LeConcours Eurovision de la chanson 1990 fut la trente-cinquième édition duconcours. Il se déroula le samedi 5 mai 1990, àZagreb, alors enYougoslavie. Il fut remporté par l'Italie, avec la chansonInsieme: 1992, interprétée parToto Cutugno. LaFrance et l'Irlande terminèrentex æquo à la deuxième place[1].
LaYougoslavie, qui avait remporté l'édition1989, se chargea de l’organisation de l’édition 1990[1].
À la suite de la controverse de l'édition1989, l'UER introduisit une nouvelle règle. Désormais, tous les candidats devaient avoir seize ans révolus, le jour de leur participation au concours[2].
L'organisation du Concours se révéla extrêmement coûteuse pour la télévision publique yougoslave. Les cartes postales furent un gouffre financier à elles seules. Le budget initial fut rapidement dépassé, nécessitant le recours à des travailleurs payés au noir. Les médias yougoslaves s'en émurent et reprochèrent aux dirigeants de laJRT de dépenser des sommes insensées, alors que le pays traversait une crise économique et que de nombreux Yougoslaves vivaient dans la pauvreté[1].
Pour la toute première fois, le concours reçut une mascotte, en la personne d'Eurochat (Eurocat en anglais). Il s'agissait d'un chat anthropomorphe de couleur mauve, qui avait été dessiné par le caricaturisteJoško Marušić. Il intervint à de très nombreuses reprises durant la retransmission, apparaissant notamment dans la vidéo d'ouverture et les cartes postales.
Les présentateurs de la soirée furentHelga Vlahović etOliver Mlakar[3]. La première se chargea des passages en anglais et le second, des passages en français.
Helga Vlahović était alors âgée de quarante-cinq ans etOliver Mlakar, de cinquante-quatre. Durant les répétitions, certains membres de la production et représentants de la presse firent des commentaires désobligeants sur leur âge. Profondément offensés,Vlahović etMlakar claquèrent la porte des répétitions et se retirèrent du concours. Ils furent alors brièvement remplacés parRene Medvešek etDubravka Marković. Finalement,Vlahović etMlakar reçurent des excuses et reprirent leur place de présentateurs.
La scène se composait d'un vaste podium de couleur dorée, comportant deux niveaux et bordé de bandeaux lumineux. Chacun des niveaux comportait un damier d'écrans, encastré dans le sol, qui prit des couleurs verte, rouge et bleue selon les prestations. Le podium principal était prolongé de part et d'autre, par deux podiums annexes. Celui de gauche était destiné aux présentateurs ; celui de droite, à l'orchestre. Tous deux étaient pourvus d'un mur d'écrans. L'arrière-fond se composait d'une structure métallique en damier, parcourue de néons bleus et rouges. D'autres néons, rouges et verts, dessinaient des motifs courbes, partant de la structure et la reliant aux murs d'écrans.
Le programme dura près de deux heures et quarante-huit minutes.
Le Koncertna dvorana Vatroslav Lisinski, à Zagreb en Croatie.
L’ouverture du concours débuta par la présentation d'Eurochat. S'ensuivit une vidéo, intituléeZagreb : ville de musique et réalisée parNenad Puhovski. Elle présenta la richesse culturelle musicale de la capitale croate, du classique à la pop, en passant par le traditionnel et le folklorique. Elle se conclut par la reprise duTe Deum deMarc-Antoine Charpentier, par plusieurs chanteurs et musiciens différents.
Eurochat fit alors son entrée dans leKoncertna dvorana Vatroslav Lisinski, puis sur scène, bientôt suivi par les présentateurs. Ceux-ci firent alors les introductions d'usage. L'orchestre interpréta brièvement la partition deRock Me, la chanson gagnante de l'année précédente.
Les cartes postales avaient pour thème l'Année Européenne du Tourisme. Chacune débutait par un bref sketch d'Eurochat, sur fond bleu, avec un rappel du nom du pays participant. S'ensuivait des vues touristiques de ce dernier, sur fond du drapeau national. À la fin de chaque carte,Eurochat prenait une photo en noir et blanc des artistes.
Vingt-deux chansons concoururent pour la victoire.
Cinq chansons reflétèrent dans leurs paroles, les évènements historiques et politiques ayant secoué l'Europe, l'année précédente[3]. Furent ainsi évoqués la chute duRideau de fer (par l'Autriche et laNorvège), la fin de laGuerre froide (par laFinlande), les processus de démocratisation en cours (par l'Allemagne) et les perspectives d'unification du continent (par l'Italie)[4].
La chanson belge,Macédomienne, avait été écrite et composée par Philippe Lafontaine, spécialement pour le concours et parce que celui-ci avait lieu enYougoslavie. Il s'agissait d'une déclaration d'amour et d'un cadeau à son épouse, qui était d'origine macédonienne. Il ne voulut initialement ni l'enregistrer, ni la commercialiser, allant jusqu'à en briser la matrice. Il changea d'avis quelques années plus tard, afin d'aider un projet humanitaire enBosnie-Herzégovine[3].
La chanson française,White and Black Blues, avait été écrite parSerge Gainsbourg. C'était sa troisième participation au concours, après sa victoire en1965, avecPoupée de cire, poupée de son, et sa cinquième place en1967, avecBoum badaboum. Mais c'était sa première participation pour laFrance, les deux précédentes étant respectivement pour leLuxembourg et pourMonaco[3]. Il y avait eu cette année-là, un changement de direction à la tête du département des divertissements de la télévision publique française. La nouvelle directrice,Marie-France Brière, au vu des mauvais résultats français des années précédentes, avait initialement décidé d'un retrait d'Antenne 2. Mais après réflexion, elle opta pour une approche professionnelle. Ce fut elle qui décidaSerge Gainsbourg etJoëlle Ursull, alors membre du groupeZouk Machine et qui souhaitait lancer sa carrière solo.White and Black Blues termina à la deuxième place mais fut le véritable succès commercial du concours[5].
