Douze propositions duCredo présentées par lesdouze Apôtres (qui sont les témoins-piliers de lafoi chrétienne).
LeCredo (latin pour « Je crois ») désigne le texte officiel de laprofession de foichrétienne, telle qu'exprimée en latin. Le premier mot du texte,Credo, en est venu à en signifier l'entièreté. La première définition officielle d'unCredo de lafoi chrétienne est le fruit des conciles deNicée (325) etConstantinople (381), amplifiant un texte plus simple utiliséliturgiquement dès les premiers siècles et appelé leSymbole des apôtres. Ce texte du concile de Nicée est commun aux différentes traditionschrétiennes qui se reconnaissent dans cette phrase :Credo in unum Deum (« Je crois en un seulDieu »).
Dans les premiers siècles aprèsJésus-Christ, plusieurs prêtres chrétiens, tels saintIrénée de Lyon, saintJérôme de Stridon, mentionnaient le« symbole », sans en préciser le texte. Il s'agissait, selon eux, de la règle de la foi que l'Église reçut directement desApôtres[1].
Vers 550 ou plus tard à Rome, et vraisemblablement sous le pontificat deVigile († 555), lesymbole de Nicée remplaça celui des apôtres pour le baptême dePâques (pas à la messe). EnGaule, cette pratique était effectivement enregistrée :
On observe la pratique duCredo dans le royaume deCharlemagne. En effet, le concile d'Aix-la-Chapelle, tenu dans sa capitale en 809, confirma la doctrine du filioque, mais sans l'ajouter au texte duCredo[5]. D'ailleurs,Amalaire de Metz écrivait qu'après l'Évangile, l'évêque entonnaitCredo in unum Deum donc évidemment à la messe, dans son diocèse[6]. L'œuvre de l'abbéSmaragde de Saint-Mihiel précisait les autorisations et conditions de ce sujet, octroyées par le papeLéon III[am 4].
Finalement, le papeBenoît VIII ordonna en 1014 que toutes les églises en Occident chantent leCredo. Il s'agit duSymbole de Nicée-Constantinople, mais le pape avait fait ajouter le versetqui ex Patre, Filioque procedit, définitivement[1]. Cette officialisation fut autorisée, à condition que l'usage soit limité aux messes solennelles des dimanches et fêtes[4].
Un manuscrit duchant vieux-romain, plus ancien que lechant grégorien, confirme cette adoption tardive. Le ditGraduel Sainte-Cécile de Transtévère, copié à Rome en 1071, manque encore deCredo. SaGloria est directement suivie de quelquesSanctus[7]. Comme la composition de ce chant papal officiel se termina auparavant, sans doute le célébrant récitait-il leCredo auprès du Vatican, jusqu'à ce que le chant grégorien soit formellement adopté au début duXIIIe siècle.
« Je crois en Dieu,le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ; et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie, a souffert sous Ponce Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers, le troisième jour est ressuscité des morts, est monté aux cieux, est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts. Je crois en l’Esprit-Saint, à la sainte Eglise catholique, à la communion des saints, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair, à la vie éternelle. Amen. »
Après le dernier versetdescendit de cælis, les fidèles s'agenouillent[10]. Dans cette optique, l'exécution s'arrête, sans continuation mélodique. À partir du versetEt incarnatus est (notation suivante, au-dessous), on chante très lentement, en remerciant Dieu de cet immense projet pour toute l'humanité. De plus, ces versets expriment le mystère de latrinité. Même dans les œuvres en polyphonie, ces façons sont toujours respectées.
erratum :Et ex Patre natum, ante omniasæcula.Le textequi ex Patre Filioque procedit fut dernièrement ajouté par le pape Benoît VIII, lors de l'officialisation duSymbole en 1014.erratum :et vitam venturi sæculi.Amen.
La versionSymbole de Nicée-Constantinople, première version duCredo, a été préparé lors de deux conciles concernés, celui deNicée (325) ainsi que celui deConstantinople (381). Mais certains spécialistes considèrent que le texte fut préparé à Jérusalem[4],[11]. Cette version duCredo est officielle depuis 1014 dans la liturgie de l'Église[1]. Le texte actuel fut officiellement fixé, à partir de la publication dumissel romain révisé (1570) sous le pontificat dePie V, à la suite duconcile de Trente[ve 1].
