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Le général Bonaparte au Conseil des Cinq-Cents, à Saint-Cloud. 10 novembre 1799 (François Bouchot, 1840, château de Versailles). Orangerie du parc de Saint-Cloud, coup d'État des18-19brumaireanVIII.
Lecoup d'État du 30 prairial porteSieyès au pouvoir, mais celui-ci entend s'affranchir de l'influence des néo-jacobins auxquels il doit son retour sur la scène politique[1]. Partisan d'un retour à l'ordre et d'un exécutif fort, il envisage de renverser laConstitution de l'an III et d'élaborer une constitution parfaite, dont les contours demeurent toutefois incertains dans son esprit à l'été 1799[2]. Celle-ci ne pouvant être révisée qu'au bout de9 ans, il imagine uncoup d'État.
Pour cela, il compte utiliser la complicité duConseil des Anciens et obliger l'ensemble des députés à se déplacer àSaint-Cloud, au prétexte d'un périljacobin. En effet, depuis 1789, les assemblées se trouvent toujours sous la menace de la population parisienne. En déplaçant les assemblées, les conjurés s'assurent que la population parisienne ne peut intervenir. La ville de Paris doit être fermée et placée sous le contrôle de lapolice, toute entrée ou sortie étant interdite.
Sieyès ne peut toutefois agir sans le concours de l'armée. Son premier choix s'était porté sur le généralJoubert, mais celui-ci meurt en août 1799 à labataille de Novi[5].Bonaparte, couvert de gloire et héros républicain, rentre secrètement d'Égypte le 9 octobre 1799 et s'impose comme l'homme providentiel. Sieyès trouve en lui le soutien militaire nécessaire : Bonaparte est chargé d'assurer le commandement des troupes de Paris ainsi que la garde du corps législatif. Par précaution, sept mille hommes de troupe sont massés à Paris[6]. L'alliance unit la légitimité révolutionnaire de Sieyès à la popularité militaire de Bonaparte[5].
Le plan prévoit ensuite l'effondrement duDirectoire pour permettre la rédaction d'une nouvelleConstitution. Des cinq directeurs,Sieyès,Roger Ducos etBarras doivent démissionner, tandis queMoulin etGohier doivent être placés sous surveillance. Dans les préparatifs autant que dans l'exécution du coup d'État,Talleyrand joue un rôle déterminant, usant de toutes ses relations, persuadantBarras de se retirer, prenant des risques. Il est, selon son biographe, l'« exécuteur des basses œuvres »[7].
Les7brumaire et8brumaire, Sieyès et Bonaparte dînent chez Barras. Une alliance est probablement scellée à cette occasion et Barras promet une neutralité bienveillante[8].
« Sieyès voulait que j'arrête, la veille, soixante députés factieux. Alors tout était fini. C'est moi qui m'y opposai, parce que je voulais marcher régulièrement. " Vous vous en repentirez ", disait Sieyès. Et il eut raison. Il connaissait mieux que moi les Assemblées et le terrain ; cela eût évité toute scène. »
LeConseil des Anciens doit décider du transfert le18brumaireanVIII, mais l'essentiel des événements se déroule le19 brumaire anVIII () àSaint-Cloud. Les révisionnistes ont envisagé une démission collective des députés duConseil des Cinq-Cents, mais les assemblées prennent du retard car cette idée ne fait pas l'unanimité ; notamment deuxJacobins refusent de démissionner.Bonaparte s'impatiente et décide d'intervenir.
Le17brumaire, à l’aube, lecommandant de ParisFrançois Joseph Lefebvre, les régiments de la garnison ainsi que les adjudants desquarante-huit sections sont invités à se rendre le lendemain à sept heures du matin dans larue Chantereine, située à l’emplacement actuel entre larue de Châteaudun et larue de la Victoire, où se trouvait la maison habitée parBonaparte. Cette réunion, escomptée depuis le retour du général en chef, ne suscite aucune méfiance ; à la même heure sont également convoqués tous les officiers sur lesquels les conjurés estiment pouvoir compter. Chacun d’entre eux, croyant comme le public que le général allait partir pour l’armée d'Italie, juge naturel d’être convoqué afin de recevoir des ordres.
