Reconnu pour l'intensité dramatique de ses compositions aussi marquantes que diverses (aristocrate, petit voyou, marginal ou criminel) chez des réalisateurs tels queMartin Scorsese,Steven Spielberg,Stephen Frears,Jim Sheridan,Paul Thomas Anderson ou encoreJames Ivory, il est aussi réputé pour être l'un des acteurs internationaux les plus sélectifs[2], apparaissant seulement dans six films entre 1998 et 2017. Adepte dela Méthode de l'Actors Studio[3], Day-Lewis est célèbre pour l'implication extrême et constante qu'il accorde à sespersonnages, les longues recherches qu'il entreprend et l'important temps de préparation qu'il exige pour chacun de ses rôles[4].
À l'occasion de sa naissance, son père compose lepoème suivant :
« Welcome to earth, my child! Joybells of blossom swing. We time-worn folk renew Ourselves at your enchanted spring, As though mankind's begun Again in you This is your birthday and our thanksgiving[a] »
Alors qu'il vit dans un quartier de laclasse moyenne deGreenwich, Day-Lewis est souvent intimidé et rudoyé par une bande de voyous[20] de son école publique[21] en raison de ses origines sociales « chic » et de sajudéité[22],[23]. Il en profite cependant pour assimiler l'accent local, ainsi que les particularités dumilieu ouvrier, qui seront si convaincants lors de ses premières performances[20],[24], et il s'engage même dans des activitésdélictuelles mineures, telles que levol à l'étalage[25].
En 1968, lorsqu'il a onze ans, ses parents l'envoient en internat dans uneécole privée deSevenoaks dans leKent, à cause de son comportement difficile. Bien qu'il déteste son école, il y découvre les trois activités qui l'intéresseront le plus par la suite : letravail du bois, lapêche et le métier d'acteur. Peu enclin aux études après deux ans àSevenoaks, il est transféré dans une autre école privée,Bedales, àPetersfield (Hampshire)[26], où sa sœur est déjà scolarisée, et dont la philosophie est plus détendue et créative. Son père meurt alors qu'il a quinze ans en 1972, et peu après, Daniel Day-Lewis est interné enhôpital psychiatrique à la suite d'uneoverdose médicamenteuse[27].
Il fait des débuts au cinéma à l'âge de14 ans en 1971[19].
Pendant quelques semaines en 1972, la famille Day-Lewis vit à la résidence Lemmons sise au nord de Londres, appartenant aux romanciersKingsley Amis etElizabeth Jane Howard. Le père de Day-Lewis souffre d'uncancer du pancréas et y meurt en mai de la même année[28].
Assagi, Daniel Day-Lewis quitte la pension deBedales en 1975 et doit alors faire des choix pour sa carrière professionnelle. Bien qu'il excelle sur scène auNational Youth Theatre[29], il décide de devenirébéniste, s'inscrivant dans unapprentissage de cinq ans. Cependant, en raison de son manque d'expérience, il n'est pas accepté[25]. Finalement, ébloui par la performance deRobert De Niro dansTaxi Driver (1976)[25], il s'inscrit et est accepté aux cours de théâtre dispensés auBristol Old Vic[25], qu'il suit pendant trois ans.
John Hartoch, professeur de théâtre de Day-Lewis àBristol, se souvient[30] :
« Il y avait déjà quelque chose chez lui. Il était calme et poli, mais il était clairement concentré sur son jeu d'acteur – il avait une qualité brûlante. Il semblait avoir quelque chose de brûlant sous la surface. Il se passait beaucoup de choses sous cette apparence tranquille. Il y a eu une représentation en particulier, lorsque les étudiants ont monté une pièce intituléeClass Enemy, où il a vraiment semblé briller – et il est devenu évident pour nous, le personnel, que nous avions quelqu'un d'assez spécial entre nos mains »
Après ses débuts au théâtre àBristol, il obtient son premier rôle defiguration à l'âge de14 ans, dans le film deJohn Schlesinger,Un dimanche comme les autres (Sunday Bloody Sunday), sorti en 1971, où il n'est pas crédité dans son rôle d'un jeune vandale dont, un peu plus loin dans le métrage, on filme de façon détaillée et très documentée laBar-mitsva (et qui, semble-t-il, est le neveu du docteur Hirsch joué parPeter Finch). Daniel Day-Lewis décrit cette expérience comme« divine », ayant reçu 2 £ pour vandaliser des voitures de luxe garées devant l'église locale[19].