« Credo in unum Deum, Patrem omnipoténtem, factόrem cæli et terræ, visibílium όmnium, et invisibílium. Et in unum Dόminum Iesum Christum, Fílium Dei unigénitum. Et ex Patre natum ante όmnia sæcula. Deum de Deo, lumen de lúmine, Deum verum de Deo vero. Génitum, non factum, consubstantiálem Patri : per quem όmnia facta sunt. Qui propter nos hόmines, et propter nostram salútem descéndit de cælis. Et incarnátus est de Spíritu Sancto ex María Vírgine : et homo factus est. Crucifíxus étiam pro nobis : sub Pόntio Piláto passus, et sepúltus est. Et resurréxit tértia die, secúndum Scriptúras. Et ascéndit in cælum : sedet ad déxteram Patris. Et íterum ventúrus est cum glόria iudicáre vivos, et mόrtuos : cuius regni non erit finis. Et in Spíritum Sanctum, Dόminum, et vivificántem : qui ex Patre, Filiόque procédit. Qui cum Patre, et Filio simul adorátur, et conglorificátur : qui locútus est per Prophétas. Et unam, sanctam, cathόlicam et apostόlicam Ecclésiam. Confíteor unum baptísma in remissiόnem peccatόrum. Et expécto resurrectiόnem mortuόrum. Et vitam ventúri sǽculi. Amen. »
La traduction officielle en français utilisée dans la liturgie catholique est la suivante :
« Je crois en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de l'univers visible et invisible. Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles ; il est Dieu, né de Dieu, lumière, née de la lumière, vrai Dieu, né du vrai Dieu. Engendré, non pas créé, consubstantiel au Père, et par lui tout a été fait. Pour nous les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel ; par l'Esprit-Saint, il a pris chair de la Vierge Marie, et s'est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce Pilate, il souffrit sa passion et fut mis au tombeau. Il ressuscita le troisième jour, conformément aux Écritures, et il monta au ciel ; il est assis à la droite du Père. Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts; et son règne n'aura pas de fin. Je crois en l'Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ; il procède du Pèreet du Fils. Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire ; il a parlé par les prophètes. Je crois en l'Église, une, sainte, catholique et apostolique. Je reconnais un seul baptême pour le pardon des péchés. J'attends la résurrection des morts, et la vie du monde à venir. Amen. »
En 2018, laConférence des évêques de France vota un changement d'une partie de cette version duCredo. Rome a confirmé ce changement et dans le nouveauMissel utilisé dès 2021, « de même nature que le Père » est remplacé par « consubstantiel au Père »[12].
À la suite duconcile de Trente, les personnes, devant être promues à une dignité dans l'Église, devaient faire profession de foi et pleinement allégeance au pape. Par labulleInjunctum nobis, le papePie IV promulgua, en 1564, le texte de référence.
D'ailleurs, dans ce contexte, le concile distinguait une caractéristique importante duCredo dans l'ordinaire de la messe. À la différence desKyrie,Gloria,Sanctus,Agnus Dei qui admettaient l'usage de l'orgue, c'est-à-dire alternance ou accompagnement, il demandait de chanter leCredo par chœur seul, entièrement et sans interruption jusqu'à sa fin. Le ditcérémonial de Clément VIII, sorti en 1600, confirmait cette discipline :Cum dicitur Symbolum in Missa, non est intermiscendum organum, sed illud per chorum cantu intelligibili proferatur[13]. Si le rite excluait l'instrument pour leCredo, lapolyphonie n'était pas mentionnée. D'où, les compositeurs continuaient à écrire ce texte en polyphonie, sans hésitation.
Publiée sous forme demotu proprio le à l'issue d'une « année de la foi », cette profession de foi, encore appeléeCredo du Peuple de Dieu[14] a été principalement rédigée parJacques Maritain et transmise àPaulVI par lecardinal Journet[15]
LeCredo est initialement issu de la liturgie de lavigile pascale. Cette célébration, la plus importante dans la liturgie catholique, se distingue et est réservée aubaptême, depuis la fondation de l'Église[16]. Plus tardivement, lesacramentaire gélasien mentionnait exactement un chant du symbole consacré aux cérémonies préparatoires au baptême, sans préciser le texte. Mais à Rome, l'exécution demeurait normalement celle de récitation, et non version musicale[am 5].
Selon le rite romain actuel, après la liturgie de la Parole, celle de baptême se commence. Avant cesacrement, il faut que chacun decatéchumènes réponde aux questions du célébrant, avec « Credo (Je crois) », devant toute l'Assemblée[17],[18]. C'est la raison pour laquelle on ne chante pas « Credimus (Nous croyons) ». D'où, il s'agit sans aucun doute de la profession de foi en faveur des baptêmes[19],[am 1]. Puis, tous les fidèles de l'Assemblée chantent leCredo in unum Deum pour la rénovation des promesses baptismales. Il s'agit du sommet de la liturgie baptismale.
