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Coup d'État du 30 prairial an VII

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Lecoup d'État du 30 prairial an VII ( dans lecalendrier grégorien), également appelérevanche des Conseils, est un événement politique de laRévolution française qui marque une rupture majeure dans le fonctionnement duDirectoire.

Pour la première fois sous ce régime, le pouvoir législatif — lesConseils des Cinq-Cents etdes Anciens — impose sa volonté au pouvoir exécutif, renversant ainsi la logique des précédents coups d'État. Alors que le18 fructidor an V () et le22 floréal an VI () voyaient le Directoire purger les Conseils, le 30 prairial voit les Conseils contraindre l'exécutif. Les contemporains y voient une véritable « révolution » politique[1].

Les Conseils reprochent aux Directeurs leur politique anti-jacobine, qui a notamment conduit à l'éviction de militaires de valeur et détérioré la situation tant intérieure qu'extérieure de la France. L'élection deSieyès au Directoire le21prairialanVII et son entente avecBarras permettent aux Conseils d'imposer la révocation des trois autres Directeurs conservateurs —Treilhard,Merlin de Douai etLa Révellière-Lépeaux. Ils sont remplacés par trois figures plus engagées à gauche, qui avaient toutes subi les effets du coup d'État du 22 floréal un an auparavant. Cette victoire néo-jacobine se complète par un remaniement ministériel à leur avantage, ouvrant une brève d'expérimentation constitutionnelle qui s'avéra éphémère, marque un tournant décisif versBrumaire.

Origines

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Sur le plan extérieur, la France fait face à ladeuxième coalition : l'Autriche, laRussie, leroyaume de Naples et l'Empire ottoman se sont alliés auRoyaume-Uni. Sous la pression des troupes austro-russes, l'armée française évacue l'Italie et laSuisse[2]. Les Autrichiens menacent d'envahir l'Alsace et laLorraine, tandis qu'en août 1799, undébarquement anglo-russe a lieu enHollande[3].

À l'intérieur, lesroyalistes multiplient les insurrections. Dans le Sud-Ouest, en août 1799, 20 000 insurgés s'emparent deMuret, attaquentToulouse et menacentBordeaux, où l'agitation est vive[4]. Dans l'Ouest, les anciens chefs de laChouannerie se concertent pour relancer la révolte, de la Vendée à la Normandie.

Des bandes de brigands, souvent composées dedéserteurs et d'insoumis, se joignent aux royalistes. LesCompagnons de Jéhu et lesCompagnons du Soleil sèment le trouble dans le Sud-Est et lavallée du Rhône. Aux portes mêmes de Paris, leschauffeurs, dissimulant leurs exactions sous couvert de royalisme, dévastent les fermes et terrorisent les populations rurales[5].

Lorsque les nouveaux Conseils de la République se réunissent le1erprairialanVII (), la situation militaire et intérieure se dégrade.Mantoue, ultime verrou du dispositif de défense français en Italie du Nord avecGênes, est tombée le28pluviôseanVII ()[2], etTurin le7prairialanVII (), tandis que lesRusses pénètrent dans lesAlpes. Pour lesnéo-jacobins, ces capitulations ne peuvent s'expliquer que par une trahison des directeurs[2]. Dans le pays, et plus particulièrement dans leMidi, lesroyalistes se mobilisent et préparent des insurrections en vue d'une action coordonnée avec l'invasion étrangère.

Au sein des conseils législatifs, où lesjacobins sont désormais dominants, l'inquiétude face aux mauvaises nouvelles qui parviennent des armées est vive. Le 17 prairial, leConseil des Cinq-Cents invite leDirectoire à expliquer les raisons des défaites militaires de la France. Les députés leur reprochent notamment d'avoir révoqué des généraux jacobins tels queChampionnet, et de n'avoir pas suffisamment soutenu les jacobins italiens, suisses et allemands[6]. Les néo-jacobins critiquent vivement leDirectoire et lui demandent de prendre des mesures exceptionnelles de salut public. Des adresses parviennent des départements qui réclament le renouvellement du gouvernement. Mais les directeurs ignorent ces demandes, ce qui accroît la tension entre l'exécutif et le législatif.

Déroulement

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Les intrigues de Sieyès

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Les affrontements débutent véritablement quandSieyès, nouvellement élu au Directoire, prend ses fonctions le21 prairial (). Il partage, dans une certaine mesure, les sentiments des Conseils. Il souhaite se débarrasser de ses collègues les plus conservateurs et modifier la Constitution avec l'aide, au besoin, des généraux jacobins.