Dans ce contexte, les préparatifs du coup d’État, menés dans l’urgence en quelques jours seulement, sont toutefois marqués par une certaine impréparation et ne sont achevés que les 16 et 17 brumaire, alors que Bonaparte avait initialement envisagé une action dès le 15[10]. Ils ne passent pas complètement inaperçus dans les milieux politiques et diplomatiques parisiens, mais l’inaction, l’incrédulité ou les divisions des responsables duDirectoire empêchent toute réaction coordonnée. Initialement prévue pour le 16 brumaire, l’opération est finalement reportée de deux jours à l’initiative deBonaparte, notamment afin de tenter une dernière démarche auprès deJean-Baptiste Jourdan, figure influente du courant jacobin, et d’obtenir au moins sa neutralité. La veille du coup d’État, un dîner officiel offert par lesConseils met en évidence, malgré son apparat, le climat de tension et de défiance qui marque les derniers moments du régime directorial[11].
Une foule d'officiers en grande tenue se presse devant le domicile de Napoléon Bonaparte, rue Chantereine (rebaptisée, en son honneur, rue de la Victoire).Bonaparte les reçoit et leur fait un tableau très sombre de la France que les « pékins », les « avocaillons » ont menée au bord de la catastrophe.[réf. nécessaire]
Un inspecteur de la salle déclare que les « anarchistes » sont prêts à renverser la représentation nationale et que, pour déjouer leur plan, il faut transporter les Conseils hors de Paris.
À huit heures et demie, un messager du conseil des Anciens remet à Napoléon Bonaparte le décret de transfert des assemblées, qu'il fait lire aux militaires présents[12] :
Après cette lecture, suivie du cri unanime de « Vive Bonaparte ! Vive la République ! », le général en chef harangue les militaires présents. Dans cette proclamation envoyée aux armées, il leur dit[13] :
« Soldats, Le décret extraordinaire du conseil des Anciens est conforme aux articles 102 et 103 de l'acte constitutionnel ; il m'a remis le commandement de la ville et de l'armée. Je l'ai accepté pour seconder les mesures qu'il va prendre et qui sont toutes en faveur du peuple. La République est mal gouvernée depuis deux ans : vous avez espéré que mon retour mettrait un terme à tant de maux ; vous seconderez votre général avec l'énergie, la fermeté, la confiance que j'ai toujours vues en vous. La liberté, la victoire et la paix replaceront la République française au rang qu'elle occupait en Europe et que l'ineptie ou la trahison a pu seule lui faire perdre. Vive la République ! »
Le décret est voté, les Conseils siégeront le lendemain à Saint-Cloud. Bonaparte est nommé commandant de toutes les troupes et de la garde nationale de la17e division militaire (Paris et banlieue).
Sur le champ, les chefs des quarante-huit sections reçoivent l'ordre de faire battre la générale et de faire proclamer le décret dans tous les quartiers de Paris. Pendant ce temps-là, Bonaparte se rend à cheval aux Tuileries, suivi d'un important cortège de généraux et de soldats.
Admis avec son état-major dans le conseil des Anciens, il leur parle[Note 1]. Cette allocution est accueillie par de nombreux applaudissements, et le nouveau commandant général va passer la revue des troupes.
Aupalais du Luxembourg, les directeursLouis Gohier etJean-François Moulin constatent qu'ils sont abandonnés par les trois autres et « gardés » par le général Moreau. Ces diverses mesures sont prises avec tant d'adresse et de promptitude que, dès dix heures du matin les directeurs n'ont plus de pouvoir.Emmanuel-Joseph Sieyès etRoger Ducos, qui font partie du complot, se rendent comme de simples citoyens au conseil des Anciens. Barras, Gohier et Moulin veulent d'abord faire quelque résistance : ils font appeler le général Lefebvre pour lui donner des ordres. Celui-ci leur répond qu'en vertu du décret, il ne connaît d'autre supérieur que le général Bonaparte.
Dans le jardin des Tuileries, Botot, le secrétaire dePaul Barras, qui se rend au Conseil des Anciens pour parler à Bonaparte, s'entretient avec lui quelque temps en particulier, puis Bonaparte, élevant la voix lui dit en présence d'une foule d'officiers et de soldats[Note 2] :« Qu'avez-vous fait de cette France que je vous ai laissée si brillante ? ».
