Ne doit pas être confondu avecLa Droite sociale ouConservatisme social.
Leconservatisme paternaliste, également appelédroite sociale, est un ensemble de courants politiques qui combinent des préoccupationsconservatrices, en particulier pour lestraditions établies, le respect pour l'autorité, l'ordre, lasécurité, l'identité nationale et parfois les valeursreligieuses, avec des idéessociales sur le plan économique.[1],[2] L'accent est particulièrement mis sur l'obligation paternaliste, faisant référence au concept féodal de noblesse oblige, de ceux qui sont privilégiés et riches envers les parties les plus pauvres de la société. Conformément à des principes tels que le devoir, la hiérarchie et l'unité organique, il peut être considéré comme une conséquence duconservatisme traditionaliste. Les conservateurs paternalistes ne soutiennent pas le principe de l'individu ou l'État, mais sont plutôt prêts à soutenir l'un ou l'autre ou à recommander un équilibre entre les deux, en fonction de ce qui est le plus pratique.[3]
Le conservatisme paternaliste met l'accent sur le devoir du gouvernement d'impliquer uninterventionnisme étatique assez large pour cultiver une vie bonne pour tous les citoyens.[4] Cela conduit à une voie dirigiste dans laquelle le gouvernement est envisagé comme une figure paternelle bienveillante fixant des objectifs et garantissant le fair-play et l'égalité des chances, avec un accent sur l'importance d'un filet de sécurité sociale pour lutter contre la pauvreté et le soutien deredistribution des richesses, ainsi qu'une régulation gouvernementale des marchés dans l'intérêt des consommateurs et des producteurs.

Le conservatisme paternaliste trouve ses origines dans larévolution industrielle, cause d'inégalités économiques généralisées, de pauvreté et de mécontentement social[5]. EnGrande-Bretagne, des hommes politiques du partiTory tels queRichard Oastler,Michael Thomas Sadler etLord Shaftesbury ont combiné leur responsabilité élitiste ainsi qu’un fort élément humanitaire avec leur implication dans lesFactory Acts[4]. Critiques de l'individualisme et de l'économie classique[4], ils n'aimaient pas non plus laNew Poor Law de 1834 et croyaient au rôle de l'État pour garantir un logement décent, des conditions de travail, des salaires et un traitement des pauvres[4].
L'un des premiers partisans du conservatisme paternaliste est lechancelier impérial d’AutricheKlemens Wenzel von Metternich, qui appelle de ses vœux, en1847, une « harmonie de classe pacifique, cosmopolite et axée sur la tradition »[6].

Leconservatisme one-nation a d'abord été conçu par lePremier ministreconservateurBenjamin Disraeli[7], qui présente sa philosophie politique dans deux romans,Sybil, Or The Two Nations etConingsby, respectivement publiés en 1845 et 1844[5],[8]. Le conservatisme de Disraeli propose une sociétépaternaliste maintenant lesclasses sociales, mais assurant à laclasse ouvrière le soutien des nantis. Disraeli a souligné l'importance de l'obligation sociale plutôt que de l'individualisme qui imprègne la société britannique de l'époque[9]. Disraeli veut prévenir laGrande-Bretagne de la division en deux classes (celle des riches et celle des pauvres) en raison de l'augmentation de l'industrialisation et des inégalités[5]. Préoccupé par cette division, il soutient des mesures visant à améliorer la vie des classes populaires ainsi que leur apporter soutien et protection sociales[10].
Disraeli justifie ses idées par sa croyance en unesociété organique dans laquelle les différentes classes ont des obligations naturelles les unes envers les autres[7]. Il considère la société comme naturellement hiérarchisée et souligne les obligations de « ceux d'en haut » envers « ceux d'en bas ». C'est une continuation du concept féodal denoblesse oblige qui affirme l'obligation pour l'aristocratie d'être généreuse et honorable. Pour Disraeli, cela implique l’adoption par le gouvernement de politiquespaternalistes[5]. Leconservatisme one-nation identifie son approche comme pragmatique et non idéologique. L'acceptation de la nécessité de politiques flexibles et, en tant que tel, les conservateurs one-nation ont souvent cherché des compromis avec leurs adversaires idéologiques afin de maintenir la stabilité sociale[11]. Disraeli justifie ses opinions de manière pragmatique, en faisant valoir que si la classe dirigeante devenait indifférente à la souffrance du peuple, la société deviendrait instable et la révolution sociale deviendrait une possibilité[12].
EnEurope, ladroitesociale-catholique s’est développée sous l’impulsion de l'Église catholique auXIXe siècle en réponse à la détérioration générale des conditions sociales et aux tendances croissantesanticléricales etsocialistes chez les artisans et les ouvriers[13]. Elle mélange « l'engagement social, le bien-être social, le paternalisme et le patronage autoritaire d'en haut, et est également basé sur l'approfondissement de la foi populaire »[13].
En 1878, à l’initiative du conservateurluthérien allemandAdolf Stoecker, est fondé leChristlich-Soziale Arbeiterpartei, visant à rallier les travailleurs au christianismeprotestant et à lamonarchie allemande[14]. Stoecker respecte leshiérarchies sociales existantes, mais souhaite également unÉtat qui serait actif dans la protection des citoyens pauvres et vulnérables[15]. Stoecker a parfois utilisé la rhétoriqueantisémite pour obtenir du soutien, bien qu'il ait exhorté ses sympathisants à pratiquer l'amour chrétien, même envers lesJuifs[15].

