Huerta. Dès 1914, Rivera s'installe àMontparnasse, où il se lie d'amitié avecModigliani, qui fait sonportrait, etZinoview dont il fait un portrait cubiste[9]. Mais le gouvernement mexicain en pleine guerre civile ne lui verse plus sa bourse : il doit partir àMajorque, puis passe l'hiver à Madrid.
Appauvri et quasiment sans ressources, il regagne Paris, toujours en compagnie d'Angelina Beloff, qui lui donne en un fils, Miguel Ángel, qui meurt à quatorze mois.
Rivera entame une liaison avec l'artiste russeMarie Vorobieff (Marevna), qui durera six ans. Il a aussi plusieurs autres enfants de maîtresses avec lesquelles il entretient de brèves relations. Il n'assume toutefois jamais ses paternités.
Le Mexique connaît alors une des phases les plus violentes de la guerre civile qui oppose les factions révolutionnaires. Désargenté, Rivera doit exécuter des portraits de commande.
En 1919, le gouvernement constitutionnaliste deVenustiano Carranza invite Rivera à rentrer au Mexique ; il lui octroie aussi une subvention qui lui permet d'aller étudier desfresques enItalie, mais la violence continue de faire rage au Mexique ;Emiliano Zapata est assassiné cette même année sur ordre de Carranza, qui le sera lui-même l'année suivante, après avoir été renversé parAlvaro Obregón.
En 1921, une fois larévolution mexicaine terminée, Rivera retourne au Mexique où, par le biais duSindicato Revolucionario de Trabajadores Técnicos, Pintores y Escultores, dont il est l'un des fondateurs, il s'intéresse à l'idéologie communiste[11]. Il réalise sa premièrepeinture murale où figurent des sujets ethniques mexicains dans un contexte politique de gauche nationaliste.
Rivera peint beaucoup, souvent pour attaquer l'Église et le clergé, sur commande des gouvernements post-révolutionnaires, dont il devient peu à peu un des peintres officiels. Avec des artistes commeJosé Clemente Orozco,David Alfaro Siqueiros etRufino Tamayo, il commence à s'essayer aux fresques, sur de grands murs, dans un style simplifié et en employant des couleurs vives en phase avec les thèmes de la révolution de 1910 ou de la guerre civile des années 1911-1920.
Les plus emblématiques de ses fresques commandées par le gouvernement se trouvent aupalais national à Mexico, où il peint notamment sa fameuseÉpopée du peuple mexicain entre 1929 et 1935, et à l'école nationale d'agriculture àChapingo. Rivera en peint plusieurs aux États-Unis, qu'il visite au début des années 1930 et aussi en 1940, privilégiant surtout les thèmes industriels. Sa plus célèbre fresque se trouve à l'institut des arts deDétroit.
Entre 1927 et 1930, financé parDwight Morrow(en), alors ambassadeur des États-Unis au Mexique, il peint dans l'ancien palais Cortés àCuernavaca, une fresque en plusieurs tableaux nomméeHistoria de Morelos, Conquista y Revolucíon. Il y dénonce notamment les mauvais traitements et l'exploitation infligés par leshacendados (entrepreneurs) auxpeones (travailleurs) employés dans l'industrie sucrière moderne[13].
Après plusieurs mariages et aventures amoureuses, il est présenté àFrida Kahlo, une militantecommuniste et peintre jouissant d'une certaine cote. À l'automne 1927, il se rend àMoscou pour la célébration des dix ans de larévolution d'Octobre. Il en est expulsé l'année suivante pour activités antisoviétiques. De retour à Mexico, il est exclu du parti communiste mexicain (1929).
Il épouse en 1929, à 43 ans, Frida Kahlo, de 22 ans sa cadette. Il divorce en 1939 pour se remarier avec elle un an plus tard[14].
En novembre 1930, Rivera et son épouse partent pour San Francisco. En 1930-1931, il réalise uneAllégorie de la Californie pour décorer le Stock Exchange. Il s'attaque ensuite à une fresque appeléeLa réalisation d'une fresque, destinée à orner laCalifornia School of Fine Arts. Il s'y représente sur un échafaudage, le dos tourné aux spectateurs.
En juin 1931, il retourne brièvement au Mexique, pour y terminer la fresque du Palais National. Il rencontreSergueï Eisenstein qu'il aide à connaître le Mexique pour la préparation du filmQue Viva Mexico !.
En 1932, les dirigeants duDetroit Institute of Arts, subjugués par son style, lui confient la réalisation de fresques pour la Garden Court du bâtiment. Rivera et son épouse vont s'installer àDétroit, où le peintre se met au travail en juillet. Au lieu des deux murs initialement prévus, le peintre accepte d'en réaliser quatre pour le même prix. Cette série comportant vingt-sept panneaux, intituléeL'industrie de Détroit, est inspirée des usinesFord et en particulier de la fabrication de la Ford modèle V-8. La réalisation de cet ouvrage permet à Rivera de découvrir un monde industriel qui l'impressionne et le séduit, mais également ses aspects sociaux déplaisants.
Maison de Rivera et de son épouse Frida Kahlo à San angel.
Après être rentré au Mexique, Rivera s'installe avec sa femme dans une maison de styleBauhaus qu'il a fait construire dans le quartier de San Angel à Mexico. La maison-atelier est constituée de deux cubes distincts l'un de l'autre reliés par une passerelle : le plus petit, peint en bleu, est occupé par Frida Kahlo ; dans l'autre, peint en rose, est aménagé le vaste atelier de Rivera.
En 1934, il entame une liaison avec Cristina, la sœur de sa femme. Frida Kahlo en souffre épouvantablement et déménage. En 1935, elle pardonne à sa sœur et écrit une lettre de réconciliation à Rivera.