Napoléon Bonaparte et son état-major font garder par les troupes les points stratégiques de Paris et de la route de Saint-Cloud. Paris reste calme. La vie y continue comme à l'ordinaire.
Le directeur Moulin avait proposé à ses collègues de s'emparer de Bonaparte et de le faire fusiller, mais il apprend bientôt que l'exécution d'un coup si hardi n'était plus en son pouvoir ; un détachement envoyé autour du Luxembourg lui fait abandonner son projet. La propre garde du Directoire se met, de son propre mouvement, à la disposition de l'auteur du coup de force, et les directeurs s'estiment heureux qu'on leur permette d'aller finir leurs jours dans l'obscurité et la retraite.
Les députés, souvent accompagnés de leur famille, gagnent Saint-Cloud où l'animation est grande. Dans le parc, bivouaquent la garde des Conseils et une dizaine de compagnies de la79e demi-brigade[réf. nécessaire]. Le généralSérurier est chargé de la « protection » des Conseils. Dans le château, les ouvriers se dépêchent de disposer les bancs, les tribunes, les tentures. Au premier étage de l'aile droite du château, la galerie d'Apollon sert de salle de délibérations au Conseil des Anciens. Faute d'autres grandes salles, leConseil des Cinq-Cents siège dans l'Orangerie, au rez-de-chaussée, bâtiment perpendiculaire au corps du château[réf. nécessaire].
Bonaparte et son escorte arrivent auchâteau de Saint-Cloud. Ils sont accueillis par des cris variés : « Vive Bonaparte » pour les partisans du coup d'État, ou « Vive la Constitution ! » par les opposants.
Lucien Bonaparte, président duConseil des Cinq-Cents, ouvre la séance[16]. Des Jacobins prennent d'abord la parole. On crie : « Point de dictature ! À bas les dictateurs ! Vive la Constitution ! ». L'un d'eux fait décider que tous les députés devront prêter serment de fidélité « à la Constitution de l'an III », que le coup d'État doit abolir[17].
La séance duConseil des Anciens commence. Plusieurs députés jacobins demandent des explications sur le « complot » qui a causé le transfert à Saint-Cloud.
Napoléon Bonaparte et Emmanuel-Joseph Sieyès s'impatientent. Bonaparte n'est pas satisfait d'apprendre que les Cinq-Cents doivent prêter serment à la Constitution.
Les Anciens apprennent que trois directeurs sur cinq ont donné leur démission. Ils demandent au Conseil des Cinq-Cents de désigner trente candidats pour leur succession. La séance est suspendue.
Napoléon Bonaparte, suivi de ses aides de camp, pénètre dans la salle à 16 heures. Il proteste contre ceux qui le traitent de « nouveauCésar », de « nouveauCromwell »[18], et disent qu'il « veut établir un gouvernement militaire ». Il prononce une harangue véhémente[Note 4].
On lui demande de nommer les conspirateurs. Il répond en disant sa confiance dans le Conseil des Anciens et sa méfiance envers le Conseil des Cinq-Cents« où se trouvent les hommes qui voudraient nous rendre laConvention, lesComités révolutionnaires et les échafauds[19] ». Il termine en menaçant de faire appel aux soldats et sort de la galerie.
Son discours est très mal perçu par les députés, qui l'accusent de vouloir instaurer la dictature. C'estBourrienne qui met fin à la discussion en incitant son ami à quitter la pièce :« Sortons, général, vous ne savez plus ce que vous dites »[20].
Après avoir prêté serment à la Constitution, les députés du Conseil des Cinq-Cents apprennent la démission du directeur Paul Barras. Ils discutent sur la manière de le remplacer.
Napoléon Bonaparte entre à l'Orangerie dans la salle des Cinq-Cents, accompagné de quelques grenadiers[21]. Au moment où il entre, l'Assemblée procédait, dans la plus grande agitation, à l'appel nominal, pour que ses membres jurent de nouveau de défendre la Constitution[réf. nécessaire].
À la vue de Bonaparte et de ses grenadiers, les imprécations retentissent de toutes parts :« Ici des sabres ! Ici, des hommes armés ! À bas le tyran ! À bas le dictateur ! Hors la loi le nouveau Cromwell ! ».