Onze ans après sa première apparition au cinéma, Daniel Day-Lewis est embauché parRichard Attenborough pour sonbiopicGandhi (1982), dans le rôle d'un jeune voyou raciste. L'année suivante, il obtient le rôle secondaire de John Fryer, officier de laRoyal Navy et second du capitaine interprété parAnthony Hopkins dansLe Bounty (The Bounty). Mais c'est le personnage d'homosexuel marginal amoureux d'un immigré pakistanais dansMy Beautiful Laundrette (1985) deStephen Frears, et son interprétation d'un jeune anglais de bonne famille la même année dansChambre avec vue (A Room with a View) deJames Ivory, deux rôles opposés, qui le révèlent au grand public. En 1986, il manque le rôle deSid Vicious dans le filmSid et Nancy, finalement attribué àGary Oldman[35].
En1987, il endosse le rôle principal deL'Insoutenable Légèreté de l'être (The Unbearable Lightness of Being) dePhilip Kaufman, au côté deJuliette Binoche etLena Olin. Il y interprète un jeune médecintchèque dont les relations sentimentales sont bouleversées par lePrintemps de Prague. Pour préparer le rôle, et durant les huit mois de tournage, il a appris à parlertchèque (pour un film tourné enanglais, uniquement pour en avoir l'accent) et refuse pour la première fois de quitter le personnage entre les scènes[25].
AprèsL'Insoutenable Légèreté de l'être, et des rumeurs faisant état d'une relation avec Juliette Binoche[25], il se sépare de l'actrice Sarah Campbell[25].
Daniel Day-Lewis interprète sa propre version de laMéthode pour le rôle dupoète irlandais infirmeChristy Brown dansMy Left Foot deJim Sheridan en1989, pour lequel il reçoit l'Oscar du meilleur acteur et de nombreux autres prix. Au cours du tournage, ses excentricités sont à leur apogée, en raison de son refus de quitter le personnage durant toute la période du tournage : il passe des mois en fauteuil roulant (les techniciens doivent le soulever sur le plateau de tournage avec un système de câbles) et est nourri à la petite cuillère[24] afin d'avoir un aperçu de chaque aspect de la vie de Brown. Finalement, il se casse deux côtes à cause de la position voûtée qu'il occupe sur sa chaise roulante[36], qui lui cause depuis des douleurs dans le dos[37]. Le rôle est classé4e des dix rôles les plus extrêmes jamais joués par le siteLovefilm[38].
Daniel Day-Lewis venant chercher son premierOscar, en 1990, pourMy Left Foot.
Il revient sur scène en 1989 pour travailler dans l'adaptation deHamlet (1603) parRichard Eyre auRoyal National Theatre. Au cours de la scène où le fantôme du père de Hamlet apparaît à son fils pour la première fois, il s'effondre[25], secoué de sanglots[39]. Refusant de revenir sur scène, il est rapidement remplacé parIan Charleson, alors que c'estJeremy Northam qui reprend le rôle-titre pour le reste des représentations programmées. Bien que l'explication officielle ait attribué son malaise à la fatigue, une rumeur fait état de ce que Daniel Day-Lewis aurait en fait aperçu le fantôme de son père, mort17 ans plus tôt, ce qu'il confirme plus tard dans uneémission britannique[40],[41]. Il n'est jamais remonté sur scène depuis.
Au début des années 1990, Daniel Day-Lewis rencontreIsabelle Adjani, avec qui il a un fils, Gabriel-Kane[26], né en 1995 quelques mois après leur séparation[39].