Sieyès s'entend avecBarras pour expulser du Directoire leurs collèguesTreilhard,Merlin de Douai etLa Révellière-Lépeaux. Pour cela ils s'assurent du soutien des députés jacobins menés parLucien Bonaparte et des directorialistes. De plus Sieyès obtient l'accord de l'armée et en particulier dugénéral Joubert, qu'il considère comme l'« épée » capable de l'aider à renverser le régime. Le choix de Joubert tient notamment au fait qu'il jouit d'un double prestige auprès de l'opinion démocrate : son association aux campagnes victorieuses dans la péninsule italienne et le fait d'avoir été victime des commissaires du Directoire renversé. L'intervention de Talleyrand joue également un rôle dans cette nomination. Toutefois, la mort de Joubert à la bataille de Novi le 15 août 1799 met fin à ces projets et contraint Sieyès à chercher une autre « épée » pour réaliser son coup d'État[7].

L'exclusion de Treilhard

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La crise s'ouvre le27 prairial (), lorsque les Conseils constatent que le Directoire n'a pas répondu après dix jours à un message par lequel ils lui demandaient de faire le point sur la situation militaire de la République. Le lendemain, sur proposition dePoullain-Grandprey, les Conseils envoient une nouvelle adresse et décident de tenir une séance permanente jusqu'à ce que la réponse leur parvienne. Le Directoire répond deux heures plus tard qu'il siège lui-même en permanence afin de rédiger sa réponse[8]

Les Conseils répliquent en appelant les commissions à venir délibérer. Vers23 heures, le députéBergasse monte à la tribune desCinq-Cents et déclare que l'élection deTreilhard, pourtant vieille de près d'un an, est illégale car il a été élu moins d'une année après la fin de son mandat de député. Treilhard est ainsi exclu du Directoire par les deux Conseils[8].

Apprenant cette décision, La Révellière-Lépeaux conseille à Treilhard de résister, mais celui-ci préfère s'incliner et quitte le Directoire. Barras et Sieyès ne font évidemment rien pour le retenir.

L'exclusion de Treilhard constitue surtout une manœuvre habile des Conseils pour éviter un nouveaucoup d'État. En effet, un putsch n'aurait été possible qu'avec une majorité d'au minimum trois directeurs, or l'exécutif se trouve désormais coupé en deux, avec d'un côté Barras et Sieyès, et de l'autre La Révellière et Merlin de Douai.

Les Conseils attaquent La Révellière et Merlin de Douai

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Le lendemain29 prairial (), les Cinq-Cents se réunissent pour élire le successeur de Treilhard[9]. Sur la liste proposée figurent pas moins de cinq généraux sur dix commeMasséna,Lefebvre etMoulin. Les Anciens sont toutefois choqués par cette intrusion de l'armée et préfèrent élireGohier, ancien députéjacobin et ministre sous laConvention[10].

Le jour même, le Directoire envoie un message aux Cinq-Cents dans lequel il justifie les revers militaires par le manque d'argent du gouvernement[11], proteste de toute volonté de coup d'État et déplore la division qui s'est instaurée entre les pouvoirs exécutif et législatif. Pour lui répondre, le Conseil nomme une commission de onze membres, parmi lesquels de nombreux jacobins.

Le lendemain, le30 prairial (),Bertrand du Calvados dénonce dans un violent discours les Directeurs qui ont maltraité les Conseils[12] lors des deux dernières années, à savoir La Révellière et Merlin : « Vous avez anéanti l'ordre public, vous avez muselé la liberté, persécuté les républicains, brisé toutes les plumes »[13]. Il s'en prend aussi augénéral Schérer qui a perdu l'Italie. Peu aprèsBoulay de la Meurthe, pourtant modéré, révèle que la veille La Révellière-Lépeaux aurait tenté de s'opposer à une décision des Conseils, réclame la démission des deux directeurs incriminés et soutient qu'ils ont bel et bien projeté un coup de force antijacobin. Sur proposition deFrançais de Nantes, les députés votent alors une loi selon laquelle « tous ceux qui attenteraient à la souveraineté nationale seraient mis hors la loi. »

La démission des deux Directeurs

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Le jour même, Sieyès et Barras enjoignent à leurs deux collègues de démissionner[14]. Mais ceux-ci résistent et la séance quotidienne du Directoire tourne au règlement de comptes. Barras s'emporte contre Merlin de Douai qui ne cède pas.Jourdan et Boulay viennent supplier Merlin et La Révellière de s'en aller avant que la force armée ne s'en mêle. Ces derniers membres survivants de la vieille garde sont en effet menacés d'un coup de force militaire qui pourrait les déclarer hors-la-loi s'ils résistent.Joubert, qui vient d'être nommé commandant de la17e division militaire deParis, organise quelques mouvements de troupes dans la capitale. Les Anciens envoient quant à eux une délégation de douze députés chargés de demander le retrait des deux Directeurs. Le futurbonapartisteRégnier est à sa tête.

Finalement Merlin de Douai finit par céder. Apprenant cela, La Révellière-Lépeaux donne aussi sa démission[15]. Le 30 prairial n'est donc pas un coup d'Étatstricto sensu : les Conseils ont fait pression sur le pouvoir exécutif mais n'ont pas eu à violer la constitution par l'emploi de la force armée. De plus, laconstitution aurait dans le pire des cas autorisé les Conseils à décréter d'accusation les Directeurs.