Lorsque leSymbole de Nicée-Constantinople fut officialisé en 1014 auprès de l'Église, celui-ci fut attribué aux célébrations solennelles des dimanches et des fêtes[4].
L'article 68 de laPrésentation Générale du Missel Romain actuelle confirme cette discipline. Il s'agit d'une obligation des dimanches et des jours de solennité. En outre, leCredo peut être dit lors d'autres célébrations plus solennelles[20], telle l'inauguration d'un établissement religieux.
D'ailleurs, l'article 67 explique la raison pour laquelle leCredo est chanté entre l'homélie et la célébration eucharistique :
« Le Symbole, ou profession de foi, vise à ce que tout le peuple rassemblé réponde à la parole de Dieu annoncée dans les lectures de la sainte Ecriture et expliquée dans l'homélie, et, en professant la règle de la foi dans une formule approuvée pour l'usage liturgique, se rappelle et professe les grands mystères de la foi avant que ne commence leur célébration dans l'Eucharistie[20]. »
L'article 68 précise encore la manière de l'exécution[20]. LeCredo est normalement entonné par le célébrant, mais également par unchantre ou un chœur. Celui-ci peut être chanté, jusqu'à la fin, par toute l'assemblée. De même, en alternance entre les fidèles et laschola. Lorsque celui-ci n'est pas chanté, il faut que l'assemblée récite ou que deux chœurs l'exécutent en alternance.
LeCredo en chant irlandais disparut tandis que celui duchant vieux-romain n'existait pas[21]. Celui duchant grégorien est la version la plus ancienne de laquelle l'on conserve la pratique. Bien entendu, celui-ci demeure toujours officiel auprès de l'Église.
chant de Bénéventin :Credo pour Noël, remplacé parCredo grégoriens, vraisemblablement Credo I et V[21] ;
chant mozarabe : usage dans la messe, plus précisément chant de l'Assemblée après le Canon et lors de l'Élévation[6] ; remplacement par chant grégorien.
Par contre, il n'est pas certain que saintAmbroise de Milan adoptât leCredo. En effet, étant un véritable poète, cet évêque composait plusieurshymnes versifiées afin de lutter contre l'arianisme[23]. De plus, il transformait systématiquement lapsalmodie en chant avecrefrain[24]. Il semble que l'évêque n'eût pas nécessairement besoin duCredo enprose[25].
En comparaison d'autres chants dans leKyriale, lesCredo restent moins nombreux. D'une part, son adoption musicale dans les offices ne remonte qu'à la fin duVIIIe siècle enGaule ainsi qu'auIXe siècle pour la Germanie[am 6], puisXe siècle dans les pays du Nord[19]. Le Saint-Siège l'officialisa finalement, mais plus tard, en 1014. D'autre part, il est probable que sa longueur du texte en tant que profession de foi, dépassant celui de l'hymneGloria, décourageait les compositeurs[19].
D'où, dans leKyriale, on ne compte que sixCredo[26],[4]. Non seulement cet ordre ne correspond pas au groupement d'autres œuvres (Messe I - Messe XVIII)[27] mais également l'usage est quasiment limité : Credo I et III.
Si l'autorisation duCredo avait été effectuée plus tôt, les moines carolingiens, qui étaient capables de composer les chants enprose, auraient donné naissance à plusieurs chefs-d'œuvre grégoriens, sous laRenaissance carolingienne. En admettant que les Credo V et VI, adoptés dans leLiber usualis, soientchants monodiques médiévaux, authentiques, et que ces chants conservassent la caractéristiquepsalmodique, leur musicalité reste vraiment pauvre. Au contraire du chant grégorien, ceux-ci ne se composent que de mêmes motifs musicaux ainsi que des répétitions continuelles. Les œuvres, tardives et non grégoriennes authentiques, manquent de développement selon le texte et son sens théologique. On comprend que l'Église employât toujours le Credo I, meilleur[19].
Le Credo I est incontestablement le plus ancien. C'est pourquoi ceCredo s'appelle depuis longtempsCredo authentique[am 7],[19]. De surcroît, plusieurs œuvres suivantes furent composées sous influence de celui-ci[38]. Ainsi, si l'on consulte la notation du Credo II, il est évident qu'il s'agit d'une variante du Credo I, principalement modifiant les tons élèves[11].
