En 1986, David Baltimore co-signe, avec d’autres biologistes, dontThereza Imanishi-Kari, un article paru dans la revueCell. La contribution scientifique est considérée comme significative, du fait de résultats remettant en cause le fonctionnement dusystème immunitaire. Margaret O’Toole, une chercheuse du laboratoire, ne parvient pas à reproduire les résultats et dénonce des erreurs. Elle soumet le cas au député démocrate du Michigan,John Dingell, qui organise des auditions publiques pour alerter sur lafraude scientifique dans les programmes subventionnés.
L'affaire est largement médiatisée. David Baltimore prend la défense de sa collègue Thereza Imanishi-Kari et invite John Dingell à rester en dehors d’un domaine qu’il ne maîtrise pas[4]. Un premier jury innocente Thereza Imanishi-Kari, puis l’OSI (Office of Scientific Integrity) la déclare coupable en 1991, puis à nouveau en 1994. David Baltimore est contraint de démissionner de son poste de président de l’université Rockefeller de New York. En 1996, à la suite d'une procédure d’appel et d'un changement de majorité politique, Thereza Imanishi-Kari est blanchie de toute accusation, les prétendues preuves de fraude étant jugées « sans pertinence »[5]. La réputation de David Baltimore est rétablie[6],[7]. Cette affaire est citée en exemple par leThe New York Times qui qualifie la gestion de l'OSI de « fiasco » qui a pénalisé des carrières universitaires durant une enquête longue de dix ans[8].
Le COVID-19 et la théorie des fuites de laboratoire
En mai 2021, Baltimore est cité par leBulletin of the Atomic Scientists dans un article sur les origines du virusCOVID-19, déclarant : « Quand j'ai vu pour la première fois le site de clivage de lafurine dans la séquence virale, avec ses codons arginine, j'ai dit à ma femme que c'était la preuve irréfutable de l'origine du virus. Ces caractéristiques remettent en question l'idée d'une origine naturelle du SRAS-CoV-2 »[9]. Cette citation, largement partagée, donne du crédit à la thèse d'unefuite du laboratoire de Wuhan qui a été largement discutée dans le cadre des enquêtes sur l'origine du virus.
Un mois plus tard, Baltimore déclare auLos Angeles Times qu'il aurait dû « adoucir l'expressionpreuve irréfutable car je ne crois pas que cela soit une preuve de l'origine du site de clivage de la furine, mais cela semble en être une. Je crois qu'il est très difficile de déterminer si la séquence a été introduite naturellement ou par manipulation moléculaire, mais je n'exclurais aucune de ces deux hypothèses »[10].
David Baltimore obtient de nombreux prix, dont le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1975. Reçu conjointement avecHoward M. Temin etRenato Dulbecco, les travaux de recherche visent l'exploration des interactions entre lesvirus oncogènes et le matériel génétique des cellules pour une meilleure compréhension du rôle des virus dans le développement du cancer[11].
↑« SPECIAL USA. David Baltimore, 58 ans, prix Nobel de médecine, fut pendant dix ans au cœur d'une ubuesque histoire de fraude. Il retrouve ses fiefs : recherche sur le sida et politique scientifique. Le biologiste et la drôle d'affaire. »,Libération,(lire en ligne)
↑« Sept cas célèbres de scientifiques accusés de fraude »,Le journal du CNRS,(lire en ligne)
↑Girolamo Ramunni, « La fraude scientifiqueLa réponse de la communauté »,La revue pour l'histoire du CNRS,(lire en ligne)
↑NicholasWade, « The origin of COVID: Did people or nature open Pandora's box at Wuhan? »,Bulletin of the Atomic Scientists,(lire en ligne, consulté le).
↑MichaelHiltzik, « A Nobel laureate backs off from claiming a 'smoking gun' for the COVID-19 lab-leak theory »,Los Angeles Times,(lire en ligne, consulté le).
↑« Baltimore David (1938-) »,Universalis,(lire en ligne)
(en)Biographie sur le site de lafondation Nobel (le bandeau sur la page comprend plusieurs liens relatifs à la remise du prix, dont un document rédigé par la personne lauréate — leNobel Lecture — qui détaille ses apports)