Le députéDestrem lui frappe sur l'épaule, et lui dit :« Voilà donc pourquoi vous avez remporté tant de victoires ! » Le députéBigonnet le saisissant par les deux bras :« Que faites-vous, lui dit-il, que faites-vous, téméraire ? vous violez le sanctuaire des lois. »
On crie : « Hors la loi ! À bas la dictature ! Vive la République et la Constitution de l'an III ». Quelques faibles cris de « Vive Bonaparte » sont poussés[réf. nécessaire].
Bonaparte croyant sa vie menacée, sort, entraîné par quatre grenadiers, sans pouvoir proférer une parole[réf. nécessaire].
L'opposition est forte : on sait, par exemple que le jacobinAugereau, membre des Cinq-Cents, était défavorable au coup de Bonaparte, alors pourtant qu'il fut un de ses généraux héroïques en Italie en 1796. Les deux frèresJoseph-Antoine etBarthélemy Aréna, députés de la Corse aux Cinq-Cents, étaient farouchement hostiles, au point que ce dernier fut soupçonné d'avoir voulu jouer du poignard, avant que celui-là soit accusé de tremper dans lecomplot des poignards un an plus tard en.
Napoléon Bonaparte entre, y trouveSieyès et lui dit :« Ils veulent me mettre hors la loi ». Sieyès lui répond :« Ce sont eux qui s'y sont mis », et il ajoute qu'il faut faire marcher les troupes.
Au Conseil des Cinq-Cents, le présidentLucien Bonaparte tente de défendre son frère, mais son discours est accueilli par des huées. Il quitte alors son siège et le cède àJean-Pierre Chazal[réf. nécessaire].
Dans un grand désordre, certains députés demandent la mise hors la loi de Napoléon Bonaparte ; d'autres, qu'on lui retire son commandement des troupes ; d'autres enfin, que Lucien Bonaparte reprenne la présidence pour mettre aux voix « hors la loi » Napoléon (qui pourrait dès lors être tué « légalement » par tout citoyen).
Lucien Bonaparte reprend la présidence mais le tumulte continue. Il lève la séance en s'écriant :« Il n'y a plus ici de liberté. N'ayant plus le moyen de me faire entendre, vous verrez au moins votre président, en signe de deuil public, déposer ici les marques de la magistrature populaire »[réf. nécessaire]. Sur ces entrefaites, un piquet de grenadiers envoyé par le général Bonaparte entre dans la salle[réf. nécessaire] et l'enlève[Qui ?].
Napoléon Bonaparte, sur la fausse nouvelle qu'il a été mishors la loi se précipite à la fenêtre et crie « Aux armes ! » Puis il passe dans la cour où il est rejoint par son frère, ils montent à cheval.
Lucien Bonaparte déclare que « l'immense majorité du Conseil est, en ce moment, sous la terreur de quelques représentants àstylets […] qui se sont mis eux-mêmes hors la loi […] Vous ne reconnaîtrez pour législateurs de la France que ceux qui vont se rendre auprès de moi. Quant à ceux qui resteraient dans l'Orangerie, que la force les expulse. Ces brigands ne sont plus les représentants du peuple ; ils sont les représentants du poignard. »
Napoléon Bonaparte prend la parole : « Soldats, je vous ai menés à la victoire ; puis-je compter sur vous ? » Clameurs : « Oui, oui ! Vive le général ! ».
C'est Lucien Bonaparte qui va inciter les troupes à mettre de l'ordre dans les assemblées. C'est ce jour-là qui est à l'origine du « mythe du poignard » disant que certains députés voulaient poignarder Bonaparte pour justifier une intervention de l'armée.
Après le départ de Lucien Bonaparte, les députés continuent à discuter dans le tumulte. Ils entendent des roulements de tambours et les cris de « Vive Bonaparte ». Ce dernier donne l'ordre d'investir la salle de l'Orangerie. Les soldats, baïonnette au canon, en font sortir de gré ou de force tous les députés. Le généralVictor-Emmanuel Leclerc, beau-frère de Napoléon, s'avance et dit :« Citoyens représentants, on ne peut plus répondre de la sûreté du Conseil, je vous invite à vous retirer ». Après quelques répliques,Joachim Murat s'écrie :« Foutez-moi tout ce monde dehors ! »[Note 6].
