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LaConvention thermidorienne ouRéaction thermidorienne est le nom donné à la troisième et dernière période de l’histoire de laConvention nationale allant du au[1].
Le gouvernement révolutionnaire est progressivement démantelé[1], avec l'établissement du renouvellement par quart tous les mois des membres duComité de salut public et la diminution de ses attributions après Thermidor, puis sa disparition en 1795, la suppression du maximum le (4 nivôse de l'anIII) ou le rétablissement définitif de laBourse de Paris le (18 vendémiaire de l'anIV) (qui favorise le développement de laspéculation).
L'hiver 1794-95 est particulièrement rude, le prix du pain augmente, et le peuple de Paris connaît une gravedisette, aggravée par la politique libérale de la Convention[1]. Aussi, la colère gronde parmi lessections populaires ; d’autant que la France subit à cette époque une crise économique et financière et que le cours desassignats, que le gouvernement révolutionnaire avait plus ou moins réussi à stabiliser en 1793, subit une chute vertigineuse.
En réaction aujacobinisme, lesMuscadins s'affichent au grand jour et multiplient les altercations.
Parallèlement, après Thermidor, une grande part des suspects emprisonnés sous la Terreur - royalistes, fédéralistes, accapareurs - sont élargis, tandis que de nombreux militants révolutionnaires sont arrêtés et les fonctionnaires soupçonnés de « complicité » avec Robespierre révoqués. De même, les excès commis dans le cadre de la guerre civile qui a opposé les républicains aux fédéralistes et aux royalistes en 1793 sont révélés ; certainsreprésentants en mission sont jugés et exécutés (Carrier, le responsable des noyades deNantes est guillotiné, Place de Grève ;Joseph Lebon qui avait sévi à Cambrai, est exécuté à Amiens[2]), tout comme les membres dutribunal révolutionnaire de Paris ; les membres de la commission populaire d'Orange sont massacrés. Tout cela est fait avec l'encouragement de familles des victimes et de suspects mis en liberté, en favorisant auprès de l'opinion l'image d'une Terreur violente et sanguinaire.
Dans le cadre de cetteréaction thermidorienne, la presse modérée et royaliste se déchaîne contre les « terroristes », traités de « tyrans » et de « buveurs de sang ».Fréron, représentant de la Convention dans le Midi avecBarras en 1793, où il s'était distingué par sa violence et ses rapines, fait reparaître à partir du (25 fructidor de l'anII),L'Orateur du Peuple, dont il fait l'organe de la propagande réactionnaire et où il fait preuve d'un antijacobinisme virulent. De même, le royalisteMéhée de la Touche publie le pamphletLa Queue de Robespierre, etAnge Pitou répand dans les rues des refrains royalistes. Par ailleurs, les violences verbales et physiques contre tous ceux qui ressemblent de près ou de loin à un « jacobin » se multiplient. Fréron et Tallien organisent des bandes demuscadins, qui se heurtent aux Jacobins, notamment le (jour du travail anII), au Palais-Égalité (lePalais-Royal). Les bagarres se multiplient entre ces bandes et les républicains, notamment les soldats. Profitant de ces violences, les autorités ferment leClub des Jacobins en novembre 1794. En 1794-95, des bandes de 2 000 à 3 000 « Collets noirs », organisés par Tallien et Fréron et menés par lemarquis de Saint-Huruge (1750-1810), autour des chanteurs et compositeursPierre Garat,Jean Elleviou etAnge Pitou, du dramaturgeAlphonse Martainville et du journalisteIsidore Langlois, et composées de suspects sortis de prisons, insoumis, journalistes, artistes, clercs, courtiers, petits commerçants - vêtus d'un habit étriqué « couleur de crottin » au col de velours noir, les basques taillées en queue de morue et la culotte serrée sous le genou -, rossent les passants ayant mauvaise figure. Même le girondin Louvet de Couvray, qui dénonce aussi bien les royalistes que les jacobins dans son journal,la Sentinelle, est pris à partie par la jeunesse royaliste dans sa librairie-imprimerie du Palais-Royal, en octobre 1795[3].