En1992, trois ans après son Oscar, il apparaît dans le film deMichael Mann,Le Dernier des Mohicans (The Last of the Mohicans), dans le rôle d'un européen recueilli dès la naissance par unMohican. Son travail de préparation est largement médiatisé : il s'isole plusieurs mois dans la forêt à chasser et pêcher, et il apprend à dépecer des animaux, à construire descanoës, à se battre avec untomahawk, et à charger unpistolet à poudre en pleine course. Pistolet qu'il a porté sur lui pendant tout le temps du tournage[25],[42].
En 1993, il collabore pour la première fois avecMartin Scorsese dansLe Temps de l'innocence adapté duroman éponyme d'Edith Wharton — The Age of Innocence, 1920 — où il est face àWinona Ryder etMichelle Pfeiffer. Le film se déroule pendant leGilded Age,« l'âge doré » en Amérique, et en guise de préparation, Daniel Day-Lewis se promène pendant deux mois dansNew York vêtu des costumes de l'aristocratie desannées 1870, avec unhaut-de-forme, des chemises àjabot, une canne et une cape pendant l'hiver[45]. Il s'isole de longues semaines dans un hôtel dont l'architecture ressemble aux endroits où se déroule le film, puis disparaît littéralement, jusqu'à ce que la production se rende compte qu'il était enregistré sous le nom de Newland Archer, le nom de son personnage dans le film[37].
Après avoir refusé les rôles principaux dansPhiladelphia,Le Patient anglais etLa Liste de Schindler, il retrouveJim Sheridan dansAu nom du père (In the Name of the Father, 1993), dans lequel il interprèteGerry Conlon, l'un desQuatre de Guildford (Guildford Four), injustement accusé d'un attentat perpétré par l'IRA provisoire. Daniel Day-Lewis perd plusieurs kilos pour se préparer au rôle, reprend sonaccent nord-irlandais devant et derrière les caméras ; il passe aussi plusieurs semaines en cellule et demande à subir une séance d'interrogatoire musclée pendant trois jours, exigeant des techniciens qu'ils lui jettent des seaux d'eau glacée et qu'ils l'insultent[42]. Le rôle lui vaut une seconde nomination auxOscars, et il est aussi nommé auBAFTA et auGolden Globe du meilleur acteur.
En 1996, Daniel Day-Lewis joue dans l'adaptation de la pièceLes Sorcières de Salem (1952), intituléeLa Chasse aux sorcières (The Crucible), réalisée parNicholas Hytner, où il retrouveWinona Ryder. Deux ans plus tard, il est à nouveau engagé parJim Sheridan pour le rôle de Danny Flynn dansThe Boxer , l'histoire d'un ancien boxeur et membre de l'IRA récemment libéré de prison, basée sur la vie de l'irlandaisBarry McGuigan, champion poids plume dans les années 1980. Pour préparer sa prestation, Day-Lewis s'entraîne pendant plusieurs mois avec l'ancien boxeur[46].
En 1996, alors qu'il travaille sur l'adaptation cinématographique de la pièceLes Sorcières de Salem, il visite la maison du dramaturgeArthur Miller, où il rencontre sa fille,Rebecca Miller. Ils se marient l'année suivante, et ont deux fils : Ronan Cal Day-Lewis (né le 14 juin 1998) et Cashel Blake Day-Lewis (né en mai 2002), avec qui ils partagent leur vie entre lesÉtats-Unis et l'Irlande[19].
À la suite du film, Daniel Day-Lewis prend une« semi-retraite » du métier d'acteur et revient à son ancienne passion de l'ébénisterie. Il déménage en Italie, àFlorence, où il s'initie aux techniques de cordonnerie, pour finalement se former au métier decordonnier[25]. Ses doutes et ses actions ne sont alors pas connus du public, et il a toujours refusé de s'expliquer sur cette période de sa vie[47].