L'œuvre remonte auXIe siècle. Caractéristiquesyllabique, le musicologue grégorienMichel Huglo considérait que le prototype était unCredo byzantin[11],[39]. Il est vrai qu'au Moyen Âge, l'exécution duCredo en grec était parfois habituelle, selon des manuscrits de l'abbaye de Saint-Gall, en grec mais en lettres latines[40] :
Manuscrit 381 (Versicularium, Hymnaire, Tropaire, Séquentiaire),Bibliothèque de l'abbaye de Saint-Gall, vers 930, folios 18 - 22,Symbolum apostlorum grece et latine[41] Dans cette notation, lesneumes sangalliens sont exclusivement attribués au texte grec (en noir). Donc, il est clair que ceCredo était chanté en grec.
L'abbaye Saint-Vaast était le témoin de la pratique du Credo I auXIe siècle.
Toutefois, il est vraiment difficile à identifier le manuscrit le plus ancien du Credo I. En effet, dans leKyriale ancien, leCredo était souvent exclu. Le musicologue Richard Hallowell Hoppin expliquait : si le Moyen Âge connaissait déjà une vingtaine de formulaires (actuellement, Messes I - XVIII), il n'existait qu'un ou deuxCredo. Afin d'éviter une perte de temps de copies et un gaspillage de parchemin, les copistes médiévaux n'écrivaient pas deSymbole[42]. C'est la raison pour laquelle le manuscritno 75 (76) de la bibliothèque municipale deCambrai est si précieux. Ce document attribué auXIe siècle (sans doute au milieu) indique que le Credo I était chanté dans ce siècle à l'abbaye Saint-Vaast près d'Arras. Le copiste écrivait la notation du Credo I, singulièrementCredo in unum Deum, entre le verset de l'Évangile et celui de l'offertoire :
Manuscrit 0075 (0076), Bibliothèque municipale de Cambrai, folio 137[43]
Malheureusement, il ne reste aucun manuscrit du Credo I enneume[am 8], indispensable de nos jours pour l'interprétationsémiologique, à l'exception de ce petit morceau.
Certes, le Credo I est essentiellement le chantsyllabique, non seulement en raison de son texte long mais également parce qu'il ne s'agit pas de chant réservé à laschola. Mais, composé vraisemblablement avant leXIe siècle[42], l'œuvre respecte effectivement la grammaire musicale duchant grégorien, telle l'accentuation des mots. La composition fut effectuée en profitant de quelques formules mélodiques, comme d'autres chants grégoriens. Les études approfondies de DomAndré Mocquereau àSolesmes, achevées au début duXXe siècle, expliquent en détail la qualité musicale du Credo I[44].
De fait, le Credo I fut composé avec beaucoup de soin, par un compositeur de qualité[am 9]. Si l'on consulte sa notation[44], l'exécutant aurait une idée que le chant soit commencé à partir du verset « Patrem omnipotentem », après « Credo in unum Deum » par le célébrant. Car, la mélodie de « Credo... » n'est jamais répétée. C'est faux. En tant que module (composé de cadence (désormais cadence A) et d'incise de liaison), ce premier verset dirige considérablement le Credo I. Cette formule est toujours modifiée, pour adapter aux syllabes différentes et accentuation, notamment celle des mots importants. Un tableau de Dom Mocquereau exprime aisément ce module selon lequel on s'y aperçut que l'accent des mots est sans exception attribué aux mêmes notes[45].
En outre, les quatre notes de « unum Deum » sont identiques à celles de « Jesum Christum » selon la notation à gros carrés. De même, la mélodie de « Deum de Deo » et de « lumen de lumine » (également modifiée) aussi se trouve pour « unum baptisma »[46]. Sans doute le compositeur construisit-il l'œuvre avec sa considération théologique.
L'œuvre demeure preuve d'un grand savoir-faire du compositeur. La cadence A est renforcée de la cadence B et sa variante (C) ainsi que de la D. La récitation issue de lapsalmodie y est ajoutée[am 10]. La récitation, l'incise de liaison et les cadences sont systématiquement intégrées, avec une magnifique combinaison des mélodies[47]. Mais, parfaitement adapté aux textes, il n'existe aucune répétition monotone. Ce Credo I est complètement différent de l'hymne versifiée, et surtout du Credo VI (au-dessus).