LechancelierBismarck poursuit une stratégie de construction de l'État visant à rendre les Allemands ordinaires plus fidèles au pays, mettant en œuvre l'État-providence moderne en Allemagne dans les années 1880[16]. Bismarck, par peur d'une révolution socialiste, créée le premierÉtat-providence dans le monde moderne, dans le but d'obtenir le soutien de la classe ouvrière[17].
Il adopte des politiques d'assurance obligatoire organisée par l'État pour les travailleurs afin de se prémunir contre la maladie, les accidents, l'incapacité et la vieillesse dans ce qui a été nommé socialisme d'État[18]. Le terme « socialisme d'État » est créé par l'oppositionlibérale, mais il est ensuite repris par Bismarck lui-même[19]. Bismarck n’est cependant pas unsocialiste et promulgue leslois antisocialistes. Le socialisme d'État de Bismark est basé sur une pensée politiqueromantique dans laquelle l'État est suprême et exécute un programme consistant à soutenir « la protestation ducollectivisme contrel'individualisme » et du « nationalisme contre lecosmopolitisme" et déclare que "le devoir de l'État est de maintenir et de promouvoir les intérêts, le bien-être de la nation en tant que telle"[20]. Au contraire, ses actions visent à enrayer la croissance duParti social-démocrate d'Allemagne[18]. En outre, la politique denationalisation des chemins de fer est établie après l'unification de l'Allemagne, plaçant les transports sous le contrôle de l'État[21],[22].

L'équivalent académique dusocialisme d'État de Bismarck de l'époque est leKathedersozialismus deGustav von Schmoller etAdolph Wagner[23]. Schmoller est un adversaire à la fois du libéralisme et du socialisme prolétarien marxiste. Wagner est à l'origine unpartisan de l’école de Manchester, mais est devenu par la suite conservateur[24]. Les socialistes universitaires ont trois traits en commun : que « la liberté économique ne peut pas être absolue, l'économie doit obéir à des exigences à la fois éthiques et pratiques, et la nécessité de l’intervention étatique afin de garantir un certain degré dejustice sociale »[25] Schmoller nie que le libre-échange et l'économie du « laissez-faire » conviennent à l'Allemagne, préconisant plutôt l'intervention de l'État pour promouvoir l'industrialisme et améliorer les conditions des travailleurs[23]. Schmoller soutient la monarchie prussienne comme une "institution historiquement bienveillante et médiatrice sociale"[25].
Un Tory rouge est un adepte d'unephilosophie politique dérivée de la traditionTory, principalement au Canada, mais aussi au Royaume-Uni. Cette philosophie tend à privilégier lespolitiques sociales tout en maintenant une certaine discipline fiscale et un respect de l'ordre social et politique. Au Canada, letorysme rouge se retrouve dans les partis politiques fédéraux et provinciaux constitutifs duParti conservateur. L'histoire du torysme rouge marque des différences dans le développement de laculture politique du Canada et de celle desÉtats-Unis. Le conservatisme paternaliste canadien et le conservatisme américain diffèrent l'un de l'autre sur des points fondamentaux, y compris leurs positions sur les questions sociales et le rôle du gouvernement dans la société[26].
L'adjectifrouge fait référence à la nature économique degauche du torysme rouge par rapport autorysme bleu puisque les partis socialistes et autres partis de gauche ont traditionnellement utilisé cette couleur. Cependant, la couleur rouge est généralement associée, dans ce pays, auParti libéral du Canada[27],[28] le terme reflète le large éventail idéologique que l'on trouve traditionnellement au sein du conservatisme au Canada[29], decentre gauche. Au Canada, divers gouvernements conservateurs ont fait partie de la traditionconservatrice rouge, l'ancien principal parti conservateur du Canada ayant été nomméParti progressiste-conservateur du Canada de 1942 à 2003[30]. Au Canada, les premiers ministres progressistes-conservateurs etconservateurArthur Meighen,R. B. Bennett,John Diefenbaker,Joe Clark,Brian Mulroney etKim Campbell ont dirigé les gouvernements fédéraux conservateurs rouges[31].
En France, l'influence des doctrines de la droite socialecatholique se développe avec des personnalités telles queAlbert de Mun etRené de La Tour du Pin.