Après cinq années d'absence et après avoir refusé le rôle d'Aragorn dansles trois films adaptés duSeigneur des Anneaux[25], Daniel Day-Lewis revient au cinéma pour tourner à nouveau sous la direction deMartin Scorsese dans le film historiqueGangs of New York (2003). Il y campe un inquiétantBill le Boucher (Bill the Butcher) dans leNew York duXIXe siècle, celui des guerres entre communautés immigrées et mafieuses, sur fond d'émeutes anti-conscription, lesDraft Riots, et il fait face àLeonardo DiCaprio, jeune protégé de Bill. Il commence un long processus de préparation en prenant des cours en tant qu'apprenti boucher avant le début du tournage, et il reste dans la peau de son personnage entre les prises, en gardant sonaccent new-yorkais[25]. Il tombe malade pendant le tournage, et on lui diagnostique unepneumonie, mais il refuse de porter un manteau plus chaud ou d'avaler un traitement antibiotique, parce que celui-ci n'existait pas à l'époque (il acceptera finalement de recevoir un traitement médical)[48]. Son interprétation lui vaut une troisième nomination à l'Oscar du meilleur acteur, et il remporte leBAFTA dans la même catégorie, ainsi que de nombreuses autres récompenses.
En2006, son épouseRebecca Miller lui offre le rôle principal de son filmThe Ballad of Jack and Rose dans lequel il interprète un homme mourant, ancienhippie, qui élève seul sa fille. Au cours du tournage, il vit à l'écart de sa compagne dans le but d'obtenir l'isolement qui lui semble nécessaire pour se concentrer sur la réalité de son personnage[19].
L'acteur aux Golden Globes 2013, récompensé pour le rôle-titre deLincoln, qui lui vaut aussi son troisième Oscar du meilleur acteur.
Les années 2010 sont marquées par les sorties de seulement deux longs-métrages.
En 2012, il est dirigé pour la première fois parSteven Spielberg dansLincoln, adapté de l'ouvrageTeam of Rivals: The Political Genius of Abraham Lincoln deDoris Kearns Goodwin et consacré à la dernière partie de la vie d'Abraham Lincoln, lors de son combat pour l'adoption, par le Congrès, du13e amendement permettant l'abolition de l'esclavage. Daniel Day-Lewis y interprète le rôle-titre[51]. Dans un premier temps, le comédien refuse le rôle déclarant à Spielberg :« Pour me plonger dans un rôle, je dois explorer une autre vie que la mienne. C'est un travail que je ne parviens à effectuer que si le personnage correspond à une attente personnelle ressentie au bon moment. Dans le cas de ce biopic, même si je suis fasciné par Abe [surnom d'Abraham Lincoln], ce n'est qu'en tant que spectateur qui rêve de découvrir une histoire qui le passionne. Pas en tant qu'interprète. »[52]. Mais sur l'insistance de son amiLeonardo DiCaprio qui l'engage à réfléchir avant de donner une réponse définitive, il se ravise[52]. Il réclame alors au réalisateur plus d'une année de préparation durant laquelle il lit une centaine de livres sur leprésident américain et travaille longuement avec les maquilleurs pour lui ressembler le plus possible[52]. Il entame également plusieurs recherches et se renseigne minutieusement sur les postures, les gestes familiers et le timbre de voix sujet à discussion du16e président des États-Unis, tels que le relatent les témoignages d'époque[52].
Durant le tournage, il exige que l'équipe le nomme « Monsieur le président » en toutes circonstances, avant et après les prises puis envoie des SMS dans le langage duXIXe siècle àSally Field, qui joue son épouse à l'écran[52]. Lors de sa sortie, le film reçoit un accueil critique largement positif, principalement pour l'interprétation de son acteur principal. En 2013, il est nommé à de nombreux prix cinématographiques de premier ordre dont douzeOscars.Lincoln est également un succès au box office, avec plus de 165 millions de dollars de recettes (avant la sortie internationale). Daniel Day-Lewis rafle la quasi-totalité des prix de la saison des récompenses 2012-2013 : il remporte notamment leGolden Globe, leCritics Choice Award, leScreen Actors Guild Award, leBAFTA et, pour la troisième fois, l'Oscar du meilleur acteur ce qui constitue un record inédit. Il devient en effet, chez les hommes, le premier acteur – et le premier Européen – à remporter trois trophées auxOscars dans la catégoriemeilleur acteur, ce que des stars légendaires telles queGary Cooper,Fredric March,Spencer Tracy,Marlon Brando,Jack Nicholson ou encoreDustin Hoffman n'avaient jamais réussi avant lui[52]. Dans ce classement, il reste néanmoins derrièreKatharine Hepburn qui détient le record absolu d'Oscars gagnés avec quatre statuettes pour le meilleur premier rôle[52].