Avant sa conclusion[am 11], Dom Mocquereau écrivait : « L'harmonieuse unité de toutes les parties duCredo [ I ] persévère jusque dans le motif mélodique de l'Amen, qui se rattache certainement aux cadences B et C par les trois premières notes. » De fait, il est étonnant que cette mélodie de l'Amen ne soit autre qu'une courte synthèse de la cadence B et celle de C[48]. De plus, le moine de Solesmes constatait que celle-ci est mélodiquement lié au verset précédantEt vitam venturi sæculi, qui se commence avec la récitation. Et, les cadences B et C succèdent régulièrement à la récitation, dans ceCredo[49],[am 12]. D'où, il faut que l'élansæculi soit directement suivi de l'Amen, sans une double barre[am 13]. En bref, cette dernière partie exprime proprement la conclusion de ceCredo, dans les contextes théologique ainsi que musical.
Identifiée composition grégorienne authentique par Dom Mocquereau (donc non celle de Rome ou ailleurs mais celle du royaume carolingien), la création de cette pièce peut être attribuée auIXe siècle ouXe siècle[50].
De nos jours, le Credo III est plus fréquemment exécuté que le Credo I dans la célébration. Il s'agit cependant d'un chant néo-grégorien, composé auXVIIe siècle. Celui-ci s'appelleDe angelis. D'une part, le mode du Credo III (cinquième mode) est identique à celui de pièces de la messe VIIIDe angelis, réservées aux fêtes en honneur des anges[11],[27]. D'autre part, ses caractères musicaux ressemblent à ces œuvres composées entre lesXVe etXVIe siècles[11].
De composition tardive, cette pièce ne présente plus du tous les caractéristiquesmodales du répertoire grégorien traditionnel. D'où, elle constitue au contraire un bon exemple de l'évolution du répertoire vers les modesmajeurs etmineurs modernes[ve 2] :
Si celui-ci est traditionnellement classé dans le mode V (celui de note finale defa), lesi y est constamment bémol (voir la notation au-dessus : la clefC est toujours suivie du bémol). Il s'agit en fait d'une pièce endo majeur, dont l'écriture fut transposée enfa (=do). C'est le mode préféré des pièces contemporaines enmode majeur, à la fois par la possibilité qu'il offre de jouer sur une sensible (demi-ton sous lefa), et la modulation modale rendue possible par lesi variable.
Les évolutions de la ligne mélodique sont très amples, dépassant nettement les intervalles de seconde ou de tierce des compositions en musique modale.
La ligne mélodique parcourt toute l'octave, et joue systématiquement sur l'opposition entre lefa supérieur et lefa inférieur. En raison de ces deux dernières caractéristiques, la mélodie du Credo III, notamment celle de l'Amen, est plus proche de la musique instrumentale.
En revanche, lateneur issue de lapsalmodie reste partiellement. Lorsque la mélodie rétablit l'unisson, la teneurdo du mode V (sol en mode majeur dans ceCredo) fonctionne encore. Il s'agit donc littérairement d'un chant néo-grégorien.
Des variantes du Credo II devinrent en usage, auXVIIIe siècle en France, dans une circonstance difficile et particulière. À la suite du décès du roiLouis XIV en 1715 et de celui du cardinalLouis-Antoine de Noailles en 1729, lejansénisme menaçait l'église catholique du royaume. Entre ce mouvement et le Saint-Siège, le nouvel archevêque de ParisCharles-Gaspard-Guillaume de Vintimille du Luc décida d'être réfugié dans legallicanisme, à savoir liturgie locale. Dorénavant, la modification de texte et de mélodie était autorisée par cet archevêque[51]. Dans les années 1730, on commença à imprimer lesCredo gallicans, pour la ditetradition vivante[am 14]. Celui des dimanches et des fêtes était issu du Credo II[52]. Il s'agissait d'une décadence. La version de Lyon et celle de Paris n'étaient pas identiques. Cela suggère que la discipline de leur rédaction était loin d'être scientifique.
1738 :Graduel de Lyon, noté, pour les dimanches et les fêtes, Imprimé par ordre de Monseigneur l'Archevêque[53]
1738 :Graduel de Paris, noté pour les festes et les dimanches, Imprimé par ordre de Monseigneur l'Archevêque[54]
Dans ces livres, seul le versetET HOMOFACTUS EST était imprimé en majuscule.
À partir duXIVe siècle, la transformation enpolyphonie devint habituelle. Ses manuscrits se trouvent à Toulouse, à Barcelone, à Tournai. Le document le plus important est celui d'Apt contenant dixCredo, dont la composition fut effectuée entre 1377 et 1417 et la copie de 1400 à 1417[4],[55]. Ceux-ci restaient encore les œuvres à la base du chant grégorien, paraphrasant ses mélodies. Surtout, le Credo IV actuel s'employait commecantus firmus dans une pièce de l'Ars nova[4].
