Crocus est un genre botanique de la famille desIridaceae, qui comprend 265 espèces[1], dont un certain nombre fleurit en automne. Les espèces sont en majorité originaires des montagnes de la région méditerranéenne ; la plus grande concentration se trouvant dans lesBalkans et enAsie mineure. Font exceptionCrocus vernus (L.) Hill, qui remonte jusqu'en Europe centrale (Alpes etCarpates) et quelques espèces, notammentCrocus alatavicus Semenova & Reg. etCrocus korolkowii Regel ex Maw, originaires des montagnes d'Asie centrale.
Destaxons semblables, mais n'appartenant pas à la même famille, sont parfois appelés à tortcrocus ; c'est le cas duCrocus d'automne (Sternbergia lutea).
Le nom de genreCrocus vient du grecκρόκος /krókos, « safran ». Il est utilisé parThéophraste (I, 6, 6) etDioscoride (HN, 1.26).Le nom est peut-être emprunté et lié à l’akkadienkurkanu, l’hébreukarkom, l’araméenkurkena et lesanscritkunkuma. L’arabekurkum a donnéCurcuma,« le safran des Indes »[4].
La classification proposée en 1982 par Brian Mathew n’est certes pas idéale, mais a l’avantage d’être basée sur des caractéristiques faciles à reconnaître, surtout la présence ou l’absence de prophylle (spathe basale) et l’aspect dustyle et de la tunique descormes. Les 7 espèces découvertes dans l’intervalle ont été ultérieurement intégrées dans cette classification[5].
Des analyses moléculaires réalisées récemment à l’université de Copenhague suggèrent en effet que cette classification devrait être revue. L’examen des données de l’ADN suggère qu’il n’y a pas de raison d’isolerCrocus banaticus dans le sous-genreCrociris, même si cette espèce est unique morphologiquement parlant. Comme elle possède un prophylle à la base du tube floral elle devrait dès lors être placée dans la sectionCrocus, bien que sa relation exacte au reste du sous-genreCrocus reste à préciser. Une autre espèce anomale,Crocus baytopiorum, devrait être dorénavant placée dans une série propre, à savoir la sérieBaytopi. La position deCrocus malyi reste par ailleurs à préciser.Crocus gargaricus subsp.herbertii a été entre-temps élevé au rang d’espèce, en tant queCrocus herbertii B. Mathew. Peut-être moins surprenant, le crocus automnalCrocus longiflorus, l’espèce type de la sérieLongiflori (considérée longtemps par Mathew comme « un assemblage disparate »), semble devoir être rattaché à la sérieVerni. L'étude suggère en outre que les sériesReticulati,Biflori etSpeciosi devraient être regroupées.Crocus adanensis etCrocus caspius devraient en outre quitter la sérieBiflori.Crocus adanensis rejoindrait ainsiCrocus paschei dans la sérieFlavi, etCrocus caspius serait rattaché à la sérieOrientales. L’étude montre par ailleurs que malgré les inconsistances notées entre la classification de Mathew et l’hypothèse actuelle, l’assignation des espèces à des sections et des séries reste supportée. La reclassification future concernera vraisemblablement tous les niveaux infra-génériques (sous-genres, sections et séries). Des études supplémentaires sont toutefois à effectuer avant de prendre une décision ferme concernant un système de classification hiérarchisé[6].
Ci-après la classification proposée en 1982 par Brian Mathew, adaptée en fonction de résultats de cette étude.
Section Crocus : Présence d’un prophylle basal
SérieVerni : corme à tuniques à fibres réticulées,floraison printanière, fleurs généralement indistinctement striées, bractées absentes
SérieSpeciosi : corme à tuniques annulées et membraneuses ou coriaces, feuilles apparaissant après les fleurs, floraison automnale, style fortement divisé
Crocus pulchellus Herb.
Crocus speciosus M. Bieb.
Crocus speciosus subsp.speciosus
Crocus speciosus subsp.ilgazensis B. Mathew
Crocus speciosus subsp.xantholaimos B. Mathew
SérieOrientales : corme à tuniques à fibres parallèles ou faiblement réticulées, feuilles nombreuses, floraison printanière, style à trois branches
Crocus alatavicus Semenova & Reg.