En décembre 2017, sortPhantom Thread, sa seconde collaboration avec le cinéaste Paul Thomas Anderson. Le 20 juin 2017, l'acteur déclare qu'il s'agit de son dernier film et annonce son départ à la retraite, après vingt films (en excluant son premier film, où il est non-crédité) et son statut de premier acteur à gagner trois fois l'Oscar[53],[54].
En 1989, Daniel Day-Lewis rencontre l'actrice françaiseIsabelle Adjani[55]. Leur fils, Gabriel-Kane, naît le àNew York, quelques mois après leur séparation[56].
L'acteur Daniel Day-Lewis à New York le 10 décembre 2007.
Le talent de Daniel Day-Lewis est reconnu par une grande partie de la profession[57],[58]. Se réclamant de l'Actors Studio[3], il a la réputation de se vouer totalement aux personnages qu'il incarne, passant, dans chaque registre, par une très large palette d'émotions, de la plus excessive à la plus enfouie, et de rester dans la peau de son personnage pendant toute la durée dutournage. Un journaliste évoque le« talent de l'acteur irlandais passé maître dans le langage et la vérité du corps aux dépens de l'éloquence[59] » chez Day-Lewis, qui fait partie de cette« race d'acteurs, proche de l'aphasie, dont la révolte sourde transpire par tous les pores de son corps, sans jamais parvenir à s'énoncer[60]. »
Les critiques de cinéma ont largement commenté et plébiscité son jeu d'acteur.The New York Times écrit qu'il est« un acteur dont l'intensité à l'écran est seulement concurrencée par son intensité hors-écran, Daniel Day-Lewis est l'un des interprètes les plus acclamés et les moins compris dans l'histoire du cinéma. Les histoires entourant son immersion complète dans ses rôles sont légendaires[b],[47] ». Il est placé à part parmi les grands acteurs anglophones, commeTom Cruise,Harrison Ford,Clint Eastwood ouGene Hackman, qui sont considérés comme des« professionnels accomplis, dignes de confiance, qui ne manquent jamais leur but, qui tiennent toujours leurs promesses. Certains acteurs – il n'y en a jamais beaucoup – sont un cran au-dessus : ils fouillent si loin dans l'esprit de leurs personnages, au cœur de leurs âmes, qu'ils peuvent en devenir difficiles à vivre pour leur entourage.Brando était comme cela,Sean Penn l'est toujours. Et il y a la version ultime d'aujourd'hui, Daniel Day-Lewis, considéré par beaucoup comme l'acteur le plus extrême, et par conséquent, le meilleur de tous[c],[25]. »
Son jeu hors du commun est aussi reconnu en France.Télérama écrit à propos de son rôle dansThe Ballad of Jack and Rose :« Daniel Day-Lewis est un oiseau tellement rare qu'on avait presque oublié le miracle de sa présence sur un écran. Fébrile et raffiné commeMontgomery Clift, abrupt et indépendant commeCorto Maltese, il incarne Jack Slavin, un irréductible hippie attendant la mort dans une île au large de la côte Est. À quoi tient son intense magnétisme, dès les premières secondes de son apparition ? Démarche de héron efflanqué, port de chapeau ahuri et aérien, sourires en coin diaboliques, l'acteur fait feu de tout bois, avec la grâce naturelle du génie qui s'ignore[61] », alors queLe Monde 2 en fait sa couverture en 2008 pour la sortie deThere Will Be Blood, le qualifiant de« meilleur acteur du monde »[37].
Certains médias regrettent cependant lecabotinage dont il semble faire preuve dans l'interprétation de certains de ses derniers rôles[62],The Telegraph titrant en 2008« Daniel Day-Lewis : est-il un grand acteur ou un cabotin[63] ? ». D'aucuns répondent qu'il interprète alors un personnage qui cabotine, et que dans son immersion dans la psychologie et la gestuelle de celui-ci, il est ainsi légitime pour l'acteur d'en accentuer les grimaces[64].