Élections de Roger-Ducos et de Moulin

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Le lendemain1er messidor () les Conseils se réunissent pour élire le remplaçant de Merlin[9]. Sur la liste des candidats on trouve cette fois-ci quatre généraux et deux amiraux. À nouveau, les Anciens préfèrent élire un civil en la personne deRoger Ducos[9]. Le lendemain, pour la succession de La Révellière, ils sont cette fois contraints d'élire un militaire, le politiquement très terne mais jacobingénéral Moulin[9].

Les trois nouveaux Directeurs sont tous d'anciens « floréalisés », preuve de la montée en puissance des néo-jacobins.

Bilan du 30 prairial

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Victoire de la gauche et des généraux

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Le prestige duDirectoire sort très diminué de cette crise. « La journée, faite au nom du Corps législatif, n'avait réussi qu’à affaiblir encore plus ce dernier[16] ». L'alliance entre Sieyès et Barras n'a été que de circonstance et les deux hommes ne tardent pas à s'opposer[17]. Chacun développe sa clientèle et l'exécutif se retrouve bientôt à nouveau coupé en deux, avec d'un côté Barras, Moulin et Gohier aux tendances jacobines et de l'autre les « révisionnistes » Sieyès et Roger-Ducos.

Barras, qui n'a pas pu ou voulu se mettre clairement à la tête de la gauche jacobine dans le bras de fer avec les deux directeurs accusés, perd en influence et devient la cible aussi bien des modérés que de la gauche. Au sein de l'armée, il ne peut plus compter que surBernadotte qu'il fait entrer au gouvernement.

Les Conseils gagnent en autorité après cette journée du30 prairialanVII () qui est restée purement parlementaire. Toutefois les généraux sortent aussi grandis de cette crise : Bernadotte est nomméministre de la Guerre, Joubert prend la tête de l'armée d'Italie.Championnet triomphe : il est libéré de toute poursuite et retrouve presque aussitôt un commandement. Les commissaires civils chargés d'encadrer les généraux sont supprimés quelques semaines plus tard, au grand bonheur des officiers.

Le 30 prairial an VII illustre la dépendance mutuelle entre jacobins et constitutionnels : si la république ne pouvait exister sans les premiers, ceux-ci ne pouvaient agir efficacement qu'avec l'accord tacite des autres républicains. Cette conjoncture invite à reconsidérer les jacobins non pas seulement comme les acteurs de la Terreur de l'an II, mais avant tout comme les défenseurs ardents d'un gouvernement représentatif sans lesquels le régime directorial s'est finalement effondré.

Les remaniements ministériels

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Le ministère est lui aussi reconstitué.François de Neufchâteau perd l'Intérieur au profit deQuinette etDuval cède laPolice àBourguignon. Leministre de la GuerreMilet de Mureau, suspecté de royalisme, est remplacé par le jacobinBernadotte, choisi par Barras[18]. Le2thermidor (),Talleyrand préfère démissionner au profit deCharles-Frédéric Reinhard, un homme de Sieyès.Cambacérès, qui avait été un temps pressenti pour le Directoire, obtient quant à lui leministère de la Justice.

Plus inattendu encore est le retour de l'ancien membre duComité de salut publicRobert Lindet, nomméministre des Finances[19]. Enfin le12 thermidor ()Bourdon de Vatry est faitministre de la Marine.

Références

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  1. EmmanuelCherrier, « Naissance d'une notion : le coup d'État »,Revue Française d'Histoire des Idées Politiques, L'Harmattan,no 56,‎,p. 70
  2. ab etcGainot 2001,p. 428.
  3. Gainot 2001,p. 430.
  4. Gainot 2001,p. 85-95.
  5. Gainot 2001,p. 90.
  6. Lyons 1975,p. 225.
  7. BernardGainot,« Sieyès directeur et la question italienne en 1799 », dansFigures de Sieyès, Paris, Éditions de la Sorbonne,, 526 p.,p. 98-100
  8. a etbMac Dougall 1989,p. 63.
  9. abc etdMac Dougall 1989,p. 66.
  10. JeanTulard,Le 18 Brumaire : Comment terminer une révolution, Paris, Perrin,coll. « Une journée dans l'histoire »,,p. 48-49
  11. Lyons 1975,p. 226.
  12. Mac Dougall 1989,p. 64-65.
  13. Jean-DenisBredin,Sieyès : la clé de la Révolution française, Paris,Éditions de Fallois,, 611 p.(ISBN 2-87706-014-4),p. 420.
  14. Mac Dougall 1989,p. 65.
  15. Mac Dougall 1989,p. 65-66.
  16. Mac Dougall 1989,p. 71.
  17. Gainot 2001,p. 233.
  18. Mac Dougall 1989,p. 70.
  19. AmandMontier,Robert Lindet, député à l'Assemblée législative et à la Convention, membre du Comité de salut public, ministre des finances : notice biographique, Paris, Alcan,, pp. 365-368

Bibliographie

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