Crocus caspius Fischer & Meyer (auparavant dans laSérieBiflori)
Crocus korolkowii Regel ex Maw
Crocus michelsonii B. Fedtsch.
SérieFlavi : corme à tuniques membraneuses à fibres parallèles, floraison printanière, style très divisé
Crocus adanensis T. Baytop & B. Mathew (auparavant dans laSérieBiflori)
SérieIntertexti : corme à tuniques à fibres intriquées, floraison printanière
Crocus fleischeri J. Gay.
SérieLaevigati : corme à tuniques membraneuses, à fibres parallèles ou coriaces, feuilles apparaissant avec les fleurs, floraison automnale, anthères blanches, style fortement divisé
Crocus boryi J. Gay
Crocus laevigatus Bory & Chaub.
Crocus tournefortii J. Gay.
Carte de répartition de 16 espèces de genre Crocus en Europe et en Asie. (A essayer selon la description disponible dans différentes pages Wikipedia en, de, fr, ru, es.)
Quelques espèces rustiques à floraison hivernale et printanière
Crocus ancyrensis (Herb.) Maw 'Golden Bunch' etCrocus gargaricus Herb. – deux espèces Turquie – sont à fleurs jaunes.Crocus ancyrensis fleurit dès la fin janvier avecCrocus tommasinianus.
Crocus angustifolius Weston (Syn.Crocus susianus) de Crimée a des fleurs jaunes àtépales étroits bruns à l’extérieur.
Crocus chrysanthus Herb. des Balkans et d'Asie mineure a des fleurs jaunes à tépales striés de brun à l’extérieur. L'espèce est rarement cultivée. Elle est surtout présente sous forme de diverses variétés et de croisements avecCrocus aerius Herb. etCrocus biflorus Mill.
Crocus corsicus Vanucchi ex Maw de Corse fleurit en avril avec des fleurs mauves striées de violet.
Crocus etruscus Parl. 'Zwanenburg' du centre de l’Italie, a des fleurs lilas.
Crocus flavus Weston est originaire des Balkans et d'Asie mineure. C'est à partir de cette espèce que les crocus de Hollande à fleur jaune ont été sélectionnés.
Crocus fleischeri J. Gay de Turquie a des fleurs blanches étoilées à gorge violette.
Crocus korolkowii Regel ex Maw d’Asie centrale a des fleurs jaunes striées de brun.
Crocus minimus DC. de Corse et de Sardaigne est une espèce miniature à fleurs violettes, dont la face externe est striée de violet.Crocus imperati Ten., une espèce précoce du sud de l’Italie est semblable, mais à plus grandes fleurs, dont la face extérieure est chamois et plus finement striée.
Crocus sieberi J. Gay de Grèce. Ses sélections ont des fleurs blanches, roses ou violettes.
Subsp.sublimis (Herb.) B.Mathew 'Tricolor' a des fleurs violettes avec une gorge jaune entourée d’une large bande blanche.
Crocus tommasinianus Herb. des Balkans à petites fleurs mauves ; nommé d’après le chevalier de Tommasini, un fonctionnaire d'état qui a étudié auXIXe siècle la flore de Dalmatie.Crocus tommasinianus se ressème abondamment et se naturalise facilement (C'est unestinzenplant)[8]. Il existe des sélections de couleurs allant du blanc au pourpre.
Crocus vernus (L.) Hill est indigène dans les montagnes d'Europe.
subsp.albiflorus (Syn.Crocus caeruleus Weston) à petite fleur blanche à tube violet. Europe occidentale et centrale (Alpes, Pyrénées).
subsp.vernus (s.l., c'est-à-dire incluantCrocus heuffelianus et sa subsp.scepusiensis) à plus grande fleur violette. Europe centrale et méridionale (Carpates, Sud de l'Italie et Balkans). C'est à partir de cette sous-espèce que les crocus de Hollande à fleurs blanches, violettes et striées ('Pickwick') ont été sélectionnés.
Crocus versicolor Ker Gawl. du sud-ouest des Alpes a des fleurs blanches à mauve clair à stries mauves. La sélection ‘Picturatus’ est à fleurs blanches striées de violet.
Les espèces précoces ont comme lecolchique d’automne des fleurs nues ; les feuilles apparaissant au début de l’hiver. Les espèces plus tardives fleurissent parmi les jeunes feuilles.