Il fallait attendre toutefois laMesse de Notre Dame deGuillaume de Machaut pour une œuvre de qualité. Enmoderé, ceCredo était composé enconductus (style note contre note) ainsi que sonAmen en stylemotet. En cinq sections contrastées, le compositeur réalisa une véritable variété musicale, et, parmi elles, il donnait la valeur de notes la plus longue sur le versetex Maria Virgine[4].
À laRenaissance, leCredo restait toujours dans la liturgie. Néanmoins, à mesure que lapolyphonie se développait, sa durée longue s'amplifiait en raison du caractère de cette forme. En outre, la plupart des compositeurs adoptaient des parties chantées plus lentement à certains textes. Notamment en faveur du versetEt incarnatus est, cette pratique était quasiment obligatoire. Par conséquent, il faut au moins cinq minutes pour l'exécution, mais normalement presque dix minutes pour cesCredo (par exemple, œuvres au-dessous). En fait, l'œuvre deGuillaume Dufay, dans laMesseL'Homme armé, avait déjà excédé dix minutes.
Début duCredo de Vivaldi, RV591.
D'où, leCredo ne peut pas éviter son dilemme : si le musicien veut développer sa composition, son œuvre dépasse la durée adaptée à la liturgie ; lorsque la pièce est réservée à la messe, le compositeur a besoin de renoncer la forme sophistiquée. C'est pourquoiAntonio Vivaldi composa sonCredo RV591, en dehors de l'ordinaire de la messe, tout comme sa célèbre hymneGloria. Celui-ci était l'une des premières pièces qui aient été composées en faveur du concert.
À cette époque-là, quelques compositeurs français écrivirent leurplain-chant musical, au contraire, adapté à la célébration. Toutefois, il s'agissait d'une musique trop simple, imitant lechant grégorien certes, mais enmode majeur oumode mineur, et composée des notes égales, longues (1) et courtes (½). Ces œuvres manquant de musicalité furent cependant accueillies par le peuple fidèle, car elles étaient agréables à l'oreille, auXVIIe siècle.Henry Du Mont était le principal musicien de ce genre[56],[ve 3],[4].
Wolfgang Amadeus Mozart aussi écrivit sonCredo syllabique et homorythmique pour laMesse du Couronnement, qui peut être utilisé dans la liturgie. En revanche, celui de laGrande messe en ut mineur est une œuvre particulière. SonCredo, assezmélismatique, se termine, soudainement, après une longueariaEt incarnatus est chantée par une soprano[57]. L'œuvre fut achevée juste avant son mariage, et vraisemblablement dédiée à sa future épouse.
Au regard de la composition contemporaine, plusieurs pièces, telles celles deRalph Vaughan Williams, deZoltán Kodály, demeurent la musique liturgique respectant le ralentissement et la pose pour le versetEt incarnatus est. L'œuvre deKrzysztof Penderecki est unCredo non liturgique et indépendant, durant quasiment une heure. Celui-ci fut en effet dédicacée àHelmut Rilling.
Donc, en dépit de leur caractéristique de musique sacrée, il existe plusieursCredo très longs ainsi qu'en faveur du concert, et non liturgiques.
André Mocquereau,Le chant « authentique » du Credo, collectionMonographies grégoriennes, simples notes théoriques et pratiques sur l'Édition Vaticane III, Desclée et Cie., Rome - Tournai - Paris, 1922 ; initialement publié dans laPaléographie musicale, tome X, 1909, Desclée et Cie., Tournai[lire en ligne] - Il ne faut pas suivre sa théorierythmique grégorienne ainsi que ses graphies rythmiques, fausses et parfois contradictoires.
↑abcdefghi etjMichel Huglo (ancien moine de Solesmes),Dictionnaire de la Musique. Science de la Musique : technique, formes, instruments, « Credo », Éditions Bordes, Paris 1976[lire en ligne]
↑Jean Claire,Saint Ambroise et le changement de style de la psalmodie, Traces importantes de transformation de la psalmodie sans refrain en psalmodie avec refrain dans le Carême milanais, dans lesÉtudes grégoriennes, tome XXXIV,Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, 2007
↑Au regard du chant grégorien, il faut consulter toujours les manuscrits en neumes en faveur de la comparaison. Faute de notations en neumes purs, il est impossible pour conclure strictement.