Rivera et Trotski (au centre).
Ayant rejoint la section mexicaine de laQuatrième Internationale[18] en 1936, Rivera sympathise avec l'exilé soviétiqueLéon Trotski, qui habite dans lamaison natale de son épouse Frida Kahlo à partir de janvier 1937. Mais ils ont un différend, car Frida a une brève liaison avec Trotski qui doit alors quitter le domicile de Rivera en 1939[19]. Le, une tentative d'assassinat contre Trotski échoue. En raison de son différend avec lui, Rivera est soupçonné et quitte le pays.
ÀSan Francisco, il réalise une fresque de dix panneaux, intituléeUnité panaméricaine (Pan American Unity) pour l'Exposition internationale du Golden Gate[20]. Lorsque Trotski est assassiné le, la maison de Rivera est fouillée et sa femme interrogée. Le peintre fait alors venir Frida aux États-Unis, où ils se remarient le.
L'« Anahuacalli ».
En 1942, Rivera se lance dans la construction d'un bâtiment qu'il appelle l'« Anahuacalli », àCoyoacán dans le sud de Mexico, avec l'ambition d'y réunir sa collection de plusieurs dizaines de milliers de pièces d'objets préhispaniques. Bâti dans un style que le peintre lui-même appelle un mélange d'aztèque, de maya et de Rivera traditionnel, le bâtiment finira par devenir un musée en1964, après la mort de son concepteur.
En 1953, il réalise pour un hôpital de Mexico sa dernière fresque, intituléeLe Désir du peuple d'être en meilleure santé.
Le, Frida Kahlo meurt d'une pneumonie. Malgré sa promesse de garder à la cérémonie de funérailles un caractère neutre, Rivera fait couvrir le cercueil d'un drapeau rouge orné d'un marteau et d'une faucille. Le peintre, qui avait sollicité plusieurs fois sans succès sa réintégration dans le Parti communiste mexicain, l’obtient deux mois après ses funérailles[21]. La même année, il offre l'« Anahuacalli » et laCasa Azul au peuple mexicain.
En, il épouse une amie, l'éditrice Emma Hurtado (1907-1974). Atteint d'un cancer du pénis, il se rend en Union soviétique pour y suivre un traitement au cobalt[22]. En, il souffre d'un accès dephlébite, qui laisse son bras droit paralysé. Le, il meurt d'une crise cardiaque. Son souhait, exprimé en 1954, que ses cendres soient déposées avec celles de Frida dans un caveau de l' « Anahuacalli »[23] n'est pas respecté. Sa dépouille est inhumée auPanteón de Dolores(en) à Mexico.
Vue d'ensemble de la moitié gauche de la fresqueÉpopée du peuple mexicain (palais national, Mexico).
Détail de fresque sur panneauRêve d'un dimanche après-midi dans le parc Alameda (1948). Rivera s'y représente sous la forme d'un jeune garçon. Frida Kahlo a la main posée sur son épaule.
De 1913 à 1918, ses peintures sont d'inspirationcubiste (dontPaysage zapatiste - Le Guérillero, 1915). À la suite d'un conflit avec le critique d'artPierre Reverdy, il rompt avec le cubisme et revient à la figuration. Son voyage en Italie en 1920 lui fait découvrir les fresques murales qui vont l'inspirer pour son œuvre ultérieure la plus connue, ses immenses peintures murales. Il utilise pour cela les pigments traditionnels utilisés à l'époque pré-hispanique[24]. Les thèmes traités sur commande du gouvernement sont sociaux et historiques, concernant l'histoire officielle récente du Mexique. L'inspiration est également politique avec la représentation du travail ouvrier (L'industrie de Detroit, 1932-1933)[25].
Rivera a fait l'objet de nombreuses critiques de son vivant, notamment de la part deDavid Alfaro Siqueiros, qui l'accusa, dans un article publié le par le magazineNew Masses d'être un opportuniste, d'avoir une vision idéalisée et fausse des indigènes, d'être un touriste mental (parce qu'il s'est « planqué » à l'étranger durant la révolution), unsnob, un saboteur du travail collectif, le peintre de la nouvelle bourgeoisie et des millionnaires, techniquement dépassé, de dépendre financièrement des subsides du gouvernement et d'être un de ses agents, un esthète de l'impérialisme[26].
Le billet de 500pesos mexicains en circulation depuis le 30 août 2010 comporte sur son recto une partie d'un autoportrait de Diego Rivera (Autorretrato dedicado a Irene Rich, de 1941) et de son tableauDesnudo con alcatraces (1944), ainsi que, sur son verso, une partie d'un autoportrait de Frida Kahlo de 1940 et du tableau de celle-ciEl abrazo de amor del Universo, la Tierra (México), yo, Diego y el Señor Xólotl (1949)[27],[28].
Il a inspiré entre autres Dave Binnington (1949–2019), un artiste britannique de l'East End de Londres, pour son grand mural commémorant labataille de Cable Street du 4 octobre 1936 contre le mouvement fasciste deMosley[29].
En 2021, sa fresque muralePan American Unity entreposée dans leCity College of San Francisco depuis les années 1940 est déplacée auMusée d'Art moderne de San Francisco. La fresque dépeint un pont métaphorique entre la culture mexicaine et la technologie américaine. L'opération fut délicate, la pièce complète pesant 30 tonnes[20].
Collectif,Frida Kahlo, Diego Rivera : l'art en fusion (Catalogue de l'exposition au musée de l'Orangerie 8 octobre 2013 - 13 janvier 2014), Paris/Malakoff/Olmedo, Musées d'Orsay et de l'Orangerie et Éditions Hazan,, 181 p.(ISBN978-2-7541-0718-1).