Crocus cancellatus Herb., à corme réticulé, est sinon semblable àCrocus speciosus. Les cormes sont vendus sous le nom deHursinein comme légume racine sur les marchés d'Asie mineure, notamment en Syrie.
Crocus goulimyi Turrill du sud de la Grèce à petites fleurs lilas à long tube fleurit en octobre – novembre. Ce n'est certes pas le plus beau crocus d'automne, mais il est gratifiant par sa longue période de floraison.
Crocus kotschyanus K. Koch (Syn.Crocus zonatus) à fleurs mauve clair à gorge jaune – une espèce à fleur nue d’Asie mineure – fleurit dès la fin septembre et se naturalise facilement. La variétéleucopharynx, à gorge blanche, est souvent confondue avecCrocus karduchorum Kotschy ex Maw, une espèce endémique du Kurdistan, qui se caractérise par sesstigmates blancs finement divisés.
Crocus laevigatus Bory & Chaub. du sud de la Grèce fleurit de fin novembre à début janvier. La sélection 'Fontenayi', a des fleurs lilas pâle à face externe striée de violet. On le surnomme parfois « Crocus de Noël ».
Crocus ligusticus M.G. Mariotti (Syn.Crocus medius), le crocus de Ligurie desAlpes-Maritimes et deLigurie, à fleurs violettes avec des stigmates rouges, fleurit en octobre. Les feuilles apparaissent en fin de floraison.
Crocus longiflorus Raf., le crocus odorant, du sud de l'Italie et de Malte, a des fleurs lilas à gorge orangée et à stigmates rouges.
Crocus niveus Bowles, une espèce plus délicate du sud de la Grèce, a des fleurs blanches à stigmates rouges.
Crocus nudiflorus Sm., le crocus d'automne duMassif central, desPyrénées et desMonts Cantabriques, a des fleurs nues lilas à stigmates orangés en pinceaux. Les cormes de cette espèce forment des rejets ; ce qui fait que cette espèce forme un tapis lâche. Ce crocus est localement naturalisé en Grande-Bretagne[9].
Crocus ochroleucus Boiss. & Gaill., d'Asie mineure à petites fleurs blanches est une espèce tardive (novembre) très florifère.
Crocus pulchellus Herb. des Balkans et d'Asie mineure, ressemble àC. speciosus, en plus élancé ; il s'en distingue entre autres par ses anthères blanches ; la variété 'Zephyr' est blanc perlé.
Crocus serotinus Salisb., très semblable àC. nudiflorus, est à floraison plus tardive, les feuilles apparaissant pendant ou juste après la floraison.
subsp.serotinus est endémique du Portugal.
subsp.clusii (J.Gay) B.Mathew se rencontre dans l'ouest de la péninsule ibérique.
subsp.salzmannii (J.Gay) B.Mathew se rencontre dans le sud de l'Espagne et au nord du Maroc.
Crocus speciosus M. Bieb. de Crimée et d'Asie mineure, à fleur nue, violacée à anthères jaunes et à stigmates orangés finement divisés, fleurit dès la fin septembre. Il en existe des sélections à fleurs blanches, bleues et violettes. 'Oxonian' a une grande fleur violet foncé.
Crocus mathewii H. Kemdorff & E. Pasche, une espèce trouvée en 1994 dans les monts Taurus du sud de laTurquie. Cette espèce à floraison automnale, nommée d’après le spécialiste des crocusBrian Mathew, est remarquable par son périgone blanc à gorge bleue. Cette espèce rare a entre-temps peut-être disparu à l’état sauvage, à la suite d'une récolte exagérée.
Crocus banaticus HeuffC. nudiflorus. (Syn.Crocus byzantinus Ker Gawl.), le « Crociris » d'Europe orientale est un cas à part. Les tépales internes étroits sont dressés, les externes larges et renversés ; ce qui le fait ressembler à un iris.
Les cormes des crocus doivent être plantés dans un sol bien perméable en situation ensoleillée ; les crocus d’automne dès la fin juillet, ceux à floraison hivernale et printanière dès le mois de septembre. Leurs pires ennemis sont les mulots et les campagnols qui en sont friands.Outre les banals crocus de Hollande, issus de sélections deCrocus vernus, lecrocus printanier, et deCrocus flavus, et les crocus ditsbotaniques, obtenus surtout à partir de sélections et d'hybrides deCrocus chrysanthus, les producteurs spécialisés proposent un bon nombre d’autres espèces.