Des mesures sont prises par le secrétaire général de la police Fouché pour que les députés, en quittantSaint-Cloud, ne puissent immédiatement rentrer dans Paris, afin de les empêcher de reformer leur Assemblée en ville.
Apprenant ce qui vient de se passer à l'Orangerie, le président des AnciensCornudet fait voter le décret suivant :« Le Conseil des Anciens, attendu la retraite du Conseil des Cinq-Cents, décrète ce qui suit : quatre des membres du Directoire exécutif ayant donné leur démission et le cinquième étant mis en surveillance, il sera nommé une commission exécutive provisoire, composée de trois membres. »
En outre, le corps législatif est ajourné au1erventôseanVIII (). UneCommission intermédiaire prise dans le Conseil des Anciens exerce pendant ce temps le pouvoir législatif.
Napoléon Bonaparte et Emmanuel-Joseph Sieyès ne sont pas satisfaits de ce décret qui considère que les députés du Conseil des Cinq-Cents ont disparu. Ils décident de réunir les députés de ce Conseil qui leur sont favorables et qu'on pourra retrouver.
Jean Bérenger (1767-1850), auteur de la résolution de ralliement au coup d'État.
Lucien Bonaparte reprend la présidence du Conseil des Cinq-Cents, mais le tumulte continue. Remonté au fauteuil, il ouvre la séance en déclarant la chambre légalement constituée.Bérenger prend aussitôt la parole, et va prononcer et faire voter la motion d’ordre de ralliement qui fera basculer l'histoire.
Par un discours habile, il trace le tableau des dangers qu'avaient courus dans cette journée la représentation nationale, Bonaparte et la liberté ; il fait ensuite ressortir les avantages d'une victoire à laquelle on devait la fin de la Révolution, et obtient sans peine cette déclaration unanime, que Bonaparte, ses généraux, ses troupes avaient bien mérité de la patrie[22],[23] :« Gloire et reconnaissance à Bonaparte, aux généraux, à l’armée, qui ont délivré le corps législatif de ses tyrans sans verser une goutte de sang […]. La journée du 19 brumaire est celle du peuple souverain, de l’égalité, de la liberté, du bonheur et de la paix. Elle terminera la Révolution, et fondera la République, qui n’existait encore que dans le cœur des républicains »[24],[23].
Après cette victoire, le soir, les conjurés eux-mêmes rédigent tous les actes pour sanctionner le mouvement militaire qui avait expulsé de leurs fonctions les représentants dans la journée du19 brumaire. Dans l'orangerie de Saint-Cloud, les initiés au complot délibèrent à eux seuls comme une assemblée légale, la nuit, à la lueur de quelques bougies, ici là posées sur des bancs. Parmi les membres les plus importants des deux Conseils, sont présents notammentCabanis, Bérenger,Boulay (de la Meurthe),Chazal, Lucien Bonaparte,Chénier,Creuzé-Latouche,Daunou,Gaudin,Crétet[15], etc.
Après cette victoire, Lucien propose au conseil des Anciens de réorganiser un nouveau conseil des Cinq-Cents, en éliminant ceux de ses membres qui tenaient opiniâtrement pour l'ancienne constitution. La proposition est prise en considération ; la réunion des Cinq-Cents a lieu dans l'Orangerie, et l'exclusion de soixante et un députés est décrétée.
Les deux Conseils abolissent d'un commun accord le gouvernement directorial ; uneCommission consulaire exécutive doit être nommée pour la révision de la Constitution.Sieyès, Napoléon Bonaparte etDucos héritent du pouvoir directorial ; les trois Consuls prêtent serment devant les deux Conseils d'être fidèles« à la souveraineté du peuple, à la République unie et indivisible, à la liberté, à l'égalité et au système représentatif ».
Dès le lendemain du coup d'État, le20 brumaire, la première décision importante duPremier consul est de nommerGaudin au poste particulièrement important deministre des Finances. Celui-ci sera l'un de ses plus proches collaborateurs, puisqu'il assurera ces fonctions pendant tout leConsulat et tout l'Empire, du20brumaireanVIII () au, puis pendant lesCent-Jours, du au.Bérenger, quant à lui, sera un éphémèreprésident duTribunat en mars-, et surtout un membre éminent duConseil d'État.
