Pour les articles homonymes, voirLifchitz.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nationalités | russe(jusqu'en) Deuxième République de Pologne(à partir de) française(à partir de) |
| Formation | |
| Activités |
| A travaillé pour | |
|---|---|
| Membre de | |
| Maître | |
| Lieux de détention |
Deborah Lifchitz (parfois écrit Lifschitz, Lifszyc ou Livchitz; née le àKharkov et morte en ou après àAuschwitz[1]) est une ethnologue et linguiste polonaise puis française, spécialiste en particulier deslangues éthiosémitiques et des cultures de l'Éthiopie. Elle a notamment travaillé aumusée de l'Homme à Paris et a pris part à lamission Dakar-Djibouti entre 1932 et 1933. Elle est déportée àAuschwitz en 1942, où elle est assassinée.
Deborah Lifchitz est née en 1907 dans une famillejuive polonaise àKharkov, ville d’Ukraine, alors partie de l'Empire russe. Son père estdentiste. En 1919, à la suite de laRévolution d'Octobre, sa famille part pour laCrimée puis, en 1920, pourVarsovie dans laRépublique polonaise restaurée. Elle y suit des études secondaires à l'école française où elle obtient sonbaccalauréat[2].
En 1927, Deborah Lifchitz quitte la Pologne pour Paris où, outre une formation de bibliothécaire, elle étudie à l'École nationale des langues orientales vivantes. Là, elle obtient des diplômes enarabe littéral et oriental (les deux avec la mention très bien, 1929), enpersan (1930) et enamharique (1931, son professeur dans cette dernière langue estMarcel Cohen). En plus, elle obtient en 1931 une licence à laFaculté des lettres de Paris[2] dans les disciplines d'ethnologie, delangues sémitiques anciennes et d'histoire des religions[3]. Ensuite, elle rejoint avec lepeintreGaston-Louis Roux lamission Dakar-Djibouti en Afrique, où elle travaille en particulier sur lesjuifs éthiopiens (« Falachas »)[4]. Après son retour à Paris, Deborah Lifchitz occupe un poste au département Afrique dumusée d'Ethnographie du Trocadéro puis, à partir de 1937, aumusée de l'Homme.
En 1935, elle part avecDenise Paulme, dans le cadre de la mission du musée d'Ethnographie, à Songa auSoudan français (actuelMali). Dans le cadre de cette mission, elle rapporte deux piècesdogon actuellement exposées aumusée du Louvre et aumusée du quai Branly - Jacques-Chirac. Deborah Lifchitz est l'auteure d'un livre et de plusieurs articles, qui sont encore considérés comme des jalons dans la recherche sur leslangues éthiopiennes. Après des études supérieures auprès de Marcel Cohen, elle obtient en 1937 le diplôme de la section historico-philologique de l'École pratique des hautes études (EPHE). Son mémoire intituléTextes éthiopiens magico-religieux, l'ouvrage principal de Lifchitz, est publiée dans la série monographique de l'Institut d'ethnologie de Paris dirigée par Marcel Mauss et Paul Rivet en 1940[5].
Elle sollicite en 1931 lanationalité française, qui lui est accordée en 1937 à la suite d'une pétition de plusieurs collègues scientifiques importants.

L'hôtel où elle résidait ayant fermé, elle s'installe en novembre 1939 dans le bureau deDenise Paulme au musée de l'Homme. Lorsque lesnazis entrent à Paris, Deborah Lifchitz reste dans la capitale et se déclare comme « juive » en 1941. Contrainte de quitter son refuge du musée de l'Homme par une descente de police le 11 février 1941, elle est hébergée par ses amisLouise etMichel Leiris dans leur ancien appartementrue Eugène-Poubelle dans le16e arrondissement de Paris, tout en continuant à se rendre régulièrement à son travail.
Le 21 juillet 1941, Paul Lester, sous-directeur du musée de l'Homme, lui annonce son licenciement en raison deslois racistes de Vichy. Un article du journal collaborationnisteAu Pilori, en date du 13 novembre 1941, la dénonce comme continuant encore à travailler au musée « en qualité de “bénévole” ». Le 21 février 1942, la police française vient l'arrêter rue Eugène-Poubelle[6]. Elle est envoyée à lacaserne des Tourelles, puis transférée àDrancy le 13 août, avant d'être déportée àAuschwitz par le convoi no 34 en date du 18 septembre 1942. Elle y est assassinée sans doute peu après le 13 octobre, date à laquelle elle écrit encore à sa famille[7]. Selon le témoignage de Marcel Cohen, elle a été gazée.
Au cours de ses études et de son travail au musée de l'Homme, Deborah Lifchitz étudie et collabore avec les anthropologues et spécialistes de l'Afrique à Paris. Parmi eux,Michel Leiris, Wolf Leslau,Marcel Griaule,Marcel Mauss,Marcel Cohen,Paul Boyer,Paul Rivet ouDenise Paulme, avec qui elle a écrit de nombreux articles.