Ses principales découvertes, sur les anomalies boursières et lesbiais cognitifs et émotionnels qui les causent, notamment l'aversion à la perte, se sont faites en association avecAmos Tversky. Kahneman, expert enpsychologie cognitive et Tversky, expert en psychologie mathématique, développent ensemble des applications des mathématiques à la psychologie et l'économie.
Daniel Kahneman naît àTel Aviv en 1934, alors que sa mère est en visite auprès de sa famille. Il passe son enfance àParis où ses parents habitent après avoir quitté laLituanie au début des années 1920. Il vit àParis avec ses parents quand l'armée allemande envahit la France en1940. Son père est arrêté lors d'une rafle et libéré après six semaines de détention à la suite de l'intervention de son patron. Il raconte cette expérience vécue dans laFrance occupée, lui attribuant son intérêt pour lapsychologie :
« En 1941 ou 1942, alors que les Juifs devaient porter l'étoile jaune et respecter un couvre-feu à six heures, je rentrais tard après avoir été jouer avec des camarades chrétiens. Alors que je marchais dans la rue, un soldat allemand s'approche. Il portait l'uniforme noir desSS que l'on m'avait appris à craindre plus que tout. Alors que j'accélérais le pas, arrivant à son niveau, je notais qu'il me regardait intensément. Il s'est penché vers moi, m'a pris puis serré dans ses bras. J'étais terrifié qu'il ne remarque mon étoile sous mon chandail. Il me parlait avec émotion, en allemand. Il a desserré son étreinte, ouvert son porte-monnaie, montré la photographie d'un petit garçon et donné de l'argent. Je suis rentré à la maison, plus convaincu que jamais que ma mère avait raison : les gens sont infiniment compliqués et intéressants[2]. »
La famille Kahneman se cache et survit à la guerre. Son père décède dudiabète en 1944. En 1946, Daniel Kahnemann et sa famille émigrent enPalestine mandataire, peu avant la naissance de l'État d'Israël.
Daniel Kahneman reçoit en 1954 son diplôme de l'université hébraïque de Jérusalem avecpsychologie comme matière principale et une option enmathématiques. Il fait ensuite son service militaire au sein du département de psychologie desForces de défense israéliennes où il est chargé d'évaluer les aspirants-officiers et de mettre au point un test pour ce faire. En 1958, il part aux États-Unis pour étudier la psychologie à l'université de Californie, à Berkeley. Il y obtient sondoctorat en 1961.
Daniel Kahneman commence sa carrière universitaire à l'université hébraïque de Jérusalem en 1961 au sein du département de psychologie. Ses premiers travaux prennent pour objet d'étude la perception visuelle et l'attention. Sa première publication parait dans la revueScience et s'intitule « Diamètre de la pupille et mémoire »[3]. Il est, en parallèle, visiteur à l'université du Michigan (1965–1966) et à l'université de Cambridge au sein de l'unité de recherche psychologique appliquée (enanglais :Applied Psychological Research Unit) durant les étés 1968 et 1969. En 1966/1967, il estchercheur au Centre des études cognitives (enanglais :Center for Cognitive Studies) etmaître de conférences en psychologie à l'université Harvard.
C'est alors que commence la longue collaboration avecAmos Tversky. Ensemble, ils publient une série d'articles pionniers sur le thème de laprise de décision, série qui culmine avec la publication de leurthéorie des perspectives en1979 (Kahneman & Tversky, 1979). C'est cette série d'articles qui lui vaudra le prix Nobel d'économie, en 2002, et Tversky l'aurait sans aucun doute aussi reçu s'il avait été vivant (il est mort en 1996). Dans la biographie, écrite à l'occasion de la remise du prix Nobel, Kahneman mentionne que leur collaboration a commencé après qu'il a invité Tversky à donner une conférence, en tant que professeur invité, lors d'un séminaire à l'université hébraïque en 1968/1969. Le premier article commun, intituléLa Croyance dans la loi des petits nombres[4] est publié en 1971. Les sept articles suivants paraissent entre 1971 et 1979 dans des revues spécialisées. À partLa Théorie des perspectives, le plus important de ces articles estLe Jugement dans l'incertitude : heuristique et biais[5], paru en 1974 dans la revueScience.
Daniel Kahneman quitte l'université hébraïque en 1978 pour prendre un poste à l'université de la Colombie-Britannique. Ce changement n'affecte pas leur collaboration puisque Tversky, pour sa part, rejoint l'université Stanford la même année.
Kahneman et Tversky sont tous deuxfellows au Centre pour la recherche avancée en sciences comportementales (Center for Advanced Studies in the Behavioral Sciences) àStanford lors de l'année scolaire 1977-1978. Un jeune économiste,Richard Thaler est alors professeur-invité au Bureau national de la recherche économique (National Bureau of Economic Research). Selon Daniel Kahneman,« nous sommes rapidement devenus amis et, depuis, nous avons chacun considérablement et mutuellement influencé notre manière de penser[6]. » S'appuyant sur les travaux de Kahneman et Tversky en matière de théorie des perspectives, Thaler publie, en 1980,Vers une théorie positive du choix du consommateur (Toward a Positive Theory of Consumer Choice), un article que Kahneman qualifie de« pierre angulaire de l’économie comportementale[7]. » Kahneman et Tversky se consacrent alors au développement de cette nouvelle approche de lathéorie économique et leur collaboration exclusive s'efface peu à peu vers une collaboration moins binaire qui n'en continue pas moins, pour autant, et ne prendra fin qu'avec le décès de Tversky. En 1983, Kahneman publie deux articles avecAnne Treisman, son épouse depuis1978.
Durant les années 1990, Daniel Kahneman oriente ses recherches vers la « psychologie hédoniste », un champ proche de lapsychologie positive, alors en plein foisonnement. Selon Kahneman et ses collègues :
« La psychologie hédoniste… est l'étude de ce qui rend l'expérience de la vie plaisante ou déplaisante. Elle a à voir avec les sentiments, la douleur et le plaisir, la passion et l'ennui, la joie et le chagrin, la satisfaction ou l'insatisfaction. Elle est corrélée avec toute une gamme de circonstances biologiques ou sociétales qui provoquent la souffrance ou le plaisir. »
Il est difficile de déterminer avec précision le moment où les recherches de Daniel Kahneman ont commencé à s'orienter vers l'hédonisme dans la mesure où il est lié à la notion économique d'utilité. Un seul chapitre, sur un total de vingt-trois articles publiés entre 1979 et 1986, lui est consacré. Mais à partir de 1990, les articles sur la psychologie de l'utilité, l'utilitarisme se multiplient[8]. En 1992, Varey et Kahneman introduisent une méthode pour évaluer les moments et les épisodes comme moyen d'immortaliser « l'expérience étendue au travers du temps ». Kahneman n'en continue pas moins ses recherches concernant lathéorie de la décision[9] mais la psychologie hédoniste est le thème d'un nombre croissant de publications scientifiques[10] dont l'aboutissement est le volume coécrit avecEd Diener(en) etNorbert Schwarz, deux spécialistes desaffects et dubien-être[11].
En juillet 2006, dans une cérémonie conjointe, les universitésPanthéon-Sorbonne etParis-Descartes lui décernent leurdoctorat honoris causa respectivement en économie et en psychologie, en reconnaissance de son apport majeur au rapprochement entre ces disciplines[13].
(en)Autobiographie sur le site de lafondation Nobel (le bandeau sur la page comprend plusieurs liens relatifs à la remise du prix, dont un document rédigé par la personne lauréate — lePrize Lecture — qui détaille ses apports)