Les rapports de police centralisés au ministère rapportent le bon accueil que la population fait aux événements. Le22 brumaire, le Bureau central note :« Sur les physionomies comme dans les entretiens, on aperçoit les signes d’une véritable satisfaction. […] Au style de la plupart des rédacteurs [de journaux] il est facile d’apercevoir qu’ils partagent la satisfaction générale. […] En général, la journée du18 brumaire cause autant de satisfaction qu’elle donne d’espérance pour l’amélioration du régime républicain ».
Un compte rendu du23 brumaire décrit« le véritable enthousiasme avec lequel la proclamation d’une loi du19 brumaire a été entendue. Partout elle a été suivie des cris de : vive la république ! Vive Bonaparte ! Vive la paix ! ». Il ajoute qu’« il est peu d’observations à faire sur les journaux »[26].
Bonaparte,Cambacérès etLebrun, les premier, deuxième et troisièmeconsuls, pouvaient entrer immédiatement au pouvoir, après avoir présenté au Peuple la Constitution de l’an VIII en terminant par ces mots :« Citoyens, la révolution est fixée aux principes qui l'ont commencée ; elle est finie ! »[27].
Le Consulat est mis en place, un régime autoritaire dirigé par trois consuls, dont seul le premier détient réellement le pouvoir : la France entame une nouvelle période de son histoire en s'apprêtant à confier son destin à unempereur. Cambacérès est un ancien député de la Convention régicide, et Lebrun un monarchiste modéré ; ainsi le Consulat présente à sa tête des sensibilités très diverses. Sieyès est président duSénat conservateur, Ducos vice-président.
Bérenger prend la parole[28] devant la Commission du Conseil des Cinq-Cents ; il se charge de démontrer aux membres des conseils législatifs qu'ils devaient se rallier :
« le premier consul doit se hâter de se saisir de la puissance. Nous sommes pressés au dehors, dit-il, par la guerre étrangère ; au dedans, la chouannerie fait des progrès alarmants. Nous avons la paix intérieure et extérieure à conquérir, et nous ne saurions y parvenir qu'avec le régime constitutionnel. La nation l'attend avec impatience l'enthousiasme public va reproduire les beaux jours de 1789 soutenu de l'assentiment du peuple, le gouvernement deviendra cher à nos alliés, terrible à nos ennemis, et maître des traités. La loi du19 brumaire fixe au premier ventôse la réunion du corps législatif; mais le salut de la patrie ne souffre point d'ajournement[28] ! »
« La voix publique nous presse d’accélérer cet instant désiré. L’intérêt général et le nôtre, nos vœux et ceux de la nation appellent l’heureuse époque qui doit terminer la Révolution, et fixer irrévocablement les hautes destinées du plus grand de tous les peuples. »
Bérenger propose ensuite une loi qui fixait au lendemain l'inauguration du pacte constitutionnel[29].
Dans cette loi, il fixe au4 nivôse la mise en place des consuls et la première séance du Sénat conservateur ; et annonce la dissolution formelle des Conseils des Cinq-Cents et des Anciens lorsque leSénat conservateur communiquera les nominations des membres duTribunat et duCorps législatif[28].