Le représentant italien,Toto Cutugno, avait déjà remporté de grands succès dans les années 1970, notamment en composantL'Eté Indien pourJoe Dassin, puis dans les années 1980, notamment en chantantL'Italiano. Un an auparavant, il s'était promis de remporter le concours et avait composéInsieme: 1992, avec cet objectif en tête[6].
Lors de la première prestation, celle du groupe espagnolAzúcar Moreno, la production rencontra des difficultés avec la bande-son. Celle-ci prit plusieurs secondes avant de démarrer, puis débuta trop rapidement pour permettre au chef d'orchestre espagnol de suivre le tempo. Les représentantes espagnoles, les sœurs Salazar, firent malgré tout leur entrée sur scène. Mais le retour musical ne leur parvenant pas, elles quittèrent le podium après quelques instants, visiblement furieuses. Un long silence s'abattit sur la salle, qui fut rompu par les applaudissements du public. À la seconde tentative, la bande-son partit correctement et la prestation espagnole ne rencontra plus d'autre problème. Cet incident n'eut finalement que peu d'impact, l'Espagne terminant cinquième[3].
Le spectacle d'entracte fut une vidéo, intituléeLa Yougoslavie change et réalisée parIvo Laurenčić. Il s'agissait d'un film présentant les richesses touristiques et les diversités culturelles de laYougoslavie. Apparurent notamment à l'écranSplit,Piran,Dubrovnik,Sarajevo,Belgrade etZagreb.
Le vote fut décidé entièrement par un panel de jurys nationaux. Les différents jurys furent contactés par téléphone, selon l'ordre de passage des pays participants. Chaque jury devait attribuer dans l'ordre 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 10 et 12 points à ses dix chansons préférées. Les points furent énoncés dans l’ordre ascendant, de un à douze[3].
Le superviseur délégué sur place par l'UER futFrank Naef[3]. Il échangea quelques mots avecOliver Mlakar : - Oliver Mlakar :Alors, comment s'est passée votre collaboration avec Zagreb ? - Frank Naef :Bien, très très bien. Et je dois vraiment vous remercier et remercier Televizija Zagreb pour l'excellence de son travail, de sa gentillesse et de sa sympathie tout au cours de cette semaine. Merci.
La procédure ne connut qu'un seul hiatus, lorsque fut venu le tour du porte-parole italien de communiquer les résultats de son pays. L'échange avecOliver Mlakar fut confus : - Oliver Mlakar :Maintenant, nous passons au jury italien. Bonsoir, Rome. Buona sera, Roma. [...] Buona sera. - Porte-parole italien :Bonsoir, Zagreb. - Oliver Mlakar :Bonsoir. - Porte-parole italien :Voici les ré... résultats du jury espagnol. - Oliver Mlakar :Non pas italien ? - Porte-parole italien :Un point pour Luxembourg. - Oliver Mlakar :C'est le jury italien, n'est-ce pas ? Pardon ? - Porte-parole italien : ... - Oliver Mlakar :C'est l'Italie que nous allons appeler, que nous avons appelé. - Porte-parole italien :Deux points pour les Pays-Bas. Le superviseur intervint alors : - Frank Naef :Non. Stop, stop. Italie, would you... Pouvez-vous recommencer le vote depuis le début, s'il-vous-plaît ? À qui donnez-vous un point ? - Porte-parole italien :Trois points... - Frank Naef :Non ! Ne continuez... Ne continuez pas ! Recommencez le vote depuis le début ! Oliver Mlakar reprit le contrôle de la situation en s'adressant en italien au porte-parole. Celui-ci lui répondit qu'il y avait dû y avoir un problème technique. La procédure put alors continuer.
Dès le début, l'Italie prit la tête. Mais après le vote du jury islandais, elle fut dépassée par l'Irlande, qui mena ensuite durant le reste de la procédure. Cependant, après que le jury irlandais eut attribué ses "douze points" à l'Italie, celle-ci reprit la tête. Le dénouement fut apporté par le jury chypriote qui attribua "douze points" à l'Italie et aucun à l'Irlande.
Ce fut la deuxième victoire de l'Italie au concours[7].
Toto Cutugno reçut le trophée de la victoire des mains deGoran Radman, producteur exécutif du concours. Il dédia sa victoire à tous ses amis chanteurs en Italie et plus particulièrement àGigliola Cinquetti, qui avait remporté le concours en1964. Il conclut par : « Per una Europa unita ! »
Pour effectuer sa reprise, il descendit du podium et s'avança dans la salle, ce qui causa une certaine bousculade parmi le public.
Après le concours, la cheffe de la délégation française,Marie-France Brière, introduisit une plainte officielle auprès de l'UER. Elle accusa la télévision publique italienne d'avoir faussé les résultats en sa propre faveur, en ne recourant pas à un jury et en attribuant ses points de façon aléatoire. Elle en voulait pour preuve la confusion du porte-parole italien et l'absence de points attribués à laFrance et à l'Irlande, les deux plus dangereuses rivales de l'Italie lors du vote. Faute de preuves, la plainte fut classée sans suite[8].