Également acteur, Cronenberg n'hésite pas à jouer dans certains films quand on fait appel à lui. Ainsi, on le voit apparaître dans son propre filmLa Mouche, mais aussi entre autres dansCabal (Nightbreed deClive Barker),Prête à tout,Mesure d'urgence et plus récemmentJason X.
David Cronenberg est né àToronto, où il vit toujours actuellement. Il est le fils de Milton Cronenberg, écrivain et éditeur, d'origine juive lituanienne et d'Esther Sumberg, pianiste. Il étudie au Harbord Collegiate Institute, puis est diplômé en littérature de l'University College (Université de Toronto) après avoir commencé à étudier les sciences. Il citeWilliam S. Burroughs etVladimir Nabokov comme influences majeures. Sa sœur,Denise Cronenberg, est costumière[2].
Malgré des études de sciences, Cronenberg se tourne rapidement vers le milieu artistique, notamment la « scène underground » de Toronto. Dans la veine ducinéma expérimentalnew-yorkais, il réalise deux courts métrages :Transfer en 1966 etFrom the Drain en 1967. Il passe au long métrage en 1969 avecStereo, puisCrimes of the Future l'année suivante. Ses premières réalisations sont financées par des sociétés de production de films pornographiques. On y retrouve déjà ses thèmes de prédilection : la sexualité, le corps humain comme terrain d'expérimentation, le danger de la contamination, la médecine et la psychanalyse[2].
Au début desannées 1970, il réalise de nombreux téléfilms. Il revient au cinéma en 1975 avecFrissons. Ce film et les deux suivants,Rage etChromosome 3, mêlant horreur et science-fiction, choquent quelques critiques mais offrent à Cronenberg un statut de cinéaste « culte » par l'effroi qu'il arrive à susciter avec une remarquable économie de moyens. Il connaît son premier succès commercial en 1981 avecScanners. Il confirme cela deux ans plus tard avecVidéodrome, un film avecJames Woods sur le pouvoir des médias. Fort de ce succès, il s'attelle ensuite à l'adaptation du roman deStephen King,Dead Zone, dans unfilm homonyme en 1983 avecChristopher Walken.
En 2012, il écrit et réaliseCosmopolis, tiré duroman éponyme deDon DeLillo, avecRobert Pattinson comme tête d'affiche. Le film est sélectionné en compétition au65e Festival de Cannes. La réception critique est divisée sur ce long métrage au ton absurde, futuriste et sarcastique, qui explore le penchant monstrueux du capitalisme et du monde de la finance, devenu totalement abstrait[3]. L'œuvre originale, qui reçut un accueil mitigé lors de sa publication, était en effet considérée comme inadaptable[3] en raison de son style sophistiqué et de ses nombreux dialogues littéraires.
En 2014, Cronenberg met en scèneMaps to the Stars, un film sur des familles de stars àHollywood. Le film se conçoit comme une virulente critique des valeurs d'Hollywood et du cinéma contemporain (opportunisme, régression, décadence, manipulation)[3]. Il ouvre aussi une réflexion sur les conséquences de « l'usine à rêves » sur le comportement individuel et la confusion entre fantasme, images mentales et réalité objective[3]. Le scénario est écrit parBruce Wagner.Maps to the Stars est en compétition au67e Festival de Cannes. La distribution inclutJohn Cusack,Julianne Moore qui remportera lePrix d'interprétation féminine,Mia Wasikowska etRobert Pattinson pour sa seconde collaboration avec le cinéaste. L'œuvre est globalement bien reçue par la presse européenne lors de sa présentation cannoise[3],[4], mais l'accueil est plus mitigé du côté de la critique américaine[5].
Le réalisateur fait ses premiers pas en littérature avec le romanConsumés, un thriller qui convoque journalisme et géopolitique. La sortie nord-américaine du roman en a lieu en même temps que la sortie internationale deMaps to the Stars. Cronenberg songera ensuite à l'adaptation du roman par ses soins[6].
En mai 2025, il compte parmi les signataires d'une pétition de personnalités du cinéma dénonçant le silence du monde de la culture face au « génocide à Gaza »[8].
Sa filmographie peut se caractériser par trois principaux styles : l'étude du corps humain sous un aspect angoissant et monstrueux (Stereo,Crimes of the Future,Frissons,Rage,Chromosome 3,La Mouche,Faux-semblants,Les Crimes du futur) ; l'étude du rapport de l’humain avec la technologie sous un aspect visionnaire (Fast Company,Scanners,Videodrome,Crash,eXistenZ) ; l'étude de la dégénérescence du corps social sous un aspect réaliste et pessimiste (Spider,A History of Violence,Les Promesses de l’ombre,A Dangerous Method,Cosmopolis,Maps to the stars). Son cinéma, influencé par lapsychanalyse, sonde les addictions et les phobies de la société occidentale (Stereo,Crimes of the Future,Videodrome,Faux-semblants,Le Festin nu,Crash,Spider,A Dangerous Method) ainsi que les névroses, laissant libre cours au déchaînement de pulsions refoulées. Ses deux thèmes récurrents sont la double personnalité et le massacre du corps humain. Ses films, caractérisés par une grande maîtrise technique et un univers à la fois malsain, ultra-violent et cérébral, ouvrent la voie à de nombreuses lectures sur le conditionnement, le mal, l'aliénation et la confusion entre réel et virtuel[3].
Sauf indication contraire, les informations mentionnées dans cette section peuvent être confirmées par la base de données cinématographiquesIMDb, présente dans la section« Liens externes ».
David Cronenberg-Collection Positif, coordonné par Hubert Niogret, coll. Positif, éditions Scope(ISBN2-912573-29-7)
Fabien Demangeot,La transgression dans l'œuvre de David Cronenberg [Thèse de doctorat en Arts plastiques. Cinéma], Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne - Ecole doctorale Arts plastiques, esthétique et sciences de l'art, soutenue le 24 mai 2018, 639 p.(lire en ligne)
Jean-Pierre Avedon,100 ans et plus de cinéma fantastique et de science-fiction (Cronenberg David,p. 211 et s.), éditions Rouge Profond, 2013(ISBN978-2-915-08356-9)
Vicenter Sànchez-Biosca, « Entre le corps évanescent et le corps supplicié :Vidéodrome et les fantaisies postmodernes »,Cinémas (automne 1996)p. 73-88.