Day-Lewis est parfois qualifié de« fou » ou de« schizophrène »[65],[66] en raison de son investissement intégral dans le rôle qu'il est en train de jouer, ainsi que de sa rigueur. Il explique :« Paul Thomas Anderson n'arrivait pas à trouver le financement [deThere Will Be Blood]. Il est considéré comme un cinéaste inclassable et moi comme un acteur complètement dingue[67]. »
« Un acteur comme Daniel Day-Lewis me fascine. Lui, il est vraiment passé de l'autre côté et n'est pas revenu ! Arriver à ce niveau-là, c'est formidable. Oublier que l'on joue, entrer en schizophrénie. »
Il est remarqué dès 1986 pour ses rôles dans deux films sortis le même jour aux États-Unis,My Beautiful Laundrette etChambre avec vue. Il interprète là deux rôles tellement différents que la plupart des critiques en sont impressionnés, alors que certains avaient déprécié sa performance dansLe Bounty en 1984 (« il a l'air d'être un mauvais acteur[d] »)[25].Roger Ebert écrit dans leChicago Sun-Times :« Le personnage de Johnny peut vous faire y regarder à deux fois si vous venez de voir le superbeChambre avec vue. Il est interprété par Daniel Day-Lewis, le même acteur qui, dans l'autre film, joue le fiancé maniéré de l'héroïne. Voir ces deux performances l'une après l'autre confirme le miracle du jeu de l'acteur : l'homme qui peut interpréter ces deux opposés est stupéfiant[e],[69]. »
À la fin des années 1980, il est ainsi catégorisé dans une nouvelle génération d'acteurs britanniques prometteurs, aux côtés deGary Oldman ou deTim Roth[f],[70], collectivement appelés« Brit Pack[71] », en référence auBrat Pack américain, avec« Brit » pourBritish (britannique). Tous issus du même milieu ouvrier du Sud de Londres (New Cross pour Oldman,Tulse Hill pour Roth etGreenwich pour Day-Lewis), les trois acteurs ont formé un« remarquable triumvirat » du cinéma britannique dans les années 1980[72]. Souvent comparé àLaurence Olivier à ses débuts[73], il est aussi considéré comme l'héritier deRobert De Niro etMarlon Brando[72].
Son héritage a inspiré nombre de jeunes acteurs, commeEwan McGregor, qui pense même à abandonner sa carrière d'acteur lorsqu'il visionne sa performance dansAu nom du père, pensant qu'il ne serait jamais aussi bon que lui[74]. À un peu plus de cinquante ans, il fait déjà partie des modèles auxquels sont comparés les acteurs considérés comme des révélations au début des années 2010, commeRyan Gosling[75] ouMichael Fassbender[76],[77],[78].
Il est également considéré comme l'un des acteurs les plus sélectifs et les moins prolifiques du cinéma contemporain[63], ayant tourné dans moins de vingt films depuis 1971, laissant passer jusqu'à cinq ans entre deux rôles. Ses choix, allant ducinéma indépendant (The Ballad of Jack and Rose) aux grosses productions (Gangs of New York), sont souvent des succès critiques[57],[58] et commerciaux[79], à une ou deux exceptions près. Le total des recettes de l'ensemble de ses films atteint plus de 520 millions de dollars[79].
Le charisme et l'intensité de Day-Lewis l'ont conduit à se voir nommé par plusieurs magazines (People,Empire,GQ, etc.) sur leurs listes des personnalités les plus sexy de la planète[80]. De plus,People l'a classé parmi les 100 plus grands acteurs de notre temps en 2002[81],[82] et il apparaît deux fois dans la liste des 100 meilleures performances dePremière en 2006[83]. Le 5 novembre 2012, il fait la une duTIME[84] dans sa version originale américaine, accompagnée de la phrase« Que ferait Lincoln[g] ? »[85], ainsi que dans les éditions européennes, asiatiques, africaine et du Moyen-Orient, sous-titrée« Le meilleur acteur du monde[h] »[86], et fait partie des20 hommes mémorables de l'année duNew York Times[87].
