Israël, qui avait organisé et remporté l'édition1979, ne put se charger de l’organisation de l’édition 1980. La télévision publique israélienne ne parvint en effet pas à rassembler les fonds nécessaires à la production d’un autre évènement international. Sollicité, le gouvernement israélien refusa toute rallonge au budget de l’IBA.
L’UER se tourna alors vers l’Espagne, qui avait terminé deuxième, et leRoyaume-Uni, qui avait déjà organisé le concours à six reprises. Mais tous deux refusèrent. Ce fut finalement la télévision publique néerlandaise qui accepta d’organiser le concours. Le temps étant compté, laNOS réutilisa essentiellement le schéma de production de l’édition1976, ce qui explique les nombreuses similitudes entre ces deux éditions[1].
C'est la dernière fois avant l'Eurovision 2023 que le concours n'est pas organisé dans le pays l'ayant remporté l'année précédente[2].
Dix-neuf pays participèrent au vingt-cinquième concours.
LaNOS fixa la date du concours au 19 avril. Cela entraîna le désistement d’Israël, ce jour-là étant celui deYom Hazikaron, commémoration nationale annuelle des victimes de guerre israéliennes. Ce fut la seule fois de l’histoire du concours qu'un pays vainqueur ne vint pas défendre son titre l’année suivante[3].
Monaco se retira pour des raisons financières et ne revint qu'en2004. LaTurquie fit son retour et leMaroc, ses débuts, devenant ainsi le premier pays d'Afrique à participer au concours[3].
Tout comme en1970 et en1976, le décor fut conçu parRoland de Groot. L’orchestre était à nouveau installé au pied de la scène et entouré d'une enceinte lumineuse. L’espace des introducteurs, décoré de deux tulipes stylisées, était situé à gauche de la scène, le tableau de vote et le pupitre du superviseur, à droite. La scène était encadrée par un fronton à la manière des temples grecs. L’espace au sol était occupé par un podium comportant deux niveaux, un escalier encastré de cinq marches et trois bandeaux horizontaux incurvés. Au-dessus de la scène, étaient suspendus des mobiles : six demi-ellipses (dont deux ornées d’un quart de cercle rouge) et deux trapèzes. Tous ces éléments étaient de couleur neutre et bordés de bandeaux lumineux. Ils prirent, suivant les prestations, des couleurs crèmes, grises, bleues, roses ou mauves.
Le programme dura près de deux heures et dix-huit minutes.
La vidéo introductive débutait par un plan sur une plage néerlandaise. Un violoniste apparut, en jouant leTe Deum deMarc-Antoine Charpentier. Des flots, surgit alors le sigle « 25 », rappelant que l’on fêtait cette année-là, le jubilé d’argent du concours. La suite était un remontage de la vidéo introductive de l’édition1976.
La présentatrice de la soirée fut l'actriceMarlous Fluitsma[3]. Elle s’adressa exclusivement aux téléspectateurs en néerlandais, ne recourant à l’anglais et au français que durant le vote.
Il n’y eut pas de cartes postales. Mais pour marquer les vingt-cinq ans du concours, les organisateurs demandèrent à un membre de chaque délégation de présenter lui-même la chanson de son pays. Les présentateurs s’adressèrent aux téléspectateurs dans leur propre langue nationale. La présentatrice irlandaise parla en gaélique et fut la seule à employer une langue différente de celle de la chanson de son pays, qui était en anglais. LeDanemark, laFinlande, lePortugal, laSuède et laTurquie eurent recours à leur propre commentateur, les autres pays à une tierce personne.
Tandis que ces personnes présentaient la chanson, leurs auteurs et compositeurs ainsi que les artistes participants, des photos de ces derniers défilaient dans le coin inférieur droit de l’écran. Ces photos avaient été prises lors d’excursions dans diverses localités néerlandaises.
La chanson autrichienne établit un record particulier, en parvenant à citer en moins de trois minutes, les noms de vingt-six compositeurs et de vingt-deux compositions musicales différentes[4].