Les Jacobins, confrontés à la double hostilité des républicains modérés et des royalistes, poussent les sections populaires à la révolte, comme à Toulon le 28 floréal, dont les Jacobins prennent le contrôle pendant une semaine. Toutefois, les insurrections parisiennes du12 germinal et du1er prairial an III (avril et mai 1795) échouent, et les autorités ordonnent le désarmement des « terroristes » ; les jacobins toulonnais et leurs sympathisants sont massacrés àTarascon et à Marseille. Ce sont les dernières insurrections populaires avant laRévolution de 1830.
Caricature des bandes armées (« Amis de la justice et de l'humanité », « Compagnons de Jéhu », « compagnons du Soleil »...) perpétrant laTerreur blanche dans les départements en massacrant les républicains[4]. Estampe anonyme,anV, Paris,BnF.
Profitant de l'affaiblissement des jacobins, des mouvements de vengeance spontanée des royalistes, de familles de victimes de la Terreur et de catholiques fanatiques se développent au cours de l'année 1795, dans le Sud-Est de la France, plus particulièrement la vallée du Rhône, contre les terroristes. C'est laTerreur blanche. LesCompagnies de Jéhu àLyon etdu Soleil, pourchassent et massacrent jacobins, républicains, prêtres constitutionnels, protestants, détenus politiques des prisons, àLons-le-Saunier,Bourg, Lyon,Saint-Étienne,Aix,Marseille,Toulon,Tarascon, etc., généralement avec la complicité des autorités municipales et départementales, quand ce n'est pas celle des représentants en mission, qui s'appuient sur les royalistes dans leur lutte contre les Jacobins.
Toutefois, ledébarquement manqué des émigrés à Quiberon en juin-juillet 1795, et l'insurrection royale du (13 vendémiaire de l'anIV) font prendre conscience à la Convention de la menace représentée par les royalistes et, pendant quelques mois, à l'automne et l'hiver 1795-96, tente de rétablir l'union entre les républicains contre leur ennemi commun. Fréron est envoyé à Marseille à la fin de 1795, pour réprimer la Terreur blanche (il sera rappelé dès janvier 1796) ; les officiers jacobins destitués sont réintégrés dans l'armée (Jean-Antoine Rossignol,Napoléon Bonaparte…) ; les poursuites contre les Montagnards sont interrompues, par le décret du 13 octobre ; une amnistie générale « pour les faits proprement relatifs à la Révolution » (dont sont exclus lesémigrés, les déportés, les accusés de Vendémiaire, ainsi que les faussaires) est votée le (4 brumaire de l'anIV). Leclub du Panthéon, composé d'anciens terroristes et de Jacobins, tous issus de la petite bourgeoisie, ouvre ses portes le 6 novembre.
Inspirée par les députés de laPlaine, la Convention thermidorienne a ainsi mis fin au gouvernement révolutionnaire et marqué le retour au pouvoir d'une république bourgeoise libérale et modérée. Conservant néanmoins le régime républicain, et reprenant finalement la guerre contre la paysannerie royaliste, dans l'ouest et enVendée, elle a jeté les bases duDirectoire par la rédaction de laConstitution de l'an III établissant lesuffrage censitaire.
↑Voir la chronologie de Michel Delon, in Jean-Baptiste Louvet de Couvray,Les Amours du chevalier de Faublas, Paris, Gallimard, collection Folio, 1996, et leDictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889, tome 4, p.192
Bronislaw Baczko, entrée « Thermidoriens », dansFrançois Furet et Mona Ozouf (dir.),Dictionnaire critique de la Révolution française, Paris, Flammarion, 1988.
MarcDeleplace, « L'anarchiste comme discrédit de la figure du pauvre dans le discours politique révolutionnaire »,Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique,no 101 « Au nom des pauvres »,,p. 15-29(lire en ligne).
MarcDeleplace,« La mise en scène d'une minorité supposée : es anarchistes dans le discours politique révolutionnaire », dans Christine Peyrard (dir.),Minorités politiques en Révolution, 1789-1799, Aix-en-Provence, Publications de l'Université de Provence,coll. « Le temps de l'histoire »,, 208 p.(ISBN978-2-85399-675-4,lire en ligne),p. 143-157.
Kåre D.Tønnesson,La Défaite des sans-culottes : mouvement populaire et réaction bourgeoise en l'anIII, Oslo / Paris, Presses universitaires d'Oslo / R. Clavreuil,,XX-456 p.(présentation en ligne).