Lenationaliste etmonarchisteCharles Maurras exprime son intérêt à unir ses idéaux nationalistes avec le syndicalisme sorélien comme moyen d'affronter lelibéralisme et ladémocratie[32]. Maurras a dit : « Un socialisme libéré des éléments démocratiques et cosmopolites s'accorde bien avec le nationalisme, de la même manière qu'un gant bien fait s'adapte bien à une belle main »[33].Georges Sorel lui-même est impressionné par le nombre important de "jeunes fougueux" qui ont rejoint l'Action française de Maurras et se sont tournés vers lenationalisme maurrasien[32]. En 1911 , sur la question dusyndicalisme sorélien,Georges Valois déclare au IVe Congrès de l'Action française : « Le mouvement nationaliste et le mouvement syndical, aussi étrange que cela puisse paraître de par leurs positions et orientations actuelles, ont plus d'un objectif en commun. »[32] Valois et Sorel ont fondé leCercle Proudhon en1911, une organisation qui, selon Valois, fournit « une plate-forme commune pour les nationalistes »[34].
Aux États-Unis,Theodore Roosevelt est la principale figure du conservatisme paternaliste. Roosevelt déclare qu'il a « toujours cru que le sageprogressisme et le sage conservatisme allaient de pair »[35]. Les idées de Roosevelt telles que celle duNew Nationalism, une extension de sa philosophie antérieure duSquare Deal, sont décrits comme paternalistes et contrastés avec la New Freedom individualiste duDémocrate progressisteWoodrow Wilson. Le programme de Wilson contient des idées plus paternalistes que celui de Roosevelt, excluant la notion de contrôle des juges[36]. Le présidentRépublicainWilliam Howard Taft s'est décrit comme « un partisan du conservatisme progressiste »[37], et le président républicainDwight D. Eisenhower s’est également déclaré défenseur d’un « conservatisme progressiste »[38].
En Russie des idées proches du socialisme (mais défendant l'absolutisme tsariste) sont tenues par certainsslavophiles, commeConstantin Léontiev[39]. Le colonel Ochrany Sergiusz Zubatow, créant des syndicats légaux de travailleurs sous le patronage duTsar[40], a tenté de les mettre en pratique.
En Pologne, le représentant de cette tendance estLeon Rzewuski[41].
Au Japon, une direction similaire n'est apparue qu'auXXe siècle par le biais de jeunes officiers proclamant le slogan « restaurationShōwa ». Cela signifie enlever le pouvoir aux capitalistes et le restituer à l'empereur, introduire le « socialisme d'État » en nationalisant les entreprises, et l'expansion du peuple japonais pour établir « l'Asie pour les Asiatiques ». En 1932, les « jeunes officiers » ont mené une série d'attaques contre des politiciens modérés. En 1936, ils font une tentative de coup d'État infructueuse. Les Jeunes Officiers ont eu beaucoup d'influence dans les partis ouvriers japonais Nihon Kokka Shakaito, Nihon Kokkumin Shakaito et mêmeShakai Taishuto[42].

Dans sonManifeste du Parti communiste, section III,Karl Marx critique le conservatisme paternaliste[43]. Selon Marx, les conservateurs ou les socialistes bourgeois ne sont que de riches philanthropes et des politiciens réformistes qui font toutes sortes de choses pour la classe ouvrière, mais en fin de compte ne luttent pas pour l'émancipation des travailleurs. Certains "socialistes bourgeois", selon Marx, aspirent à l'abolition du prolétariat en élevant tout le monde au niveau de la prospérité de la bourgeoisie au moyen d'une accumulation sans fin de capital et d'une croissance débridée[44].