Pour la toute première fois, un pays fut représenté par des artistes ayant terminé premier et deuxième de la sélection nationale. Il s’agit de laGrèce.Ánna Víssi avait remporté la finale grecque, mais décida de s’adjoindre le groupeEpikouri qui avait terminé deuxième.
La chanson luxembourgeoise,Papa Pingouin, fut le véritable succès commercial de l’édition 1980 du concours. Il fut vendu à plus d’un million d’exemplaires, rien qu’enFrance[5].
La chanson représentant leMaroc fut la première jamais interprétée en arabe au concours. Il s’agissait d’un message de paix adressé àIsraël et aux pays arabes[6]. L’avant-dernière place du pays fut une cruelle déception pour la télévision publique marocaine, qui prit la décision de ne plus jamais participer au concours. La carrière deSamira Saïd n’eut cependant pas à en souffrir, puisqu’elle devint une des chanteuses arabes les plus populaires duXXe siècle[3].
La chanson norvégienne était, elle aussi, porteuse d’un message, mais d’un message de protestation. Elle dénonçait les discriminations infligées aux minorités samis deNorvège et la construction d’une centrale hydroélectrique en pleine terre lapone[5].
La chanson belge fut la toute première à faire référence au concours dans ses paroles et à en détourner le nom dans son titre<[7].
Le vote fut décidé entièrement par un panel de jurys nationaux. Les différents jurys furent contactés par téléphone, selon l'ordre de passage des pays participants. Chaque jury devait attribuer dans l'ordre 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 10 et 12 points à ses dix chansons préférées[3].
Pour la première fois depuis1975, un changement fut introduit dans la procédure de vote. Les points furent lus non plus dans l’ordre de passage des candidats, mais dans l’ordre ascendant, c’est-à-dire de un à douze.
Le superviseur délégué sur place par l'UER futFrank Naef. Il dut intervenir à trois reprises pour corriger des erreurs commises parMarlous Fluitsma.
En guise de clin d’œil aux premières éditions du concours, la production fit communiquerMarlous Fluitsma et les porte-paroles au moyen de téléphones, un différent pour chaque pays.
Le vote fut d’abord mené par lesPays-Bas, bientôt dépassés par l’Allemagne. Vers la mi-temps, l’Irlande s’empara de la tête et y demeura jusqu’à la fin de la procédure.
Ce fut la deuxième victoire de l’Irlande au concours[8]. Ce fut la première fois depuis1966 qu'un artiste solo masculin remporta le grand prix.
À l’annonce de sa victoire,Johnny Logan courut embrasserKatja Ebstein, avant de dévaler le couloir reliant les coulisses à la salle. Il se précipita alors sur scène où il se mit à bondir de joie, suscitant ce commentaire deMarlous Fluitsma : « Comme il est content ! Fantastique ! »
Johnny Logan reçut le trophée du grand prix des mains deMarcel Bezençon, fondateur du concours.Marlous Fluitsma conclut alors en néerlandais, par ces mots : « J’espère que ce vingt-cinquième concours ne signifie pas la fin d’une tradition, mais le début d’une toute nouvelle ère pour le Concours Eurovision de la chanson. »
Johnny Logan entama alors la reprise deWhat’s Another Year, qu’il ponctua d’un vibrant : « I love you, Ireland ! » À la fin de cette seconde prestation, tous les autres participants montèrent sur scène pour le féliciter. La retransmission s’acheva comme elle avait commencé, par un plan d'une plage néerlandaise.
La chanson gagnante connut par la suite un grand succès commercial, devenant numéro un des ventes auRoyaume-Uni. Dans la foulée de sa victoire,Johnny Logan, qui était alors citoyen australien, reçut la nationalité irlandaise[3]. Cette victoire signifiait énormément pour lui. Il la voyait comme la chance de sa vie. Il avoua d’ailleurs àKatja Ebstein : « You don’t need to win but I do[9]. »
En 2005, lors de l'émission spécialeCongratulations,What's Another Year fut élue douzième meilleure chanson à jamais avoir été présentée au concours[10].