Ainsi, il est l'un des acteurs contemporains les plus récompensés de l'histoire du cinéma[i], et il n'est battu que par l'acteur austro-allemandChristoph Waltz – et son interprétation du ColonelSSHans Landa dans le film deQuentin TarantinoInglourious Basterds en 2009 avec plus de40 récompenses[92] – pour le nombre de récompenses obtenues avec un seul rôle (There Will Be Blood : 28 récompenses ;Lincoln : 29 récompenses).
À propos de ses régulières nominations et récompenses, avant même la sortie nationale deLincoln aux États-Unis, le comédien et animateurStephen Colbert demande si l'Académie qui remet lesOscars ne devrait pas créer une statuette à l'image de Day-Lewis et la lui remettre après chacun de ses films[93]. En janvier 2013, le site américainCollege Humor a publié une série d'« affiches honnêtes » (Honest Titles) sur les films nommés aux Oscars, des détournements des affiches officielles supposées représenter les réelles intentions des producteurs, dont celle deLincoln qui présente l'image de l'acteur accompagné du titre suivant :« Daniel Day-Lewis Wants an Oscar » (« Daniel Day-Lewis veut un Oscar »)[94],[95].
En 2013, le magazineTime, le nomme parmi les« Icons » de sonTime 100 des personnes les plus influentes du monde à la suite de son rôle dansLincoln[96].
↑Traduction (non officielle) :« Bienvenue au monde, mon enfant ! Sonnent les cloches de joie de la floraison. Nous, parents usés par le temps, renaissons En ce printemps enchanté, Comme si l'humanité recommençait Une fois encore avec toi C'est ta naissance et notre gratitude ».
↑Citation originale :« An actor whose on-screen intensity is rivalled only by his off-screen intensity, Daniel Day-Lewis is one of the most acclaimed and least understood performers in the history of cinéma. The stories surrounding his complete immersion in his roles are legendary ».
↑Citation originale :« Many actors are described as a "consummate professional". Tom Cruise, Harrison Ford, Clint Eastwood, Gene Hackman - these guys are utterly trustworthy, they never miss the mark, never miss a beat, they always deliver. But there's delivering and delivering. Some actors - and there have never been many - take that extra step, delve so far into the spirit of their characters, into the heart of the piece, that they can become a total pain to those around them. Brando was like that, Sean Penn still is. And then there's the modern-day ultimate - Daniel Day-Lewis, considered by many to be the most extreme, and consequently the finest actor of them all ».
↑Citation originale :« The character of Johnny may cause you to blink if you've just seen the wonderfulA Room with a View. He is played by Daniel Day-Lewis, the same actor who, inRoom, plays the heroine's affected fiancee, Cecil. Seeing these two performances side by side is an affirmation of the miracle of acting: That one man could play these two opposites is astonishing ».
↑Citation originale :« After spending a few years in theatre, in the late 1980s Oldman became a member of a new generation of blazing big-screen acting talents alongside Tim Roth and Daniel Day Lewis ».
↑Comprendre à l'heure actuelle (années 2010), compte tenu de l'état desrécompenses de cinéma, qui sont plus nombreuses qu'il y a dix ans, mais les principales (Oscars, BAFTAs, Golden Globes, etc.) étant déjà décernées depuis plusieurs décennies. Les autres acteurs ayant un également un grand nombre de récompenses sont par exempleJack Nicholson,Marlon Brando,Dustin Hoffman,Tom Hanks,Sean Penn,Robert De Niro,Denzel Washington, etc. (tous ont cependant reçu moins de 90 récompenses).Meryl Streep est quant à elle l'actrice la plus récompensée (catégories acteurs et actrices confondues), avec plus de 110 récompenses depuis les années 1980.
La version du 8 décembre 2011 de cet article a été reconnue comme « bon article », c'est-à-dire qu'elle répond à des critères de qualité concernant le style, la clarté, la pertinence, la citation des sources et l'illustration.