↑« […] La République périssait ; vous l'avez su et votre décret vient de la sauver. Malheur à ceux qui voudraient le trouble et le désordre ! Je les arrêterai. […] Qu'on ne cherche pas dans le passé des exemples qui pourraient retarder votre marche ! […] Votre sagesse a rendu ce décret ; nos bras sauront l'exécuter. Nous voulons une république fondée sur la vraie liberté, sur la liberté civile, sur la représentation nationale ; nous l'aurons… je le jure ; je le jure en mon nom et en celui de mes camarades d'armes[12]. »
↑« Qu'avez-vous fait de cette France que je vous ai laissée si brillante ? Je vous ai laissé la paix, je retrouve la guerre ; je vous ai laissé des victoires, j'ai retrouvé des revers ; je vous ai laissé les millions de l'Italie, et j'ai retrouvé partout des lois spoliatrices et la misère. Qu'avez-vous fait de 100 000 Français que je connaissais, tous mes compagnons de gloire ? ils sont morts ! Cet état de choses ne peut durer. Avant trois ans il nous mènerait au despotisme. Mais nous voulons la république, la république assise sur les bases de l'égalité, de la morale, de la liberté civile, de la tolérance politique. […] Il est temps enfin que l'on rende aux défenseurs de la patrie la confiance à laquelle ils ont tant de droits. À entendre quelques factieux, bientôt nous serions tous des ennemis de la république, nous, qui l'avons affermie par nos travaux et notre courage ; nous ne voulons pas de gens plus patriotes que les braves qui ont été mutilés au service de la république[14]. »
↑« On parle d'un nouveau César, d'un nouveau Cromwell ; on répand que je veux établir un gouvernement militaire. […] Si j'avais voulu usurper l'autorité suprême, je n'aurais pas eu besoin de recevoir cette autorité du Sénat. […] Le conseil des Anciens est investi d'un grand pouvoir, mais il est encore animé d'une plus grande sagesse ; ne consultez qu'elle ; prévenez les déchirements. Évitons de perdre ces deux choses, pour lesquelles nous avons fait tant de sacrifices :la liberté et l'égalité[18]. »
↑La Constitution ! Vous l'avez violée au18 fructidor ; vous l'avez violée au22 floréal ; vous l'avez violée au30 prairial. […] La Constitution, les droits du peuple ont été violés plusieurs fois. […] Sauvons l'égalité, la liberté ; trouvons des moyens d'assurer à chaque homme la liberté qui lui est due[18]. […] Aussitôt que les dangers qui m'ont fait conférer des pouvoirs extraordinaires auront cessé, j'abdiquerai ces pouvoirs[19]. […] S'il faut s'expliquer tout à fait ; s'il faut nommer les hommes, je les nommerai. Je dirai que les directeurs Barras et Moulins m'ont proposé de me mettre à la tête d'un parti tendant à renverser tous les hommes qui ont des idées libérales[19]. […] Et si quelque orateur, payé par l'étranger, parlait de me mettrehors la loi, qu'il prenne garde de porter cet arrêt contre lui-même ! S'il parlait de me mettrehors la loi, j'appellerai à vous, mes braves compagnons d'armes ; à vous, braves soldats, que j'ai menés tant de fois à la victoire. […] Je m'en remettrais, mes braves amis, au courage de vous tous et à ma fortune[19].
↑La légende veut que des députés passent dans le parc par les fenêtres en abandonnant leurs toges.
↑Jean Rigotard,La police parisienne de Napoléon. La préfecture de police, Paris, Tallandier,,p. 396
↑Patrice Gueniffey,Le Dix-huit Brumaire : L'épilogue de la Révolution française (9-10 novembre 1799), Paris, Gallimard,coll. « Folio Histoire »,, 276-309 p.
Jean Bérenger,Rapport fait par Bérenger, sur la mise en activité de la Constitution : séance du 2 nivose an 8, Paris, Imprimerie nationale,, 12 p.(lire en ligne)
Vincent Lombard de Langres,Le Dix-Huit Brumaire, ou Tableau des événemens qui ont amené cette journée ; des moyens secrets par lesquels elle a été préparée ; des faits qui l'ont accompagnée, et des résultats qu'elle doit avoir ; auquel on a ajouté des anecdotes sur les principaux personnages qui étaient en place ; et les pièces justificatives, etc., Paris, Garnery et P. Catineau et Rat,, 431 p.(lire en ligne)lire en ligne surGallica
Léon Muel,Précis historique des assemblées parlementaires et des hautes cours de justice en France de 1789 à 1895, d'après les documents officiels, Paris, Guillaumin,, 239 p.(lire en ligne)lire en ligne surGallica
Pascal Dupuy,« La Révolution française terminée ? : les images et le 18 Brumaire,XVIIIe – XIXe siècle », dans Christian Delporte et Annie Duprat (dir.),L'événement : images, représentations, mémoire, Grânes, Créaphis,, 265 p.(ISBN2-913610-29-3),p. 143-158.
Antoine Casanova,Napoléon et la pensée de son temps, une histoire intellectuelle singulière, Albiana, 2008, 324 p.