Dans les pays tempérés, il est parfaitement possible d’avoir des crocus en fleur dans un jardin de manière quasi ininterrompue de septembre à avril. Les espèces botaniques et leurs cultivars sont proposés par des producteurs spécialisés. Certaines variétés supportent les longs hivers nordiques (Scandinavie, Canada), et des espèces printanières (notammentCrocus vernus etCrocus flavus) peuvent y fleurir en mars ou avril, parfois quelques heures seulement après que leur couverture neigeuse a fondu.
Dans la Bible, il y aurait deux allusions au crocus, situées toutes deux dans l'Ancien Testament.
Dans leCantique des Cantiques, il y aurait une allusion au crocus, peut-être leCrocus sativus ousafran. Certains traduisent Cantique des Cantiques 2.1 ainsi : « Je suis un crocus de la Plaine, un lotus des Vallées. » Plusieurs traducteurs traduisent la première fleur, celle qui est de la plaine ou région du Sharôn en Israël, par "narcisse" (habatseleth en hébreu), mais d'autres considèrent que le crocus pourrait être une meilleure traduction. Michael V. Fox, professeur au département des études hébraïques et sémitiques à laUniversity of Wisconsin-Madison et auteur du livreThe Song of Songs and the Ancient Egyptian Love Songs, préfère traduire le terme par "crocus", car c’est le sens du terme akkadien qui y correspond, habassillatu. Dans le passage de Ct 2.1, une jeune femme serait symbolisée par le crocus et une autre fleur, qui diffère elle aussi selon le choix de traduction.
Dans leLivre d'Isaïe, on parlerait aussi du crocus :Le désert et le pays aride se réjouiront ; la solitude s'égaiera, et fleurira comme un crocus. (Isaïe 35.1) Il s'agit ici du même terme que pour leCantique des Cantiques,habatseleth. Dans ce second passage, le crocus serait un symbole de la bénédiction divine.
Dans lamythologie grecque, on a le récit deCrocus, un jeune homme amoureux de la nympheSmilax(en), qui ne répondait pas à son amour, et qui fut changé en crocus par les dieux pour apaiser sa peine. D’après l’Iliade, cette fleur formait aussi la couche deZeus et d’Héra. De plus,Europe, unePhénicienne de haut rang séduite par Zeus métamorphosé taureau, en ayant respiré de sa bouche un crocus de safran. On représentait aussi les dieux et les héros grecs comme portant des vêtements de couleur jaune safran.
Dans lamythologie romaine, on affirme que, sur tous les lieux où s'aimèrentJunon etJupiter, la semence se répandit sur le sol donnant naissance à un crocus de safran.
↑Anatole Bailly ; 2020 : Hugo Chávez, Gérard Gréco, André Charbonnet, Mark De Wilde, Bernard Maréchal & contributeurs, « Le Bailly »,(consulté le).
↑Michel Chauvet,Etymologia botanica Dictionnaire des noms latins des plantes, Biotope Éditions,, 792 p.
↑Une autre hypothèse le relie àκρέκω /krékō, « frapper en cadence »[2], les stigmates du crocus étant comparés à des bâtons (Manessy-Guiton, 1993)[3]
↑Gitte Petersen, Ole Seberg, Sarah Thorsøe, Tina Jørgensen & Brian Mathew:A phylogeny of the genus Crocus (Iridaceae) based on sequence data from five plastid regions. Taxon, 57 (2), 2008, pp. 487–499
↑abcde etfBrian Mathew, Gitte Petersen & Ole Seberg,A reassessment ofCrocus based on molecular analysis, The Plantsman (N.S.) Vol 8, Part 1, pp 50–57, Mars 2009
↑Lorenzo Peruzzi, Angelino Carta,Crocus ilvensis sp. nov. (sect. Crocus, Iridaceae), endemic to Elba Island (Tuscan Archipelago, Italy), Nordic Journal of Botany, 29: pp. 6-13, 2011.
↑Stinzenplant(nl) est un nom utilisé dans le nord des Pays-Bas pour désigner une plante naturalisée de longue date dans les jardins d'anciennes maisons patriciennes et de fermes-châteaux, les jardins de curés, le long d'anciens remparts, etc.